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Full text of "Histoire des princes de Condé pendant les XVIe et XVIIe siècles"

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HISTOIRE 



PRINCES DE GONDE 



I ZVl* BT XVII* BlACLBS 



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t^^4 - '/ruftfVLr, yoiv £* 



zecbvGoogIc 



HISTOIRE 

DES PRINCES 



DE CONDE 



PENDANT LES XVl* ET XVII* SIÈCLES 



H. LE DUC D'ADMALE 



TOHB ()ITl.TBlàlCB 



C-L h- 



PARIS 

CALMANN LÉVY, ÉDITEUR 
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES 

3. KDB tUBEB, 3 

1886 

OniW il« npiwduellaa *t d« Indoelian i t ut té l . 



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LIVRE QUATRIÈME 



1«18 à 1647 



HENRI DE BOURBON 

DBUXlàUB DU NOM, TBOlSiftMB PRIHCB DB COHDË 
, non u M Dicmwia IMS 



LOUIS DE BOURBON 

DUC D'ANQUIBN 

Ht Ll 1 IIFIIIIHI IMl 



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L'origine des citalions ou renseignements tirés de divers 
dépdts d'archives est indiquée soit en tontes lettres, soit, pour 
les citatioDS fréquentes, par les abrévicitions suivantes : 

A. A. signifie Archives autrichiennes (archives du Ministère de 
la Guerre d'Autriche, Eriegsarchiv), âVienne. 
A. C. — Archives de Coudé, à Chantilly. 
A. E. — Affaires Étrangères, France. 

A. N. — Archives Nationales, Frauce. 

B. N. — Bibliothèque Nationale, b Paris. 
D. G. — Dép^t de la Guerre, k Paris. 

C. P. — CcllectioDS particulières. 



Les caries d'ensemble placées dans l'atlas permettront au 
lecteur de enivre les opérations militaires dans les Pays-Bas, 
l'Allemagne, le nord et l'est de la France, de 1636 à 16&5, 
et spécialement les trois premières campagnes du duc d'An- 
guien. — Trois plans à l'échelle de j~^, représentent aussi 
exactement que possible l'état des lieux aux environs de 
Rocroy, Fribon^ et NSrdlingen-Allerhâim nu milieu du 
XVII' siècle. 



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LOUIS DE BOURBON 

DUC D'ANGOIEN 



CHAPITRE PREMIER 



Ditpoiilion des armées françftiseï pour la campagne de 1643. — 
Le doc d'ADgolea prend le commandement de l'u-mée de Picar- 
die (Amleni, 17 iTril). Le maréchal de l'HApiUl et les iaiea- 
dtota. — Le colonel Sirot. — Le mestre de camp général Gas- 
■lon. — Tbé&tre de U ^erre dans le Nord. Sitoattou det belli- 
féraoU. — L'année espagnole de Flandre; tei tradition!. Le* 
■ lerciOB Tlejoa ■. — Le capitaine Kénèral Helo et sa tientenints. 
Fontaine. Beck. — Réforme de la lactique. — L'armée française : 
corps de la Somme et corps de l'Oise. GesTrei. — État moral et 
matériel de cette année. — L'état-m^or. Bipenan. La Ferté. 
La Valliire. — Aides de camp et TOloatalres.— Premières mesures 
prise* par le dnc d'Ancien ; m, fermeté. — HtAivements prépara- 
toires des Espagnols divisés en quatre groupes. Helo est ï Lille 
(25 anil}. — Aiiguieii,en marche leB mal, est leU à Ferraqae!!. 
U refnse d'aller i la cour. — Plan de Melo; marche de ses troupes. 



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s LES PRINCES DE CONDÉ. 

iDvestiswiQent de nocroy (t3 mai). — Siège de Rocroy. IncideDtt 
de II Doit dn 16fta 17. — Apparition deaéclaireun frsDçiis (IS mai). 
L'u-mée espagnole prend lei armea. — Marche des Françaia. 
ADguien apprend la mort de Loui* XIII (16 mai). — IT mai, 
concentratiim de l'armâe eaire Aubeoton et Rumigny. Conuil de 
guerre. — IS mai, Angoien marche ear Rocroy. — Déploiement 
de l'armée française. — Déploiement de l'armée eapagnole. — 
Canonnade; mouTemeutolTenair de laFerté; l'armée Iranfaiieen 
périt. — La ravne du IS au loir. — La nuit du tS au 10. Le 
réveil. — Bataille de Rocroy (19 mai). Déraiie d'Alburquerque et 
de ta Ferlé. — Succèa d'Iaembourg. L'infanterie française recule. 
— Uanienvre du duc d'Anguien. Défaite des Wallons et AUe- 
mandi. — Sirot maintient le centre français; il est rejoint par 
le duc d'Anguien. Nonveaui enga^ments. — Fermeté des • ter- 
cio* Tlejos 1. Ils soDt enfoucét à la quatrième charge. ~ Après 
la victoire. Trophées} pertes. Angulen; Melo; leurs lieutenants 
cl leurs troupes. — Résumé de la bataille de Rocroy. 



Vers la fin de l'année 16/l2, lorsque Louis XIII, 
■ malade sans espoir de guérison, se faisait porter 
auprès du lit où gisait Richelieu presque agonisant, 
dans ces entretiens suprêmes de deux hommes 
auxquels il restait à peine un souille de vie, le 
Roi et le ministre avaient arrêté les principales 
lignes du plan de la campagne prochaine et réglé 
pour 1643 la distribution et le commandement des 
armées, comme si elles devaient se mouvoir sous 
leur haute direction. Les lettres qu'ils échangèrent 
en septembre, octobre et novembre 1642 témoi- 
gnent à cet égard et de leur sollicitude et de leurs 
illusions. A ce moment, le cardinal venait d'être 
muni de pouvoirs nouveaux, tels que jamais si^et 



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LODIS DE BOURBON. 3 

n'en avait reçu de pareils ; les relations entre lui et 
son maître avaient repris leur caractère ; plus de 
ces froids messages jadis expédiés du camp de 
Perpignan h. Narbonne ou à 'f arascon ; jamais les 
billets du Roi n'ont été si nombreux, si défé- 
rents; le ton en est presque filial; Sa Majesté 
se borne à développer les idées du ministre, tan- 
dis que la toute-puissance du prélat se déguise 
sous les formes de la plus respectueuse soumis- 
sion : celui-ci traçant le plan, celui-là réglant 
l'exécution. 

Pour s'assurer le concours du Roi, Richelieu 
faisait entrer dans l'ensemble de ses combinaisons 
une entreprise simple, mais promettant de chaudes 
escarmouches, que Louis XIII pourrait diriger en 
personne, où il lui serait loisible de satisfaire son 
goût pour le détail * et de montrer son brillant 

i . Panni lea lettres inédites du Roi au cardinal, il en est noe 
qui témoigne combien Louis XllI avait le souci de l'infanterie 
et quel soin il en prenait. Cette préoccupation ne trouble guère 
les esprits superHciels qui croient qu'on peut organiser et con- 
server les armées en sacrifiant toujours le principal aux acces- 
soires. Voici le passage : i Je travaille à des mémoires pour 
essayer que, l'année qui vient, l'infaDlerie soit plus forte. J'ay 
tiré les avis de tous les officiers généraux et particuliers sur ce 
siyet; j'en prendray ce qu'il y aura de meiUeur pour les joindre 
ani miens. Si nous n'avions pas la paix cet hiver, nous n'au- 
rifflBs pas d'infanterie pour l'année qui vient, n (Louis XllI i. 
Richelieu, 7 septembre 16i3.] 



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4 LES PRINCES DE CONDÉ. 

courage, sans que la t&che fût au-dessus de ses 
forces : la conquête de la Franche-Comté; l'ennemi 
avait là moins de troupes que jamais et te terrain 
était, croyait-on, bien préparé; les jours de la 
défense de Ddle étaient loin. Ce dessein avait 
l'avantage d'être une sorte de hors-d'œuvre, de 
pouvoir être détaché du plan général et abandonné 
a s'il donnait trop de jalousie aux Suisses », ou si 
de nouvelles complications obligeaient & le différer. 
Les troupes destinées à cette opération seraient 
réunies sur une position centrale, prêtes k mar- 
cher vers le nord, le Rhin ou les Alpes, là où 
pouvaient se présenter les périls à conjurer, les 
succès fructueux à recueillir. Tout allait bien et 
facilement du côté des Pyrénées : la prise de 
Perpignan assurait la conquête du Roussillon; 
c'était donc aux armées de Picardie, d'Allemagne 
et d'Italie qu'il fallait surtout songer. La seconde 
avait besoin de puissants renforts, difficiles k 
trouver et à conduire; le chef était sur place, 
Guébriant, le plus dévoué, le plus éprouvé, le plus 
habile de nos généraux. En Italie, oii le com- 
mandement supérieur appartenait au prince Tho- 
mas de Savoie*, un corps de troupes françaises 
assez considérable devait agir avec une certaine 

1. Voir tome III, page ii3, note t. 



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LOUIS DE BOURBON. 5 

indépendance, sans échapper complètement & la 
direction du Savoyard. Cette mission, délicate k 
remplir, avait été conPiée en 16/l2 au duc de 
Bouillon ; nous avons vu comment ce dernier fut 
compromis dans Ja conspiration de Cinq-Mars et 
arrêté au milieu de ses soldats. Il fallait là un 
général. Il en fallait un aussi pour l'armée de 
Picardie, la plus menacée, la moins heureuse, 
la plus essentielle de nos armées. Aucun des gé- 
néraux de second ordre, instruments plus ou 
moins usés, que Richelieu avait sous la main, ne 
pouvait convenir à de si lourdes tâches. La Meil- 
lerate, Brézé, Ch&tillon avaient donné leur me- 
sure ; le comte de Guiche venait d'être battu ; 
Guébriant ne pouvait être retiré d'Allemagne ; La 
Motte-Houdancourt avait sa place en Catalogne et 
y faisait bien; Schomberg le secondait. Il y avait 
encore a le cadet à la perle, » le gros comte d'Har- 
court, qui avait déjà commandé, et avec assez de 
bonheur, sur terre et sur mer : homme de haute 
naissance et de mine guerrière, très vigoureux 
aux attaques, inspirant par sa valeur une grande 
confiance au soldat, maïs sans discernement, ac- 
ceptant toutes les idées et disant : « Laissez faire, » 
comme d'autres ont dit : « Débrouillez-vous; » en 
somme, de trop peu d'étoflè pour remplir des 
missions difficiles. 



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8 LES PRINCES DE CONDÉ. 

De toutes les responsabilités imposées à ceux 
gui ont charge des affaires publiques, il n'en 
est guère de plus pesante que le choix des com- 
mandants d'armée. Rien de plus délicat, de plus 
difficile, de plus grave que de bien prendre la 
mesure des généraux en chef. Richelieu les chercha 
toujours : il en prit dans l'Église, dans sa famille, 
parmi les inconnus, les déplaçant, les changeant, 
essayant de soutenir ses créatures, quelquefois 
trop longtemps, mais les brisant quand il recon- 
naissait son erreur; envoyant ceux-là au bourreau, 
ceux-ci à la Bastille, ensevelissant les autres dans 
les sinécures. Vers la fin de sa vie, il eut la main 
heureuse : il poussait Gassion et Fabert, les em- 
ployant avec un grand tact, selon leur aptitude : 
au premier le maniement de la cavalerie, au 
second le gouvernement de Sedan, politique et 
militaire. Enfin, il trouva deux hommes, Henri de 
la Tour d'Auvei^ne et Louis de Bourbon, duc 
d'Ânguien; l'histoire a ditTurenne etCondé. 

Le premier avait trente et un ans ; le second, 
dix années de moins. Celui-ci appartenait h. une 
de ces branches cadettes de la race royale, objets 
séculaires de la jalousie des premiers ministres; 
celui-là était d'une maison souveraine dont la tur- 
bulence avait maintes fois justifié la convoitise 
d'un puissant voisin, et dont le chef actuel venait 



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LOOIS DE BOURBON. 7 

à pdne d'échapper au billot en livrant la capitale 
de son petit Etat. Jamais choix ne furent pluB 
hardis ni plus heureux. Turenne avait déjà un 
renom militaire et une expérience de guerre qui 
manquaient au jeune volontaire d'Arras et de 
Perpignan; mais Richelieu observait Anguien 
depuis son enfance, suivait ses progrès, le déve- 
loppement rapide de son intelligence ; il avait vu 
ce laborieux élève dont les pères de Bourges 
étaient si fiers, se transformer à l'Académie de 
la rue du Temple, montrer ensuite h. Dijon, dans 
la garde d'une frontière menacée, une vigilance 
assidue, une maturité précoce, une rare aptitude 
au commandement; puis, en 16/|0, étonner l'armée 
par son application, son coup d'ceil, sa valeur, 
son audace. Ayant lié i& fortune de ce jeune prince 
h la sienne, le cardinal l'avait trouvé dévoué, 
calme, résolu dans la grande crise de Nar- 
bonne, et alors même qu'il courbait durement 
son orgueil, il avait pu apprécier ta fermeté de 
son caractère. — Au retour du" Roussillon, Riche- 
lieu appela l'attention du Roi sur les deux chefs 
qu'il voulait lui faire agréer. Tout en se croyant 
très sûr de Turenne, dont l'attitude avait été si 
nette devant Perpignan, il ne pouvait confier au 
frère du duc de Bouillon l'armée qui garderait en 
quelque sorte les clefs de Sedan, et il le destinait 



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s LES PRINCES DE CONDÉ. 

à l'Italie. Anguien devait commander les troupes 
qui venaient d'être cantonnées entre l'Oise et la 
Somme ' . 
m Sans les divulguer prématurément, Louis XIH 
Il sut respecter les choix légués par son ministre. 
d»' Picardie C'est EU mois de mai que Turenne reçut sa com- 
^'^réth'.ï ' mission ; mais, dès la fin de février, le duc 
tel itiwndut*. d' Anguien était ofriciellement désigné, et, depuis 
le 2 mars, la série des ordres et des correspon- 
dances ne conserve aucune trace d'hésitation & 
son égard. Toutefois, il est à peu près certain 
qu'au moment où la maladie du Roi s'aggrava, 
où on parla de régence, son changement fut 
agité dans le conseil. Les uns te U-ouvaient trop 
jeune, trop délicat de santé; il est malade, assu- 
rait-on, et ne peut sortir qu'en voiture; d'autres 
redoutaient les intrigues de M. le Prince : lorsque 
tout était incertain, à la veille d'agitations im- 
minentes, était-il opportun de mettre une armée 
aux mains de la maison de Condé? Le secrétaire 
d'État de la guerre, de Noyers, uni & M. le 
Prince par le lien des opinions politiques et re- 
ligieuses, défendait le fïls d'un allié puissant; 
mais son propre crédit baissait (it fut destitué le 

t. Voir aux /H'dcei elDocum^nts, n' I,la DOtesur lerécitde 
La Honssaye, celui dn Vincart, les recherches de H. Canovas 
de Castillo, du général Heilmann et autres. 



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L0DI8 DE BODRBOX. » 

25 aviil), et le nouveau premier ministre, Mazario, 
ne passait pas pour partager ces sentiments ; ce- 
pendant il s'est toujours attribué le mérite d'avoir 
décidé Louis XIII à, persévérer dans sa première 
résolution et & donner au jeune général l'ordre tant 
attendu de partir pour Amiens. Le 17 avril, M. le 
Duc était à son poste '. 11 y fut reçu par son lieu- 
tenant général, qui l'avait précédé de quelques 
jours. François de l'Hdpital, comte de Rosnay, 
connu jusqu'alors sous le nom de Du Hallier, 
arrivait des frontières de la Lorraine, où il avait 
servi l'année précédente, employé à l'étemel siège 
de La Motte *, cette pauvre petite ville, perchée 
sur une butte presque inaccessible, que sa situa- 
tion géographique désignait & de continuelles 
attaques et qui, une fois prise s{>rès tant d'assauts 
repoussés, fut si bien détruite, qu'il n'en reste plus 
trace aujourd'hui. II venait d'être nommé gouver- 
neur de Champagne et se trouvait ainsi désigné 
pour être l'aller ego du duc d'Anguien, ou plu- 
tôt partager le commandement avec lui ; car il 
était prescrit au jemie prince « de ne rien en- 
treprendre que par le conseil du sieur du Hal- 

f . O élait parti de Paris le 15. 

3. Place de Lorraine, déGnitivement rasés en 46&&, située 
près deBounnoDt [Raule-HarDe),qtii est en grande partie bAti 
avec tes [ûerres provenant de la démolition de La Hotte. 



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10 LES PRINCES DE CONDË. 

lier et de toujours agir avec le bon advis dudit 
sieur » . Afin de donner plus de poids encore aux 
conseils de ce mentor, le Roi l'éleva le 23 avril à 
la dignité de maréchal de France, en lui laissant 
les fonctions de « lieutenant général en l'armée 
de Picardie, commandée par mon cousin le duc 
d'Anguien n . Agé de soixante ans, la moustache 
blanche, un peu cassé, le nouveau maréchal de 
l'Hôpital avait beaucoup de services, des bles- 
sures dont il souffrait souvent. Élevé pour l'É- 
glise et non pour les armes, il avait conservé un 
peu des allures de son premier état : des formes 
douces qui n'excluaient pas l'obstination. C'était 
le coup de pistolet tiré en 1616 par son frère, 
Vitry, sous le guichet du Louvre, qui, d'un 
futur évêque, avait fait un capitaine des gardes. 
D'un courage passif, lent d'esprit, il avait plus 
l'habitude des sièges que des opérations en rase 
campagne'. 

L'Hôpital était presque seul au quartier général 
d'Amiens, lorsqu'il fut rejoint par M. le Duc. 

1. François de l'Hôpital, né en 4583, un moment abbé de 
Saint-Germain, puis nommé à l'ôvêché de Ueaux, quitta l'ha- 
bit pour entrer aux gendarmes de la garde, dut sa fortune à 
son frère Nicolas, marquis, puis duc de Vitry, qu'il avait assisté 
dans l'entreprise contre le maréchal d'Ancre et qui lui céda la 
charge de capitaine des gardes. 11 fut aussi un moment enve- 
loppé dans la disgrâce de ce même Vitry, lorsque celui-ci 



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LOUIS DE BODRBON. 11 

Celui-ci arrivait muni de ses pouvoirs, mais sans 
instructions écrites, sans chiffre pour correspondre. 
It amenait sa maison, son premier gentilhomme 
Tourvîlle, ses écuyers, La Roussière, Francine et 
autres, le médecin Monlreuil, le père Mugnier, 
à la fois directeur et secrétaire, l'homme d'af- 
faires Girard, ces deux derniers bien endoctrinés 
par M. le Prince; le lecteur les connaît tous. Les 
jeunes seigneurs, les gentilshommes de distinction 
qui devaient entourer M. le Duc comme volontaires 
n'avaient pas quitté Paris. L'état-major n'était pas 
constitué; les maréchaux de camp, le commandant 
de l'artillerie, le maréchal et les sergents de ba- 
taille, les maréchaux des logis, les aides de camp 
étaient retenus ailleurs ou en con^ ; tous n'étaient 
même pas encore désignés. M. de Bellejeamme, 
intendant de justice et finances de la province de 
Picardie, et M. de Villarceaux, de la généralité de 
Soissons, préparaient les magasins et les hôpitaux 
en attendant l'arrivée de M. de Choisy, nommé 
intendant de l'armée. M. de Choisy prit son ser- 

fat mis il la Bastille pour avoir donoé des coups de bâton à 
l'arcbevéque de Bordeaux ; une rivalité de commandement avec 
Cinq-Hars lui rendit la faveur de Bichelieu. Du Hallier vonait 
d'être nommé gouverneur de Champagne, le 16 mars 1643, et 
il connaissait bien cette frontière, ayant beaucoup servi dans 
tout le Nord, en Artois, en Lorraine, etc. Il se retira après la 
bataille de Rocroy et moumt le 20 avril 1666. 



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n LES PRINCES DB CONDÉ. 

vice un peu plus lard. Mari d'une femme fort à la 
mode, plume habile, homme d'expérience et de 
bon conseil, il avait rempli des fonctions impor- 
tantes ^ et le Roi l'honorait de sa confiance par- 
ticulière. Peu ou point de troupes à Amiens ou 
aux environs ; bien que « rendez-vous » leur eût 
été donné h la date du 12 avril, la plupart des ré- 
giments étaient dans les places ou dans leurs 
quartiers d'hiver, que L'Hôpital, poursuivi de 
plaintes et de réclamations, venait d'élai^r vers le 
sud. D'autres, partis de loin, étaient en route. Un 
des premiers arrivés fut celui de Sirot. Arrétons-le 
un moment aux portes d'Amiens pour faire con- 
naissance avec son chef; car ce sera un des prin- 
dpaux acteurs du drame auquel nous allons as- 
sister. 
1. Claude de Létouf, baron de Sirot, né en Bour- 
gogne en 1606, après avoir servi deux ans comme 



1 . Soit comme négociateur, soit comme intendant d'armée 
en Allemagne, Luxemboui^, Languedoc, etc. — Désigné 
d'abord pour servir en 46i3 sous les ordres directs du Roi 
(décision da 7 avril), il Ait, par commission du 1 S avril, attaché 
à l'armée du duc d'Anguien, qu'il rejoignit dans le courant de 
mai. Jean de Choisy, conseiller au Parlement, maître des 
requêtes, intendant de Champagne, devint chancelier du duc 
d'Orléans. 11 avait épousé, le 8 février 16t8, Jeanne Hurault 
de l'Hôpital. Son fils, l'abbé, l'auteur des Mémoires, a donné 
au nom de Choisy une illustration aui generit. 



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LOUIS OB BOURBON. 13 

soldat, en France au régiment des gardes, en 
Hollande sous Maurice de Nassau, obtint une 
commission de capitaine dans l'armée de Piémont. 
Son régiment ayant été licencié, il leva une compa- 
gnie de cbevau-légers qu'il conduisit en Hongrie, 
prit part à la guerre de Trente Ans sous Wallens- 
tein et sous Gallas. Dans ses Mémoires, il rappelle 
avec orgueil qu'il avait échangé des coups de pisto- 
let avec Gustave-Adolphe et raconte sans émotion 
les tueries et les pillages auxquels il avait assisté : 
a A Manfoue, nous enfoncions jusqu'aux genoux 
dans le cristal de roche. » Rentré dans son petit 
lief et bientôt fatigué de l'inaction, il passa dans 
l'armée suédoise et se retrouva un beau jour prison- 
nier de son ancien général, Wallenstein. Ayant payé 
rançon etrappelé au service de France, il fut promu 
au commandement d'une compagnie d'ordonnance 
de cent maîtres et d'un régiment de cavalerie légère 
armé à la hongroise. C'est en cette qualité qu'il 
figurait depuis 1635 dans nos armées de Picardie, 
de Champagne, de Lorraine^. Trempé h toute 
épreuve, doué de la sagacité militaire, il avait beau- 
coup d'acquis et encore plus de confiance dans son 

I. Il Tenait de conduire un détachement i Brigach et son 
régiment arrivait du Baasigny. Lorsqu'il fut tué en 16SS, il 
était Beutenant général et en passe de devenir maréchal de 
France. 



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U LES PRINCBS DE CONDÉ. 

propre mérite; nous le verrons h l'œuvre. Bien 
qu'il fût simple colonel', le prince profita de 
l'absence des maréchaux de camp pour lui donner 
le commandement de la cavalerie qui se réunis- 
sait dans la vallée delà Somme. Quant aux troupes 
à cheval, déjà cantonnées dans les pâturages de 
l'Authie, auprès de Doullens, et qui formaient 
l'avant-garde de l'année, elles étaient en bonnes 
mains. 

Gassion était connu de M. le Duc, qui avait déjà 
servi avec lui. Et d'ailleurs, qui alors ne connaissait 
« le colonel Gassion, » favori de Gustave- Adolphe, 
distingué et protégé par Richelieu*? Homme de 

<. Le titre da colonel se donnait alors aux chefs de certains 
corps, de cavalerie surtout, recrutés à l'étranger, ou venant do 
service étranger, ou organisés sur le pied de troupes étran- 
gères. Le titra de mestre de camp était celui que portaient 
généralement les chefs de corps. 

S. Il faudrait plutôt dire dbtingué par Louis XIII, si ce prince 
n'avait pas un moment sacrilîé Gassion à Cinq-Mars; car c'est 
réellement le Roi qui a reconnu le premier la véritable aptitude 
de celui qu'il devait mettre à la t^te de la cavalerie légère ; dès 
le 6 juillet 1636, il écrivait au cardinal : « Je fais revenir Gas- 
sion en cette armée {de Picardie) afin de l'oposer i ces marauls 
de Croates. S'il y a quelques convois à conduire, ou s'il faut 
envoyer à la guerre pour prendre langue des ennemys, per_ 
sonne ne le peut faire si bien que luy. •> On ne saurait parcourir 
les lettres du Roi au cardinal sans remarquer un esprit d'ini- 
tiative, un tact politique, une connaissance des hommes, tout 
un ensemble do traits qui n'appartiennent pas au portrait habi- 
tuel de Louis XIIL 



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LODIS DB BOURBON. 15 

guerre autant qu'on peut l'être, n'ayant rien du 
courtisan ni de passion que pour son métier, éga- 
lement prompt à la repartie et h l'action, reltre 
avec la verve d'un Gascon, on ne rencontre guère 
de figure plus originale*. Ce huguenot, fils et frère 
de magistrats huguenots, avait fait ses études chez 
les Bamabites et les Jésuites ; il sortit du collège 
des pères pour s'engager dans les bandes du duc 
deBohan, et, quand tes réformés de France mirent 
t>as les armes, il alla joindre celui qu'on appelait 
« le boulevard de la foi protestante, » le u lion du 
Nord », le grand roi de Suède. G&ssion et son 
régiment acquirent un beau renom parmi tes Sué- 
dois, et, lorsqu'une partie de ceux-ci devinrent les 
« Weymariens, » c'est comme envoyé du duc 
Bemhardt qu'il fut présenté à Louis XIII et à son 
ministre. Betenu aussitôt au service de France, il 
fut activement employé depuis 1656. En 16/|2, 
Richelieu le fit venir en Boussillon ; mais Cinq- 
Mars, dans une de ses reprises d'autorité, l'éloïgna 
comme CTéature du cardinal et le renvoya dans le 
Nord, où le duc d'Anguien vient de le trouver. 



t . Le Roi, s'étsnt amusé an jour à le convoqner pour l'henre 
de la messe, loi demanda en sortant comment il avait trouvé 
la musique : i Sire, répondit le colonel huguenot, six tambours 
et sis trompettes feraient beaucoup plus de bruit, v — Bautni 
se divertissait de ses qnerelles avec le père Joseph. 



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1« LBS PRINCES DE CONDÉ. 

Depuis le 10 décembre 16&1, il était mestre de 
camp général de la cavalerie avec autorité sur les 
autres maréchaux de camp. Exigeant beaucoup des 
troupes, toujours au premier rang, souvent bleasé, 
indulgent aux pillards et terrible « dégatier, » 
comme on disait alors, il était adoré de ses sol- 
dats. Robuste, infatigable, usant force chevaux, 
très habile h. manier ses armes, mus payant peu 
de mine, petit, replet, le visage osseux et presque 
carré, ses traits, son regard annonçaient l'audace 
et la résolution plutôt que la supériorité de la pensée. 
Nous allons voir Gassion au pinacle, le plus actif, le 
plus clairvoyant des éclaireurs, le plus prompt, le 
plus vigoureux des officiers de bataille, réunissant 
ces parties si rares qui font le général de cavalerie 
complet. Il n'avait pas l'étoffe d'un général en chef; 
on s'en aperçut quand il eut des années à. con- 
duire; il fut tué k temps pour sa gloire (16&7) '. 

4. Gassion reDtrait de pennission au moment où H. le Duc 
arrivait. Le 15 avril, d'Amiens, il écrivait à Hazarin, lui ren- 
dant compte d'mie visite qu'il venait de laire à de Noyers, 
pour témoigner au secrétaire d'État disgracié sa reconnaissance 
et sa sympathie ; de tels actes et un tel langage sont raresdans 
tous les temps. — Son père était premier président de Pau et 
son &ère intendant de Bëarn. Né en 4609, il avait servi en 1 636 
BOUS le prince do Condé et en 1 640 à cdté du duc d'Anguien , 
— Comme mestre de camp général de la cavalerie légère, il 
avait succédé à René de Choiseul-Praslin, tué à la Harfée eu 
1S41 . Sa vie a été racontée par t'abbé de Pure 



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LOtlS DE BOORBON. 17 

C'était beaucoup d'avoir sous la main, à l'avant- 
garde, un soldat de cette qualité ; mais il n'était 
pas temps d'agir, et, quant aux nouvelles, Gassion 
n'avait aucun moyen d'en fournir; ses cavaliers, 
disséminés en quartiers de rafraîchissement, u n'al- 
laient pas h. la guerre. » Les gouverneurs des 
places qui bordaient le territoire ennemi ou qui s'y 
trouvaient enclavés pouvaient envoyer plus d'infor- 
mations, et M. le Duc s'était adressé à ces ofTi- 
ciers sans attendre les instructions du Roi. Pour 
comprendre le sens et la valeur des renseigne- 
ments qui lui furent transmis, le caractère des 
ordres qu'il reçut et le commencement d'exécution 
qu'il leur donna, il faut avant tout se rendre 
compte de la situation des eumées belligérantes 
dans cette région et jeter un coup d'oeil sur le théâ- 
tre probable des opérations, 

La guerre entre la France et l'Espagne, si sou- 
vent déclarée, suspendue, reprise de droit ou de 
fait, s'était rallumée plus ardente en iGSk. Depuis d< 
dix ans, les hostilités se continuaient sans inter- 
ruption, dans le Nord, autour des limites que le 
droit féodal avait tracées entre le domaine direct 
des rois de France et les anciennes possessions des 
ducs de Bourgogne ; limites tout artificielles que 
ne jalonnait aucun obstacle naturel, qui ne sui' 
vaient nulle part le tracé des cours d'eau. De notre 



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la LES PR1NCE3 DB CONDÉ. 

côté, un peu en anîère, la Somme, avec ses prai- 
ries marécageuses et ses tourbières, donne une 
assez bonne ligne, coupée de chaussées qui, 
toutes, ont leurs forteresses : Abbeville, Amiens, 
Corbie, Péronne, Ham, Saint-Quentin. La source 
de cette rivière est presque contiguë à la vallée de 
l'Oise ; c'est à. peine si une légère ondulation mar- 
que le changement de bassin. Coulant du nord-est 
au sud-ouest, l'Oise offre une voie pénétrante k 
l'envahisseur qui a franchi la Somme, ou qui s'est 
emparé des petites places de La Capelle et de 
Guise, construites h. la tète de la vallée. D'autre 
part, les rivières qui arrosent les Pays-Bas pren- 
nent leur source en France: la Lys, l'Escaut, la 
Sambre, la Meuse ; ce sont aussi des lignes d'in- 
vasion; nous n'étions pas en mesure d'en faire 
usage. 

Dans toute cette guerre, le roi d'Espagne vise 
plus & frapper, à désarmer son ennemi qu'à lui 
arracher des lambeaux de territoire ; il lui enlèvera 
sa couronne, s'il le peut; au moins il essayera de 
démembrer son royaume. Philippe II, ayant man- 
qué l'occasion en i557, faillit réussir avec l'armée 
du duc de Parme. Tout autre est le jeu du roi de 
France : il cherche à gagner le terrain pied à pied, 
à saisir une place, puis une autre, à les joindre 
à son domaine, & faire son pré carré. Durant cer- 



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LODIS DE BOORBON. 1« 

taines périodes, l'Espagnol des Pays-Bas, engagé 
au nord avec les HoUandais, ayant des insurrec- 
tions à réprimer, se borne & repousser les Fran- 
çais, attendant l'occasion pour revenir à sa grande 
entreprise : la marche sur Paris. 

Paris! la victoire de SainMjuentin semblait en 
avoir ouvert les portes à Philibert-Emmanuel; la 
Ligue en avait remis les clefs èi Famèse ; les cou- 
reurs du cardinîiMnrant poussèrent jusqu'à Chan- 
tilly, en 1636. La fortune de la France, l'épée 
de Henri IV, la ténacité de Louis XIII, avaient 
écarté le péril ; mais ce péril renaissait toujours, et, 
en cette année 16&2 qui venait de finir, une 
bataille ga^ée par les Espagnols , vainqueurs 
aux sources de l'Escaut, leur eût ouvert le 
chemin libre jusqu'à Paris, s'ils n'avaient été 
arrêtés par une diversion de notre armée d'Alle- 
magne. 

Au commencement de 16fi3, l'Espagne tenait 
presque tout le Brabant, les Flandres, l'Artois 
(moins trois places), le Hainaut (moins une place) 
et le Luxembourg (en y comprenant Thionville). 
La France, outre la Picardie, la Champagne et les 
Trois-Évêchés, occupait le littoral reconquis jusqu'à 
Calais, le Boulonnois et le comté de Guines ; de 
ses conquêtes éphémères en Artois, elle gardait 
Arras, Hesdin et Bapaume; elle avut détaché 



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» LES PRINCES DE CONDÉ. 

Laodrecies du Hainaut. Si l'on considère la France 
actuelle, on voit que le roi catholique possé- 
dait le département du Nord (moins la petite ville 
de Landrecies) et celui du Pas-de-CiJais (moins 
le littoral et trois places isolées). Le gouverneur 
espagnol des Pays-Bas pouvait communiquer par 
Thionville avec les domaines ou les alliés que son 
souverain conservait en basse Alsace et dans la 
vallée du Rhin, enfin avec les généraux et les 
terres de l'Empereur. Il avait à se garder forte- 
ment vers le nord pour contenir « les rebelles » 
des Provinces-Unies, qui comprenaient le royaume 
actuel de Hollande. Maîtres des bouches du Rhin 
et de la Meuse, les confédérés pouvaient encore fer- 
mer l'Escaut ou l'ouvrir aux Anglais; l'Espagne 
perdait ainsi le parti qu'elle aurait pu tirer de la 
possession d'Anvers et sur la mer du Nord dispo- 
sait des seuls ports d'Ostende et de Dunkerque, 
presque toujours bloqués par les flottes hollan- 
daises. 

Telle était la situation des belligérants quant 
aux territoires occupés. Examinons la situa- 
tion des armées. La France avait , dans les 
dernières années , essuyé en rase campagne 
des revers considérables , devant Thionville 
en 1639, près de Sedan, à la Marfée en ISil, 
et en 16(|2 h Honnecourt^ aux sources de l'Es- 



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LOUIS DE BODRBON. H 

caut*. Trois fois nous avions été surpris et trois 
fois la défaite s'était changée en déroute. Dans 
ces rencontres, la cavalerie française avait plutôt 
manqué de souffle que d'élan; elle avait facile- ^ 
ment lâché pied et trop vite quitté le champ de 
bataille. L'infanterie, abandonnée par la cava- 
lerie, s'était montrée inégale; la solidité, la cohé- 
sion lui avaient fait défaut. L'armée espagnole 
conservait le prestige de la supériorité militaire. 

Au milieu des petites places éparses dans les L-inn*« 
vastes plaines des Pays-Bas, l'armée du roi catho- FUDdn; 
lique figurait comme une citadelle vivante et lm • i«ci<u 
mobile, destinée ii contenir les peuples dans la 
soumission et k résister aux invasions, difRcile à 
ravitailler, mais menaçîiQte, dominant au loin, 
poussant de vigoureuses sorties. On pouvait l'en- 
tamer, la frapper dans ses dehors; tant qu'elle 
restait debout, l'adversaire ne devait compter ni 
sur une victoire définitive ni sur une conquête 
durable. Les contingents fournis par les diverses 
provinces de la monarchie, les Italiens de Naples, 
de la Sicile et du Milanais, les Bourguignons de la 
Franche-Comté, les Flamands, les Wallons, les 
Allemands venus des bords du Rhin représen- - 
taient les ouvrages extérieurs, soutenus et reliés 

i . Voir aux Pièctt et Document*, n" II, la note sur les ba- 
tailles de ThioDville, la Harfée et Honnecourt. 



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SS LBS PRINCES DE CONDÉ. 

par un réduit inébranlable, les fameux tereioi 
viejûs^, les » Espagnols naturels n. Ces vieux 
régiments ne pouvaient guère s'entretenir par un 
recrutement régulier : « Vouloir mettre une pique 
en Flandre, disait le proverbe castillan, c'était ten- 
ter l'impossible. » Les contingents arrivaient diOî- 
cilement par mer, rares ou faibles, presque nuls 
depuis l'anéantissement de la grande Armada; le 
cabinet de Madrid laissait ces légions lointaines 
s'épuiser périodiquement par la guerre ou les ma- 
ladies. Quand l'elTectif tombait trop bas, d'autres 
étaient mises sur pied dans le Milanais ou dans le 
Napolitain, et soit par la Savoie et la Franche- 
Comté, soit par le Brisgau et l'Alsace, ou par la 
Valteline et les États autrichiens, elles gagnaient 
les Pays-Bas. C'est ainsi que l'armée du duc 
d'AIbe remplaça vers 1566 celle qui avait triom- 
phé h. Saint-Quentin avec Philibert-Emmanuel ; il 
y eut ensuite celle du duc de Parme, celle de 

1 . Lots de leur création au xvi* siècle, les r^gimeats d'io- 
fanlerie espagnols étaieot divisés va trois troDÇODS, I'ud armé 
d'épSes et de boucliers, un autre de piques, le troisième d'ar- 
quebuses ; de là le nom de lerciot, qui avait survécu à la mo- 
dification de l'armement. — Sous le titre : Del principio y /in 
que luvo la supremacia militar de los Esptmoletj H. Cano- 
vas de Castillo a esquissé à grands traits l'histoire de l'armée 
espagnole de Flandre aux xvi' et xvn* siècles. Ce remarquable 
Eitai de l'éminent homme d'Ëtst nous a fourni de précieux 



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LODIS DE BOURBON. 33 

Spinola ; l'année du cardinal-infant que nous avons 
sous les yeux avait dix ans de service. 

Dans le chapitre trente-huitième du plus célèbre 
des romans, au moment oii de nombreux auditeurs, 
groupés autour du bon chevalier de la Manche, 
écoutent un de ces discours où la hardiesse de la 
philosophie s'enveloppe d'un léger voile de folie, 
la porte de l'hôtellerie bien connue s'ouvre devant 
a un homme au teint brun, à la moustache longue, 
qui paraît revenir du pays des Maures ». Le 
silence se fait aussitôt, et cet honune, « le captif, » 
qui arrive d'Alger, jetant le masque du récit im- 
personnel, raconte sa propre histoire, les hauts 
faits a d'un tel de Saavedra ». En quelques mots, 
il trace le tableau des souffrances du soldat a le 
plus pauvre entre les pauvres, réduit à la misère 
de sa paye, qui vient tard, si jamais elle vient, ou 
à ce qu'il grappille de ses propres mains, au grand 
péril de sa vie et de sa conscience ; parfois si nu 
qu'un méchant pourpoint lui sert de chemise et de 
parure, et, lorsqu'il couche sur la terre en rase 
campagne, au milieu de l'hiver, ayant pour tout 
réconfort l'haleine qu'il tire de sa bouche et qui, 
contre les règles de la nature, sort froide, croyez- 
le; car elle sort d'un lieu vide *. » Cervantes avait 

1. i>i>n Quixole, primera partfi, c. sxxvnt. 



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» LES PBINCeS DU CONDS. 

servi dans les teicios de Moncada et de Figueroa. 
Blessé au visage, mutilé par la guerre, il est le 
type accompli, héroïque du « faDtassin; » le mot 
est d'origine espagnole. 

Ces fantassins avaient à un haut degré cer- 
taines vertus du soldat, la frugalité habituelle, la 
patience, le mépris de la mort. Fiers, fatalistes, 
violents, impitoyables, se montrant k l'occasion 
sans frein dans la débauche, et, au lendemain d'un 
pillage, reprenant leur vie de misère avec la même 
résignation, tous se croyaient ou se disaient gen- 
tilshommes, hidalgos, vieux chrétiens pour le 
moins. Les ofTiciers étaient de la même caste que 
les soldats; si le cadre d'un régiment avait sur- 
vécu à la troupe, on formait des compagnies d'offi- 
ciers réformés qui portaient la pique et le mousquet 
à côté des autres. Dans leurs mutineries (qui 
étaient fréquentes), ils changeaient leurs chefs, et 
souvent les généraux traitaient avec eux, accep- 
taient leurs choix; d'autres fois, la répression 
était terrible : on pendait beaucoup. Il n'y a pas, 
dans les temps modernes, de troupe qui ait plus 
ressemblé aux argyraspides d'Alexandre et aux 
vétérans de César. 

L'infanterie recrutée en Italie et amenée en 
Flandre avec les tercios était k peu près dans les 
mômes conditions, peut-être plus alerte, mais 



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LOUIS DE SODRBON. 35 

moins fenne, moinB disciplinée, ayiuit plus de 
besoins, plus de vices ; là était le principal foyer 
des rébellions. Ces soldats étaient suivis de 
femmes et de valets en grand nombre, dont ils se 
séparaient pendant les mois de campagne, et qu'ils 
retrouvaient ou ne retrouvaient pas en reprenant 
leurs quartiers d'hiver. Un jour, le tercio du mar- 
quis d'Venhe, quittant Namur, y laissait six cents 
personnes de son bagage, et le gouverneur d'Aire, 
en juin i&k^, comptait dans sa place deux cent 
quatre-vingt-onze femmes mariées {donne matitate) 
appartenant au régiment italien Martini, avec trois 
fois autant d'enfants, et sans compter les concu- 
bines. II faut se reporter aux gravures de Gallot, 
les Misères de la guerre, surtout aux tableaux et 
aux estampes de certains maîtres flamands, pour se 
Ogurer avec quelle licence vivaient ces bandes 
d'expatriés, non seulement en pays ennemi, mais 
dans les contrées mêmes qu'elles étaient appelées 
k défendre et & protéger; de nombreuses lettres 
de prélats et d'administrateurs belges en témoi- 
gnent avec des détails effrayants. Les soldats que 
nous pouvons appeler indigènes, les Flamands, 
Wallons, Lorrains, Comtois, Allemands du cercle 
du Rhin, sont généralement plus jeunes, moins 
violents, peut-être plus prompts k se débander; 
ils sont chez eux, ils savent où fuir après une dé- 



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S6 LBS PRINCES DE COHDÉ. 

route, où se retirer à la fin de leur engagement, 
Ia combinaison de tous ces éléments disparates, 
de ces troupes d'origine et de mœurs si différentes, 
tenant les mêmes garnisons, combattant ensemble 
sans se mêler, faisait la force et la faiblesse de 
l'armée du roi catholique; les régiments se sur- 
veillaient entre eux, se maintenaient ou se rame- 
naient réciproquement dans le devoir ; il y avait 
des rivalités généreuses; it y levait aussi les haines 
de race, les jalousies fatales, parfois la trahison ou 
le soupçon de la trahison. 

Vigoureuse dans les attaques, sachant tirer parti 
du feu ', ayant surtout la tenue du champ de ba- 
taille, cette infanterie manquait de mobilité et de 
souplesse, exagérait les formations compactes. La 
cavalerie, presque toute alsacienne et wallonne, 
avec quelques compagnies espagnoles, pesamment 
armée, bien montée, élait surtout redoutable au 
choc; les troupes légères, armées à la hongroise, 
venaient des pJaines du Danube. L'artillerie, lourde, 
mais suffisaniment nombreuse et bien munie, était 
accompagnée d'équipages de siège et de ponts 
très complets pour l'époque. Alors que le canon 

1. En 1595, devant Doullena, l'année française ne put sup- 
porter le feu terrible des Cercios, < ces aalves qui faisaient 
paraître tout un enfer au milieu des blés *. [Récit etpagnol, 
ap. Fomeron, Philippe II, t. IV.) 



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LODIS DE BOURBON. ^ 

dans les armées françaises était conduit par un 
simple lieutenant du grand maître, qui n'avait pas 
de rang militaire bien dérmi, à moitié soldat, à 
moitié entrepreneur, chaque armée espagnole avait 
un général d'artillerie. La disparate que présen- 
taient les troupes se retrouvait dans le comman* 
dément avec des complications qui semblaient être 
un legs politique de Philippe II. 

Si le capitaine eénéral, gui réunissait tous les l« «piuine 
pouvoirs, était mamtenu plusieurs années dans ses et wiiauieiHoii. 

. PoaUiue, Bcck. 

fonctions, les généraux sous ses ordres changeaient 
souvent d'attributions; leurs patentes n'étaient 
données que pour six mois. Les chefs de corps 
mêmes, les mestres de camp, étaient souvent dé- 
placés et mis h dessein k la tête de régiments de 
race différente. L'origine obscure ou douteuse 
n'était pas un obstacle : tin marchand génois avait 
jadis succédé au duc de Parme; aujourd'hui le 
propre frère du roi* vient d'être remplacé par un 
cadet de famille portugais, don Francisco Melo, 
qui a pour mestres de campg énéraux un pâtre 
du Luxembourg, Beck', un gentillàtre lorrain, 

1 . Ferdinand, fils de Philippe III, roi d'Espagne, dil le car- 
dinat-infaDt (voir t. III, p. 433, noie). 

S. Jean Beck, né à Bastogne dans le Lniembourg, sncces- 
sivemenl berger, postillon, soldat au service d'Espagne, fut 
créé baron, gouvemenr du duché de Luxembourg et parvint 
au grade de marédial de camp général. A Ttiion ville, en 1639, 



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S« LES PRINCES DE CONDÉ. 

Fontaine S et comme principaux lieutenants, au- 
dessous de ces deux soldats de fortune, de grands 
seigneurs tels que le prince de Ligne, le comte 
de Bucquoy, le comte d'Isembourg, Cantelnii des 
ducs de Popoli, La Cueva, duc d'Alburquerque, 
■appartenant aux plus hautes lignées des provinces 
belges, de l'Allemagne, de Naples et de la Castille. 

il menait l'avant-garde comme sergent général ào bataille, et, 
en 1 6&I, il eul la plus grande part à la victoire de Honnecourt. 
Percé de coups et pris à Itt bataille de Lens (<648), il mourut 
i Arras et fut inhumé à Luiemboui^ dans l'église des Ré- 
collets. 

^. Enrôlé très jeune, Paul- Bernard Fontaine s'ét^t fait 
promptemenl remarquer, et, dès 1 626, il avait rendu à la maison 
d'Autriche des services assez importants pour ëlre nommé 
comte par l'empereur Ferdinand LI. La môme année, il acquit 
d'Henri Gouffier, marquis de Bonnivet, la terre de FougeroHes 
en Franche-Comté; ce litre de seigneur de FougeroHes a fait 
supposer que Fontaine était Comtois, ou tout au moins Vosgien. 
Fils d'un matlre d'hôtoldu duc do Lorraine, élevé peut^tre A la 
cour de Nancy, en tout cas protégé par ta duchesse Marguerite, 
il épousa Anne de Raigecourt, d'une ancienne famille des envi- 
rons de Hetz [communication de M. Castan, l'érudit bibliothé- 
caire de Besani^n). En (631, il était gouverneur do Bruges. 
Hiilippe IV le nomma l'un des gouverneurs des États de 
Flandres, â la mort du cardinal-infant. En <643, il avait cin- 
quante ans de service et le grade de maréchal de camp général. 
Remarquons que presque tous les recueils biographiques con- 
fondent ce soldat de fortune, tué à Rocroy, avec Pedro Enriquez 
de Acevedo, comte de Fuenles, petit-neveu du grand-duc 
d'Albe, né vers 15i6, longtemps capitaine général des armées 
espagnoles, vainqueur à Doullens en 1693, et mort en 1610 à 
Hilan, où nous l'avons vu recevoir Henri 11, prince de Condé, 



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LOOIS SE BOORBOH. » 

Assez proche parent de l'héritier des anciens 
rois de Portugal', Melo avait rompu de bonne 
heure avec le chef de sa maison, le duc de fira- 
gance, dont les prétentions semblaient n'avoir 
alors aucune chance de succès. Pauvre, ambitieux, 
il avait quitté l'antichambre de son cousin en dis- 
grâce p«ur se donner au premier ministre de 
Philippe IV, dont il sut gagner et conserver la 
faveur. La carrière de la politique active s^ouvrit de- 
vant lui ; il en parcourut rapidement tes degrés et 
s'acquitta heureusement de missions difficiles à 
Vienne, à Gênes, i. Ratisbonne, en Sicile. C'était 
un homme d'une quarantaine d'années, trapu, tes 
cheveux touffus, le visage noir, d'aspect très mé- 
ridional. Intelligent, adroit, énergique, diplomate 
consommé , administrateur habile , il n'avait ni 
expérience de la guerre ni connaissances profes- 
sionnelles quand il reçut, avec le titre de gouver- 
neur des Pays-Bas et de Bourgogne, le grade de 
capitaine général et le commandement d'une ar- 
mée. La fortune sourit à ses débuts; il créa des 
ressources, rétablit un peu d'ordre dans les fi- 
nances et entra en campagne en 1642 avec une 

1. DOD Francisco Melo de Braganza, successivement créé 
coiDte d'Assumar et marquis de Tor de Laguna, descendait 
d'Alphonse, premier duc de Bragance (1441), fils naturel de 
Jean I", roi de Portugal. 



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30 LES PRINCES DE CONDË. 

armée bien pourvue, à laquelle il sut donner une 
bonne direction générale. Pour conduire les trou- 
pes sur le terrain, il pouvait se fier au coup d'œi] 
siir, au sang-froid et à la longue expérience de 
Fontaine, vieux guerrier de cinquante ans de ser- 
vice, et au courage entraînant de Beck, d'un ca- 
ractère bouillant, animé par la haine du nom 
français, un de ces hommes que nos voisins d'ou- 
tre-Rhin surnomment général Voneaerts (en avant). 
Employant habilement selon leur aptitude des lieu- 
tenants de celte qualité, Melo enleva Lens et la 
Bassée sous les yeux des généraux français; puis, 
ceux-ci ayant séparé leurs quartiers, il tomba un 
matin sur l'armée du maréchal de Guiche, et, 
lâchant la bride h. Beck, remporta une victoire 
éclatante (26 mai t6f|2). Peu s'en fallut que le 
gouverneur des Pays-Bas ne pût alors réaliser 
le rêve de ses prédécesseurs, pénétrer jusqu'au 
cœur de la France. 

« Les Espagnols se vantent, dit un auteur con- 
temporain, sagace et bien informé ', de vouloir 
hyverner à Paris sur le fondement de leur pre- 
mier exploit en Picardie. » C'était un objectif fixé 
parla tradition; or la tradition régnait dans cette 
armée ; établie par les maîtres, elle guidait leurs 

t. Le Laboureur, HUtoire de Guébrianl. 



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LOUIS DE BOURBON. 31 

rs. Il y avait là. une véritable école : avec 
des d^rés marqués dans la pratique, des écarts 
considérables dans le succès, la méthode reste 
uniforme. Quelle que soit la diversité des origines, 
du mérite, les généraux du roi catholique emploient 
les mêmes procédés stratégiques ; le secret et le 
calcul dans la combinaison des marches, les con- 
centrations longuement préparées , rapidement 
exécutées, l'emploi très étudié, souvent excessif, 
de la fortification ; plus de sièges que de combats. 
Habituellement temporiseurs, ils ont leurs jours 
de hardiesse ; excellant à défendre ou à gagner le 
terrain pied à pied, ils savent aussi, quand l'oc- 
casion se présente, aller au loin chercher le corps 
à corps avec l'ennemi. Le plus souvent victorieux 
en face des Français, ils n'ont pas toujours eu le 
même bonheur avec d'autres adversaires, et ces 
rebelles hollandais, qu'ils affectent de mépriser, 
leur ont donné mainte leçon dont ils n'ont pas su 
profiter. Dès l'année 1600, dans la journée de 
Nieuport, Maurice de Nassau avait montré à. leurs 
dépens comment une armée divisée en groupes 
maniables, habile à évoluer, & changer de front, 
pouvait battre des troupes plus nombreuses, plus 
aguerries, mais rivées à une tactique fixe et sans ' 
souplesse. C'est l'histoire de la légion et de la 
phalange. 



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33 LES PRINCES DE CONDÉ. 

li faut s'arrêter un moment à ces réformatears 
de la tactique pour comprendre les revers qui 
vont frapper cette armée espagnole dont nous 
essayons d'expliquer la grandeur et la déca- 
dence. Le stathouder Maurice avait ouvert la voie, 
trouvé des formules pour le maniement de la pique 
et du mousquet, tracé des règles pour distribuer 
les troupes, varier leurs évolutions, combiner 
remploi des dilférentes armes. Rompant les en- 
traves d'une organisation capricieuse , il créa 
des unités de combat d'égale valeur, le bataillon 
et l'escadron. La théorie est une lettre morte 
sans la pratique; les principes posés par cet 
instructeur incomparable reçurent leur appli- 
cation sur le champ de bataille. Venu après 
Maurice, connaissant imparfaitement son œuvre, 
esprit indépendant, Henri de Rohan essaya d'a^ 
dapter les enseignements de l'antiquité, sur- 
tout les leçons de César, au service des armées 
modernes; il ne sortit guère des idées géné- 
rales ; non certes qu'il fût étranger à la con- 
duite des troupes sur le terrain; mais, n'ayant 
commandé que des armées de rencontre, il n'a- 
vait pas eu l'occasion de manier longtemps de 
suite un même instrument façonné à sa guise. 
D'un génie plus vaste et plus hardi, Gustave- 
Adolphe porta les réformes ébauchées en Hoi- 



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LOUIS DE BOURBON. 33 

lande aussi loin que le permettait l'état de l'ar- 
mement. 

Lea Espagnols, fiers d'avoir vaincu les Suédois vamte 
à Nôrdiingen, continuant de malmener les Fran- «np. 

ds U Somma 

«us, tenaient peu de compte des créations de«teou»ii»i'oiiB. 

0«(TIM. 

inaunce et de Gustave. Pourquoi ces manœuvres 
nouvelles, ces subdivisions? Fallait-il, pour quel- 
ques accidents, renoncer h ce vieil et glorieux 
ordre de bataille, changer l'allure de ces compa- 
gnies d'hommes d'armes, de ces tercios si fermes 
quand ils recevaient le choc, marchant si droit 
quand il fallait frapper? Au contraire, depuis plu- 
sieurs années, l'armée française comptait parmi 
ses chefs, et même parmi les ofliciers subalternes, 
nombre de militaires qui avaient appris leur mé- 
tier en Hollande ou servi avec les disciples du roi 
de Suède; sous leur inspiration, la tactique se 
réglait, se modifiait par degrés; jusqu'à, ce jour, 
aucun succès éclatant n'avait consacré ces ré- 
formes encore timides et obscures ; mais vienne 
le vrai capitaine qui saura mettre en œuvre ce 
travail préparatoire, et la semence portera ses 
fruits. A côté des gens de métier qui tiraient 
sagement profit des résultats de leur expérience, 
il y avait aussi, dans nos rangs, des étourdis qui 
voulaient tout mener à la mode suédoise ou hol- 
landaise, comme on a vu, dans d'autres temps. 



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34 LES PRINCES DE CONDË. 

certains imitateurs serviles copier maladroitement 
Frédéric et ses continuateurs; d'autres, par réac- 
tion contre l'engouement ou seulement par igno- 
rance, restaient rebelles au progrès, Au quartier 
général d'Amiens, la routine était représentée par 
L'Hôpital, l'esprit nouveau par Gassion et par 
Sirot, moins brillant, plus complet. Nous avons 
vu comment le duc d'Anguien, prenant posses- 
sion de son commandement, rencontra ces trois 
hommes, quelle situation ils occupaient au mo- 
ment où le jeune général survenait presque seul, 
devançant ses instructions, ses oEficiers, ses 
troupes, cherchant des nouvelles, et nous avons 
quitté l'état-major français pendant ces pre- 
miers temps d'inaction forcée, pour jeter un 
coup d'oeil au delà de la frontière et connaître 
l'adversaire avec lequel Anguien allait croiser le 
fer. 

Six jours après son arrivée, le 21 avril*, 
il reçut les instructions du Roi, datées du 16*. 
Aucun plan ne lui était tracé, aucune entreprise 
indiquée. Sa mission était de pénétrer « les des- 
seins des ennemis et d'en empescher l'effect ». Il 
devait régler ses mouvements sur ceux de l'ad- 
versaire, repousser les incursions sur les terres du 

t. M. le Duc à M. le Prince. A. C. 
t. A. C. 



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LOUIS DE BOURBOIf. 35 

Roi et secourir les places attaquées ; a Sa Majesté 
ne luy pouvant rien prescrire de particulier sur 
ce subjeci, mais seulement de faire ce qu'il 
jugera, estant sur les lieux, par le conseil du 
sieur du Hallicr,... estre le plus advantageus 
sans s'engager à rien dont l'issue ne doibve, par 
toutes les apparences humaines, estre glorieuse 
pour les armes de Sa Majesté ; » et, comme 
pour rendre la tâche plus ardue encore, le Roi 
se réservait la disposition d'une partie des forces 
qu'il mettait aux ordres de son jeune cousin. 
Ainsi les troupes qui avaient rendez-vous sur 
la Somme et sur l'Authie, ou qui étaient encore 
disséminées dans diverses garnisons, constituaient 
l'armée de Picardie proprement dite. Quant aux 
deux corps que le marquis de Gesvres réunissait 
dans la vallée de l'Oise, entre Guise et Chauny, le 
duc d'Anguien ne pouvait les appeler è. lui que 
pour une grande occasion, successivement, et de 
telle sorte que Sa Majesté pût toujours les retrou- 
ver pour les faire concourir aux opérations qu'elle 
comptait diriger en personne. Les ordres de détail 
insistaient sur cette séparation, traçant une limite 
exacte entre les quartiers de l'armée de Picardie 
et les logements assignés aux troupes du marquis 
de Gesvres, qui, dans certaines pièces, reçoivent le 
nom d'armée de Champagne, 



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M LES PRINCES DE CONDÉ. 

Ces insboictions, h. la fois vagues et compliquées, 
étaient plus faites pour rendre celui auquel elles 
s'adressaienl indécis et timide que pour diriger 
l'inexpérience d'un général de vingt ans. La dispo- 
sition en deux groupes sur la Somme et sur l'Oise 
présentait quelques avantages, encore plus de pé-' 
rils. Comme premier rendez-vous, elle était judi- 
deuse, facilitait les subsistances, entretenait l'en- 
nemi dans un certain doute sur la direction des 
mouvements ultérieurs, permettait de serrer sur la 
droite ou sur la gauche, chacun des deux groupes 
pouvant servir de base è. la concentration générale. 
L'écart entre les deux ailes était excessif; là était 
le danger, accru encore par l'organisation du com- 
mandement. Gesvres avait des pouvoirs distincts et 
recevait de Paris des ordres directs. Il lui était 
bien pi-escrit de déférer aux réquisitions du duc 
d'Anguien ; mais il était chargé d'observer le 
Luxembourg, de veiller ^ la sûreté de la Champa- 
gne et d'en garnir les places; enfin il devait se 
tenir prêt & soutenir le maréchal de la Meilleraie, 
posté b. Langres avec un rassemblement de troupes 
qui, bien que décoré du nom d'armée de Bourgo- 
gne, était en nombre insuffisant poiir conquérir la 
Fi-anche-Comté et se saisir de la ville impériale de 
Besançon, opération que le Roi se réservait de diri-' 
g» en personne ; or, tant que Louis XHI eut un 



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LOUIS DE BOURBON. 37 

souffle de vie, rien ne put lui faire abandonner 
cette chimère. C'était un brillant officier que le 
marquis de Gesvres; dans la force de l'&ge, ar- 
dent, bien en cour, capitaine des gardes, aspirant 
& la dignité de maréchal de France et fort pressé 
de voir réussir des prétentions déjà appuyées sur 
de beaux services'. Laissé en quelque sorte arbi- 
tre de ses mouvements, il pouvait, sans manquer 
au devoir, céder au désir de manœuvrer seul ou de 
conduire ses troupes sous les yeux du Roi. Au 
moment le plus critique, le commandant en chef de 
l'armée de Picardie se trouvait exposé à. voir sa 
droite entièrement découverte et à. perdre le con- 
cours d'un liers (au moins) de ses troupes. 

Il était difficile de prendre un commandement 
dans des circonstances moins avantageuses. La 
mort de Richelieu avtùt amené un relâchement gé- 

1, Louia-Francois Potier, maïquis de Gesvres, d'une famille 
de robe très puissante, descendant du secrétaire d'Éiat bien 
connu de Henri III et de Henri IV, né en 4610, se distingue 
très jeune devant la Rochelle, sert pendant trois ans en Hol- 
lande; toujours et très activement employé depuis son retour 
en France (1631). Hestre de camp de cavalerie et maréchal de 
camp en (638; très brillant à Fontarabie, grièvement blessé au 
siège d'Anas et dans mainte occasion (trente-deux blessures, 
disait-on], reçoit, en4 6il,le régiment d'iafanterie du malheu- 
reux Saint-Preuil. Capitaine des chasses et capitaine des gardes 
en survivance de son père, récemment créé duc de Tresmes. 
Tué le i août 1643. 



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SB LES PRINCES DE COMDÉ. 

néral, suite habituelle de la chute des gouverne- 
ments qui ont tendu à. l'excès tous les ressorts. 
Les mécontents relevaient la tête; les ambitieux 
se tenaient aux aguets; tous les yeux étaient tour- 
nés vers la cour. Le lien de la discipline s'affaiblis- 
sait; chacun allait, venait, celui-ci pour régler ses 
affaires, cet autre pour solliciter. Gesvres, malgré 
son goût pour le métier des armes, quitta son poste 
important de Chauny et s'absenta des premiers, 
appelé par de graves intérêts de famille, peut-être 
aussi obéissant à un sentiment plus impérieux 
encore que l'ambition'. Des maréchaux de camp 
comme d'Aumont, et le maréchal de bataille lui- 
même, La Vallière, suivirent cet exemple ; après 
s'être montrés à leur poste, à peine arrivés, ils 
repartaient. « Tous les capitaines du régiment des 
gardes escossoises, écrivait M. le Duc à son 
père, s'en sont allés à Paris sans mon congé ; 
les officiers suisses sont aussy tous à Paris; il 
n'y a point d'officiers h. ces troupes, et les soldats 
ne marcheront pas sans eus. Que l'on com- 
mande & tous les officiers de l'armée qui sont 



1. Le prétexte de cette absence éUit la préseoUtion de son 
père comme duc et pair; le vrai motif était son désir de se 
rapprocher de Marie de Gonzague, future reine de Pol<^ne. 
Le Dom de cetle princesse, que nous avons déjà prononcé 
(1. ni, ch. iv), reparaîtra plusieurs fois dans ce récit. 



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LOCIS DE BOURBON. 39 

& Paris de se rendre à leurs charges ». L'ar- 
gent devenait rare; les services étaient mal as- 
surés, la solde en retard. « Nostre artillerie n'est 
point preste pour marcher; nous avons si peu 
de chevaus, qu'on n'en peut guère mener... 11 
n'y a plus de quoy faire subsister la cavale- 
rie d'Amiens ny celle d'Abbeville », écrivait en- 
core M. le Duc, et, quand on lui annonça un pre- 
mier envoi d'argent, on eut soin de le prévenir 
qu'il n'y avait rien pour l'infanterie. « Il est fort h. 
craindre qu'elle ne se desbande, répMqua-t-it. 
Suriout payés les Suisses ; ne maltraités pas un 
corps considérable. Si l'on n'observe pas le traité 
qu'ils ont faict avec M. de Noyers, je prévoy 
un grand désordre et qui gagneroit toute Vkt- 
mée » *. Les chefs des troupes étrangères ca- 
pitulées laissaient entendre que la mort prochaine 
du Roi les relèverait de leur serment. Il n'y avait 
pas de mutinerie & craindre, mais la désertion pou- 
vait devenir contagieuse. Dans les régiments natio- 
naux, qui ne quittaient guère le sol de la France, 
les hommes fatigués ou ennuyés disparaissaient 
assez facilement; quelques-uns étaient arrêtés, 
beaucoup échappaient, retournaient chez eux ou 
allaient reprendre du service ailleurs : si les capi- 

f.M. le DucàH.lePrïDc«, », Si, S6, IS avril; S, ISmai. 
A. C. 



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40 LES PRINCES DE COKDÉ. 

taines, en recrutant leurs compagnies, tombaient 
sur un homme de bonne mine, ils ne s'inquiétaient 
guère des antécédents. Les troupes commettaient 
beaucoup de désordres. Le ministre en demandait 
la répression, signalait les « voleries n des capi- 
taines qui présentaient des « passe-volants » aux re- 
vues, etc. On pendait quelques pillards, on mena- 
çait certains officiers de la Bastille, on cassait les 
plus mauvais. 

L'armée manquait d'ardeur et de conriance; elle 
avait cette allure triste et résignée que donne l'ha- 
bitude de la défaite. M. le Duc se rendait bien 
compte du tempérament de ses troupes : « II y en 
a de bonnes, mais pas toutes » '. Plusieurs corps 
avaient montré de la faiblesse dans les campagnes 
précédentes ; on les nommait. Sur vingt régiments 
d'infanterie, neuf ou dix pouvaient être considérés 
comme solides, encore étaient-ils presque entière- 
ment refaits ; car tous avaient souffert. L'effectif 
de quelques-uns était tombé si bas, qu'il fallait en 
mettre deux ou trois ensemble pour former l'unité 
de combat, le bataillon. Nombre de visages im- 
berbes dans les rangs, quoique l'ensemble fût 
robuste, les piquiers surtout, hommes de choix, 
appelés à manier une lourde lance et à- recevoir 

4. M. le Duc il M. le Prince. A. C. 



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LOUIS DE BODRBON. 41 

le choc; les mousquetaires étaient plus agiles; 
leur arme, difficile à charger, n'avait d'effet qu'aux 
petites distances : les uns et les autres étwent 
assez bien exercés. Beaucoup de bons capitaines, 
surtout dans les « vieux n, Picardie, Piémont, et 
dans les « petits vieux », comme Rambures, La 
Marine, Persan ; quelques très bons mestres de 
camp. La cavalerie se composait de vingt et un 
régiments, presque tous accusés d'avoir tourné 
bride sans en venir aux mains, ceux-ci à Thion- 
ville, d'autres à ia Marfée. Ils s'étaient mieux 
comportés à Honnecourt, notamment les chevau- 
légers de Guiche. Le meilleur renom appartient 
aux cuirassiers de Gassion, aujourd'hui « mestre 
de camp'général » et à a Royal », qui s'appe- 
lait K Richelieu » il y a quelques mois. Tous 
combattent avec l'épée et le pistolet ; ils sont pas- 
sablement montés. Le service d'édaireurs est 
fait par deux régiments de Croates et par les 
fusiliers & cheval. Pour réserve, quelques com- 
pagnies de u gendarmes » qui « ne vont pas h, 
la guerre », c'est-à-dire aux avant-postes et re- 
connaissances, mais qui savent charger h fond; 
ils étaient deux cent vingt maîtres h ia Atarfée; 
ils y furent héroïques*. L'artillerie se remettait 

t . La conduite des gendarmes était partout admirable. (Voir 
au Uime III le récit des joaruées de Ftml^rabie et de Salces.) 



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a LES PRINCES DE CONOË. 

difRcitement des pertes essuyées h. Honnecourt; 
le nombre de chevaux aiïectés aux bouches h 
feu et au parc ne dépassa pas quatre cents. Un 
homme entendu et dévoué, La Barre, lieutenant 
du grand maître', dirigeait ce service, qui était une 
sorte d'entreprise : il ne put atteler que douze 
pièces de campagne. Les hôpitaux se préparaient, 
les magasins se remplissaient; d'après tes ordres 
du Roi, tout était disposé pour la défensive. 

L'état-major général et l'état-major particulier 
se constituaient. Il faut bien se servir de notre 
langue moderne pour parler de ce qu'on n'avait 
pas encore songé à définir. Si peu précises que 
fussent alors des attributions sur lesquelles on 
n'est pas, même de nos jours, complètement d'ac- 
cord, il n'en fallait pas moins des instruments fmur 
faire connaître ou exécuter la pensée du général, 
des intermédiaires entre lui et les troupes. Le com- 
mandant en chef avait auprès de lui d'abord un 
lieutenant général' chargé de le seconder ou de 

1 . Henri de Chivré, marquis de la Barro, commanda l'artil- 
lerie aux sièges d'Allemagne et de Flandre, de \63i à 1638. 
11 fut tué devant Saint-Omer, en juillet (63S. Son fils étant 
alors trop jeune pour succéder à la chaîne de lieutenant du 
grand maître, lo Roi lui donna cet oifice le 16 janvier 1643. 
C'eut probablement ce dernier qui prit la direclion du servie* 
b Amiens, au mois d'avril,et que nous allons voir tuer à Bocroy. 

ï. Pourvu non d'un grade, mais d'une commission. 



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LOCIS DE BO0RBON. 43 

le remplacer en cas d'empêchement, puis des ma- 
réchaux de camp en nombre variable. Hors le cas 
des commandemenls séparés, comme celui que 
Gassion exerçait à Doullens en vertu de sa charge, 
et Gesvres, par pouvoir spécial, à Chauny, ces 
ofDciers généraux n'avaient ni emploi fixe, ni tour 
de service, ni même un rang bien marqué, ils 
recevaient des missions temporaires, la direction 
d'un détachement ou d'une attaque durant un 
siège, ou d'un groupe de troupes dans un jour 
d'action. Pour donner des ordres de roule ou 
de logement, pour régler les mouvements et la 
formation sur le terrain, le général en chef 
était assisté par le a maréchal et les sergents 
de bataille. » Des « aides de camp » et des 
« volontaires n transmettaient ses ordres et 
combattaient à ses côtés quand on menait les 
mains. 

Espenan, doyen des maréchaux de camp alors 
employés sur cette frontière, alla occuper à 
Chauny la place que Gesvres laissait vacante en 
prenant un congé. M. le Duc n'avait à redouter 
aucune velléité d'indépendance chez ce nouveau 
lieutenant, que le prince de Condé venait de sauver 
de la disgrâce et peut-être de l'échafaud ; des ac- . 
cidents moins graves que la reddition de deux 
places telles que Salces et Tarragone avaient coûté 



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44 LES PRINCKS DE CONDË. 

la vie à plus d'un officier*; Espenan passait pour 
n'être pas heureux à la guerre. Après lui venait le 
marquis de la Ferté, homme de qualité, très vail- 
lant, criblé de blessures, cachaot sous une humeur 
joyeuse un caractère assez jaloux et un esprit étroit; 
c'était un officier de cavalerie appelé à exercer 
après Gassion le commandement le plus important 
de cette arme; plus tard, il fut créé duc et pair et 
reçut le bâton*. Les autres maréchaux de camp 
désignés ne parurent pas sur le terrain pendant la 
première partie de la campagne. Les fonctions de 
maréchal de bataille étaient dévolues k Laurent de 
la Baume-Leblanc, sieur de la Valliëre*, lieute- 
nant au gouvernement d'Amboise, peu assidu, 

i. Voir tome lit, p. 413. 

a. Henri de Sain t-Noclaire (on écrit aussi Senne{erre], mar- 
quis, puis duc do la Forte. 11 ëlait j^s et eo plaisantait volon- 
tiers. Premier capitaine au ré|;iraent du comte de Soissons, 
lorsqu'il reçut, devant Privas, en 1619, un coup de mousquet 
au visage ; depuis lors, il porta un emplâtre noir sur sa face 
réjouie. Capitaine do chevau-légors à Casai et à la bataille 
d'Avein; mestre de camp de cavalerie on 163S; nommé maré- 
chal de camp sur la brèche de Ilesdin en t639. Blessé d'un 
coup de fauconneau devant Chimay en 1640, il charge, la 
cuisse enveloppée et attachée sur l'arçon ; il avait encore d'au- 
tres blessures. A Rocroy, il regut deux coups d'épée et deui 
coups de pistolet ; en 1 650, un coup de mousquet h la gorge, 
dont il Taillit mourir. Lieutenant général en 1646, maréchal de 
France en 46d1, duc et pair en 1665, il mourut en 1681. 

3. C'est le père de la duchesse de la Valtière. 11 était né le 



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LOUIS DE BOURBON. 45 

plus instruit en théorie qu'en pratique. Parmi les 
sergents de bataille qui l'assistaient, remarquons 
Bellenave, officier d'un vrai mérite, qui se fera 
tuer deux ans plus tard'. 

Les aides de camp et volontaires, nommés ■ 
ou autorisés par le Roi, rejoignent successive- 
ment Amiens. Bientôt le duc d'Anguien est en- 
touré d'un brillant essaim de jeunes gens dont 
son coup d'oeil précoce a distingué le mérite, ou 
que des liens de famille, des relations de société 
ont désignés h son choix. On les appelle déjà 
B les petits-mattres ; » ils seront les appuis de 
sa grandeur et les compagnons de ses diverses for- 
tunes; nous en avons rencontré quelques-uns 
et leurs noms reparaîtront à mainte page de cette 
histoire. Voici ie chevalier de Chabot ' et le fils de 
madame de Sablé, Bois-Dauphin *; tous deux seront 

15 joiD 1611 et s'était biea conduit à foay, Avein et Sedan. 
Son frère cadet, Fiuiçois, auteur des Pratigitei el Maximes 
de guerre, fui tué devant Lérida, en 1647. Il eut encore deux 
antres frères tués au service. 

1. A NtirdlingeD, en 1645. — Bellenave [Claude le Loup de 
Beauvoir, marquis de), mestre de caiii|i en 1634, servent de 
bataille en 1638, maréchal de camp le 17 octobre 1644. 

I. Cbabol(6u)--Aldonce, chevalier de], frère pulnë de Henri 
de Chabot, qui devint duc de Roban en 1643. Maréchal de 
camp depuis 1 641 , le chevalier de Chabot mourut de ses bles- 
sures devant Dunkerque en 1646. 

3. Boi»-Dauphin (Guy de Montmorency-La val-Bois-Dauphin, 



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40 LES PBINCBS DE CONDÉ. 

moissonnés par la guerre à la fleur de leurs ans ; 
voici un cadet de Lorraine, le duc d'Elbeuf S Ta- 
vannes, un ami de Dijon*, le marquis de Fors, 
dont la sœur possède le cœur du jeune prince, 
La Moussaye, qui s'est déjà signalé à la guerre et 
qui sera l'historien de Rocroy, Toulongeon*, Ro- 
Ghefort, futur maréchal de France'; d'autres 
moins connus, Baradat, frère d'un ancien favori 
de Louis Xlll, de la Fitte, des Rarrières, du 
Fay'. Il y a là une pépinière de généraux pour 

marquis de Laval), s un des plus beaux gentilshommes de 
France et des mieux Taits >. {Tallemant.} Nous avons parlé de 
son père, le maréchal de Bois-Dau|ihin [livre III, ch. i]. Volon- 
taire en 1639, capitaine dans <• la Marine s, aide de camp te 
31 mars 1613, sergent de bataille, puis maréchal de camp en 
1646, et, comme le précédent, tué, la même année, devant 
Dunkerquo. 

1. Duc d'Elbeuf (Charles de Lorraine], né en 16t0, ma- 
réchal de camp en t6i6, lieutenant général en 16i8, mort 
en 169Î. 

1. Tavannes, voir livre III, ch. ir. 

9. De Fors, La Moussaye, Toulongeon, voir livre III, ch. vi. 

4. Rochefort (Henri-Louis d'Atoigny, marquis de], maréchal 
de France en 1675, mort en 1676. Il était fils de ce Rodiefort 
qui avait si Tidèlement servi le prince Henri 11 et il épousa la 
fille du brillant marquis de Laval, nommée ci-dessus. 

5. Daradat (Pierre, chevaUer de), chanoine de Paris en 16i7, 
capitaine au régiment de cavalerie de la Reine en i 6i3, devint 
maréchal de camp, quiUa le swvice en 1658 et mourut en> 
1681. — De la Pilte (J.-P.-H. de la Fitte de Polleport), volon- 
taire depuis 1639, cornette k Nordlingen, capitaine de chevau- 
légers à Lens, enseigne et lientonant aux gardei du corps du 



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LOOIS DE BODRBON. iT 

l'avenir, et, dès aujourd'hui, un groupe d'ofTiciers 
intelligents, lestes, hardis, habiles au maniement 
du cheval et de l'épée, qu'il fera bon avoirprèa 
de soi en un jour de bataille. 

Cependant, grâce à l'application et k la fermeté pnmièm 
du chef, l'ordre se rétablissait; dès les premiers i»r \e duc 
jours, l'action du commandement se fit sentir ; les u htmeti. 
quartiers, trop étendus par L'Hôpital, furent res- 
serrés, a Nous avons logé toutes les troupes dans les 
places fennées, soit pour empcscher qu'elles ne 
se desbandassent, soit aussy pour empescher la 
ruine du pays; elles sont pourtant dispersées en 
sorte que, si les ennemis se mettent ensemble, 
elles seront en trois jours prestes pour marcher 
& eus M *. Les premières nouvelles étaient contra- 
dictoires. Le 19 avril, d'Arras, le maréchal de 

Roi, marécbal de camp eo 1688. — Des Barrièreâ (H. deTail- 
lefer, sienr), aide de camp en 164:j, maréchal de camp en 1649, 
quitte le service en 1651 et meurt ea 1690. Mêlé à l'intrigue de 
Tancrède de RcAan, il suivit madame de Longueville à Stenay, 
et fut agent de H. le l*rince auprès de Cromwell au teiups de 
l'Onnée et de la guerre de Guyenne. — Si l'on ne trouve pas 
ici les noms de quelques-uns des plus connus entre les i petits- 
maîtres s, tels que Nemours, Châlillon, Boutteville, etc., c'est 
que nous avons vérifié leur absence à la journée de Rocroy, 
les uns étant trop jeunes, les auUes en congé, employés 
ailleurs ou absents pour divers motiË. 

1. M- le Duc à M. le Prince, Ï1 avril. A. C. Cette première 
mesure ne s'appliquait pas au corps de l'Oise, trop éloigné et 
qui, d'ailleurs, n'existait encore que sur le papier. 



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48 LES PRINCES DE CONDË. 

Guiche, qui paraissait porter gaiement son mat- 
heur de l'année précédente* et qui avait montré du 
dévouement en acceptant la mission de conserver 
cette place, écrivait à M. le Duc quel'ennemi tenait 
ses troupes préparées, faisait des magasins dans 
toutes les villes, enrôlait des paysans et leur payait 
régulièrement douze sous par jour : « Quant au 
reste, ajoutait-il, h moins d'estre du conseil de 
don Francisco Melo, il est difficile d'y rien pé- 
nétrer; cependant je fais travailler h cette place 
avec tout le seing et la diligence possible* ». 
Dans sa lettre du lendemain, le maréchal était 
plus précis ; il ne doutait pas que les ennemis 
n'eussent « un desseing considérable, » et tous 
tes indices, tous les renseignements prouvaient 
que ce dessein était la reprise d'Arras. En 
pareilles circonstances, chacun se croit toujours au 
point menacé. Selon Quincé', gouverneur de Guise, 
homme d'expérience et de bon jugement, l'ennemi 
avait levé toutes ses garnisons le 20 avril et donné 
un rendez-vous général entre Valenciennes et 
Douai ; les uns disent qu'il va marcher sur 

4. Latjataille d'Honneconrt. — Sut Antoine de Gramont, 
comie de tiniche et depuis duc de Gramont, voir tAne tll, 
p. 37S, note. 

t. A. G. 

3. Joachim de Quincé, mestre de camp de dragons, mourut 
ambassadeur à Madrid en 46S9. 



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LOUIS OË BOURBON. (0 

Arras, d'autres sur Landrecies; les troupes du 
Luxembourg, commandées par Beck, n'ont pas 
encore passé la Meuse'. 

Le même jour, le gouverneur de Bapaume as- 
surait que l'armée espagnole ne pouvait pas être 
sur pied avant les premiers jours de mai : c'était 
aussi le sentiment du duc d'Anguien, qui, se ren- 
dant bien compte de la situation, pesant avec 
calme ta valeur de ces renseignements divers, con- 
tinuait de prendre ses mesures activement, avec 
suite, sans précipitation et sans flottement. Il esti- 
mait que Melo pouvait mettre en campagne sur 
cette frontière quinze ou seize mille hommes de 
pied et six ou sept mille chevaux'. Séparé du 
corps de l'Oise, M. le Duc était loin d'avoir 
autant de monde sous la main. Pour atténuer 
l'écart entre l'effectif disponible des deux armées, 
il fixa la force des garnisons à laisser dans cha- 
cune des places qui ne serait pas immédiate- 
ment menacée et fit passer à Chauny l'ordre de 
jeter autant d'infanterie que possible dans Guise 
et la Capelle , parant ainsi aux premiers acci- 
dents qui surviendraient de ce côté et rappro- 
chant ces troupes du point où il pourrait les em- 
ployer sans sortir de la limite tracée par ses 

4. SI avril. A. C. 
Ml avril. A.C. 



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M LES PRINCES DE CONDÉ. 

pouvoirs, 11 développe et précise les premières 
instructions qu'il a données; sa pensée est claire 
et l'expression est nette : « Les ennemis ne 
sont pas encore hors de leurs quartiers; tous 
nos advis sont qu'ils ne seront ensemble qu'à 
la fin du mois. Dès qu'ils con)menceront à mar- 
cher, nous irons nous saisir du poste d'Ancre', 
sur la rivière qui prend sa source à Mirau- 
mont, au cas qu'ils aillent vers Arras; et. s'ils 
marchent sur Landrecies, nous irons du costé 
de CrèvecfKur*, pour voir s'il y a lieu de les 
combattre ou de leur faire lever le siège » '. Le 
duc d'Anguien ne se trompait guère dans ses 
conjectures. 

Le capitaine général, don Francisco Melo, avait 
"' disposé ses troupes en quatre groupes : 

En Artois, le duc d'AIburquerque ' , avec les 
six tercios viejos d'Espagnols naturels, Alburquer- 
que, Avila, Velandia, Villaîva, Garcies, Casteivi; 
trois régiments italiens, Visconli, Strozzi, Delli- 
Ponti, et trois wallons, Ligne, Ribaucourt, Grange, 
soit douze gros régiments d'in&nterie, l'élite de 

4. Ancre, aujourd'hui Albert. 

5. Crèvecœur, sur l'Escaut, entre le Catetet et Cambrai. 

3. A. G. 

4. Francisco Femandei de la Coeva, huilièuie duc d'AIbur- 
querque, né en 1619, mort en 4676. 



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LOUIS DE BOURBON. 51 

l'armée, cantonnés de Béthune à Douai, quartier 
général à Festubert ' ; 

En Hainaut, quatre-vingt-deux compagnies de 
cavalerie et quatre régiments d'infanterie logés 
entre Mons et Valenciennes, sous les ordres du 
comte de Bucquoy *, quartier général k Quiévrain ; 

Entre Meuse et Sambre, l'armée d'Alsace, com- 
mandée par le comte d'Isembourg', forte de cinq 
i-égiments d'infanterie, six de cavalerie, un de 
Croates et quelques compagnies libres ; 

En Luxembourg, au delà de la Meuse, Beck, 
avec un corps séparé de cinq à six mille hommes. 

Toutes ces troupes étaient prêtes à marcher le 
5 avril ; le comte de Fontaine, mestre de camp 
général de l'armée de France (sic), avait son quar- 
tier général k Lille. Le 15 avril, Melo quitta 
Bruxelles pour rejoindre son lieutenant. Avant son 
départ, il modifia et compléta l'organisation du 

1. Festubert, a dix kilomètres de Bétliuiie et 36 d'Arra^t. 

S. Bucquoy [Albert de Longueval, comte de), mort eo 4668, 
Slâ de Charles-Albert (te Longueval, gi'nëral en chef désarmées 
impériales, grand seigneur de haute mine et d'intelligence 
moyenne. 

3. Isemboui^ (Emest, «imte à'), gouverneur de Namur, 
chevalier de la Toison d'or, mort en 1664 sans enfants. C'était 
on bomme de taille élevée, de grand courage et un officier de 
cavalerie de premier ordre. Plusieurs branches de la maison 
comlale, évangélique, d'Iâemboui^, jadis souveraine, aujour- 
d'hui médiatisée, existent encore. 



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53 LES PRINCES DE CONDË. 

commandement : Cantelmi ' eut l'armée de Bra- 
bant, opposée aux « rebelles » hollandais, armée 
d'observation , dirions-nous aujourd'hui ; Melo 
savait qu'il n'avait pas d'enh-eprise à redouter de 
ce côté'. Don Alvaro, frère du capitaine général, 
fut nommé général d'artillerie de l'armée de France. 
Le prince de Ligne, qui, l'année précédente, avait 
conduit son régiment avec une grande valeur', 
fut désigné pour commander les hommes d'armes 
de Flandre, sorte de milice qui n'était convoquée 

^. Cantelmi (Andréa), ûls de Fabrice, duc de Popoli, d'une 
dos plus illustres familles du royaume de Naples, profit 
allongé, décharné, dur. Après avoir été mestre de camp géné- 
ral en Flandre, il commanda en Caialogne, où il Tut défait par 
le comte d'Harcourt et pris dans Balaguier. Il on mourut de 
douleur, assure-l-on [1643). 

S. Un autre corps d'observation, formé plus lard à la li- 
sière du Boulonnois, fut mis sous les ordres d'un officier 
général fort apprécié dans l'armée espagnole et dont nous 
aurons à parler, FuensaldaSa (don Luis Ferez de Vivero, 
comte de), Il était mestre de camp d'infanterie dès 1636; en 
46*8, il prit le commandement de l'armée des Pays-Bas, avec 
les pouvoirs de preiii.iir ministre sous l'arcliiduc Léopold et 
conserva ces fonctions jusqu'en 1 61)6. A l'arrivée de don Juan 
d'Autriche, il fut envoyé dans l'Èlat de Milan. DéGoitivement 
nommé gouverneur des Pays-Bas, en 1659, il mourut à Cambrai 
en prenant possession (1661). 

3. Claude Lamoral, prince de Ligne, né en 1618, mort en 
1679, 6b du prince Florent, marié h Marie-Claire de Nassau, 
veuve de son frère Henri-Albert. Il fut successivement vire-rot 
de Sicile (1670) et gouverneur du Milanais (1676). 



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LOUIS DE BOURBON. 53 

que pour la fin de mai. Eniln la patente de 
général de la cavalerie » fut retirée & Bucquoy 
et donnée au duc d'Âlburquerque. Comment un 
politique aussi consommé que Melo a-t-il pris de 
semblables mesures au moment d'entrer en cam- 
pagne? Voulait-il mettre dans l'ombre deux hommes 
dont il redoutait la popularité, l'influence? Croyait-il 
nécessaire de donner à ses escadrons un chef plus 
résolu et plus alerte? Quel que pût être le motif de 
cette double disgrâce, elle fut vivement ressentie 
par ceux qu'elle atteignait, par Bucquoy surtout, 
qui se refusait à trouver une compensation dans la 
vague promesse d'une mission importante, non 
déflnie ; elle blessa tous les Belges, et peut- 
être explique-t-elle une certaine tiédeur que nous 
remarquerons plus tard chez les troupes de cette 
nation. 

Après une tournée d'inspection dans les places 
maritimes, le capitaine général fit son entrée à 
Lille, le 25 avril. Il aurait voulu se mettre en 
campagne tout de suite; mais la saison n'était 
pas favorable aux opérations militaires; très 
froide d'abord, elle devenait pluvieuse; l'herbe 
n'avait pas poussé encore et les chemins restaient 
détrempés. Toutefois l'armée espagnole exécuta 
des mouvements préparatoires ; les troupes de 
Hainaut se rapprochèrent de Valenciennes, celles 



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54 LES PRINCES DE CONDË. 

d'Artois se réunirent près de Carvin', avec leurs 
réserves sur la route de Lille ; Fontaine se rendit 
à Carvin, où il ne tarda pas h. être rejoint par le 
capitaine général. Ainsi établi dans le triangle 
Lille, Carvin, Valenciennes, Melo menaçait Arras, 
et, s'il attirait de ce côté l'attention de l'aimée de 
Picardie, il n'avait qu'à changer la direction de 
ses échelons pour marcher vers le sud et se rap- 
procher de Landrecies. 

Landrecies et Arras sont en flèclie dans le do- 
maine du roi catholique, formant les deux pointes 
des conquêtes françaises dans l'Artois et le Hai- 
naut. Arras est une très forte place, une capitale. 
Reprendre Arras serait pour les Espagnols un 
grand succès matériel et moral ; rentrer dans 
Landrecies serait plus stratégique. Le duc de 
Savoie en 1557, le cardinal-infant en 1636, avaient 
pénétré dans la vallée de l'Oise en passant la 
Somme entre Saint-Quentin et Amiens. C'est ce 
que Melo aurait sans doute tenté en 16/jâ, si les 
circonstances lui avaient permis de pousser h. fond 
son succès d'Honnecourt. Aujourd'hui, il peut tour- 
ner ce premier obstacle de la Somme, soit en s'em- 
parant de Landrecies, soit en attaquant la Capelle 
ou Guise, qui sont plus en arrière, mais également 

i, A cinq lieues au sud de Lille. 



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LOUIS DE BOURBON'. 55 

h sa portée. Landredes est assez bien fortifié, la 
Capelle plus faible; le château de Guise vaut 
mieux. 



Nous avons fixé les positions occupées par l'ar- Asguian, 
mée du roi catholique, signalé les objectifs -quiviiui.e«iai4i 
s'offraient au conunandant de cette armée. Avant n nfa» d->ûn 
de suivre ce dernier dans sa marche offensive, 
rappelons quelle était au même moment la distri- 
bution de l'armée française. — Le duc d'Âiiguien 
est à Amiens; sa gauche se prolonge vers Abbe- 
ville (ft5 kilomètres), avec des détachements en 
Boulonoois; il a encore du monde à droite jusqu'à 
Péronne, en arrière jusqu'à Montdidier : soit douze 
à treize mille hommes, infanterie et cavalerie, can- 
tonnés dans la vallée de la Somme. Devant son 
front, à 30 kilomètres, Gassion occupe Doullens, 
sur l'Authie, avec deux mille chevaux, couvert par 
les trois places que nous tenons en Artois (Hesdin, 
Arras et Bapaume) ou h. portée de les secourir; il 
est h environ 35 kilomètres de chacune. Très en 
arrière, au sud-est, un corps détaché, mis condi- 
tionnellement aux ordres du prince, se forme dans 
la vallée de l'Oise; le quartier général est à. Chauny, 
& plus de 80 kilomètres d'Amiens; une partie de 
cette infanterie remonte la vallée pour se jeter dans 



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56 LES PRINCES DE CONDË. 

Guise, à. 45 kilomètres de Chauny, et, plus en 
avant, dajis Landrecies et la Capelte, chacune 
de ces places étant Ji 25 kilomètres de Guise. 

Au commencement de mai, te temps devint 
meilleur. Le plan des Espagnols ne se dessinait 
pas encore, mais ils remuaient, c'était certain. 
Quand ils quittèrent leurs cantonnements de Bé- 
thune pour affluer àCarvin, la sérénité du maréchal 
de Quiche se troubla un moment; il poussa un cri 
d'alanne et demanda du secours. Ailleurs, on se 
méprenait également et le Boulonnois était signalé 
comme te véritable objectif de l'ennemi. Sans s'é- 
mouvoir, Anguien acheva ses préparatifs. Dès qu'il 
eut donné tous ses ordres, réuni ses moyens d'ac- 
tion, il leva ses quartiers et occupa le poste 
d'Ancre, aujourd'hui Albert, qu'il avait déjà 
reconnu et choisi (9 mai). II n'avait pas l'intention 
d'attendre que l'ennemi vînt complaisamment l'y 
chercher ou le laissât s'y morfondre; c'était un 
premier pas qui le rapprochait de « tous les costés 
où les ennemis pourront tourner la teste n. Le Roi 
t'a trouvé bon *. Gassion amena ses chevau-tégers 



1. M. le Duc ayant donné avis qu'il allait se mettre en 
campagne du côté de Donllens pour être prêt à se porter du 
côté où les ennemis tourneraient la tête, le Boi lui fit connaître 
par le secrétaire d'Ëtat qu'il approuvait cette résolution ; la 
minute est du 8 mai. — Chacun des deux généraux en chefpoui^ 



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LOUIS DE BOURBON. 57 

au rendez-vous. Le maréchal de Guiche laissa sor- 
tir d'Arras le contingent demandé à celte grosse 
garnison ; les portes de ia place n'étaient pas re- 
fermées qu'un remords le saisit : « Prenez garde 
à la contremarche, écrit-il ; rien de plus aisé qu'un 
retour de l'Escaut sur l'Artois; il faudrait voir à 
quoi aboutiront ces fmesses » '. Mais le duc d'An- 
guien a pris son parti; le détachement d'Arras, 
arrivant par Bapaume, le trouve en route. Il se 
dirige sur la vallée de l'Oise, marchant à la tête de 
ses troupes, dans un pays ondulé, facile à tra- 
verser, sur un sol qui sèche vite et qui commence 
à verdir; aussi va-t-il rapidement. Son convoi suit 
le long de la Somme une route parallèle, escorté 
par le régiment des gardes écossaises, que l'éti- 
quette militaire tient éloigné de la colonne princi- 
pale, son rang n'étant pas encore réglé. Le 
12 mai, l'armée s'arrête aux environs de Péronne 



suii un dessein plus vaste que la conquête d'une ville ou d'uD 
lambeau de territoire : l'Espagnol peut concentrer toutes ses 
forces, sans se laisser deviner, là où l'ennemi est le moins 
préparé; il lient à choisir son lorrain, ft frapper avec une 
grande supériorité numérique; le Français cborche à rallier 
tout ce qu'il peut attirer à lui pour Joindre l'Espagnol avant 
que celui-ci ait remporté un premier succès et réuni toutes 
ses troupes. Le dessein du premier est ingénieux; celui du 
second est simple et ferme. 
4. A. C. 



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&S LES PRINCES DE CONDË. 

et le quartier général est à Moislains'. Les troupes, 
a sont en bon estât » ; elles ont meilleure appa- 
rence depuis qu'elles « sont ensemble » et qu'elles 
cheminent ; elles trouvent le pain préparé dans les 
villes près desquelles elles passent sans y entrer ; 
le fourrage est abondant, « ta cavalerie n'a jamais 
esté si belle m '. Chaque heure de route diminue 
la distance qui sépare l'aîle droite du corps de 
bataille; M. le Duc renouvelle à Ëspenan l'ordre 
de remonter l'Oise avec tout son monde et de jeter 
des hommes dans Guise et la Capelle qui peuvent 
bien être aussi menacées que Landredes. Gassion 
éclaire la marche; ses partis vont à la guerre au 
loin, u deçà et delà l'Escaut ». 

Le ili mai, l'armée a dépassé Saint-Quentin. 
Le duc d'Anguien est logé à l'abbaye de Fer- 
vaques, près des sources de la Somme. U y reçoit 
de graves nouvelles : un courrier de Paris lui 
apporte l'invitation, sinon un ordre formel, de 
revenir à la cour; Louis XIII est au plus mal et 
ne règne plus que de nom ; le prince de Condé 
veut avoir son fils auprès de lui au moment où 
va s'établir la régence; la dépêche contient un 
(1 pouvoir u donné à L'Hôpital pour prendre le 
commandement de l'armée. D'autre part , les 

1 . Huit kilomètres au nord de PéroDue. 
S. H. le Duc à Hazarin, 11 mai. A. N. 



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LOUIS DE BOURBON. 'J3 

éclaireurs reviennent et voici ce qu'ils rapportent : 
toutes les troupes de l'Artois et du Hainaut se sont 
réunies entre Valenciennes et le Quesnoy. Don 
Francisco Melo les a passées en revue et les a 
mises en route. Hier 13, leurs Croates batlaient 
le pays au sud d'Avesnes, mettant le feu partout; 
de loin, on voyait la fumée des villages incendiée, 
aux environs de la Capelle et, plus à l'est, jusque 
vers HirsoD. L'ennemi est en France. 

« Les ennemis entrent en France du costé de 
Vervins, répond le duc d'Anguien à. son père. Ils 
sont à une journée de moy et, demain, nous serons 
en présence. Jugés si mon honneur ne seroit pas 
engagé au dernier point de laisser l'armée dans 
cette conjoncture. Considérés i'estat auquel je suis 
pour servir le Roy estant k la teste d'une armée de 
laquelle je puis respondre tant que j'y seray, et cetuy 
auquel j'engageray les choses si je m'en vais ». 
Le lieutenant général ne paraissait pas se soucier 
de prendre la place du général en chef. » Si je 
pars et que le Boy meure, ajoute M. le Duc, le 
maréchal de l'Hôpital craint fort que les troupes 
ne se desbandent. Dans quelques jours, si quel- 
qu'intérest particulier vous oblige à me rappeler, 
si vous jugés que je sois plus en estât de servir 
TEstat et vous, tout seul à Paris avec un escuier, 
qu'icy ^ la teste d'une armée de vingt cinq mil 



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M LES PRINCES DE CONDÉ. 

hommes bien intentionnés, j'abandonneray tout 
pour vous rendre le service que vous souhaiterés 
de moy » '. Le soir même, le courrier repartit avec 
cette réponse et l'ordre de route fut donné pour le 
lendenuiin; direction, Guise et Vervins. 

Il ne s'agit plus de disputer aux Espagnols uue 
place ou un lambeau de territoire ; c'est l'invasion 
de la France qui commence. Oii sera porté le pre- 
mier coup ? Heudicourt * est suffisamment pourvu 
à Landrecies, qui semble moins menacé; dans 
Guise, Quincé a son régiment, celui de Rambures, 
cinq compagnies royales et deux de Suisses ; à la 
Capelle, Roquépine' a son régiment, celui de Bis- 
caras, dix compagnies de Piémont et des Suisses. 
Espenan a quitté Chauny, il est en marche avec 
tout ce qu'a pu fournir le corps du marquis de 
Gesvres; on l'attend à Origny-Sainte-Benoîte, è. 
14 kilomètres de Guise. 



*. A. c. 

t. Hicliel Sublet, paient et protégé du ministre de Noyers. 
En 1 647, il rendit Landrecies aux Espagnols après une très 
courte et misérable défense. On expliquait le mauvais état de 
sa place par les profits qu'il aurait réalisés en négligeant de 
l'entretenir; il passait pour y avoir gagné 400,000 écus. Il 
justiCa les soupçons en se réfugiant à Liège, obtint pins tard 
son pardon et mourut en 1665. 

S.Roquépine [Louis-Claude du Bouzet, marquis de], capilaioe 
en 163S, maréchal de camp en 1651. 



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LODIS DE BOURBON. 61 

Melo eut one conception de capitaine, forma un pun d« ueio. 
dessein hardi dont le succès promettait des résul- d» m «roupe^ 
tats considérables. Il admettait comme prouvées a» Ho™r 
les données suivantes : que l'armée de Picardie, 
peu nombreuse, comptant beaucoup de recrues, 
pouvait bien tenter le secours d'une place attaquée 
dans son voisinage, mais qu'elle était incapable 
d'exécuter une opération d'assez longue haleine, 
une marche de quelque durée, une action vigou- 
reuse; que les noms sonores d'armées de Cham- 
pagne et de Bourgogne déguisaient mal la faiblesse 
des rassemblements ébauchés à Chauny et à Lan- 
gres ; et il espérait trouver en face de lui des adver- 
saires semblablesàceux qu'il avait déjà, rencontrés : 
un étourdi comme Guiche, un brutal comme La 
Jleilleraie, un chef lourd, indécis comme Brézé, 
Châtillon, ou médiocrement clairvoyant comme 
Harcourt. 11 a déjà tourné les places de la Somme; 
il tournera celles de l'Oise, passera entre les 
sources de cette rivière et la vallée de la Meuse et 
viendra à Rocpoy frapper sur l'angle mort; séparant 
du premier coup les trois armées françaises, déjà 
si éloignées l'une de l'autre, et mettant entre elles 
une masse de troupes supérieure en nombre et en 
qualité k ce que chacune peut lui opposer. Les pre- 
mières démonstrations doivent avoir retenu le duc 
d'Anguien assez loin sur la droite; s'il se rap- 



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62 LES PRINCES DE CONDÉ. 

proche, il ne sera pas soutenu et devra reculer ou 
succomber. L'armée de Picardie mise hors de 
cause, le reste se dissipera et la Franche-Comté 
sera dégagée du péril qui la menace; le capitaine 
général pourra alors marcher sur Rethel et sur 
Reims, ravager la Champagne ou peut-être descen- 
dre ta vallée de la Marne, qui est ta vraie route de 
Paris '. 

Tandis que don Francisco voyait défiler ses belles 
troupes sous les murs de Valenciennes , deux 
courriers partaient de son quartier généi'al. L'un, 
dirigé sur Palizeul en Luxembourg, portait k Beck 
l'ordre de s'approcher de la Meuse et de se rendre 
maître du cours de cette rivière, au-dessous de 
Mézières, en se saisissant de Château-Regnault*. 

1 . Ainsi la répartition défectueuse des armées françaises, la 
dbposilion (jui avait retenu sur l'Oise, et peut-être dans l'inac- 
tion, les forces dont l'emploi pouvait être décisif ailleurs, 
tonmail au profit de ses auteurs et contribuait à entraîner 
Melo dans une entreprise qui lui sera fatale. On ne saurait 
conclure de l'issue de cette campagne que de i^emblables 
erreurs peuvent être répétas sans péril; pour y remédier, il 
faut le caraclèi-e, le mérite, l'autorité et le bonheur du duc 
d'Anguien. 

4. Qhâleau-Regnault, sur la rive droite de la Meuse, à <5 kilo- 
mètres nord de Hëzières, chef-lieu d'une petite principauté 
que se disputaient de puissants voisina, pourvu d'une asiseï 
bonne forteresse, qui était alors occupée par les Français. 
Helo suivait une ligne d'invasion nouvelle et voulait se servir 
de la Meuse pour ses vivres. 



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LODIS DE BOURBON. 63 

L'autre allait à Namur, chargé d'instructions que 
le comte d'Isembourg exécuta immédiatement. 

Le 10 mai, l'armée d'Alsace quitta ses canton- 
nements et se réunit à la Buissière, entre Maubeuge 
et Thuin, comme pour y passer la Sambre et re- 
joindre le capitaine général sous Valencîennes. La 
journée du 11 fut consacrée aux préparatifs du 
passage. Le 12, Isembourg fit subitement une 
contre-marche, s'éloigna de la Sambre, et, prenant 
les devants avec sa cavalerie, passa sous Mariem- 
boui^ sans s'arrêter; cheminant toute la nuit, il 
arriva devant Rocroy le 13 mai à la pointe du jour. 
Il avait franchi dix-huit lieues en vingt-quatre heures, 
si secrètement, qu'il put enlever des ouvriers sortis 
à l'instant même de la place pour travailler dans 
les jardins. Il sut par eux que la garnison ne dé- 
passait pas quatre cents hommes ; toutefois la 
place lui parut plus forte qu'on ne le supposait, pro- 
tégée par des marais qui en rendent l'accès difficile, 
par des bois propices aux tentatives de secours. 
Rocroy fut immédiatement investi ; Isembourg en 
garda soigneusement les portes et les avenues. 

Ce même jour, 13, Melo couchait à Dompierre, 
près d'Avesnes, et, le lendemain, tandis que sa 
cavalerie se montreiit aux environs de la Ca- 
pelle, faisant beaucoup de bruit et de fumée, comme 
nous l'avons vu par les rapports parvenus au duc 



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64 LES PRINCES DE CO^DÉ. 

d'Anguien, le gros de son année marchait par 
Chimay sur Rocroy. Lui-même était devant cette 
p]ace le 15 mai avec toutes ses forces. Il était dif- 
ficile d'apporter plus de précision dans le calcul, 
plus de secret, d'ensemble et de rapidité dans 
l'exécution ; jusqu'ici, le succès était complet. 

A l'extrémité sud-est de cette épaisse barrière 
de forêts qui a nom la Thiérache, au point oii elle 
se soude au massif des Ardennes, là où le sol 
change de nature et la végétation d'aspect, où les 
bois rabougris succèdent aux chênes gigantesques 
et à la variété des arbres de haute futaie, dans une 
de ces clairières, rares alors, et que les progrès de 
l'agriculture multiplient, agrandissent chaque jour, 
s'élève le clocher de Rocroy. 11 marque le centre 
d'un plateau d'environ six kilomètres de rayon, 
d'une altitude moyenne de 380 mètres, d'où les 
eaux s'écoulent lentement à travers un terrain ar- 
gileux, çk et là marécageux, partout stérile ; elles 
se divisent en trois ruisseaux dont l'un, le Gland, 
va grossir l'Oise non loin de sa source, tandis que 
la Sermonne coule vers le sud pour tomber dans 
la Meuse près de Mézières, et que l'Eau-Noire re- 
joint cette rivière par le nord. L'aspect est froid et 
triste, même de nos jours, où l'élevage du bétail 
transforme toute celte région ; la mousse, les ge- 
nêts y dominent encore. On est là au milieu des 



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L0UI3 DE BOURBON. 05 

rièses; c'est le nom local de ces landes humides. 
Do toutes paris, le plateau est bordé par une cein- 
ture de taillis bas et toutTus, végétant péniblement 
sur un sol rocailleux, percés de quelques chemins 
qui n'étaient guère alors que des sentiers ; les voies 
d'accès étaient plus praticables du côté du sud, 
François I" avait compris que le pauvre village 
perdu au milieu de ce désert, sur la dernière li- 
mite du domaine royal, pouvait devenir une posi- 
tion militaire ; de quelques cabanes de bergers et 
de fraudeurs, il fit une ville de guerre et les enve- 
loppa d'une enceinte dont le périmètre n'a pas été 
modifié. En 1643, Rocroy était (comme aujourd'liui) 
une place de cinq bastions, avec fossé assez pro- 
fond , chemin couvert et demi-lunes devant les 
courtines. II n'y avait de maçonnerie qu'à l'escarpe, 
mais abondance de fraises et de palissades dans 
les dehors. On avait eu quelques inquiétudes pour 
Rocroy l'année précédente, et la place avait été h 
peu près mise en état de défense'; depuis, elle 
avait été de nouveau négligée, et les jardiniers en- 
levés le 13 mai au matin n'avaient pas trompé le 
comte d'Isembûurg en lui disant que la garnison 

I. I Les ennemis sont toujours auprès de Charlemont. J'ai 
mb à tout hasard cnille bons hommes dans Rocroy ». (Oramont 
ï M. le Prince, Mi'zières, 18 juillet 464S, après la batdille de 
Honnecourt, perdue en mai. A. C.) 



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ao LES PIUKCES DE CONDÉ. 

était tombée de mille à quatre cents hommes. Rap- 
pelons que Rocroy appartenait au gouvernement 
de Champagne et n'était pas, selon l'expression de 
nos règlements militaires, dans le rayon d'action 
de l'armée de Picardie. 

A son arrivée devant la place, don Francisco 
Melo, estimant que le duc d'Anguien devait être 
encore assez loin, que l'armée qui se réunissait à 
Langres pour entrer dans la Comté n'étiiit pas à 
redouter, que le corps du marquis de Gesvres en 
Champagne n'existait que sur le papier, jugea 
qu'une circonvallation serait inutile; it se borna à 
faire tracer par Fontaine le front de bandière, c'estr 
i-dire la ligne sur laquelle l'armée se mettrait en 
bataille si l'ennemi se présentait en force, et réso- 
lut de mener vivement le siège. Il ne pensait pas 
que la place pût tenir plus de trois à quatre jours 
et fit immédiatement ouvrir la tranchée. Espagnols, 
Italiens, Wallons, Allemands, chaque nation eut 
son attaque. Le 15, au coucher du soleil, le comte 
de Ritberg donna le premier coup de pioche, et, le 
16 au malin, le chemin couvert était couronné. Le 
même jour, aussitôt les gardes relevées, une bat^ 
terie de trois pièces ouvrit son feu, et quatre demi- 
lunes fuient enlevées d'assaut. 

PendantlanuitdulGau 17, on en tendit des coups 
de pistolet aux avant-postes ; un olTicier et quelques 



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LOUIS DE BOURBON. 67 

cavaliers français se jetèrent dans une grand'garde 
espagnole. L'officier fut tué ; les cavaliers se sau- 
vèrent. Le léger émoi causé par cet incident n'excita 
pas la vigilance de tous : au point du jour, les 
soldats qui gardaient la demi-lune enlevée la veille 
au soir par les Italiens furent surpris el passés au 
ni de l'épée par cent cinquante fusiliers français 
qui, depuis plusieurs heures, étaient blottis près 
d'eux sur le chemin couvert. La garnison de Rocroy 
rentra dans la demi-lune. 

Ces fusiliers jetés dans la place ne pouvîiient 
appartenir qu'à la cavalerie du duc d'Anguien ; on 
assurait dans l'armée espagnole que l'ofTicier dont 
on avait ramassé le corps était un aide de camp 
de Gassion; l'armée française était donc moins 
loin qu'on ne le croyait. Le capitaine général n'en 
tint compte; oubliant qu'à la guerre on ne se garde 
bien qu'en cherchant h garder l'ennemi, il n'en- 
voya aucune patrouille vers le sud par delà, les bois 
et prescrivit seulement de mettre des Croates en 
vedette aux débouchés intérieurs des sentiers. Tout 
se bornait, semblait-il, à un retard de vingt-quatre 
heures, qui ne sauverait pas la place, et dont 
l'état-major espagnol ne se préoccupait pas autre- 
ment. Le chevalier Visconti fit reprendre la demi- 
lune par le régiment qui l'avait perdue. La com- 
munication entre les attaques fut rétablie, la 



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6B LES PRINCES DE CONDÉ. 

descente du fossé préparée. Dans la soirée du 17, 
Isembourg arrivait au pied de la muraille du corps 
de place et attachait le mineur. On Iravaillait acti- 
vement aux batteries de brèclie qui devaient ouvrir 
leur feu aux quatre attaques le 18 au soir. 

Le 18, vers midi, au moment où le dîner, pré- 

',. lude de la sieste, va s'apprêler au quartier général 
(quarlel de ta corlé), établi au nord de la place 

'■ assiégée, un Croate y arrive au galop; il annonce 
que des éclaireurs français se montrent k la lisière 
des bois qui bordent le plateau au sud-ouest. Ce 
n'est peut-être qu'une reconnaissance, mais c'est 
un indice certain : l'ennemi approciie. Don Fran- 
cisco convoque un conseil de guerre et envoie un 
courrier à Beck : le commandant de l'armée du 
Luxembour^f doit avoir pris Château- Regnault, qui 
n'est qu'à huit heues de Rocroy; peut-être a-t-il 
déjà dépassé la Meuse; qu'il presse la marche de 
ses troupes et que, de sa personne, il vienne au 
plus vite; il pourra être au camp dans la nuit. Melo 
a la conscience de ce qui lui manque : l'instinct 
et la connaissance de la tactique, l'habitude du 
terrain. 11 juge aussi que Fontaine est insuffisant 
pour le compléter; c'est un excellent soldat, un de 
ces hommes qui se crampoiment à une position et 
qu'on ne déloge pas sans les tuer ; il marchera 
sans vaciller sui' le point de direction qui lui sera 



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LOUIS DE BOUHBON. 60 

indiqué; mais il veut toujours avoir toutes ses 
troupes dans la main; il est infirme et ne prendra 
pas l'initiative d'une attaque. Quant à Beck, il a 
l'ardeur, la passion, c'est lui qui a conduit le combat 
à HonnecourJ ; Melo s'en souvient et ne veut rien 
entreprendre sans avoir auprès de lui ce hardi 
lieutenant. 

Cependant les messagers accourant des grand'- 
gardes se succèdent au quartier général ; les cava- 
liers Trançais, disent-ils, deviennent plus nombreux; 
on voit des hommes à pied poindre Iiors des taillis. 
Courriers sur courriers sont expédiés à Beck. Mais 
bientôt il n'est plus temps d'attendre ce général, 
ni même de réunir en conseil les officiers qui sont 
sur les lieux. Déjà le duc d'Âlburquerque a dû 
faire sonner le boute-selle dans les campements 
de la cavalerie; les grand'gardes reculent lente- 
ment, refoulées par un ennemi qui grossit toujours. 
Il faut faire prendre les armes h. tout le monde 
avant le commencement de la sieste, qui était alors 
pour l'armée espagnole ce que les repas k heures 
fixes ont été pour d'autres dans des temps plus 
modernes. Ordre est donné de suspendre les tra- 
vaux, de désarmer les batteries, de diriger tes 
pièces et les troupes sur le front de bandière; 
on laissera des postes d'infanterie pour garder les 
tranchées, des détachements de cavalerie pour 



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7V LES PltlNCKS DE CONDË. 

surveiller les avenues et repousser les partis qui 
essayeraient de se glisser jusqu'aux portes de la 
place. Le capitaine général , accompagné de ses 
principaux officiers, le comte de Fontaine, meslre 
de camp général, le comte disembourg, chef de 
l'armée d'Alsace, le duc d'Alburquerque, comman- 
dant la cavalerie, et don Alvaro Melo, général d'ar- 
tillerie, va observer les mouvements de l'ennemi 
et déterminer la ligne de bataille qu'il fera prendre 
à ses troupes. 

Le front de t)andière reconnu et indiqué dès le 
début du siège comme lieu de rassemblement est 
au sud de Rocroy, à environ 1,000 ou 1,200 mètres 
du pied des glacis, orienté du nordnsuest au sud- 
est et faisant face à Maubert- Fontaine. Devant la 
droite (côté nord-ouest), le terrain s'abaisse dou- 
cement jusqu'à un petit étang aux bords maréca- 
geux,' qui est un des réservoirs de l'Eau-Noire. Le 
centre et la gauche s'étendent sur la croupe qui 
sépare les affluents de l'Oise et ceux de la Meuse. 
De ce cfité (sud-est) , le niveau du sol se soutient 
et reste sans interruption le même sur une crête 
d'aspect semblable, qui se développe en face et h 
moins de 1 ,000 mètres de l'assiette du front de ban- 
dière. Melo comptait porter son armée en avant sur 
ce deuxième contrefort, afin de maintenir l'ennemi 
plus loin de la place et surtout d'éviter toute ap- 



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LODIS DE BOURBON. 71 

parence de couardise'; attendre les Français en se 
couvrant d'un étang et d'un marais lui paraissait 
indigne d'un représentant du roi catholique. Mais 
don Francisco avait décidément affaire k des gens 
qui se pressaient : tandis qu'il délibère et que ses 
troupes se réunissent, il voit la position qu'il allait 
occuper, et dont il ne pouvait découvrir le revers, 
se couronner d'une ligne assez longue et très serrée 
d'escadrons intercalés avec des bataillons. Les 
têtes des chevaux et les hommes du premier rang 
se montrent bien alignés au sommet Qu'y a-t-il 
derrière ? Du point oii il est placé , le capitaine 
général ne peut s'en rendre compte. Ce qui est 
certain, c'est que l'ennemi, k qui l'entrée des bois 
n'a pas été disputée, qui a pu déboucher et, sans 
coup férir, prendre pied sur le plateau, occupe 
maintenant la position où les Espagnols voulaient 
l'attendre et qu'il n'en sera pas délogé sans com- 
bat. Cecombat, Melo ne veut pas l'engager encore; 
il attendra Beck pour attaquer. Un nouveau retard 
de quelques heures ne sauvera pas Rocroy ; toutes 
les issues sont gardées et les Français ne peuvent 
pas y jeter un homme de plus; c'est une place 
perdue pour eux. S'ils osaient prendre l'offensive, 
l'armée du roi catholique leur ferait payer cher cette 

1, De motlrar Uner cobardia. (Relation de Yincart.) 



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72 l-ES PUINCES DE COM)É. 

audace. Les derniers ordres sont donnés, ils sont 
sommaires : le mcsire de camp général (racera la 
ligne de bataille en avant du front de banijièrc et 
disposera l'infanterie h. sa guise ; le général de la 
cavalerie mettra ses escadrons eu ordre; le com- 
mandant de l'artillerie placera ses pièces au mieux. 
11 était environ deux heures de l'après-midi. 

C'était un rideau de cavaliers et de mousque- 
taires que Melo venait d'observer sur le contrefort 
qui lui faisait face, et derrière ce rideau arrivait 
toute l'armée française de Picardie résolue à com- 
battre. Retournons au point où nous l'avons laissée 
le Ifi mai au soir, aux sources de la Somme, non 
loin de Saint-Quentin, et suivons ses mouvements, 
la pensée de son chef, comme nous venons de 
suivre la pensée et les mouvements de don Fran- 
cisco Melo. 



uirehe Lo 15 mal, le duc d'Ânguien, développant son 

ADg'ioD apprend plan dc sc rapprocher à la fois du détachement à 

.le LoXxiii rallier, des places k secourir, de l'ennemi à joindre, 

" "'** descend dans la vallée de l'Oise; puis il dépasse 

Guise et remonte le cours de la rivière, se dirigeant 

vers l'est. Gassion est en avant et sur la gauche, 

avec deux mille chevaux ; il a liberté de manœuvre. 



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LOUIS DE BOURBON. 73 

ordre de chercher l'ennemi, de pourvoir aux inci- 
dents. Le convoi et une partie de 1 infanterie for- 
ment la colonne de droite. Le J6, l'armée de Pi- 
cardie s'arrête aux environs de Vervins, un de ses 
centres d'approvisionnement. Landrecies, ('«ulse, 
la Capelle, n'étant plus menacés, ont rendu les 
détachements qui avaient temporairement renforcé 
leurs garnisons ; Espenan a rejoint avec une bonne 
partie de ses troupes; le quartier général eet à 
Foigny ', antique abbaye de Bernardins, sur le 
Thon, affluent de l'Oise. 

Dans cette journée, le duc d'Anguien apprit en 
même temps que Louis XIII était mort' et que 
depuis la veille la tranchée était ouverte devant 
Rocroy. Écoutons-le ; il dira mieux que nous 
quelle impression il reçut de celle double nou- 
velle et quelle résolution elle lui inspira, a Je ne 
saurois peindre, écrit-il au premier ministre, le 
desplaisir que toutte cette armée a de la mort du 
Roy. J'espère que les ennemis de cet Estât ne se 
prévaudront pas de ce malheur ; mais je vous puis 
âsseurer que cette armée ira droit, et contre ceus 
du dehors et contre ceus du dedans, s'il y en a 
d'assez meschants pour l'estre. Je marche de- 
main (17) à Rocroy que les ennemis assiègent 

1 . Huit kilomèlres nord-est de Vcrviiis. 
I. Le limai, à 1,43 p. m. 



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71 Li:s PRINCES DE CONDÉ. 

despuis hier (15) et seray làapprès demain (18). 
Je vous asseure que nous n'azarderons rien mal à 
propos; nous ferons tout ce que nous pourrons 
pour le secourir »'. Nulle hésitation, mais pas 
d'illusion ni de forfanterie; fermement résolu, le 
jeune prince se possède et termine sa lettre en 
indiquant ce qu'on devra faire du côté de la 
Bourgogne et de Thionville » pour donner jalousie 
aux ennemis si nous sommes assez malheureux 
pourne pas réussir ». Puis il expédie à Gassion un 
ordre net et concis dans lequel respire la fermeté 
de son âme, lui donnant rendez-vous pour le len- 
demain à Bossus-Iès-Rumigny , où rejoindront 
également les derniers détachements en arrière. 
« De là, tous ensemble, nous marcherons aux 
ennemis' ". 

Marcher aux ennemis ! sa pensée est tout en- 
tière dans ces trois mots, que répète chacune de 
ses lettres depuis son arrivée à Amiens. 
Qccn- Le 17 mai, les voitures et une partie de l'infan- 
Xn° terie, quittant les environs de Vervins, prennent 
1^^. une route un peu longue, mais abritée contre toute 
tentative des partisans, masquée par la Haye 
d'Aubenton, un de ces massifs boisés aux pentes 
raides qui portent le nom de Haye dans le nord- 

J . M. le Duc à Mazarin, Foigny, 16 mai, A. N. 
t. H. le Duc à Gassion, 1 6 mai, de Foigny. C. P. 



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LOUIS DE BOURBON- 7ù 

est de la France. A Brunebamel, cette colonne 
rallie les derniers contingents tirés de la Cham- 
pagne. Le gros des troupes, conduites par le gé- 
néral en chef et prêtes à combattre, suit la route 
extérieure et remonte la riante vallée du Thon. 
Vers midi, toute l'armée est concentrée dans un 
espace de six kilomètres, à Aubenton, Bossus et 
Rumigny ; il n'y a pas à compter sur un homme 
ni un cheval de plus. Le duc d'Anguien est à 
Rumigny, où il a réuni son lieutenant général 
L'Hôpiial, les deux maréchaux de camp Espenan 
et La Ferté, le maréchal de bataille*, les doyens 
des mestres de camp, Sirot pour la cavalerie et 
Persan * pour l'infanterie, le commandant de l'ar- 
tillerie La Barre. — Gassion vient d'arriver avec ses 
escadrons; il descend de cheval, entre au conseil 



«. Ou plutôt le sergent do bataille qui remplissait ces fonc- 
tions par intérim. Le titulaire, La Vallière, était parti pour 
Paris le A t mai et rejoignit son poste dans la nuit du 1 S au < 9. 
{Gazelle. a° 65 ) 

1. Penen (François de Vaudetar, marquis de), fils de Henri. 
Itaron de Persan, que nous avons vu gardant le prince 
Henri II à Vincennes, et de Louise de l'Hôpital, sœur des 
maréchaux de Vilrj- et de l'Hôpital. Il avait servi sous te 
prince de Condé en Languedoc; son régiment, levé en 1640, 
s'était bien conduit à la Mari'ée el à Honnecourt. Maréchal de 
camp en 16i7, i! suivit, pendant les troubles, le parti de M. le 
Prince, rentra en France è la pais des Pyrénées, et quitta le 
senrioe. 



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76 . LES PRINCES DE CONDÉ. 

et rend compte de ce que le lecteur a déjà en partie 
deviné. Depuis trois jours, il n'a pas quitté la 
selle, ni la piste des ennemis. D'abord, il a évité 
de les serrer de trop près pour ne pas leur donner 
l'éveil. Quand il les a vus établis devant Rocroy, 
il s'est approché, les a trouvés non retranchés, 
sans défiance et se gardant h peine. Dans la der- 
nière nuit (16 au 17), il a pu pousser jusqu'aux 
glacis et jeter sur le chemin couvert cent vingt Tu- 
siliers commandés par Saint- Martin , premier 
capilaine du régiment. En même temps, il a tâté 
les quartiers des ennemis, ramené quelques-uns 
de leurs postes, et le Gascon reparaît dans cette 
assertion un peu risquée : « Sans un petit marais 
j'aurais défait une bonne partie de leur infan- 
terie 11 '. L'alerte donnée, il a fait rapidement recu- 
ler sa troupe, l'a mise k l'abri ; lui-même, caché 
dans les bouquets de bois, il a attendu le jour pour 
bien lire le terrain et compléter sa reconnaissance. 
Il estime la force des ennemis à moins de trente 
mille hommes, décrit le site, l'accôs difficile du 
plateau, les défilés, les bois et les marais, les 
avantages que la configuration du sol assure ii l'as- 
siégeant pour arrêter une armée de secours, l'em- 
placement des camps espagnols, la forme, l'élen- 

I. M. le Duc à 11. le Prinw, Rumigny, 17 mai. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 17 

due et les abords des posiLions qu'on peut se dis- 
puter en cas de bataille livrée près de la place. 
Quant à la place elle-même*, elle serait peut-être 
prise sans le secours qu'elle a reçu; si elle n'est 
promptement délivrée, elle sera rendue ou enlevée 
d'assaut avant trente-six heures. Et Gassion ter- 
mine son rapport sans autre conclusion. 

Après quelques mots de félicilation adressés 
au meslre de camp général de la cavalerie, le duc 
d'Anguien annonce à ses lieulcnants la mort du 
Roi, qui n'est encore connue que par une vagut( 
rumeur. 1! expose brièvemeni la gravité des 
circonstances, le péril de l'État : les forces 
disponibles sont réunies ; celles des Espagnols 
peuvent augmenter ; tout délai serait funeste ; on 
ne peut, h l'aurore d'un règne, laisser l'ennemi 
pénétrer au cœur du royaume sans faire un effort 
pour l'arrêter. 

Le maréchal de l'Hôpital est d'avis qu'il faut 
tenter le secours de Rocroy, mais en évitant un 
engagement gt^néral. Les environs de la ville assié- 
gée lui paraissent présenter un terrain favorable à. 
la petite guerre ; autant il est difficile d'approcher 
de la place avec toute une armée, autant il est facile 
de pousser des partis jusqu'aux portes; l'armée 
cependant prendra position sans entrer dans les 
bois, prête h recevoir l'ennemi si celui-ci veut 



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18 LES PRLVCBS DE CONDÉ. 

franchir les défilés. Le maréchal voit un grand péril 
& se lancer dans une aventure dont l'issue en ce 
moment peut être fatale. Chacun garde le silence; 
personne, Gassion lui-même, n'ose conseiller la 
bataille. I,e prince reprend la parole 11 démontre 
que l'opération restreinte ferait courir k l'armée 
tous les risques de la défaite sans aucune chance 
de victoire, et que tenter te secours, sans être 
résolu à livrer bataille, ne mènerait qu'à, un dés- 
astre. Il faut aller chercher l'ennemi sous !a 
muraille pour lui faire lâcher prise. Au reste, il ne 
s'agit pas de sauver Rocroy, mais de sauver l'État 
de France et la couronne du jeune Roi. 

Le langage du général en chef entraîne Gassion ; 
s'il n'a pas cru pouvoir émettre le premier un 
avis aussi hardi, il tient le parti pour bon. Il ajoute 
quelques détails topographiques sur les passages, 
sur les lieux en général ; puis il indique par quels 
procédés tactiques on peut atteindre le plateau et 
y prendre position. Sirot, la meilleure tète du con- 
seil. Persan, homme d'action et ami personnel du 
prince, opinent comme Gassion. L'Hôpital persiste 
dans son sentiment ; les autres officiers l'appuient 
ou se taisent. Le duc d'Anguien met fin à la con- 
férence en donnant, pour le lendemain, l'ordre de 
marche, l'ordre de bataille et la distribution des 
commandements. Ses instructions sont complètes 



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LOUIS DE BOURBON. 7U 

et précises; rien n'est omis, et « chacun, dit Sirot 
dans ses Mémoires, fut mis en pleine possession 
de ce qu'il devait faire. » 

Le 18 mai, au jour, l'armée prit la direction de m „ 
Rocroy. La revue d'elTectif, passée la veille, avait "^^ri 
donné un cliilTre de vingt-trois mille combattants, 
dont quinze à seize mille hommes de pied, six h 
sept mille cavaliers, soit dix-huit bataillons et trente- 
deux escadrons. Les bagages restent h. Aubenton ; 
les convois venant de la Chaijnpagne sont dirigés 
sur Aubigny. Vers huit heures du matin, la létc 
de colonne arrive au pied des vei'sanis boisés du 
plateau ; l'ennemi n'en a pas gardé les abords. 
Deux chemins mènent au sommet, l'un et l'autre 
médiocres : k gauche, on trouvera plus de fon- 
drières; à droite, des taillis moins clairs et des 
passages étroiU, mais un sol ferme. 

Tandis que l'armée prend l'ordre- de bataille 
pour faire halte, cinquante Croates, lancés en 
avant, éclairent les deux routes. Plusieurs m man- 
ches o de mousquetaires, enfants perdus, conduits 
par les sergents-majors des régiments', se ré- 
pandent dans les bois* et les fouillent, se servant 

I. AdjndsnU^majors de nos jours, 

ï. Ces bois, désignés généralement dans toutes les i-elalions 
contemporaines sous le nom de bois des Fors, portent, sur les 
caries modernes et mâme sur celle de Cassini, le nom de l)Ois 



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80 LES PRINCES DE COXDÉ. 

des sentiers frayés par les pâtres et les bestiaux. 
L'avaiit-garde, commandée par Gassion (quinze 
cents chevaux), suit le mouvement par la roule de 
droite. Nul ennemi dans les bois. En arrivant au 
terrain découvert, nos éclaireurs rencontrent les 
premières vedettes espagnoles, soutenues par de 
petits postes qui sont facilement délogés par Gas- 
sion. Celui-ci déploie sa troupe, et, marchant sur 
les traces des gardes ennemies en retraite, arrive 
au sommet de la pente , d'oii il découvre , à 
2,,)00 mètres environ, le clocherdeUocroy et quel- 
ques-uns des camps de l'ennemi. Déjà, il peut voir 
aux abords de la place des troupes qui s'agitenl. 
Chevets, maréchal des logis de la cavalerie, est 
allé au galop informer le général en clief que les 
chemins sont libres, les abords du plateau dé- 
gagés et que l'armée espagnole n'est ni retranchée 
ni même rassemblée. Bientôt M. le Duc rejoint 
l'avant-garde avec deux mille chevaux de l'aile 
droite et les mousquetaires qui ont fouillé les bois. 
11 ne perd pas un instant pour jalonner sa ligne 
de combat; car il a été si prompt, si habile et si 
heureux, que déjà il tient la position signalée par 
Gassion, et où il rêvait plutôt qu'il n'espérait de 
pouvoir livrer bataille. 

des Potées, que nous avons fait conserver sur le plan inséré 
dans l'atlas. 



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LOUIS DE BOURBON. 81 

Les fusiliers à cheval sont h. gauche au-dessua 
d'un petit étang; à droite, les Croates occupent 
une hauteur au milieu de bouquets de bois clair- 
semés. La cavalerie de l'aile droite se déploie en 
ordre étendu entre ces deux troupes, et les man- 
ches de mousquetaires se placent dans les inter- 
valles des escadrons. Au delà d'un pli de teirain 
où se sont arrêtées les vedettes espagnoles, le duc 
d'Anguien distingue en face de lui un groupe de 
cavaliers qui observent. 

C'est don Francisco Melo, que nous avons laissé 
entouré de ses généraux, en avant de son front de 
bandière , cherchant h deviner l'importance , la 
profondeur de celte hgne serrée d'infanterie et de 
cavalerie, qui vient de se déployer sur la crête où 
il avait songé à porter son armée, II était environ 
deux heures de l'après-midi. 

Cependant la tête de l'infanterie française dé- 
bouche du bois, tandis que ie second corps de ca- 1« 
Valérie arrive par la gauche. Les officiers généraux 
et d'état-major se rendent auprès du généual en 
chef. Celui-ci, jugeant que le terrain jalonné est 
trop étroit et qu'une de ses ailes pourrait être fa- 
cilement tournée, pousse les Croates k droite et les 
fait soutenir par les cuirassiers de Gassion ; car 
c'est la clef de la position qu'il faut occuper, et les 
piquets ennemis se sont repliés de ce côté en assez 



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82 LES PRINCES DE COMDË. 

grand nombre ; mais ils reculent sans résislanco 
sérieuse, et ta ligne de bataille est décidément 
tracée. Tandis que, devant !e front, quelques cava- 
liers détachés des deuxarmées échangent descoups 
de feu inoffensifs pour entretenir l'escarmouche, le 
duc d'Anguien donne ses ordres, indique aux ma- 
réchaux de camp et sergents de bataille la position 
des ailes de cavalerie, ainsi que les points où 
doivent être dirigées les deux colonnes d'infanterie 
qui se formeront concentriquement : celle de droite, 
(1 Picardie » en tête, fera vers la gauche en avant 
en bataille; celle de gauche suivra « Piémont », 
pour faire vers la droite en avant en bataille. 
Espenan commande la « bataille », c'est-à-dire 
l'infanterie au centre ; La Ferté, la cavalerie de la 
gauche; Gassion, celle de la droite; Sirot, la ré- 
serve. Le général en chef a marqué sa place 
h. la droite, entre l'infanterie et les troupes de 
Gassion. Son lieutenant général occupe un poste 
semblable vers la gauche, prés des escadrons de 
La Ferlé. 

Voici quelle est la disposition de l'armée fran- ' 
raise : au centre, quinze bataillons en masse, de 
huit k neuf cents hommes chacun, disposés en 
échiquier sur deux lignes, avec intervalles assez 
larges pour permettre le jeu des réserves et le 
déploiement des lignes de feu; l'artillerie (douze 



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I Harcoun. 

I Hendiooait. 
I MaroUe». 



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I WiiinUlell). 
I Vidami'. 



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I Mennevillf. 
I RofitUnrt. 



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LOUIS DE BOURBON. H3 

pièces) devant le front; aux ailes, vingt-trois esca- 
drons d'environ deux cents chevaux chacun, .for- 
mant deux doubles lignes de colonnes, avec trois 
escadrons en flèche h la droite et deux en obser- 
vation h la gauche; en réserve, trois bataillons et 
quatre escadrons intercalés ; en tout, dix-huit ba- 
taillons et trente-deux escadrons, donnant de vingts 
deux à vingt-trois mille combattants, dont -six ou 
sept mille cavaliers*. Le front, orienté du nord- 
ouest au sud-est et refusant la gauche, se déve- 
loppe à environ 2,000 mètres de la place assiégée, 
sur une étendue de 2,500 mètres, dont d,000 oo- 
cupés par la bataille, c'est-à-dire par l'infanterie 
du centre. 

Tout est rièze, c'est-à-dire lande , devant et 
autour de la ligne de combat, sauf vers la droite. 
Là, nos troupes, postées en face d'une large arête 
qui conduit de pldn-pied aux murs de Rocroy, 
sont rapprochées de la forêt qui s'étend jusqu'à la 
Meuse et dont se détachent quelques bouquets de 

1. iNPANTKaiB : î\ régimeutâ et tj coinpa);nieâ royalee, .for- 
mant 18 batûllonâ; 

Cavalbb» : Croates et fusilien, 3 rég. (i esc); — garded 
de H. le Duc, 1 coinp. (1 esc.) ; — clievau-lëgers, M .nig. 
(25 esc.) ; — gendarmes, 6 comp. (t esc.) ; ensemble : U j^ 
gîtnrals et sept compagnies fermaat 3S escadrons. — Veàr Jn 
tableau d-conlre, et, aux Pièces et Documenté, a' III, ■ l'ordre 
de bataille de l'iofanlerie à Bocroy. « [Original A. C.) 



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SI LES PRINCES DE CONUÉ. 

bois clairsemés. Le terrain s'abaisse et se dé- 
couvre graduellement devant le centre; il devient 
marécageux vers la gauche, arrêtée derrière le 
petit étang, aujourd'liui disparu, seul obstacle 
naturel qui sépare les deux armées. 
ta te déploiement des Français, commencé entre 
trois et quatre heures, s'acheva sous le feu du canon 
ennemi. L'armée du roi catholique, forte de vingt- 
six à vingt-huit mille combattants, s'établissait, le 
dos à Rocroy, sur une ligne à peu près parallèle 
au front de l'armée française, à. environ 900 mètres, 
et en ordre moins étendu'. Ses dix-huit pièces 
sont en batterie assez en avant et commencent & 
tirer entre quatre et cinq heures. 

i . Voir ci-conlre. — Le lablcau de l'année de France en 
bataille est figuré d'après un ■ ordre > où les noms des corps, 
les intervalles entre les unîtes et les distances entre les lignes 
sont fixés en chiDyes exacts ; on n'y trouvera pss les manches 
de mousquetaires placées entre les escadrons de cavalerie, dis- 
position préliminaire qui a disparu lors de la formation en 
bataille. — Pour l'armée d'Espagne, il est impossible d'arriver 
à la même précision, le rapport de Vincart ne donnant que des 
indications générales. Dans ce récit, comme dans plusieurs 
autres, il règne une certaine confusion entre l'ordre de marche 
et l'ordre de bataille, ainsi que I indiquent les mots « Van- 
guardia > et * Retroguardia u appliqués à la Tormation dé- 
ployée. Sans fixer d'intervalle entre les unités, nous avons 
disposé l'infanterie d'Espiigne sur trois lignes, ce qui concorde 
non seulement avec les incidents de la journée et toutes les 
reproductions Bgurées du combat, mais encore avec le texte 



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LOUIS DE BOURBON. 85 

Au centre, les lercios viejos, en cinq gros ba- 
taillons, ont : k leur droite les Italiens, h. leur 
gauche les Comtois ou Bourguignons, et derrière 
eux, sur deux lignes, les Wallons et les Allemands. 
C'est <> la bataille ». Rien de plus imposant que 
cette masse de dix-huit à, vingt mille hommes res- 
serrés sur un frontde 800 mètres et formant comme 
une phalange, où l'œil distingue à peine l'écart 
des trois lignes et les intervalles qui séparent 
entre eux les dix régiments de la première ligne. 
Fontaine est à la tête de cette redoutable infan- 
terie; parmi ceux qui le secondent on ne saurait 
oublier l'héroïque Velandia', les mestres de camp 
Ribaucourt*, Visconli, Ritberg*, et Grammont, 

de Vincart. Les noms des corps de Iroupes e-pagnols ne sont 
pas marques sur le t<bleau, leur rdn;; de tiataille n'étant établi 
par aucun document. Voici, d'ailleurs, la liste dt<s régiments 
qui ramposaient l'inranterie du roi cdUioliquc à Rocroy : 

Espagnole; Alburquerque , Velandia, Villalva, Castelvi, 
Garcies. 

Itauens : Strozzi, Delli Ponti, Visconli. 

Allemands : Rilberg, Hontecncoli, Frangipani, d'Am- 
bise, X.,.. 

BouRGDiGNONS : Grammont, Saint-Amour. 

WALI.0N3 : De Grange, prince de Ligne, Meghen, Ribau- 
coQTt, Bassigny. 

t. Velandia (Antonio], capitaine en 1633, mesire de camp 
i Honnecourt. 

t. Jean d'Aubermont, seigneur de Ribaucourt, 

3. Jean, comte d'Oosifrise et de Ritberg, de la famille des 



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88 LES PRINCES DE CONDÉ. 

dent le nom est si connu dans la vallée de la 
S*ône ; aujourd'hui encore, les régiments espagnols 
ZanifflTi(8'de ligne), Soria (9') et Galice (19') 
sont fiers de la généalogie militaire qui les rat- 
tache aux tercios commandés en' 16â3 par Gar- 
cies', Villalva' et le sergent-major Juan Ferez de 
Pfecalta. 

Les cent cinq coniettes de cavalerie de don 
Frandsco Melo sont aux deux ailes. A la gauche, 
le duc d'Alburquerque conduit les compagnies 
des Flandres et du Hainaut groupées en quinze 
escadrons ; il a auprès de lui don Juan de Vivero ' 
et don Pedro de Villamor'. A la droite, le vaillant 
comte d'Isembourg amène la cavalerie d'Alsace, 
troupe éprouvée; ses quatorze escadrons, qui 
étaîent campés de l'autre cAté de la place, arri- 



comtes d'Embden; iSgorail dans l'armée de Gallas devant 
Saint-Jeaii-de4«Nie. 

i. Don Hemaodo de Qiiesada Hendoza, comte deGarcies. 

S. Don Bernardino de Ayala, comte de Villalva, arriva en 
Flandre en 1640 avec le duc d'Alburquerque; brillant gentil- 
homme, de fort galant renom, grand amateur de courses de 
taureaux, et lui-même tortro émérite. 

3'. Frère dtf comte de Fuensaldana ; il servait depuis huit ans 
en Flandre, conduisit il la Hn de l'année un renfort en Alle- 
magne, prit part à la bataille de Tutilingen, et commanda U 
cavdierie en Caulogne (1646). 

4. (kimmissaire général de la cavalerie à la bataille de 
Ni5rdlingen (1634), vint en Flandre avec le cardinal -infant. 



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LOUIS DE BOURBON. 87 

vent successivement. D'une extrémité h. l'autre de 
la ligne espagnole, on mesure un peu plus de 
2,000 mètres ; c'est vers sa gauche qu'elle est dé- 
bordée par l'armée française. Cependant, le capi- 
taine général, entouré de ses gentilshommes, de 
ses écuyers et secrétaires, se place près de son 
aile droite. Il juge que le marais, l'étang, quel- 
ques ravins qui les avoisinent, peuvent favoriser 
une tentative de secours; il veut y regarder de près; 
car il incline toujours à croire que tout cet attirail 
de l'ennemi a pour but de retarder la prise de 
Rocroy. Ce n'est peut-être pas un résultat pro- 
portionné k l'effort ■, mais les Français sont si 
glorieux! On lui offre un cartel; sera-t-il forcé 
de l'accepter? N'a-t-il pas vu, l'année précédente, 
deux maréchaux de France mettre leurs armées 
en bataille devant ses lignes et se retirer sans 
combat après lui avoir laissé prendre la Bassée 
sous leurs yeux? En tout cas, il faut attendre les 
troupes du Luxembourg. Étemelle légende du 
corps d'armée qui doit décider la victoire et qui 
n'arrive jamais! 

Le canon espagnol continue de tirer et soutient 
son feu depuis une heure quand les douze pièces 
françaises peuvent être mises en batterie pourr, 
riposter; elles sont moins bien servies, de moindre 
calibre el font peu de dommage, tandis que nos 



a La Fi!rt«{ 
<■!> pin!. 



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88 LES PRINCES DE CONDË. 

pertes sont sensibles. Celte canonnade nous en- 
leva de trois à cinq cents hommes sans troubler 
l'ordre et la précision de nos mouvements. Un peu 
avant six heures, les troupes des deux lignes 
étaient en placé; les détachements qui avaient 
formé le cordon étaient rentrés à leurs corps res- 
pectifs, et la réserve, qui avait tenu l'arrière-garde, 
achevait de s'établir & 200 mètres en arrière du 
centre. On avait encore trois heures de jour de- 
vant soi ; le duc d'Anguien voulait en profiter. 11 
craignait l'effet prolongé du canon ennemi sur ses 
troupes, et son adversaire ne lui semblait pas 
complètement préparé; assurément Beck n'était 
pas là, et toutes les troupes du corps de siège 
n'étaient pas encore entrées en ligne. Placé à la 
droite, le général en chef étudie avec Gassion les 
dernières dispositions à prendre pour marcher en 
avant par l'arête large qu'il a devant lui, lorsqu'il 
voit sa gauche s'ébranler et quitter la position dé- 
fensive qu'il lui avait assignée. 

L'Hôpital ne désespérait pas d'épargner à 
l'armée les risques d'une bataille qui deviendrait 
sans but, selon lui, si on parvenait à secourir la 
place. Resté près de La Ferté, il lui fit remarquer 
que l'aile droite des ennemis n'était pas encore 
au complet et lui montra certains ravins qui per- 
mettaient de pousser un parti jusqu'aux portes de 



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LOUIS DE BOURBON. S9 

Rocroy. La Ferté, émule un peu jaloux de Gas- 
sion, désireux de se signaler, accepta de grand 
cœur les encouragements du lieutenîuit général 
et poussa quelques troupes au travers du marais, 
pendant qu'il essayait de contourner l'étang avec 
une partie de sa cavalerie; découvrant ainsi le 
centre de l'armée et faisant un assez grand vide 
dans la ligne de bataille. Anguien voit le péril et 
court à. la gauche pour arrêter ce malencontreux 
mouvement. 

Tandis qu'il y vole, un grand bruit d'instru- 
ments de guerre frappe ses oreilles. Les tambours 
et trompettes de l'ennemi battent et sonnent la 
charge ; l'année espagnole tout entière s'avance. 
En quelques secondes, dans un de ces instants 
d'anxiété poignante que connaissent ceux qui ont 
exercé le commandement, le jeune prince devine ce 
qui le menace : le détachement de La Ferté enlevé, 
la gauche délogée, le corps de bataille pris de 
flanc et de front par un ennemi très supérieur, 
point de retraite, un désastre plus complet que 
celui qu'il devait infliger, le lendemain, aux Espa- 
gnols. Il presse son cheval pour essayer de 
parer ce coup terrible, ou mourir au premier 
rang et disparaître dans la fumée de sa première 
bataille. 

Mais don Francisco n'était pas de ces hommes 



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90 LLS PKINCKS DE CO^UÉ. 

rares qui saisissent l'occasion aux cheveux, et qui, 
par une improvisation rapide, cliangenl sur le 
terrain un plan arrêté d'avance. Or le combat im- 
médiat n'entrait pas dans son plan. C'était le 
vieux Fontaine qui, voulant gagner une centaine 
de mètres pour rectifier sa position, avait ordonné 
cette démonstration offensive comme une sorte 
de marche d'essai. Le résultat obtenu, il s'arrêta. 

Déjà M. le Duc, arrivé près de la gauche, avait 
pris quelques bataillons de la seconde ligne et les 
avait placés en écharpe pour recevoir le premier 
clioc. Déjà, les troupes de La Ferté revenaient, 
décousues et plus vite que le pas, suivies au trot 
par la cavalerie d'Alsace, qui entrait en ligne. Mais 
cette cavalerie fit halte comme le reste de l'armée 
espagnole, sans dépasser le marais. Le calme était 
rétabli, et le courroux du général en chef s'était 
aussi apaisé quand il reçut les excuses de son 
lieutenant. 

Il est trop tard pour rien entreprendre, il faut 
attendre l'aube. L'armée passera la nuit en ordre 
debataille, prête k recevoir l'ennemi, en cas d'atta- 
que nocturne, ou à commencer le combat au point 
du jour. Le duc d'Anguien répète ses instructions 
à L'Hôpital et à La Ferté, qui resteront à l'aile 
gauche. Leur rôle pour la journée du 19 est d'en- 
gager l'escarmouche et de soutenir le combat, sans 



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LOUtS DE BOURBON. 91 

prendre l'offensive avant que l'aile droite ait obtenu 
un avantage marqué. Tous deux assurent leur 
général qu'ils rempliront exactement ses inten- 
tions. La Ferlé exprime de nouveau son regret du 
faux mouvement qui a failli compromettre le salut 
de l'armée; il devait retomber exactement dans 
la même erreur le lendemain matin. 

Le duc d'Anguien veut donner lui-même l'ordre 
aux officiers et passer devant le front des troupes 
en retournant au poste qu'il a choisi. Il trouve 
d'abord des visages assombris ; le tir effectif de 
l'artillerie espagnole, la faiblesse de la riposte de 
l'artillerie française, le trouble qui s'était produit 
à notre aile gauche, la fière allure de l'infanterie 
ennemie s'avançant au pas de charge, tous ces 
incidents avaient rappelé les fâcheux souvenirs des 
campagnes précédentes. L'attitude résolue du 
général en chef, les mâles paroles qu'il sut adres- 
ser h tous ramènent un peu de cette confiance 
qu'avaient fait naitre le bon ordre de la marciie, 
l'heureux passage des défilés. 

Louis de Bourbon était de stature moyenne, 
mince, bien proportionné, d'apparence délicate, 
mais musculeux et rompu aux exercices du corps, 
au maniement des armes et du cheval. La mous- 
tache naissante recouvrait à peine une lèvre un peu 
épaisse; la bouche élaît grande, le menton fuyant, 



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92 LES PR1KCE8 DK CONDÉ. 

les pommelles saillantes ; le profil très arqué exa- 
gérait ce qu'on est convenu d'appeler le type bour- 
bonien; il avait le front superbe, les yeux bleu 
foncé, un peu i fleur de tête, mais très beaux, le 
regard pénétrant, et dans toute sa personne un 
charme étrange qui saisissait et subjuguait. Suivons- 
le dans cette revue émouvante, passée en présence 
de l'armée ennemie en bataille, k la veille d'une 
journée qui peut décider du sort de la France. 

La Motte Saint-Cyr lui présente les anciens dra- 
gons de Richelieu, que leur nouvel armement a 
fait nommer fusiliers ; c'est la troupe légère par 
excellence; elle flanque l'extrémité de notre ligne; 
il lui manque les cent vingt hommes que Gassion 
a jetés dans Rocroy. Dans cette cavalerie de la 
gauche qui achève de se remettre en ordre, les 
Liégeois du marquis de Beauvau figurent h. côté 
des escadi'ons français de Guiche, de La Ferté, 
d'Harcourt, d'autres moins connus et du régiment 
de Marolles, un des derniers levés et déjà un des 
meilleurs. Marolles, dit le Rrave, condamné à 
mort après un duel fameux ', vient de passer en 



i. Marolles (Joachirn de Lenoncourt, marquis do), condamné 
à mort en 1633 pour avoir aUaquâ le baron des Chapvlles, 
passe dans lesËiatsdu duc de Savoie et, depuis 1G3I>, aert dans 
les armées de cet allié de ta France avec une grande distinc- 
tion. Kn 1639. il lève un régiment d'infanterie entretenu par 



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I.OVIS DP. BOCRBON. DJ 

exil dix années employées à servir la France hors 
de France i il est fort apprécié du duc d'Anguien, 
qui lui envoie un salut amical et qui salue aussi 
pour la dernière fois le brillant comte d'Ayen, 
Henri de Noailles ' sera tué le lendemain, h la tète 
des chevau-légers de Guiche. 

Voici, à la gauche de l'infanterie, le sombre 
drapeau* des « bandes noires », souvenir de Jean 
de Médicis et des guerres d'Italie. Il flotte au 
premier rang de « Piémont » , le plus populaire, 
le mieux exercé de nos régiments. Aucun corps ne 
pratique aussi bien la tactique de l'ordre étendu et 
des mousquetaires déployés. Les Espagnols l'ont 
surnommé et Bizarro, le vaillant entre les vail- 
lants, et ils le connaissent bien; car c'est lui qui 

le Boi pour la garde de la duchesse de Savoie et de son 
fils. Rentré en France, il obtient un régiment de cavalerie 
(ISavril 4613); nous le verrons nommer gouverneur de Thion- 
ville. Mar. chai de camp en 1646, lieutenant général en 16oi, 
il Ibt tué d'un coup de canon en 16SS au sii'ge de Hussy en 
Lorraine, laissant pour héritier de son nom un enfant de huit 
jours. 11 avait reçu vingt-quatre blessures ; cinq de ses frères 
étaient morts comme lui sur le champ de bataille. 

1 . Fils aîné do François de Noailles, gouverneur d'Auvergne 
et de Roussillon, et de Rose de Roquelaure. 

i. Noir & croix blanche. — Les tendes de Jean de Médicis, 
■ Giovanni délie bande nere b, rormërent le noyau du l'inran- 
terie « par delà les monts > qui fut enrégimentée enl S64 sous 
1« nom de Piémont. Sur les vieux régiments d'infanterie, voir 
liv. 1", chap. m, et liv, 111, chap. ii. 



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94 LES PRIKCSS DE COHDÉ. 

arrêta leur essor k Gorbie en 1636; ils l'ont re- 
trouvé ailleurs; s'il avait été soutenu quand il 
attaquait le bois de la Marfée en 16H, ou quand, 
l'année suivante, il défendait l'abbaye d'Donne- 
court, le sort de ces deux journées aurait pu élre 
diirérent. Comme les autres « vieux régiments » 
français ou suisses, Piémont a plusieurs compa- 
gnies détacliées en garnison et des officiers supé- 
rieurs employés comme gouverneurs de places. I.e 
chef de corps, Gaspard de Coligny, dont le nom 
sera souvent mêlé à la vie de notre héros, n'est pas 
présent; le lieutenant-colonel, Puységur, fait pri- 
sonnier l'année précédente, est encore chez les 
ennemis; ils sont remplacés pai' le premier capi- 
taine. Tous les officiers d'infanterie sont dans le 
rang; les mestres de camp et sergents-majors sont 
seuls en dehors, sur le flanc de leur troupe, k pied 
et la pique à la main. 

Auprès de Piémont, le premier des « petits 
vieux », M Rambures » ', dont le nom depuis Ivry 
est synonyme de bravoure. Ces deux régiments 
sont presque toujours ensemble, René de Rambures, 
quatrième meslre de camp de ce nom, vient de 

1 . a Rambures o . Pas de l'égimeot mieux discipliné ni mieux 
exercé. Il prit plus tard le nom de Béarn. Fabert y servait 
comme major en 16tT et années suivantes. Nous avons parlé 
des Rambures [liv. III, chap. ii). 



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LOUIS DE BOCRBON. 95 

remplacer sou frère, lue h. Hoiiiiecourt. Le duc 
(i'Anguien passe ensuite devant le frout de quel- 
ques régiments moins célèbres; au centre, à la 
place fixée parles ordonnances, il trouve les Ecos- 
sais et les Suisses; parmi les étrangers, ce sont 
ceux que la plus vieille fraternité d'armes unit aux 
troupes françaises; le Roi vient d'accorder ou plu- 
tôt de maintenir aux premiers le rang des gardes '. 
» Molondin » ', de Soleure, se fait remarquer par 
la belle apparence de ses deux bataillons ; le mestre 

4. Dès 1636, John Hepbum conduisait le régiment Douglas 
au siège de Saverne et fut tué à sa tête. En 1643, le marquis, 
depuis maréchal d'Ëlampes, ambassadeur du Roi à Londres, 
profita des troubles pour expédier d'Ecosse en France environ 
six mille hommes d'élite, tandis qu'il réussissait à empêcher 
l'embarquentenl de quinze mille Irlandais enrôlés pour le ser- 
vice du roi d'Espagne. Ce contingent fut réparti en quatre 
régiments qui, plus tard, furent réunis en un seul, celui des 
gurdes écossaises. Par décision royale du 16 mai 1643, notifiée 
le 18 à l'armée de Picardie, les gardes fcossaises prirent rang 
après les gardes suisses. Ce régiment fut commandé par le 
comte d'Erwin, puis par André Rutherford, comte de Teviot. 
Il fut licencié en 1663. 

3. « Holondio «, levé en 1635, montra une grande fermeté 
en 1636. Le i^f de corps, Jacques d'Estavayé de Holondin, 
ayant pris une compagnie aux gardes suisses, laissait le com- 
mandement du régiment à son frère, en faveur duquel il se 
démit définitivement lorsqu'il fut nommé maréchal de camp 
en 1645. Imbotti lui dédia son curieux ouvrage sur la milice 
moderne. Louis de Rolt, qui commandait à Rocroy un autre 
régiment suisse d'un bataillon (levé en 1641), élait aussi de 
Soleure. f Walleville > (deux bataillons) était de Berne. 



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96 LES PRIXCES DE CONUÉ. 

de camp est un manœuvrier éinérite. Puis M. le 
Duc va voir les troupes de la troisième ligne, les 
M compagniesroyalesw.dontruneportesonnom ', 
et surtout les gendarmes, qui sont le fond et le nerf 
de cette réserve, Jieaux chevaux, braves cavaliers; 
plusieurs sont ses amis. Montcha*, guidon des 
gendarmes de la Reine, a le commandement des 
six compagnies qui forment deux escadrons. 

Après s'être entretenu quelques moments avec 
Sirotdu rôle assigné à la réserve dans la journée 
du lendemain, M. le Duc retourne à la première 
ligne. La Fressinette', lieutenant-colonel, présente 
le régiment de Persan ; le prince apprend avec 
douleur qu'on vient d'emporter le mestre de camp, 
son ami et un des meilleurs officiers d'infanterie 
de l'armée, grièvement blessé d'un coup de canon. 
a Picardie » a la « droite de tout »; c'est le doyen 

4 . En décembre t64ï, le Roi créa trente compagnies royales 
de trois ccnlâ hommes cliacuoe, qui prirent les noms de leurs 
capitaines : Anguien, Liancourt, Canaples, Rothelin, Poli- 
gnac, Thémines, Nemours, La Trénioille, etc. Le Roi donna 
4,500 livres pour chaque compagnie (A. C] . Huit de ces com- 
pagnies formaient un bataillon à Rocroy ; on les appelait habi- 
tuellement les Aoyaux ». 

t. Hontcha (Edme-Claude de5imiane,comlo de), successive- 
ment guidon, souâ- lieutenant et capitaine- lieu lonant des 
gendarmes de la Reine, quitta sa compagnie et le service il la 
mort d'Anne d'Autriche (1666), 

3. Tné le b août 1644 devant Fribourg. 



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LOUIS DE BOURBON. 97 

de l'infanterie frfuiçaise. Dans les récriminations 
échangées lors de la bataille de Thionville, la con- 
duite de ce régiment avait été sévèrement jugée ; 
il va se relever brillamment le 19 mai. Le mestre 
de camp, de Nangis, et Maupertuis, lieutenant- 
colonel', sont présents. Picardie est soutenu par 
« La Marine, » créé en 1636 et déjà, classé parmi 
« les vieux » . C'était le corps favori du cardinal 
de Richelieu, qui en a conné le commandement b, 
un chef éprouvé, le marquis de La Trousse*, oncle 
de l'ami de madame de Sévigné. 

Soixante ans plus lard, devant Turin, La Marine, 
ayant à sa tête son colonel, Le Guerchois, et le 
duc d'Orléans, donnera trois fois au plus épais 

I. Nangis [François de I^cbanteau, marquis de), né le 
4 octobre 1618, cornette des chevau-Iégers de Condé en 1631, 
mestre de camp d'un régiment d'infanterie de son nom (1 63S), 
obtient le régiment de Picardie en 1640. Nommé maréchal de 
camp pendant la siège de Thionville ()3 juin 1643], il Tut tué 
devant Gravelinea, le 14 juillet 1644. — Louis de Melun de 
Haupertois succéda au marquis de Nangis et fut tué presque 
aussitôt devant Sierck (septembre 1643]. 

S. La Trousse [François Le Hardy, marquis de), volontaire 
en 16S9, capitaine de chevau-Iégers en 1638, par succession 
d'un de ses frères tué, lieutenant-colonel de La Marine te 
4 mars 1641, colonel-lieutenant en 164!1, maréchal de camp en 
1644, tué devant Tortose en 1 648. Son frère, Adrien, chevalier 
de Malte, aussi présent à Rocroy comme capitaine dans La 
Marine, prit le commandement du régiment en 1644, devint 
marédul de camp en 1631 et mourut en 1694 



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V8 LES PRINCES DE CONDË. 

de l'ennemi, et trois fois on relèvera le futur 
régent de France, roulant sous son cheval tué, 
puis blessé à. la hanche, renversé enfin par une 
balle qui lui a fracturé le poignet. Dans cette 
sombre journée du 7 septembre 1706, La Marine 
ne ramènera pas la victoire, mais sauvera l'hon- 
neur des armes. Les régiments qui portent aujour- 
d'hui ce glorieux nom dans l'armée française n'ont 
pas dégénéré. 

La nuit était survenue et les flammes des foyers 
allumés par les troupes brillaient sur un fond som- 
bre, lorsqu'Ânguien s'arrêta, sans aller jusqu'à la 
cavalene de l'aile droite, déjà au repos. Les 
gardes de M. te Duc ne sont pas auprès de lui, 
mais à l'extrême avant-garde de la droite, où ils 
renforcent les deux régiments de Croates. Les 
aides de camp et les volontaires font au prince une 
brillante escorte. Gassion vient les joindre avec 
quelques officiers ; tous mettent pied à terre « au 
feu de Picardie ». 

Le silence était profond (alto silenzio) ' ; les 
gardes veillaient, échangeant le mot de ralliement : 
Anguien ; a nos soldats, couchés en bataille sur 
leurs armes, n'attendaient qu'un signe pour se lever, 
souffler sur la mèche et l'abattre sur le serpentin » . 
1. Dépâche de GiuatÎDiaDi, ambassadeur vénitien, S3 mai. 



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LOUIS DE BOURBON. M 

(Sirot.) L'ordre étonnant (stupenda ordenanza) 
maintenu dans le camp français fut pour les con- 
temporains un objet d'admiration. Le prince s'é- 
tendit sur la terre et s'endormit profondément. 
Bossuet a peint cette nuit et ces deux armées 
u enfermées dans les bois et dans des marais pour 
décider leur querelle comme deux braves en champ 
clos 1). Le lecteur ne nous pardonnerait pas de 
clianger un seul mot dans ce récit dont l'éloquence 
ne surpasse pas l'exactitude. Voici poui-tant un 
détail à compléter : ce n'est pas le matin « à l'heure 
marquée », c'est en pleine nuit qu'il fallut « ré- 
veiller cet autre Alexandre » . 

Un cavalier vient de se présenter à, nos avant- 
postes; c'est un Français qui avait pris parti chez 
les Espagnols. On l'amène, il se jette aux pieds du 
prince et implore sa grâce, bien payée d'ailleurs 
par l'importance des renseignements qu'il apporte ; 
l'ennemi attend Beck le 19 vers sept heures du 
matin et attaquei'a immédiatement ; toujours pré- 
occupé d'une tentative de secours venant de notre 
gauche, le capitaine général a l'amené une partie 
de la cavalerie d'Alsace dans son ancien quartier à 
l'ouest de la place; si l'aile droite française est 
assez hardie pour s'engager la première, elle sera 
bien reçue par nulle mousquetaires qui passent la 
nuit « sur le ventre » dans les bouquets de bois 



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100 LES PRIHCF.S DE CONDÉ. 

tout près d'elle. Le cavalier achève à peine son 
récit que déjà M . le Duc a modifié certaines parties 
de son plan et donné de nouveaux ordres d'exécu- 
tion. Puis il demande son cheval, ses armes, revêt 
sa cuirasse et met sur sa tête un chapeau orné de 
celte plume blanche qu'avait illustrée Henri IV, et 
qui est restée dans l'armée française l'insigne du 
commandement en chef. 

11 faisait encore obscur lorsque les escadrons 
de première ligne de l'aile droite montèrent è. 
cheval pour dégager le front de la seconde ligne. 
Au même moment, les soldats de Picardie se 
levaient et s'avançaient sans bruit, laissant auprès 
des feux quelques hommes dont les ombres, pas- 
sant devant la flamme, dissimulaient le départ du 
régiment. Les enfants perdus, conduits par le ser- 
gent-major de Pédamont, pénètrent dans les bou- 
quets de bois, surprennent les mousquetaires enne- 
mis dans cet instant critique où un lourd sommeil 
s'empare de l'hooune qui a veillé. Quelques coups 
de feu retentissent, les fantassins espagnols se 
lèvent en désordre, la panique les saisit; les uns 
sont frappés par nos piquiers; les autres se jettent 
hors du bois et tombent dans un flot de cavaliers; 
aucun n'échappa. La lueur grise de l'aurore succé- 
daitaux ténèbres de la nuit. 11 était trois heures du 
matin, le 19 mai 16^3. 



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LOCiS DE BOURBON. lOt 

La cavalerie a suivi le mouvement des enfants BaunLadsKoc 
perdus; son Tront est doublé; tous les escadrons Mbuo 
sont sur une seule ligne. Gassion en conduit sept et .i de 
prend à droite, Anguien à gauche, un peu en arrière 
avec huit ; le bouquet de bois les sépare et les 
masque quelque temps. Les cavaliers ennemis ont 
sauté en selle à la première alerte; c'est la troupe 
de Gassion qui se montre d'abord. Âlburquerque 
veut lui faire face; au moment d'en venir aux 
mains, il est tourné par le duc d'Anguien et pris 
de flanc en flagrant délit de manœuvre. Le choc 
fut dur; les cornettes abordées ne s'en remi- 
rent pas et disparurent du champ de bataille 
suivies par nos Croates'. Le duc d'Alburquer- 
que et ses lieutenants, Vivero et ViUamor, réta- 
blissent leur seconde ligne derrière la gauche 
de l'infanterie; les escadrons français sont ral- 
liés; un nouveau combat s'engage avec la même 
issue que le premier. Au milieu de la fumée et 
de la poussière, plusieurs cornettes ennemies 
passent sans rencontrer nos cavaliers et arri- 
vent jusqu'à Picardie, qui, le bois nettoyé des 
mousquelaires, se trouvait isolé en avant de 
notre ligne de bataille. Le régiment enveloppé 



t. Voir Piéce$ et Documents, n" l\, Réponse à quelquf 
éjections. 



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(02 LES PRINCES DE CONDP.. 

se forme en octogone^ et montre une grande 
fermeté. 

L'aile gauche de l'armée espagnole est disper- 
sée. En moins d'une heure, le duc d'Anguien s'est 
révélés il a conquis sur ses cavaliers cet ascendant 
qu'une sorte de courant rapide donne au chef 
digne de commander sur des soldats dignes de le 
suivre. 11 peut maintenant arrêter sa troupe sans 
diminuer son courage, la faire manœuvrer au 
fort de l'action, lui rendre l'élan sans qu'elle lui 
échappe; il va avoir besoin de toute son autorité. 
Le succès de notre aile droite avait amené le général 
en chef sur une ondulation d'où, en se retournant, 
il dominait le terrain occupé par le reste de son 
armée. Le spectacle qui s'offrit & ses yeux était 
fait pour troubler une âme moins ferme. 

Les coups de mousquet partis de notre droite 
avaient mis tin à. la « trêve de Dieu » observée 
toute la nuit par une sorte d'accord tacite ; les 
postes placés entre les deux armées avaient aussitôt 
commencé le feu; les piquets étaient accourus. 
Deux lignes de tirailleurs couvrent tout le 
centre d'un nuage de fumée; bientôt le canon mêle 
sa voix tonnante aux éclats de la mousqueterie. 

i . Disposition rationnelle, puisqu'elle n« donne pas d'angle 
mort, mais compliquée et bizarre, qu'uno infanterie très exer- 
cée pouvait soûle adopter. 



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LOUIS DE BODKBON. M3 

A notre gauche, les premières clartés du jour 
montrent à La Ferfé l'aile droite des ennemis 
dégarnie ; en effet, Isembourg, avec presque toute 
la cavalerie d'Alsace, avait passé la nuit dans son 
camp k l'ouest de la place, h. la tête des tranchées, 
pour mieux garder les avenues et repousser cette 
tentative de secours qui, jusqu'au dernier moment, 
préoccupa surtout l'état -major [espagnol. Voyant 
ce vide devant lui, La Farté oublia et l'échaur- 
fourée de la veille et les recommandations de 
son général ; de nouveau , il voulut franchir le 
marais et tourner l'étang. Comme la veille, Isem- 
bourg survint avec ses escadrons, mais cette fois 
il ne s'arrôta pas ; prenant le galop à bonne dis- 
tance, favorisé par la pente, il aborde la cava- 
lerie française, la met en désordre, la sépare de 
l'infanterie et la pousse vivement devant lui. La 
Ferté combat avec vaillance; atteint d'un coup de 
pistolet, percé de deux coups d'épée,il tombe aux 
'mains de l'ennemi. L'ardeur de la poursuite, l'al- 
traitdupillage, l'espoir d'arriver jusqu'aux bagages 
des Français entraînent au loin bon nombre de cava- 
liers allemands. Encore aujourd'hui, on retrouve des 
armes brisées jusque dans les rièzes de Regniowez. 
Avec le gros de sa Iroupe, Isembourg tourne à. 
gauche, culbute nos mousquetaires, nos artilleurs, i, 
et s'empare du canon ; La Barre est tué sur ses 



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104 L£S PRINCES DE CONDÉ. 

pièces. L'Hôpital , homme d'honneur, un peu 
responsable du malheur de La Ferté, essaye d'y 
remédier. Il rallie quelques cavaliers, se met à la 
tête des bataillons de notre gauche et reprend le 
canon perdu. Mais aux cornettes qu'Isembourg a 
gardées sous la main se réunissent celles qui, 
venant de l'autre aile, se sont un moment égarées, 
et qui, après avoir tâté Picardie, ont coulé derrière 
les tirailleurs espagnols du centre. L'infanterie 
italienne les soutient. Les troupes de L'Hôpital 
sont entourées; un coup de feu lui casse le bras; 
on l'emporte; quelques bataillons fuient; Piémont 
et Bambures font ferme; ils sont très maltraités et 
obligés de reculer, abandonnant le canon une 
seconde fois. 

L'ennemi a maintenant trente bouches à feu 
pour battre notre centre, qui n'avait pas encore 
été sérieusement engagé; nous n'avons plus une 
pièce pour répondre. Nos mousquetaires, déployés 
sur deux rangs en avant des bataillons, continuent' 
leurs salves, mais ils perdent du terrain. L'anxiété 
est profonde; la gauche est battue, chacun le voit; 
la droite a disparu, le général en chef avec elle; 
quelques coups de feu, un nuage de poussière 
Jalonnent la direction qu'elle a suivie ; elle est aux 
prises avec la cavalerie ennemie ; mais est-elle 
victorieuse? Toute cette infanterie, qui souvent 



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LO0I5 DE BOURBON. 105 

déj& s'est vue abandonnée par la cavalerie , se 
trouble facilement. Un mot d'ordre, venu on ne 
sait d'où, passe comme une traînée fatale de ba- 
taillon en bataillon : » La journée est perdue ! en 
retraite! » Et lentement, graduellement, sans que 
personne dirige le mouvement, toute la ligne 
recule. Oh donc est Espenan? où sont les officiers 
généraux? 

En voici un : c'est le maréchal de bataille (chef 
d' état-major), La Vallière; il a rejoint dans la nuit; 
en ce moment, il arrive de la gauche; il va de 
régiment en régiment, parle aux chefs de corps : 
il ne sait rien du duc d'Anguien ; il a vu tomber 
L'Hôpital; il engage les mestres de camp à replier 
leurs troupes en ordre. Le mouvement s'accélère; 
déjà ceux de nos bataillons qui n'ont pas été 
rompus par Isembourg se sont rapprochés de la 
réserve. Sirot se détache de sa troupe : « Que 
faites-vous donc? demande-t-il. — Tout le monde 
bat en retraite, lui répondent les premiers qu'il 
rencontre; la bataille est perdue. — Perdue? 
s'écrie-t-il, allons donc! Sirot et ses compagnons 
n'ont pas donné! Face en tête ! » 

Entre cinq et sis heures du matin, notre gauche uuia»»n> 
était battue, notre canon pris, La Ferté prisonnier, dAngni™. 
L'Hôpital hors de combat, La Barre tué, notre deiwsiioi» 

.... Bl AUtmuidt. 

centre en retraite; Imfantene itauenne s avançait 



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106 LES PBINCBS DE CONDfi. 

et les tercios viejos allaient la soutenir. Du point 
où le duc d'Anguien avait fait halte pour rallier der- 
rière la ligne espagnole ses escadrons victorieux, 
il ne pouvait saisir les détails de ce tableau; mais 
la direction de la. fumée, la plaine couverte de 
fuyards, la marche de la cavalerie d'Alsace, l'atti- 
tude de l'infanterie ennemie, tout lui monirait, en 
traits terribles, la défaite d'une grande partie de 
son armée. I) n'eut pas un instant d'accablement, 
il n'eut qu'une- pensée : arracher à, l'ennemi une 
victoire éphémère, dégager son aile battue, non 
en volant à son secours, mais en frappant ailleurs. 
Quelques minutes de repos données aux chevaux 
essoulTIés lui ont sufli pour arrêter le plan d'un 
nouveau combat, conception originale dont aucune 
bataille n'offre l'exemple. Laissant Gassion sur sa 
droite avec quelques escadrons pour dissiper tout 
nouveau rassemblement de la cavalerie wallonne, il 
fait exécuter k sa ligne de colonnes un changement 
de front presque complet h gauche, et aussitôt, 
avec un élan incomparable, il la lance, ou plutôt 
il la mène en oi'dre oblique sur les bataillons qui 
lui tournent le dos. 

Dans les rangs pressés de l'infanterie ennemie,' 
il était malaisé de suivre les incidents qui se suc- 
cédaient depuis que la cavalerie d'Alburquerque 
et celle du duc d'Anguien étaient aux prises. Les 



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LOUIS DC BOURBON. Un 

yeux, les esprits, les cœurs étaient tout entiers à la 
bataille engagée devant le front, et chacun, chefs 
et soldats, se préparait h. y prendre part quand la 
troisième ligne fut subitement abordée et poussée 
sur la seconde. C'est une suprême épreuve pour 
une troupe qu'une attaque imprévue sur ses der- 
rières. « Nous sommes tournés! » est un cri d'a- 
larme qui émeut les plus braves. Peut-être les 
Wallons, mécontents de quelques-uns des actes de 
Melo, n'étaient-ils pas, ce jour-là, disposés aux 
grands sacrifices; mais Wallons et Allemands, 
tous étaient là placés dans des conditions défavo- 
rables. Beaucoup de mousquetaires détachés la 
nuit aux avant-postes n'avaient pas repaini; nous 
savons où ils gisaient. D'autres avaient déjà été 
dirigés sur le front en prévision d'un mouvement 
offensif; peu d'armes à feu pour arrêter les chocs 
qui se pressent. Et avec quelle ardeur arrivaient 
nos cavaliers, menés par un tel chef I Us passent 
comme un torrent au milieu des bataillons. Ceux-ci 
sont si rapprochés, qu'ils craignent de tirer les uns 
sur les autres et que la contagion du désordre est 
bien vite incurable; en quelques minutes, toute 
l'infanterie wallonne et allemande est complète- 
ment rompue. Les fuyards, qui se jettent en dehors, 
dans la direction des bois, sont ramassés par Gas- 
sion ou par les Croates; une masse confuse roule 



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108 LES PRINCES DE CO^DÉ. 

instinctivement vers la place laissée vide par 
la cavalerie d'Alsace. 

C'est là queMelo avait choisi son poste. Inquiet, 
agité durant ta nuit, il commençait à. reprendre con- 
fiance et suivait d'un œil complaisant les progrès 
de son aile droite lorsqu'on vint lui apprendre la 
défaite d'AIburquerque. II veut y courir avec 
quelques cornettes que lui a laissées Iserabourg et 
tombe au milieu de son infanterie en déroute. 
Aveuglé par la fumée et la poussière, il allait se 
jeter dans un escadron français quand son capi- 
taine des gardes, Duque, l'arrête et le ramène 
auprès d'un brave mestre de camp, le comte de 
Ritberg, qui cherchait à retenir son régiment. 
Le capitaine général harangue les soldats, essaye 
de les entraîner; mais le flot le déborde. Les che- 
vau-légers français le reconnaissent, le pressent; 
son bâton de commandement lui échappe et il n'a 
que le temps de chercher refuge dans le biUaillon 
du chevalier Visconti. « Je veux mourir ici avec 
vous, messieurs les Italiens *, crie don Francisco. 
-~ Nous sommes tous prêts à. mourir pour le ser- 
vice du roi », répond Visconti. Et il fut pris au 
mot, car il fut tué quelques instants après ; sa 
troupe fit ferme et repoussa les premiers cavaliers 

i . Aqai quiero morir con tos teiiores ilaliams. (Relation 
de Vincart.) 



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LOUIS DE BODRBON. 100 

français. On se souvient que ces Italiens, placés k 
la droite de « la bataille » du roi catholique, 
venaient de s'avancer pour soutenir la cavalerie 
d'Alsace; Fontaine allait probablement faire suivre 
ce prranier échelon par le reste de son infanterie; 
déjà le tercio de Velandia s'était détaché de la pha- 
lange et marquait le mouvement, lorsque les soldats 
du duc d'Anguien arrivèrent par derrière, pêle- 
mêle avec l'escorte de Melo. Ainsi l'infanterie du 
roi catholique commençait è. marcher par échelons, 
l'aile droite en avant, méthodiquement, à rangs 
serrés, comme il convenait à. son tempérament et 
& celui de son chef, lorsque l'audace inspirée du 
duc d'Anguien lui enleva sa seconde et sa troi- 
sième ligne. La première était intacte; précédée 
de son artillerie et de ses mousquetaires, elle pré- 
sentait ce front imposant devant lequel reculait l'in- 
fanterie française, seule, en plaine, sans cavalerie, 
sans artillerie, sans direction. 

Sirot avait ralenti ce mouvement en arrière; 
officiers et soldats s'arrêtaient pour l'entendre 
discuter vivement avec La Vallière et contester 
cet ordre de retraite que le général en chef n'avait 
pas donné. Quelques-uns des bataillons maltraités 
de la gauche s'élaient remis en ligne auprès de 
la réserve; mais xm retour olïensif de la cavalerie 
d'Alsace, qui voulait rester maltresse de cette par- 



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MU LES PRINCES DE CONDË. 

tie de la plaine, rejette notre infanterie dans le 
désordre. Sirot la dégage en chargeant avec les 
gendarmes et son régiment. La cavalerie ennemie 
fait mine de revenir; mais, cette fois, elle y va molle- 
ment ; elle sait vaguement ce qui se passe ailleurs 
et ne songe qu'au ralliement. 

Le commandant de notre réserve a rempli son 
devoir avec autant d'intelligence que d'énergie ; 
maintenir sa troupe jusqu'au bout à la disposition 
du général en chef sans se laisser émouvoir par 
les incidents ou par des ordres dépourvus d'au- 
torité. Sa tâche n'est pas achevée. Sauf quel- 
ques bataillons débandés, notre infanterie reste 
formée en groupes bien distincts ; les unités 
se sont rapprochées sans se confondre ; les 
vieux régiments français ou étrangers ne sont pas 
rompus; mais tous ont été canonnés, beaucoup 
ont reçu des horions, quelques-uns ont été bouscu- 
lés; ils sont hésitants et prennent au mot les in- 
jonctions de La Vallière, qui croit toujours à la 
nécessité- de la retraite. Sirot s'interpose de nou- 
veau. « Face entête! crie-t-il; personne ne vous 
poursuit; la journée n'est pas terminée. Nous ne 
pouvons abandonner notre général. A l'ennemi! 
je vous conduirai ! " Déjà les officiers ramènent 
leurs hommes en levant les chapeaux : h A M. de 
Sirot! à M. de Sirot ! » Et voilà que celui-ci leur 



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LOUIS DE UOURBON. 111 

montre au milieu d'un groupe de cavaliers le 
panache blanc du duc d'Anguien reparaissant là 
où l'on voyait le matin les escadrons d'Isembourg. 

Rien ne peut rendre la surprise, l'émotion de 
tous, l'effet produit sur le soldat par l'apparition 
soudaine du duc d'Anguien sortant de cette mêlée 
furieuse, les cheveux épars, les yeux pleins d'é- 
clairs, l'épée h. la main. Ce n'est plus le jeune homme 
à l'aspect un peu délicat qui passait la veille devant 
le front des troupes; il est transformé; l'aclion 
l'a grandi; son visage irrégulier est devenu su- 
perbe ; c'est le général obéi de tous; c'est le pre- 
mier soldat de l'armée ; c'est le dieu Mars ' . 

Devinant en quelque sorte la pensée de son chef, 
cherchant h le seconder par son initiative intelli- 
gente, Sirot veut aussitôt tirer parti des courages 
ranimés. Il a rétabli une ligne d'environ huit ba- 
taillons, qu'il porte en avant. Placés en premier 
échelon, les Italiens n'attendent pas le choc de 
cette infanterie, car ils sont déjà pris de flanc et 
culbutés par nos chevau-légers. Mais le'tercio de 
Velandia, qui venait ensuite, <t ne branle pas ». 
Chargé, fusillé, il perd tous ses mousquetaires 

t. « Je ne songe point à Testât où je trouvay ce prince qu'il 
ne me semble voir un de ces tableaux où le peintre a ^I un 
elTort pour bteo représenter un Mars dans la chaleur du corn-, 
bat. > (Bossy-IUbulin, Mémoires; siège de Uardick.) 



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113 LES PRINCES fit! CONDË. 

sans se laisser rompre, et, maintenu par son chef 
expirant, il recule è. petits pas jusqu'à, ce qu'il 
s'adosse au gros de l'infanterie. Grâce à la fermeté 
de ce régiment, les Italiens furent moins maltraités 
que les autres nations et purent se retirer, mal en 
ordre, sur les bois au nord, laissant deux de leurs 
mestres de camp et bon nombre de soldats sajis 
vie sur le terrain. Les Français ne peuvent repren- 
dre que les douze pièces par eux perdues le malin, 
encore renversées et à peu près hors de service. 
Le canon espagnol continue de tirer; son feu et les 
salves de la mousquelerie arrêtent le mouvement de 
la ligne française. 

Isembourg reste quelque temps dans cette 
plaine qu'il avait un moment conquise et où il 
avait, pendant plusieurs heures, manœuvré et com- 
battu avec autant d'habileté que de vaillance; il 
essaye de rassembler ses escadrons, trop disper- 
sés peut-être; Vivero, un des lieutenants d'Albur- 
querque, l'a rejoint et l'assiste. De la droite, de la 
gauche, tous les cavaliers qui veulent ou peu- 
vent encore se battre ont été conduits sur ce 
point par les incidents de la journée, mais ils sont 
enveloppés. Quand le vent de la fortune tourne, 
il ramène à celui qu'il favorise des secours inat- 
tendus; beaucoup de chevau-légers des troupes 
de La Ferté reparaissaient, des escadrons qu'on 



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LOOIS DE BOORBOiN. 113 

croyait anéantis se reformaient. Entre les revenants 
de la défaite de la gauche et les vainqueurs de la 
droite, la cavalerie d'Alsace futécrasée, Isembourg 
est criblé de blessures, son cheval s'abat; il est 
pris un moment par un cuirassier de Gassion, 
puis dégagé; ses cavaliers, qui l'adoraient, l'en- 
traînent presque mourant loin du champ de ba- 
taille. Un brave colonel, Savory, essaye de prendre 
sa place et veut tenter un effort désespéré contre 
l'infanterie française; il est frappé avant d'avoir 
pu charger, et les derniers débris des cent cinq 
cornettes qui, le matin, composaient la brillante 
cavalerie du roi catholique, sont dispersés. 

Au bruit et au tumulte du combat succèdent, 
pour quelques instants, un silence et un calme 
presque aussi effrayants. Hommes, chevaux sont 
à bout ; il faut à tous quelques instants de repos. 
Chacun semble se recueillir pour une lutte suprême. 
Le duc d'Anguien est auprès de Sirol, remet l'in- 
fanterie en ordre, veille au ralliement de la cava- 
lerie de La Ferté ; celui-ci a été tiré des mains de 
l'ennemi, mais blessé grièvement et hors de 
combat; Gassion empêche les fuyards de se ras- 
sembler et veille du côté du nord, guettant l'ar- 
mée du Luxembourg, car Beck peut encore sur- 
venir. C'est le souci du duc d'Anguien, c'est le 
dernier espoir de l'infortuné Melo, que la défaite 



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114 LUS PRINCES DE COMDË. 

des Italiens a rejeté dans le gros des u Espagnols 
naturels ». 
pnm«iidet De toute l'armée du roi catholique, les tercios 

tatoio» Ti^o». 

iii tout oDronctt vieios sont seuls debout. Ils forment un rectangle 

AkqutrièDia ' ^ 

durgo. allongé. Leurs rangs se sont grossis des épaves 
de l'infanterie frappée auprès d'eux : Bourgui- 
gnons, Italiens, ofTiciers sans troupe, cavaliers 
démontés ou blessés se pressent ou plutôt s'en- 
cadrent parmi eux, bouchant les vides, remplis- 
sant les intervalles déjà trop étroits qui séparaient 
les bataillons. Ils ne peuvent plus manœuvrer, 
ils sauront mourir. 

M. le Duc attendra -t- il, pour reprendre l'action, 
que ses escadrons soient reposés ou réunis, ses 
bataillons remis des chocs qu'ils ont reçus, le 
canon relevé? — Mais, si l'infanterie espagnole 
essayait de se déployer, de prolonger ses lignes de 
feu ! — Que recèle ce grand rectangle, cette for- 
teresse vivante? Et si Beck arrivait! — Il faut 
battre le fer, user les forces de l'ennemi, lui rendrp 
toute manœuvre impossible, le paralyser jusqu'au 
moment où on pourra le détruire. Cela coûtera 
cher peut-être; mais la victoire est h. ce prix. 
L'attaque commence sans délai; les bataillons les 
moins fatigués ou les premiers rétablis s'avancent : 
Picardie et La Marine k droite, les Boyaux, les 
Écossais et les Suisses au centre, Piémont et Ram- 



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LOUIS DB BOURBON. 115 

bures à gauche. M. le Duc est avec eux, suivi de 
ses gardes et de quelques escadrons qui ne l'ont 
pas quitté, prêts h se jeter dans la première brèche 
ouverte. Des mousquetaires précèdent la ligne 
pour engager l'escarmouche. 

A l'un des angles de la phalange, un homme est 
élevé sur les épaules de quatre porteurs; sa longue 
barbe blanche le fait reconnaître ; c'est le comte de 
Fontaine. Il a juré, dit-on, de ne combattre les 
Français ni à pied ni h cheval, et il tient son ser- 
ment ; car il est assis sur la chaise où le clouent ses 
infirmités, a montrant qu'une âme guen-ière est 
maltresse du corps qu'elle anime w. Tout est immo- 
bile en face de nous : Fontaine, sa canne appuyée 
sur son pied, les mousquetaires au port d'armes et 
derrière eux la forêt des piques. Les Français ap- 
prochent ; si quelque coup de feu de leurs enfants 
perdus porte, les rangs se resserrent sans nulle 
riposte. Les assaillants commencent k voir distinc- 
tement ces hommes de petite taille, au teint basané, 
à la moustache troussée, coiffés de chapeaux 
étranges, appuyés sur leurs armes. 

Tout èi coup la canne de Fontaine se dresse, dix- 
huit bouches k feu sont démasquées, tous les mous- 
quets s'inclinent, une grêle de balles et de mitraille 
balaye le glacis naturel sur lequel s'avance la ligne 
fi-ançaise. Celle-ci flotte un moment, puis recule, 



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116 LES PRINCES DE CONDÉ. 

laissant le terrain jonché de cadavres. Quand le 
vent eut dissipé la fumée, la phalange était de 
nouveau immobile, les mousquets relevés, Fontaine 
il la même place. Le ducd'Anguiena bientôt arrêté 
ses troupes ; deux fois il les ramène et deux fois 
encore il est repoussé. Ses gardes, les gendarmes 
sont décimés, son cheval blessé est tout couvert 
de sang ; il a reçu une contusion à ta cuisse et deux 
balles dans sa cuirasse. 

Cependant quelques vides se sont faits dans les 
rangs espagnols, les hommes semblent toujours 
impassibles et résolus; mais la dernière décharge 
était moins nourrie ; le canon s'est tu ; les muni- 
tions manquent. On ne voit plus Fontaine sur sa 
chaise; il est là gisant, la face en terre, le corps 
traversé par les balles ; Dieu a épargné au vieux 
soldat la suprême douleur de voir enfoncer celte 
infanterie qu'il croyait invincible. Les Français 
étant parvenus à. relever trois ou quatre des pièces 
qu'ils ont reprises, le duc d'Anguien fait abattre à 
coups de canon un des angles de la forteresse vi- 
vante. D'autres bataillons ont rejoint et prolon- 
gent notre ligne de feu. Gassion s'est rapproché 
avec ses escadrons ; les chevau-légers de La Ferté, 
ralliés, menacent les tercios d'un autre côté. M. le 
Duc achevait ses dispositions pour ce quatrième 
assaut, lorsqu'on le prévint que plusieurs ofiTiciers 



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LOUIS DE BOURBON. 117 

espagnols sortaient des rangs en agitant leurs cha- 
peaux comme s'ils demandaient quartier. Il s'avance 
pour recevoir leur parole; mais, soit malentendu, 
soit accident, plusieurs coups de feu partent, sont 
pris pour un signal et suivis d'une décharge à la- 
quelle le prince échappa par miracle et qui « mit les 
nôtres en furie ». Cavaliers, fantassins, tous 
s'élancent; la phalange est abordée, percée de 
toutes paris. L'ivresse du carnage saisit nos sol- 
dats, surtout les Suisses, qui avaient beaucoup 
souffert aux premières attaques et qui font main 
basse sur ceux qu'ils rencontrent. Le duc d'An- 
guien, que personne n'avait dépassé, désarme 
de sa main le mestre de camp Casteivi', reçoit sa 
parole, celle de Garcies et de Peralta, seuls chefs 
survivants. Les vaincus, officiers, soldats, se 
pressent autour de lui, jetant leurs armes, implo- 
rant sa protection. Le prince crie que l'on fasse 
quartier, que l'on épargne de si braves gens ; ses 
officiers l'assistent ; le massacre cesse ; les tercios 
viejos ont vécu ! 

Lorsque, le tumulte du combat apaisé, Anguien 
embrassa d'un coup d'œil ce champ de bataille 
couvert de débris fumants, ces longues files de pri- 
sonniers qu'on lui amenait, ces drapeaux qu'on 

1. HanuscTit de La Honssayc. A. C 



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ItS LES PRINCES DE CONDÉ. 

entassait à ses pieds, tous ces témoins d'une lutte 
terrible et d'un éclatant triomphe, il se découvrit et 
son cœur s'éleva vers Celui qui venait de bénir les 
armes de la France : Te Deum, laudamus ! 
Après i<. vicioirc. Après la victoire, le duc d'Anguien donne ses 
\"ïuîe";'Mdn ordres avec la même netteté, la même prévoyance 
ei"™»"'™'?»». qu'au milieu du combat. Il prescrit à ceux-ci de 
rassembler les trophées et les prisonniers dans le 
vallon qui avait séparé les deux années, à ceux-ià 
de remettre nos troupes en ordre et de reformer la 
ligne face au nord, h, peu près sur ta position 
qu'avaient occupée les Espagnols ; car Beck peut 
encore apparaître avec ses troupes fraîches, grouper 
quelques fragments de la cavalerie vaincue, faire 
une dernière tentative. Il fallait être en mesure de 
le recevoir et tout d'abord avoir de ses nouvelles. 
Cette mission échut à Chevers, maréchal des logis 
de ia cavalerie, qui, avec deux cents chevaux les 
moins fatigués, alla prendre langue du côté de Ma- 
riembourg, constata la retraite des uns, la déroute 
des autres, et ramena deux pièces abandonnées h. 
l'entrée du bois. Tout nuage s' étant évanoui, le duc 
d'Anguien, après avoir pourvu au logement des 
troupes et au soin des blessés, sans distinc- 
tion d'origine J, fit son entrée dans Rocroy au 

1 . Lettre du père Hugnier et autres. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 110 

son des cloches et au bruit du canon. Le gou- 
verneur, Geofifreviile, étant toujours malade et 
au lit, les clefs furent présentées par le major de 
place, Pierre Noël, qui avait dirigé ta défense. 
Le prince le complimenta et félicita la petite gar- 
nison renforcée des bourgeois sous les armes, 
qui s'étaient vaillamment conduits; un notaire, 
Lemoyne, avait été tué dans une sortie. 

M. le Duc resta deux jours dans Rocroy. Il avait 
assumé toutes les responsabilités; l'honneur de la 
victoire lui appartient sans partage. C'est lui seul 
qui, relevant le courage d'une armée abattue, 
t'avait portée d'une traite d'Amiens à Rocroy; 
c'est lui qui avait jugé le plan de l'ennemi avec une 
rare sûreté de coup d'œil, pris la résolution de 
combattre, mené l'attaque, improvisé, exécuté ta 
manœuvre décisive, ressaisi la victoire que certains 
de ses lieutenants laissaient échapper. Préparation 
de la campagne, stratégie, tactique, aucune partie 
ne semble donner prise à la critique'. Le récit de 

t. On a reproché au vainqueur de Rocroy : i" d'avoir oublié 
un roomenl son ràle de général en chef, de s'âtre laissé entraî- 
ner par son ardenr, en conduisant l'aile droite et en négligeant 
la direction de la gauche et du centre; mais il ne pouvait pré- 
voir que ses lieutenants enfreindraient ses ordres ou les com- 
prendraient si mal; s'il n'avait pas été lui-même à la tète de 
l'ùle victorieuse, il n'eût pu dégager l'aile battue par la ma- 
DOenvre que son génie improvisa; S* d'avoir compromis le 



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130 LES PRINCES DE CONDË. 

la Gazette» qu'on peut considérer comme un rap- 
port officiel, et les lettres personnelles du général 
en chef accordent à L'Hôpital et à La Ferf é le témoi- 
gnage que méritait leur courage, en leur épargnant 
un blâme qui n'eût été que justice, s'il n'était per- 
mis, après un pareil succès, de se montrer indul- 
gent pour les vieux serviteurs. Il est plus difficile 
de comprendre ce que le duc d'Anguien put louer 
dans l'attitude d'Espenan, qui parait avoir joué 
un rôle purement passif et n'avoir donné aucune 
direction à l'infanterie placée sous ses ordres. 
Le véritable sentiment du prince se produit 
dans son insistance & faire récompenser Sirot 
et Gassion : la conduite du premier peut servir 
de modèle à tout homme de guerre appelé à 
commander une réserve ; le second, après avoir 
mené l'avant-garde avec une rare habileté, après 
avoir, par le secours de Rocroy, assuré ce répit 
de vingt-quatre heures dont l'importance ne sau- 
rait être exagérée, s'était montré, durant l'action, 
tacticien consommé. Ainsi que Sirot, it sut pres- 
que deviner la pensée de son chef et lui donner le 

succès en attaquant l'iaranterie espagnole avec des forces 
insuffisantes et d'avoii' ainsi causé une effusion de sang inu- 
tile; mais il ne (Hiuvait pas laisser respirer un ennemi susâi 
redoutable, attendre qu'il se mit à manœuvrer ou que Beck 
arrivât. 



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LOUIS DE BOUBBON. lïl 

concours le plus intelligent et te plus énergique. 
La Gazette cite comme s' étant particulièrement 
distingués : Montbas', premier capitaine de Royal 
(cavalerie), qui, deux fois, pénétra dans le carré 
des (ercios, y fut blessé, pris et « recous » ; Péda- 
monl, capitaine-sergent-major de Picardie, gi-iève- 
nient blessé (le nom de cet ofTicier, qui s'était 
signalé par son énergie et sa présence d'esprit 
dans les premières heures de la bataille, dispa- 
raît à ce jour et mérite de ne pas être oublié); 
Hessy, major de Molondin; les mestres de camp 
Marolles, Menneville, vidame d'Amiens et La 
Prée; les colonels étrangers Raab, Vamberg et 
Sillart; les capitaines de Hédouville, de Laubes- 
pin, de Pontécoulant, etc. — L'infanterie française 
avait retrouvé sa confiance en elle-même; mobile, 
exercée aux manœuvres, elle avait bien supporté 
le canoD, fait preuve de constance; il n'y eut pas 
de débandade, les unités furent bien conduites, 
sans confusion, même au moment où la direction 
générale manqua. La force était dans les vieux 



i. Montbas [François de Barthon, vicomte de), capitaine an 
régiment de cavalerie du cardinal de Richelieu à sa Torcnaiioii, 
!4 janvier 1638; mestre de camp-lieu tenaot de ce régiment 
devenu ■ Royal >, l'août 1643; maréchal de camp par brevet 
du 13 octobre 1646; lieutenant général par pouvoir du lOjuil- 
et t65S, mort le t3 janvier 1653, h Yigo de treule-neuf ans. 



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IK tES PRINCES DE CONDÉ. 

régiments, et « la force de ceux-ci était dans les 
ofRciers », selon l'expression du duc d'Anguien*, 
qui, quelques jours plus lard, s'élevant contre 
une de ces mesures d'économie malencontreuses, 
trop souvent répétées, réclamait le rétablissement 
de (I l'enseigne' » supprimé dans chaque compa- 
gnie. — Quelle différence dans la conduite de nos 
escadrons lorsqu'ils suivaient Anguien et Gas- 
sion, ou lorsqu'ils étaient dirigés par La Ferté et 
L'Hôpital, à qui les longs services et le courage 
n'avaient pu donner le jugement et le coup d'œil! 
En somme, ce fut une glorieuse journée pour la 
cavalerie française, une réhabilitation, une charge 
continuelle ou plutôt une suite de mêlées, d'enga- 
gements rapides, où le trot et le pistolet étaient 
plus employés que le galop et l'arme blanche. 
Cependant il y eut des chocs violents oii l'épée 
joua son rôle; les blessures en témoignent'. 

Melo avait habilement tracé son plan ; ses mesu- 
res étaient bien prises ; l'exécution fut correcte 
jusqu'au moment où il se trouva en présence d'un 
adversaire audacieux ; dès lors, l'inspiration lui 

1 . M. le Duc à M. le Prince, 33 mai. A. C. 

t. Sous-lieutenant d'iorant^rie. 

3. Leâ écrivaÎDâ étrangers estimeot qao le nombre des offi- 
ciers mClés â la troupe fut une des causes de la supériorité de 
la cavalerie fraoçaise. 



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LOUIS DE BOUBBON. ii3 

fit défaut ; son esprit fut comme paralysé ; il se 
laissa suq)rendre, attaquer, battre sans pouvoir 
parer aucun coup, remédier h aucun accident. Il se 
conduisit honorablement sur !e terrain, fut des 
derniers h. quitter le champ de bataille ; presque 
tous ses officiers furent tués près de lui; un seul 
écuyer l'accompagnait lorsqu'il rejoignit Beck 
avant de s'arrêter dans la petite forteresse de Ma- 
riembourg, à six lieues de Rocroy. — Le comte 
d'Isembourg, la tête fendue, le bras cassé, s'en va 
d'une traite jusqu'à Charlemont (douze lieues) ; sa 
force physique était k la hauteur de son courage. 
Il lui avait manqué un certain degré d'autorité pour 
empêcher la dissémination de ses troupes ; mais il 
avait du coup d'œil sur le ten-ain et s'était montré 
bon officier de cavalerie, vaillant, tenace, rapide 
dans ses manœuvres. — Fontaine ne mérite pas 
le reproche d'in2iction et de lenteur qui lui est 
adressé par divers écrivains; il ne sut peut-être 
pas s'affranchir des liens d'une méthode un peu 
étroite, mais il se préparait h. soutenir les avantages 
de son aile droite et s'avançait en échelons, quand 
il fut arrêté par le désastre de sa gauche et de sa 
réserve. Il essaya alors de maintenir la position, 
de garder son infanterie et son artillerie comme un 
grand réduit pour permettre, soit à la cavalerie de 
se l'allier, soit à. Beck de le joindre. Le vieux sol- 



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m LES PRINCES DE CONDÉ. 

dat couronna glorieusement pai- sa résistance et sa 
mort une belle vie militaire*. Le duc d'Anguien 
traita ses restes avec honneur, les fil recueillir et 
les envoya k Mariembourg dans son propre cai-- 
rosse, accompagné de lous les aumôniers et reli- 
gieux que l'armée espagnole avait laissés dans 
ses lignes. 

Beck aurait-il pu atteindre le champ de bataille 
en temps utile? Nous le verrons mourir en héros' 
et toute sa vie le met h l'abri d'un soupçon de fai- 
blesse ; il était, d'ailleurs, animé de la haine des 
Français ; mais, habituellement farouche, ombra- 



1. Yine^rtfait disparaître Fontaine dès le début de l'aclion. 
C'est une erreur volontaire qui rentre daus le plan du « secré- 
taire des avis de guerre 0. Le souvenir de ce vieillard, porté sur 
sa chaise et dirigeant le feu de son infanterie, était resté dans 
la mémoire de tous les acteurs et spectateurs du dénouement de 
la bataille, et Bossuet, dans son magnifique tableau, n'a fait 
que rendre l'impression générale. Suivant une tradition assez 
bien établie , le maréchal de camp général espagnol fut ren- 
versé d'un coup de pistolet par un capitaine de Persan, Gui- 
mey, dans le second ou le troisième choc des colonnes d'at- 
taque tranc^ùses contre les tercios vi^os. — Encore une 
observation avant de quitter Vincart et sa relation, tl est 
physiquement impossible que Helo ait pris à tous les détails 
de l'action la part que lui assigne son panégvriste. Si l'on 
voulait tracer le graphique des évolutions que Vincart fait 
exécuter au capitaine général dans la matinée du 19 mai <G43, 
on serait frappé du nombre de kilomètres auquel on arriverait. 

3. A la bataille de Lens, 16iS. 



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LOUIS DE BOURBON. 135 

geux, il se trouva froissé comme d'autres par la po- 
litique du capitaine général. D'abord désigné pour 
assiéger Rocroy, il vit Melo charger Isem- 
bourg de l'investissement, puis prendre en per- 
sonne la direction du siège. On pourrait supposer 
qu'il se rendit sans beaucoup de zèle au pressant 
appel de son chef; rien ne le prouve. Ilétait le 18 
à ou devant Château-Regnault, sur la rive droite de 
la Meuse, à 32 kilomètres de Rocroy. Il fut pré- 
venu tard, marcha toute la nuit à travers le pays le 
plus tourmenté de la région : la Meuse se creusant 
un Ut profond et sinueux à travers le massif des 
Ardennes, tous les accidents de terrain acquièrent, 
auprès de cette rivière et de ses affluents, une va- 
leur considérable. Vers six ou sept heures du 
matin, Beck débouchait des bois au nord de la 
place, & 8 kilomètres du champ de bataille ; il ne 
pouvait faire plus vite, mais les fuyards étaient 
arrivés avant lui. Selon certaines versions, le dés- 
ordre se mit aussitôt dans ses troupes; selon 
d'autres, et c'est le plus probable, il maintint sa 
petite armée; mais, craignant d'être entraîné par 
la cohue, il renonça h, pousser jusqu'au champ 
de bataille, prit position, évita le contact des 
fuyards , les fit défiler devant lui et se retira en- 
suite. Peut-être a-t-il bien agi î Ce qui est cer- 
tain, c'est qu'il ne perdit la confiance ni de son 



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t2a Ibis PRiriCEs de condé. 

roi ni du capitaine général et qu'il consei-va sa 
popularité parmi les troupes. 

Des six vieux régiments qui composaient l'in- 
fanterie espagnole des Pays-Bas, un seul, Avila, 
était resté en Boulonnoïs sous les ordres de Fuen- 
saldafla; les cinq autres présents à Rocroy furent 
presque absolument détruits. — » Combien étîez- 
vous dans votre régiment? demandait un des offi- 
ciers chargés du dénombrement des prisonniers. 

— Comptez les morts, » répondit un capitaine 
caslillan. Et ce n'était pas ce que Brantôme au- 
rait i^)pelé une u rodomontade d'Espagne ». 

— Comptons : deux mestres de camp, Velandia 
et Villalva tués; deux autres, Garcies et Castelvi, 
blessés et pris; le duc d'Alburquerque exerçant 
le commandement de la cavalerie, son régiment 
était conduit par le sergent-major Ferez de 
Peralta, qui fut blessé et pris ainsi que le ser- 
genl^major de RocafuI ; tous les capitaines fu- 
rent tués ou pris ; sur les six mille soldats, bas 
officiers, alferes (sous-lieutenants) ou ofiiciers ré- 
formés servant comme soldats, quinze cents envi- 
ron échappèrent; tous les autres {à,5O0) furent 
tués ou pris*. — Deux mestres de camp italiens, 

r Le 31 mai, Fabert envoya do Sedan k Mazarin l'état des 
« échappés de Rocroy », qui peut se décomposer ainsi : 
1,600 Espagnols, t,7(H> Italiens, <,100 d'autres nationalil^. 



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L0CI3 DE BOURBON.. 1S7 

le chevalier Visconti et Giovanni delli Ponti, gisaient 
parmi les morts, ainsi que le baron d'Ambise, mes- 
tre de camp wallon, Virgîlio Orsini, etc. Ritberg, 
mesti-e de camp allemand, gnèvement blessé, était 
prisonnier, ainsi que d'autres ofQciers de haut grade 
ou personnages de distinction : don Baltazar Mer- 
cader, lieutenant du mestre de camp général, don 
Diego de Strada, lieutenant général de l'artiUerie, 
le comte de Beaumonl, frère du prince de Chimay, 
le comte de Rœux, de la maison de Crouy, le baron 
de Saventhem, fils du chancelier des Pays-Bas, le 
comte de Montecucoli, don Fiancisco de la Cueva, 
don Manuel de Léon, etc. ' 

Beaucoup qui avaient essayé de fuir furent as- 

incorporés à Philippeville dans le corps de Beck; 3,160 de 
diverses nations, dont 1,960 blessés, à Namur. Total, 7,660. 

4. Cesprisonniersétaient un grand embarras; jamais on n'en 
avait vu un tel nombre. Beaucoup étaient blessés; il était dif- 
ficile de les soigner. Deux cbirurgiens-m^ors belges sont les 
seuls officiers de santé qui figurent sur le r6le conservé au 
dépôt de la guerre ; ce r61e est Tort confus ; les noms y sont 
tons mutilés. — On dirigea les groupes d'abord sur les villes 
ouvertes de la Champagne, Reims, Belliel et d'autres, ainsi 
que sur les places fermées, où cela causait une grande incom- 
modité ; puis, de Ib, le plus tôt qu'on put, dans l'Ouest, à Bouen, 
Caen, Alençon, le Mans, Amboise, Loches, Nantes, Niort, on 
dans le centre, à Nevers, Moulins, Clermont. Leur subsistance 
était mise à la chai^ des villes, qui réclamaient des compen- 
satitws toujours promises et rarement données. L'écoulement 
par échange ou rançon dura Tort longtemps. 



D.t.zeabï Google 



128 LES PRINCES DE CO^DÉ. 

sommés par les paysans. Ceux que les Croates ra- 
massaient étaient aussi dans un certain péril ; le 
baron de Savenlhem resta quatre jours entre leurs 
mains, nu jusqu'à, la ceinture, sans pouvoir se faire 
comprendre, jusqu'à ce qu'il eût la chance d'être 
reconnu par le comte de Quincé. Le chapelain- 
major de l'armée catholique n'avait guère été 
mieux traité. Placé entre deux feux au moment où 
il assistait Villalva, qui rendait l'âme, i! fut blessé, 
' saisi et dépouillé par les Croates. Le duc d'Ajiguien 
le tira des mains de ces bandits, et lui fît de grands 
éloges de Melo, que le bon prêtre accepta au pied 
de la lettre*. 



ae U IwUiUs 
de 



Résumons en peu de lignes un récit dont les dé- 
tails ont peut-être obscurci l'ensemble, et mar- 
quons par quelques traits principaux les diffé- 
rentes phases de l'action. 

Les deux armées ont passé la nuit du J 8 au 19 
en ordre de bataille, déployées à 900 mètres en 
face l'une de l'autre, chacune ayant son infanterie 
au centre, sa cavalerie aux ailes, l'artillerie près 
de l'infanterie ; les Espagnols ayant l'avantage du 

t. Voir aux Pièces et Documents, n" IV, la note : A pro- 
pos do Rocroy. Réponse à quelques objeclions. 



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LOUIS DE BOURBON. 1» 

nombre, les Français présentant un plus grand 
front et des intervalles mieux répartis. 

Premier moment. — Le 19, à l'aube du jour, 
l'aile droite française, commandée par Gassion et 
dirigée par le duc d'Anguien, commence le combat; 
quinze escadrons formant deux échelons en ligne 
de colonnes, assistés par un bataillon, taillent en 
pièces mille fantassins d'élite et défont la cavalerie 
de Flandre. Quand les escadrons victprieux s'ar- 
rêtent, ils ont dépassé l'infanterie ennemie. 

L'aile gauche française prend aussi l'olTensive; 
par un faux mouvement et l'emploi prématuré du 
galop, les escadrons de première ligne prêtent 
le flanc à la cavalerie d'Alsace, sont mis en dé- 
route et entraînent la seconde ligne. La Ferté est 
prisonnier; L'Hfipital, blessé; les Français o'ont 
plus de canon. Leur infanterie ou n bataille », 
cajioDTiée, abordée sur plusieurs points par la 
cavalerie, recule et se rapproche de la réserve 
commandée par Sirot. 

L'infanterie du roi catholique dessine un mou- 
vement par échelons, la droite en avant, pour com- 
pléter l'avantage remporté par le comte d'Isem- 
boui^. Celui-ci occupe sur le flanc gauche de la 
« bataille » française une position analogue à celle 
({ue le duc d'Anguien a conquise derrière la gauche 



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130 LES PRINCES DE CONDË. 

de ta « bataille » espagnole ; mais une partie de )a 
cavalerie d'Alsace s'est laissé entraîner dans une 
direction excentrique en poursuivant les escadrons 
de La Ferté. 
Telle est la situation vers six heures du matin. 

Deuxième moment. — Après avoir rallié ses 
escadrons, le duc d'Anguien, par un changement 
de front et une charge inopinée, prend à revers 
l'infanterie ennemie. Traversant les bataillons alle- 
mands et wallons, qu'il met dans un désordre irré- 
médiable, il arrive par derrière la première ligne à 
l'autre extrémité du champ de bataille. 

Sirot fait avancer la réserve, décide quelques 
bataillons à. faire face en tête, s'efforce en vain de 
maintenir la ligne de combat. Le centre français 
était de nouveau en retraite lorsque le duc d'An- 
guien reparait. 

La défaite de la seconde et de la troisième ligne 
arrête le mouvement offensif de l'infanterie du roi 
catholique. Sirot ramène ses troupes, reprend le 
canon perdu. Les régiments italiens, premier éche- 
lon de droite, chargés en flanc par le duc d'An- 
guien et menacés de front par Sirot, se retirent en 
désordre. Le second échelon (Velandia) résiste 
davantage, mais il est rejeté sur le gros des lercios 
viejos. 



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LOUIS DE BOURBON. 131 

Les escadrons de La Ferté se rallient. Après de 
brillants engagements, la cavalerie d'Alsace est 
enveloppée, rompue, et ses débris quittent le cliamp 
de bataille. Isembourg est hors de combat. 

De toute l'armée du roi calholique, les « Espa- 
gnols naturels » restent seuls en ordre sur la posi- 
tion qu'ils occupent depuis la veille; ils présentent 
un rectangle allongé ; une foule d'hommes appar- 
tenant à divers corps ou nations ont grossi leurs 
rangs. Ils ont conservé leur artillerie. C'est Fon- 
taine qui les commande. En Tace d'eux, les troupes 
françaises se reforment. Temps d'arrêt général 
vers huit heures. 

Troisième moment. — Le duc d'Anguien, ne 
voulant laisser ni h. l'armée du Luxembourg le temps 
d'arriver ni à l'infanterie d'Espagne le loisir de 
manœuvrer, se hâte d'attaquer la phalange avec 
les premiers bataillons qu'il a pu réunir et quel- 
ques escadrons de la réserve et de l'aile droite. Il 
est repoussé trois fois par un feu terrible d'artillerie 
et de mousqucterie. 

Toutes les troupes françaises se rallient et se 
rapprochent. A la quatrième charge, les Espagnols 
naturels, abordés de trois côtés, k bout de forces 
et de munitions, sont enfoncés. Tous ceux qui 
échappent au carnage sont faits prisonniers. Fon- 



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133 LES PRII4CES DE CONDÉ. 

taine a été tué. Le capitaine général parvient à 
s'échapper et rejoint l'année de Beck, qui se replie 
sur Philippeville sans avoir paru sur le champ de 
bataille. 

La perte des Espagnols peut être évaluée à sept 
ou huit mille morts, six ou sept mille prisonniers, 
presque tous blessés, vingt>quatre bouches h. feu, 
cent soixante -dix drapeaux, quatorze cornettes, 
vingt guidons, dix pontons, un butin considérable, 
un trésor important*, la chaise sur laquelle avaic 
été tué le brave Fontaine* et le biton de comman- 
dement abandonné par Melo'. 

Les Français comptaient environ deux mille 
hommes tués, dont trois chefs de corps, d'Ayen, 
d'Altenove et d'Ârcambal, dix-huit capitaines et 
presque tous les gardes de M. le Duc*, autant de 



1 . Un mois de solde pour toute l'armée. 

t. Cette chaise, donnée par le duc d'Anguien au major de 
place Pierre Noël, fut offerte par rarriére-pelite-fille de c«t 
officier à l'un des derniers princes de Condé, qui la Gt placer 
dans la galerie des armures de Cbantilly. On la voit aujour- 
d'hui au Hasée d'artillerie. 

3. Ce bàten, teuC couvert d'inscriptions qui rappelaient les 
précédentes victoires du capitaine général, a été célébré dans 
on petit poème latin i Canna MelonU, pugna Bocroyatta; 
Paritiit, 1643. 

4. Entre autres, les deux officiers présents à la bataille, le 
lieutenant et l'exempt. Saint-Évremond, titulaire de la lieute- 
naoce, était absent. 



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LOUIS DE BOURBON. 133 

blessés parmi lesquels nous remarquons, outre 
L'Hôpital et La Ferté, les mestres de camp Beau- 
vau, Persan et La Trousse. 

Commencée entre trois et quatre heures du ma- 
tin, la balaillede Rocroy était terminée àdixheures. 
C'était la victoire la plus complète et la plus écla- 
tante remportée par nos armes depuis un siècle ; 
il y avait cent ans que l'armée espagnole d'Ita- 
lie avait été «rêtée dans la plaine de Cérisoles par 
François de Bourbon, comte d'Anguien. 



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CHAPITRE II 



Effet produit k Parie par les uouvetles et, les trophées de la bataille 
de Hocroy. — U. le Duc est le 21 mai à Guise, i Le dessein do 
Cbeneat ■ (Thionville). — Eipédiiion en Haloaut (26 mai-âjain). 

— Méconteniiimenl de M. le Duc. — Prétentions de GesTres. 
Hiisi laliouB ; projets diiera. — Ordres donnéa (S juin). — Inves- 
tissement de Thionvilla. — La place et U g-arnison. — Mesures 
prises par M. le Duc [18). Grancey laisse entrer « le secours ■ (19), 

— État-major du duc d'Anguion. — Les lignes, — Les troupe» 
(21,000 hommei). — Disposition des attaques] onterturo de U 
Iranchûe; uuit du K au 9 Juillet. — Progrès du siège. — Loge- 
ment sur la contrescarpe; nuit du 17 au IS. Passage du fossé. 
Les mines (1" aoili). — Lettre de Beck. — La place est sommée 
(1" août); énergie do la dérunse. — Assauts repoussés (1 août). 
Mort de Gesvros. ~ Capitulation do Thionville (8 août).— An- 
guien k Tbionvillc. Le récit de La Moussaye. — Irritation de 
M. le Duc. — Projets et instructions. — Attaque et prise de 
Sierck (3 si'ptenibre). 



Le 18 mai, on étîût, h. la cour, fort inquiet de 

f, re qui se passait devant Rocroy ; au moment 

même où l'armée de Picai'die se déployait devant 

celle de don Francisco Melo, Turenne écrivait de 

Paris au duc d'Anguien : « En mon particulier, je 



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LOUIS DE BOURBON. 139 

suis en peine de ce qu'il arrivera du siège de 
Rocroy, que l'on croit ici asseuré. Quand on est 
éloigné d'un lieu et qu'on ne sçait pas le détail de 
toutes choses, il est fort malaisé d'en dire son 
advis. J'eusse exirêroeroent désiré de tascher de 
contribuer à. ce que les choses poussent réussir h 
voslre contantement. * » Turenne attendait alors & 
Paris une patente de général en chef promise 
depuis longtemps et non délivrée*; peut-être, en 
prenant la plume, ne se rendait-il pas bien compte 
de l'état de son esprit : il est permis de croire 
qu'il l'anxiété palriotique se mêlait un peu de 
curiosité maligne et comme une pointe de rivalité. 
Toutefois cette lettre exprime assez bien !e senti- 
ment général. Nos armes avaient été si souvent 
malheureuses sur cette frontière, et les circonstances 
semblaient si graves, que l'inquiétude était pro- 
fonde. Aussi lorsque, dans la journée du 20, La 
Moussaye descendit à l'hôtel de Condé et, de là, 
courut au Louvre, répandant « la nouvelle du gain 
de la bataille », ce fut dans les rues de la capitale 
un véritable transport de joie. La considération de 
ce qu'auraient pu être les conséquences d'un échec 

r A. c. 

i. Sa nomiDation au cominRndement de l'armée d'Italie fut 
sigDée le <8 mai, le jour môme où il écrivait au duc d'Âu- 
guîeu. 



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136 LES PRINCES DE CONDË. 

relevait l'éclat et la grandeur du succès. La Mous- 
saye était de haut lignage, populaire, beau et 
bien disant; ami intime du duc d'Anguien, it 
s'était déjà signalé à. la guerre : on juge comme 
il fut fêté. Ayant quitté le champ de bataille au 
moment même où les tercios venaient de succom- 
ber, il n'i^iportait que des messages verbaux et 
quelques lignes adressées par le général en chef 
au premier ministre. Avec la fière simplicité d'un 
homme assez sur de sa gloire pour ne pas craindre 
de la diminuer en relevant le mérite d'autrui, 
Anguien faisait la part large à Gassion : » Le prin- 
cipal honneur de ce combat lui reste deu » '. Gas- 
sion aussi avait écrit h Mazarin; dans sa lettre, 
courte d'ailleurs, il avait trouvé moyen de ne 
parler que de lui-même ». 

Tourville, premier gentilhomme de M. le Duc, 
arriva le 21 avec le bras en écharpe, car il avait 
été blessé; il apportait des renseignements plus 
précis, des détails plus complets, un premier 
rapport, quelques propositions. La nouvelle coïn- 
cidait avec certain remaniement du ministère et 
du conseil, une des étapes de Mazarin vers le 
pouvoir absolu; c'était un grand coup de fortune 
pour le cardinal : aussi « les importants et 

i. M. le Duc à Mazarin, (9 mai. A. N. 
S. Gassion à Mazarin, 11 mai. A. N. 



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LOUIS DE BOURBON. 137 

>IM. de Vendosme » restèrent-ils à l'écart; ils 
étaient seuls; la cour, la ville, se précipitèrent chez 
M. le E*rince, chez Madame la Princesse, chez 
madame de Longueville. Pendant quinze jours, 
ce fut au quartier général de l'armée de Picardie 
une pluie de félicitations, beaucoup de banales, 
quelques-unes piquantes, comme celle du vieux 
Bassompierre, qui sortait de la Bastille, ou celle 
de La Meilleraie : « Vous êtes le seul qui ayez 
remporté une grande victoire pour un roi de quatre 
ans, le quatrième jour de son règne u ' . I! y en 
avait aussi de charmantes, celle, par exemple, où 
la mère et la sœur de M . le Duc, passant la plume 
aux aimables personnes qui les entourent », 
réunissaient les signatures de celles qui seront les 
héroïnes de la Fronde ou l'ornement de la cour du 
jeune Louis XIV : Mademoiselle de Bouteville, déjà, 
hardie et » plus belle que le jour » *, Julie d'An- 
gennes, Marie de Rohan, Louise de Grussol, Marie 
de Loraéiiie et, confondue parmi d'autres, la filus 
modeste, mais non la moins tendre, mademoiselle 
du Vigean *. Nous avons déjà effleuré quelques- 
uns des myàtères que couvrent ces noms; çà et là, 
nous soulèverons le voile , discrètement toutefois, 

1. A. C. 

1. Longueville à H. le Duc. A. C. 
3. A. C. (V. t. 111, pp. 3i0 et 45S]. 



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138 LES PRINCES DE CONDË. 

car toute cette histoire anecdotique de notre héros 
a déjà été racontée par le plus aimable des philo- 
sophes, qui était aussi un de nos plus purs écri- 
vains ' et qui a laissé peu à glaner derrière lui. 

De la part des hommes considérables, les épitres 
ne comptaient pas; il fallait envoyer un courrier, 
un gentilhomme; on chercha querelle h. Turenne 
de ce qu'il s'était borné k une lettre, sèche, il 
est vrai, et du même ton que celle du 18'. Che- 
vers, arrivé le troisième', présenta les trophées. 
« Vos drapeaux ont réjoui tout Paris » , écrivait le 
duc de Longueville*. Tout Paris, en effet, était sur 
pied pour les voir, la cour dans le Louvre , le 
peuple sur les quais et à Notre-Dame ; cinquante 
cavaliers de la maison du Roi et cent hommes 
choisis parmi les plus beaux du régiment des 
Gardes suffisaient h. peine pour porter tant de 
bannières et d'étendards. Ce concert de louanges, 
l'écho de cette joie populaire n'étaient pas encore 
arrivés jusqu'au jeune vainqueur, que déjà il avait 
fixé sa pensée sur un but unique : recueillir les 
fruits de la victoire. Dès les premières heures 



1. M. Cousin, dans maint volume. Le sujet avait dt'jâ été 
traili^ par MM. Rcpderer et Walckenacr. 

1. Turenne b Anguien, 8t mai, 1" juin. A. C. 

3. hxp, diélo ïimai. 

4. se mai. — Perrault i Girard, s. d. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 139 

qu'il passa entre les étroites murailles de la petite 
place délivrée, il expédiait à l'intendant de l'armée 
l'ordre de faire immédiatement préparer i. Guise 
et h. Vervins le pain et les voitures nécessaires 
pour une opération de vingt jours, et il demandait 
que, de Paris, on mît le marquis de Gesvres en 
état et en demeure de le soutenir dans l'exécution 
d'un dessein considérable. Puis il ramenait ses 
troupes à Guise, où il arrivait le 24 mai. Le même 
jour, Choisy et La Vallière le quittaient pour porter 
à Paris les détails de son plan et toutes les propo- 
sitions qui s'y rattachaient, 

n Nous voicy k cet heure maistre de la cam- 
pagne et il n'y a quasy rien que nous ne puissions 
entreprendre », écrivait-il le 23 mai à son père'. 
Trois desseins s'offrirent à son esprit : une tenta- 
tive contre les villes maritimes de Flandre, la 
conquête de quelques places de l'Kscaut, celle des 
forteresses de la Moselle. Les deux premières en- 
treprises semblaient plus à. sa portée; mais on 
ne pouvait essayer d'attaquer les ports de mer, 
Gravelines ou Dunkerque, sans forces navales; or 
celles de France n'étaient pas organisées, et, pour 
avoircelles des Provinces-Unies, il aurait fallu en- 
tamer une négociation dont l'issue était fort dou- 



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ItO LES PRINCES DE CONDË. 

teuse; les Hollandais montraient peu d'entrain. La 
satisfaction que leur causait la victoire de leurs 
alliés à Rocroy n'était pas sans mélange ; ils com- 
mençaient h s'effrayer de la puissance du roi très 
chrétien, et, voyant en lui le futur possesseur de 
la Flandre, redoutaient plus ce voisinage que celui 
des vice-rois espagnols '. L'Escaut était proche de 
l'armée, mais loin des magasins et des réserves qui 
se trouvaient alors en Bourgogne et en Lorraine. 
Avec la sûreté précoce de son jugement, M. le Duc 
comprit qu'en maîtrisant le cours de la Moselle, 
on frapperait les ennemis k la fois en Allemagne 
et aux Pays-Bas. La facilité des communications 
entre Anvers et Vienne faisait la force des Austro- 
Espagnols; autant les Français s'attachaient à 
couper cette ligne, autant les généraux de l'Em- 
pereur et du roi catholique tenaient k la conserver 
ou à la rétablir. S'emparer de Thionville et donner 
à. l'occupation de Metz sa véritable valeur, c'était 
protéger notre armée d'Alsace contre une attaque 
sur ses derrières, c'était préparer la conquête de 
la Flandre, enlever, tout au moins diminuer les 
chances de secours que nos ennemis des Pays-Bas 
pouvaient attendre d'Allemagne. L'entreprise était 

1. Les négocialeun franco, passant par la Haye en sa 
rendant à Munster, eurent grand'peine à renouveler le traité 
d'alliance. 



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LOUIS DE BOUKBON. 141 

considérable ; nous y avions déjà échoué avec éclat. 
Les plus hardis voyaient dans ce grand siège la 
conclusion, le couronnement d'un vaste ensemble 
d'opérations dont le Rhin aurait été le théâtre; 
mais le duc d'Anguien se croyait sûr de ses 
calculs ; il proposa le siège de Thionville déguisé 
sous une formule de convention — « dessein du 
Chenest » ; — l'intendant et le chef d'état-major 
de l'armée allèrent à la cour pour exposer le plan 
de l'opération et demander les moyens d'exécu- 
tion. M. le Duc avisait en même temps qu'il allait 
pénétrer en Hainaut et y manœuvrer pendant vingt 
jours', comptant ainsi détourner l'attention des 
ennemis, les attirer de divers côtés, les forcer h. 
garnir leurs places, masquer enfin les préparatifs 
du siège. 

Il commença sa marche le 26, passa par Lan- Bipédii-on en 
drecies, suivit le cours de la Sambre, enlevant sur (Miii.i-8joiii), 
sa route Berlaimont, Aymeries, Slaubeuge, qui 
ouvrirent leurs portes aux premières volées de 
canon ; puis, tournant au nord et menaçant toutes 
les places, il se saisit de Binche, qui résista un 
peu plus et lui fournit cinq pièces de campagne. 
L'armée française s'arrêta quelques jours dans 
cette ville déjà industrielle et commerçante, et plus 

1 - C'est là l'explication des vingt jours de pain ordonnés à 
Gaise dès le 10 mai. 



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1(2 LKS PniNCKS DE CONDË. 

importante alors qu'aujourd'hui; ses partis parcou- 
raient le pays, allaient jusqu'aux portes de Bruxelles, 
levant des contributions, semant i'alarme partout. 
Melo rassembla les débris de ses troupes, prit posi- 
tion & Alons et h Nivelles, rappela Fuensaldana, 
resté en observation sur la lisière du Boulonnois, 
et fit encore une fois revenir Beck du Luxembourg. 
C'était bien ce que M. le Duc espérait; ce résultat 
obtenu, il reprit la route de France. Le 8 juin, en 
passant h Maubeuge, il trouva des nouvelles qui 
lui causèrent un assez vif désappointement. 
Méeuotwiomont Anf^ulcn n'avait rien demandé, rien fait de- 
mander pour lui après sa victoire; mais il avait 
espéré qu'on lui accorderait sans délai des récom- 
penses, dont quelques-unes insignes, il est vrai, 
pour ses officiers, pour son armée. A ses instances 
très vives en faveur de Gassion, on l'épondait par 
des promesses. Certainement le mestre de camp 
général de la cavalerie légère serait nommé maré- 
chal de France avant la fin de la campagne; mais 
il y avait parole donnée à M. de Turenne, et le 
nouveau règne ne pouvait être inauguré par cette 
promotion de deux huguenots, d'autant plus qu'il 
y avait un troisième concurrent, considérable par 
sa famille, M. de la Force, qui était aussi pro- 
testant. Certains ménagements sont imposés à une 
régence, et la Reine, sans oublier que M. de Gas- 



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LOUIS DE BOURBON. 113 

sion « s'était engagé à demeurer dans l'entière 
fidélité quand même ceux de sa religion man- 
queraient h leur devoir' », ne pouvait envoyer 
encore !e bâton si bien gagné. Aucune réponse au 
sujet de Sirot et de Quincé, désignés par M. le 
Duc comme devant être promus au grade de ma- 
réchal de camp et attachés à. son armée. Rien sur 
le rétablissement des enseignes dans les vieux 
régiments, ni sur les compagnies qu'il avait 
demandées pour divers officiers; rien non plus sur 
le gouvernement de Rocroy, dont il désirait voir 
gratifier d'Aubelerre, un des bons meslres de 
camp de Ja bataille, en remplacement de GeolTre- 
ville, « qui a si mal défendu sa place ' ». On se 
bornait h remplir certains vides qu'une bataille 
sanglante laisse toujours dans les rangs, même 
d'une armée victorieuse. Quelques renforts lui 
étaient annoncés * et on lui envoyait, avec deux 
maréchaux de camp qu'il n'avait pas indiqués, 



1. La Régentée H. le Duc, 10 mai. A. C. 

S. H. le Duc b M. le Prince, 33 mai. A. C 

3. Gendarmes : compagnies Savoie et L.B Heilleraie ; cava- 
lerie : régiments l.a Heilleraie et Graucey; infanterie : compa- 
gnies de I^emoutet de Navarre tirées de Calais, régiment du 
Havre venant du Boulonnois ; ti vieilles gamisons », ou déta- 
chements fournis par les garnisons de diveraes places; troupes 
de Bourgogne, envoyées au corps de Gesvres; partie de l'ar- 
tillerie de Bourgogne. (Le Roi à H. le Duc, 31 mai, D. G.) 



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iti LES PRINCES DE CONDË. 

Grancey et Palluau, un nouveau lieutenant général 
en remplacement de L'Hôpital, à qui sa blessure 
avait donné un honorable prétexte de retraite. 

M. le Prince avait proposé dans le conseil de 
donner cet emploi à, Turenne, et, îi son défaut, 
soit au maréchal de Ghàtillon, si l'armée devait 
continuer à tenir la campagne, soit à La Meilleraie, 
si on se décidait pour un grand siège. La Reine 
leur préféra le duc d'Angouléme. Ce fils de 
Charles IX et de Marie Touchet, allié à la plus 
dangereuse des maîtresses de Henri IV, compro- 
mis dans mainte intrigue et même dans quelques 
complots, hôte intermittent de la Bastille, parfois 
menacé de l'échafaud, avait beaucoup de services 
et passait pour un vigoureux reîlre '. Assez popu- 
laire, avec ce prestige qui s'attache au dernier 
rejeton d'une race éteinte, il avait alors soixante et 
dix ans, et la goutte ne lui laissait guère de repos. 
H Je doutte fort, écrivait le duc de Longueville it 

t. Charles, bâUri) de Valais, né au château de Fajet, près 
Motitinélian,leI8avril <573, mort à Paris le !4 septembre 16S0. 
D'abord abbé de la Chaise-Dieu (il treize ans] et grand prieur 
de France, puis nominé en 1589 comte de Clermont el d'Au- 
vergne, il quitta l'ordre de Malte pourse marier avec Charlotic 
de Montmorency. Il était fi-ère utérin de la marquise de Ver- 
neuil. Veuf en 1636, il épousa (15 février 16i4) Françoise de 
Nargonne, qui mourut le 1 août 1713, cent trente neuf ans 
après la mort de son beau-pére. 



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LOUIS DE BOURBON. 145 

son beau-frère, je doutte fort qu'^ cause de son 
aage et de ses iucommodilés, il vous puisse fort 
soulager, mais vous le trouverez fort complaisant 
et presque toujours de l'avis du dernier qui parle'. » 
C'est sans doute pour celte raison qu'il fut désigné. 
M. le Duc se garda bien de confier aucune fonction 
active à son nouveau lieutenant général. II lui 
laissa quelques troupes fatiguées et quelques dé- 
tachements tirés des garnisons pour faire une sorte 
de police des frontières. 

Voici, d'ailleurs, ce qui avait surtout ému et m^- p 
contenté leduc d' Anguien . Comptant sur le concours 
des troupes de Champagne qui déjà étaient à sa 
disposition avant la bataille, informé par dépêches 
des 18 et 20 que son armée allait être renforcée, 
pressé par lettre royale de faire connaître ses vues, 
il avait indiqué le siège de Thionville et prié le 
ministère de donner immédiatement au marquis de 
Gesvres l'ordre de préparer cette opération pendant 
Ja pointe de l'armée en Hainaut. Or Gesvres, s'éfant 
arrêté à tous les prétextes pour ne pas s'éloigner 
de la princesse Mîuie de Gonzague, dont il était 
passionnément épris, malgré ses dédains, ressen* 
tait quelque chagrin d'avoir trop compté sur un 
début de campagne moins vivement mené et d'avoir 

i . 16 mai. A. C. 



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146 LES PRINCES DS CONDÉ. 

lusse à d'autres l'honneur de conduire ses troupes 
sur le champ de bataille de Rocroy. Aujourd'hui, 
& peine de retour h. Reims ' , tout en affirmant son 
désir de « donner à M . le Duc le moyen de pro- 
fiter de sa victoire », il s'attachait surtout k con- 
server l'indépendance qu'on lui avait à peu près 
assurée, et se trouvait n en état de faire des choses 
très couï^idérables du cdté du Luxembourg » , si on 
lui permettait d'agir. « Surtout je supplie Votre 
Éminence d'empêcher qu'on ne m'ôte pas une 
des troupes qu'on m'a données' ». 

Le gouvernement semblait avoir prêté l'oreille 
à ces observations '. Mazarin, qui depuis s'est pro- 
clamé l'auteur du siège de Thionville *, se montrait 
incertain et paraissait même ignorer que l'impor- 
tance de cette conquête venait d'être signalée par 
le commandant de l'armée du Roi en Allemagne'. 



1 . Le I ! mai, de Reims, il envoyait il H. le Duc ses félicita- 
tions sur la victoire de Rocroy, qu'il venait d'apprendre en 
arrivant de Paris. Gesvres n'assimilait donc pas à la bataille 
du 19, où le font figurer la plupart des historiens. 

I. Gesvres k Mazarin, Hoims, 14 mai. A. N. 

3. Le Tollier k M. le Duc, 5 juin. A. C. 

4. Le mémoire où Mazarin expose les raisons qui ont fiit 
décider le siège de Thionville, U lettre de ce ministre au car- 
dinal Bicbi sur le môme S^jeE, sont des documents postérieurs 
k révénement. 

5. Vdr plus loin le plan de Guébrianl. 



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LOUIS DE BOURBON. 147 

Les premiers ordres envoyés à Gesvres* sont 
suspendus (3 juin); tous les donneurs d'avis sont 
écoutés; «on a représenté beaucoup de choses 
qui rendent l'exécution du dessein du Chenest fort 
difficile * » : celui-là trouve le corps de Champagne 
trop faible; le maréchal de la Meilleraie, parti- 
culièrement expert dans les sièges, ne croit pas au 
succès; d'autres plans sont suggérés. Un officier 
général qui rentre des prisons de l'ennemi, Rantzau, 
aussi fin courtisan que vaillant soldat, homme d'es- 
prit, superficiel, non moins connu pour ses habi- 
tudes d'intempérance que pour les glorieuses mu- 
tilations de son corps*, indique » une conquête 
importante qui couronnerait la victoire de Rocroy » , 

1. Instructions du 38 mai. D. G. et A. C. 

1. Le Tellier à M. le Duc, 5 juin. A. C. 

3. Ranlzau (Josias, comte de), né en 1609, d'une très an- 
cienne famille du Hoblein, avait servi d'abord en Hollande, 
ensuite sous Gustave-Adolphe, puis dans l'armée de l'Empe- 
reur, qu'il quilla pour retourner avec les Suédois ; aussi était-il 
considéré par les Impériaui comme coupable de trahison, et 
Dous verrons qu'il raillit lui en coûter cher. Entré au service 
de France en 1635, il perd un œil devant Dôle en 1636, une 
main et une jambe devant Arras en I6i0, regoit en 1641 trob 
blessures devant Aire, quatre en 164! à Honnecourt, où il fut 
Sut prisonnier, 

fit litft ne lui bit» ii«a d'anUsT qus la coni. 

Il avait conservé nne tournure marUale et un très beau 
visage. Maréchal de France en juin 1646, il mourut en 1650. 



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ilt LES PRINCES DE CONDË. 

et le premier ministre envoie ce mémoire & M. le 
Duc, en demandant une prompte réponse. 11 
s'agissait de substituer h. l'entreprise qu'avaient 
indiquée les deux généraux en chef des armées 
de Picardie et d'Allemagne une de ces opéra- 
tions mesquines qui venaient d'être déjà exami- 
nées et repoussées, le siège de Bouchain'. Sans 
ouvrir de discussion, Ânguien déclara que « l'exé- 
cution des propositions de M. de Rantzau était 
impossible », et il répondit sur l'ensemble avec 
une vivacité qui trahissait l'emportement de son 
caractère'; si bien que M. le Prince prit sur 
lui de supprimer la lettre de son fils à la Régente : 
« Elle estoit capable de gaster vos afTaires ; vous 
ailés un peu bien vite et prenés les choses trop à. 
cœur' 11. 

Cette lettre, d'ailleurs, était sans objet lors- 
qu'elle parvint k Paris ; une dépêche expédiée en 
chilTres de Binche avait mis fin à l'hésitation du 
conseil de régence : « Vostre dessein est bien 
haut. — Enfm la Reyne a déféré à vos advis 



1 . Proposition présentée h la Reine par le comte de Rantzaa, 
maréchal de camp, transmise à H. le Duc par Le Teliier. A. C. 
C'est bien cette proposition que vise la lettre de Hazami du 
3 juin. 

t. M. le Duc i M. le Prince; à la Régente, Sjuin. A. C. 

3. H. le Prince à H. le Duc, 16 jmn. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. Iti 

touchant le siège du Chenest' ■). Le 8 juin, le 
secrétaire d'État de la guerre et le premier com- 
mis de l'artillerie envoyaient h. M. le Duc, avec 
les dernières instructions du Roi, tous les rensei- 
gnements sur tes ressources qu'il trouverait & 
Metz, et sur les approches de la place qu'il allait 
attaquer'. La veille, des ordres, positirs cette 
fois, avaient été expédiés à Reims : a M. le duc 
d'Anguien s'étant arresté au dessein du Ghenest, 
Leurs Majestés entendent que le sieur marquis 
de Gesvres marche droit vers la place, qu'il l'in- 
vestisse et la bloque incontinent ». 

Une fois la décision prise, Gesvres fît diligence. 

II avait reçu les troupes du Boulonnois et de la , 
Bourgogne, et il venait d'être rejoint par d'Aumonl 
avec mille chevaux que M. le Duc lui avait en- 
voyés sans se laisser troubler par « les appréhen- 
sions de la cour ' » . Devançant son infanterie, il 

1. H. le Prince à M. le Duc, 6 juin. — Le Roi à H. le Dac, 
*} jnin. ~ Le Tellier â M. le Duc, 8 juin. A. C. 

t. Le Tellier à M. le Duc. D. G. — Saint-Aoust à M. le Duc. 
A.C. 

3. D'AumoDl à M. te Duc, i ( juin. A. C, — Avec ses mille 
chevaux, d'Aumont alla de La Capelle à Thionville en cinq 
jours (du it au 46), Taisant environ iO kilomètres par jour; 
Gesvies, de Reims h Thionville, p»r Verdun, en quatre jours 
(du 13 BU 16], 38 kilomètres par jour; Anguien, avec toutes 
ses troupes, de Sedan k Thionville, par Virton et Longwy, en 
quatre jours, 30 kilomètres par jour. 



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1M LES PRINCES DK CONUË. 

occupait, le 16 au soir, les avenues de Thionville. 
Le 18, le général en chef, ayant marché presque 
aussi rapidement, arrivait devant la place avec la 
plus grande partie^e ses troupes. Il avait tenu la 
route extérieure par Mézières, Sedan, Virton, et 
reconnu les abords de Longwy, couvrant ainsi la 
marche de ses convois et prêt à faire face aux ten- 
tatives de l'ennemi. Une autre colonne, conduite par 
Sirot, qui avait enfin reçu son brevet de maréchal 
de camp, devaitescorter le matériel dont les armées 
de Picardie et de Champagne étaient déjà pour- 
vues et prendre celui que pouvait fournir la place 
de Verdun. 

Antique domaine des ducs de Bourgogne, échue, 
comme tant d'autres, aux Habsbourg, lliionville* 
est bâtie sur la rive gauche de la Moselle, à sept 
lieues au nord de Metz, arsenal de l'assiégeant, et 
& même distance au sud de Luxembourg, d'oii 
l'assiégé pouvait attendre des secours; au centre 
d'une plaine fertile, semée de quelques villages, 
encadrée au sud par un petit affluent de la Moselle, 
la Fensche, au nord par des marais, bordée à l'est 
par le fleuve et enveloppée à l'ouest par une cein- 
ture de hauteurs qui décrivent un arc de cercle 
d'environ 3,000 mètres de rayon. Ces collines, où 

4 . Theodonii Villa, une des résideoces faTorites de Charlfr- 
magne. Les Allemands lui ont donne ie nom de Diedenhofm. 



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LOUIS DE BOURBON. IM 

la vigne se méte aux bouquets de bois, sont elles- 
mêmes dominées par d'épaisses forêts, aux pentes 
escai-pées; dans une gorge étroite qui coupe ce 
massif, la Fensche roule ses eaux et déjà alocs 
mettait en mouvement quelques forges, premiers 
jalons des grandes usines modernes d'Hayange. 
Hors des deux larges voies qui conduisaient à' 
Luxembourg et à Metz, la plaine de Thionville 
n'était accessible que par ce défilé où passe le 
chemin de Longwy ; c'est celui qu'avait pris le due 
d'Anguien. Nul pont pour traverser le fleuve, rare- 
ment et difficilement guéable. La route de Sierck 
suit la rive droite, qui présente un terrain ondulé, 
semé de bosquets et de villages, facile à. parcourir. 
La ville avait k peu près l'aspect qu'elle pré- 
sente aujourd'hui; le péiîmètre de l'enceinte était 
le même. — Un solide rempart se développant le 
long du fleuve (rive gauche) ; jetée sur ta rive 
droite, une lunette assurant les communications 
entre les deux bords; vers ]à plaine, cinq grands 
bastions et autant de demi-lunes devant les cour- 
tines, avec escarpes et contrescarpes bien revê- 
tues ; un grand ouvrage à corne au nord ; des fossés 
larges, profonds et pleins d'eau ; un chemin cou- 
vert spacieux, trois portes bien défilées et protégées 
contre toute tentative d'insulte; partout d'épaisses 
maçonneries et une profusion de palissades; tout 



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153 LES PRINCES DE CONDË. 

ce que l'art de l'ingénieur pouvait donner alors 
avait été mis en œuvre pour rendre cette place 
formidable ' . La difficulté des approches augmen- 
tait encore ea force; le souvenir de la résistance 
opposée au duc François de Guise en 1558, et 
l'échec éclatant que nos armes venaient tout ré- 
cemment (1639) d'essuyer sous ses murs, lui 
donnaient un grand prestige. Au moment où les 
chevau-légers français en occupèrent les avenues, 
elle était admirablement pourvue, sauf en honomes; 
matériel de guerre, bouches h. (eu, poudre, tout 
l'outillage, y compris de grands amas de bois et 
même de terre, était au complet. Peu de farines, 
mais l'approvisionnement en blés considérable; 
un moulin retranché, établi près du fossé du 
front sud et desservi par une dérivation de la 
Fensche, assurait le service de la mouture ; tout 
le fourrage des environs ayant été rentré, les che- 
vaux purent être maintenus eissez longtemps en 
bonne condition. 

Si Thionville avait été mis en état avec la pré- 

4. Os défenses, remaoiées jadis par Vauban et Connon- 
taigoe, ont dans ces dernières années subi une nouvelle trans- 
formation. L'ouvrage de la rive droite a pris un grand déve- 
loppement; il renrerme aujourd'hui la gare du chemin de fer; 
les ponts ont été multipliés, les dehors sur la rive gauche er 
partie rasés; l'enceinte a été pourvue do traverses et de case- 
mates ; les terrassements ont été relevés et renforcés. 



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LOUIS DE BOURBON. t53 

voyance habituelle des autorités espagnoles, la 
garnison était insuffisante. Elle avait été réduite 
h. huit cents hommes, résidu de divers corps, 
Melo ayant, dans son désarroi, appelé à lui 
presque tous les combattants valides dont il pouvait 
disposer. La faiblesse du chiffre ne pouvait être 
exactement appréciée de l'état-major français ; mais 
le fait était connu. C'est ce qui avait décidé le duc 
d'Anguien à se hâter, c'est ce qui lui avait fait si 
vivement regretter les refards apportés aux pre- 
miers mouvements du marquis de Gesvres. Puis- 
qu'il avait eu l'hî^ileté et la bonne fortune d'amener 
son adversaire h. faire refluer sur le Brabant et le 
H2iinaut toutes les forces espagnoles, il ne fallait 
pas laisser à Beck le temps de ramener à Luxem- 
bourg ses troupes, qu'il avait conduites vers Mons 
et Bruxelles, et de jeter un secours important dans 
Xhionvllle. 

Aucun ennemi extérieur n'avait paru lorsque, i 
dans l'après-midi du 18 juin, le général en chef 
rejoignit son lieutenant sous les murs de la place ; ar 
nul mouvement dans la ville; rien n'y était entré; 
tout demeurait tranquille dedans et dehors. C'était 
un grand point gagné; il était urgent d'assurer ce 
premier avantage; car M. le Duc se doutait bien 
que maintenant sa marche avait dû être éventée, 
son dessein pénétré, et que l'ennemi s'avançait h 



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lU LBS PRINCES DE CONDË. 

tirc-d'aile afin d'y pourvoir. Dans le dispositif donné 
à l'avant-garde, Gesvres n'avait pu s'occuper de la 
rive droite, où aboutissait le chemin de SiercV, et 
où les communications avec la place étaient, noua 
l'avons vu, assurées par un ouvrage. Un gué fui 
reconnu, quelques bateaux rassemblés, et, le soir 
même du 18, M. de Grancey était poussé par delà 
l'eau avec un gros détachement d'infanterie et de 
cavalerie. Anguien avait désigné ce maréchal de 
camp parce qu'il connaissait les lieux, ayant servi 
au dernier siège de Thionville; il lui recommanda 
la plus stricte vigilance. Lui-même resta k cheval 
et tint ses troupes sous les armes toute la nuit, 
faisant face à Luxembourg, au cdté le plus menacé ; 
son iuiitinct militaire lui disait que l'ennen:)! était 
proche. La nuit fut calme sur la rive gauche; le 
jour étant survenu, ftl. le Duc allait séparer ses 
quartiers et donner quelque repos à son armée, 
lorsqu'il apprit que le malheureux Grancey, joué 
par deux paysans ou prétendus paysans, s'était 
porté au-devant d'un corps imaginaire, tandis que 
le secours, cheminant à travers bois et collines, 
entrait sans pertes dans la place. Décidément le 
lieu ne portait pas bonheur à Grancey : la bataille 
de 1639 lui avait déjà, valu un séjour à la Bastille, 
le Roi ayant trouve « qu'il n'avait pas su maintenir 
ses cavaliers dans le devoir », et si, en i6/l3, il 



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L001S DE BOURBON. 1K 

avait eu affaire à un chef moins généreux, sa mala- 
dresse ou samalechance aurait pu, encore cette fois, 
lui coûter cher; mais M. le Duc ne le chargea pas. 
Cette longanimité ne plut pas h. l'esprit positif de 
M. le Prince : « Si par les lettres de quelques 
valets je n'avois pas appris qu'il est entré cinq 
cents hommes par le quartier de M. de Grancey, 
je ne sçaurois que les mots graves de ta voslre 
contenant secours de quelque infanterie. Mon fils 
devoit l'avoir escrit et mettre la faute sur quy 
elle est » '. 

C'est encore au comte d'isembourg, k celui qui 
nous avait disputé la plaine de Rocroy, que le 
roi d'Espagne était redevable de ce nouveau ser- 
vice. Aux premiers indices d'une marche des 
Français vers la Moselle, ce vaillant officier avait 
quitté Charlemont et, encore presque mourant de 
ses blessures, s'était fait transporter dans son gou- 
vernement de Namur; il en fit aussitôt partir 
pour Luxembourg quelques compagnies d'in- 
fanterie wallonne échappées au désastre du 19 
mai. Beck, renvoyé un peu plus tard en poste par 
Melo, put joindre à ce groupe un peu d'infan- 
terie allemande, quelques chevau-légers et des 
Croates; le 18, le détachement passa la Moselle 

4 . M. le Prince à Girard, 24 juin. A.. C. 



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lae LES PRINCES DE GONDË. 

sur un pont de bateaux, s'arrêta un moment à 
Sicrck, et, se dérobant aux patrouilles françaises, 
entra le i9 au malin dans l'avancée de Thionville 
sur la rive droite. La garnison atteignait le chiffre 
de deux mille cinq cents hommes environ, en 
comptant les habitants aptes à porter les armes, et 
recevait un contingent important de cavalerie. Les 
défenses de la place reprenaient ainsi toute leur va- 
leur; les conditions du siège étaient changées; il 
fallait renoncer aux procédés expéditifs, se résigner 
à une attaque méthodique, rassembler de grands 
moyens, s'attendre à une résistance longuement 
prolongée. Le siège de Thionville, qui, dans la 
pensée du duc d'Anguien, aurait été le point de 
départ d'une série d'opérations, devait maintenant 
occuper toute la belle saison. Le récit d'un espion, 
des postes mal placés, quelques patrouilles égarées 
suffirent pour modifier profondément les résultats 
qu'on pouvait attendre de la campagne de 16Aâ. 
Ce qui est digne de remarque, c'est que le duc 
d'Anguien, si emporté devant les résistances de la 
cour, les retards, les contradictions des hommes, 
sut maîtriser le chagrin qu'il éprouvait, accepta 
avec bonne humeur la situation nouvelle qu'un 
accident avait créée et s'occupa d'y pourvoir avec 
le même entrain qu'il avait apporté, le 19 mai, à 
réparer le désastre de La Ferté. Il se mit h. tracer 



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LOUIS DE BOtJRBON. M 

ses lignes, à. établir ses quartiers, à rassembler 
ses moyens, à régler la marche de ses convois, et, 
le 22, il écrivait h son père : « Nous sommes icy, 
à mon advis, en meilleur estât que vous ne pouvés 
vous rimaginer » ' . 

Son état-major, qu'il avait eu tant de peine h. 6ut-iuiaT 
constituer & Amiens, était devenu non seulement dnc dADguicn. 
suIBsant, mus excessif. Deux mois plus tôt, 
ceux qui croyaient le plus h. son étoile, comme 
d'Aumont et d'Andelot, n'avaient guère montré 
d'empressement h. le rejoindre. Aujourd'hui, c'est 
à qui sera de l'armée de M. le Duc. 11 avait quatre 
oflîciers généraux à. sa disposition sur le champ 
de bataille de Rocroy; il en eut jusqu'à, onze pen- 
dant le siège de Thionville : le duc d'Angouléme, 
lieutenant général détaché sur les frontières de 
Picardie; les maréchaux de camp Gassion, Ëspe- 
nan, Gesvres, Sirot, que nous connaissons; Gran- 
cey* et Palluau*, qui deviendront tous les deux 
maréchaux de France; Quincé, détaché auprès du 
duc d'Angouléme; d'Andelot*, destiné à. dispa- 

f. A. c. 

1. Grancey, voir t. III, p. 358. 

3. Philippe de Clérembaalt, comte^ de Palluau, né en 1606, 
mBréchal de camp en 1642, maréchal de France en 1653, mort 
en 1665. 

4. Gaspard IT de Coligny, arrière- petit-fils de l'amiral, né 
en 4690, Tenait d'éHe nommé maréchal de camp. Il se Bt 



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IM LES PRINCES Dt^ CONDÉ. 

raître dans une des escarmouches de la Fronde, 
brave jusqu'à la témérité, fier de son grand nom 
de ChfLlillon, rêvant de sortir du rôle effacé qu'avait 
accepté son père, mais ayant moins de génie que 
d'ambition, en ce moment admirateur passionné 
de la belle Boulteville, qu'il épousera avec l'appui 
plus ou moins désintéressé de son jeune général ; 
d'Aumont, aussi brillant, plus complet, homme 
d'esprit, 1res entendu au métier, aimé et apprécié 
du duc d'Anguien, appelé à dépasser tous ceux 
que nous venons de nommer, si la guerre ne l'avait" 
prématurément dévoré*; Arnauld, solide et tenace, 
de cette forte race de jansénistes dont nous avons 
déjà parlé ' ; la plupart, on le voit, officiers de 
valeui- ; mais leur mérite même ne faisait que ren- 
dre ce grand nombre plus gênant. Comme ils arri- 
vaient les uns après les autres, M. le Duc demanda 
avec quelque impatience qu'on arrêtât ce déluge 

catholtqae, épousa en 164S Isabelle-Angélique de Honlmo- 
rency-Boulle ville, quitta le nom de marquis d'AndeloI pour 
prendre celui de duc de CMlillon, à la mon de son père le 
maréchal (164fi], et fut tué au pont de Cbareotoo en 1649. 
(Voir l. III, pp. 436 et 455.) 

i. Charles, marquis d'Aumool, ne en 1606, tué en 1644, 
petit-nis et frère de maréchaux de France. 

a. T. m, p. 459. — l'ierre Arnauld de Corbeville, dit Ar- 
nauld le Carabin, était niestre de camp général des Curabins 
sur la démission de son oncle Pierre Amaold a du lort ■. Il 
mourut en 1651, 



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LOUIS DE BOORBON. I&S 

de maréchaux de camp : >< Ne nous en envoyés 
plus ; nous en sommes embarrassés, et je vous 
ferai retourner ce que nous avons de trop ; u d'au* 
tant plus que, M. de Gesvres ayant un commande- 
ment séparé et l'exerçant avec hauteur, aucun de 
ses camarades ne voulait servir sous lui. » Il seroit 
bon de régler cela , car cela faict enrager tous les 
aultres et le service ne se faict pas » ' . 

La Valiière avait conservé ses fonctions de maré- 
chal de bataille (chef d'état-major) et M. de Choisy 
celles « d'intendant de justice et finances », avec 
M. de Tyran sous lui comme «général des vivres»; 
M. le Duc désigna Saint-Martin, un des lieute- 
nants du grand maître, pour remplacer La Barre 
et commander l'artillerie -, il n'eut qu'à s'applaudir 
de ce choix. On mit à sa disposition un ingénieur 
appelé Perceval, qui avait dirigé plusieurs des 
sièges de Hollande et qui passait pour le premier 
de son temps. Perceval dut chercher dans les régi- 
ments quelques officiers de fortune pour s'en faire 
assister. H avait amené un homme spécial pour la 
conduite des travaux dans l'eau, Courteille*; la 
nature de la place rendait le concours de ce der- 
nier fort utile. 

A. 36 juin. M.leDucàM.lePrince. A.C., — a Mazario.A.E: 
i. Courleille avait la conGance de Louis Xltl et travaîllaîl 
souvent avec lui. 



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160 LES PRINCES DE CONDË. 

Nous ne discuterons pas le mérite des lignes 
continues, en usage au xvn* siècle et bien souvent 
employées depuis, pourprotéger l'assiégeant contre 
les attaques intérieures et extérieures. M. le Duc 
se dispensa de la contrevallalion, mais il construisit 
une circonvallation dont le développement était 
d'environ 18 kilomètres. Sur la rive gauche, en 
aval de la place, les lignes louchaient h la Moselle 
près de Manom, et, en amont, vers le lieu dit au- 
jourd'hui Maisonneuve; sur la rive droite, elles 
enfermaient les deux Yutz; le point culminant était 
au nord-ouest, vers Guentrange (cote 330) . Épou- 
sant les formes d'un terrain varié, présentant un 
relief inégal, fraisées et palissadées sur certains 
points, elles étaient ici disposées en crémaillère, \h 
brisées par des flèches ou flanquées par des re> 
doutes, appuyées enfln par quelques ouvrages 
plus considérables et décorés du nom de forts. 
Dès le 20 juin, un pont de bateaux amené de Metz, 
établi en amont, assurait la communication entre 
les deux rives, les gués devenant impraticables à 
la moindre crue; un second pont sur pilotis fut 
plus tard construit en aval. Pour remuer une sem- 
blable masse de terre, il fallut le concours d'un 
grand nombre de paysans enrôlés comme travail- 
leurs, payés et nourris. Comme le général en chef 
n'épargnait pas l'argent, ce fut mené vivement. 



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LODIS DE BOnRBON. M 

Dès le 26 juin, M. le Duc écrivait & son père : 
« Notre circonvallalion est bientôt fermée; elle n'est 
pas en état de soutenir un puissant effort, mais 
les petits secours ne peuvent plus entrer. Beck 
est près de Luxembourg; s'il vient hasarder 
quelque effort, il faut que ce soit à force ouverte. » 

— Beck ne fit pas d'effort, et la circonvallation fut 
achevée en vingt jours, sans autre incident que des 
engagements de cavalerie peu importants , mais 
qui donnèrent eu général en chef l'occasion de 
charger deux ou trois fois pour dégager des 
amis imprudents. Tavannes, lieutenant de ses 
gardes, fut blessé dans une de ces escarmou- 
dies; il en coûta plus cher i. l'écuyer Francine. 
Comme cet ancien et fidèle serviteur revenait de 
Paris avec des dépêches, il tomba dans un poste 
de Croates et fut pris après une vigoureuse ré- 
sistance. Renvoyé par Beck, il succomba h. la 
gravité de ses blessures et fut fort regretté de 
M. le Duc. 

Au « quartier du Roi », établi & Terville, au Lotmupa 
sud-est et à environ 2,500 mètres de la place, le 
duc d'AnguJen avait retenu la fleur de son infan- 
terie, nos connaissances de Rocroy, — Picar- 
die, Piémont, La Marine, Rambures, Molondin, 

— et un régiment de formation récente, déjà fort 
beau, que Campi conmiandait pour le cardinal 



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lOS LES PRINCES DE CONDÉ. 

Mazarin et que le mestre de camp titulaire voulait 
voir traiter sur le même pied que les Gardes'. 
Les gendarmes et compagnies d'ordonnance 
étwent aussi èi Terville, aux ordres directs de 
M. le Duc; Gassion tout près avec sa cava- 
lerie légère; la ferme où il logefdt a conservé son 
nom. M. de Gesvres avait son quartier au nord, 
vers Manom; auprès de lui, nous remarquons 
« Navarre », un des « vieux », qui eut pour noyau 
les gardes huguenots du roi Henri. Le reste des 
troupes à pied et & cheval était réparti dans 
quatre autres quartiers, dont deux sur la rive 
droite; là commandaient Palluau et Sirot en rem- 
placement de Grancey, tombé malade, soit du 
chagrin de sa mésaventure du 19, soit du déplai- 
sir d'être sous les ordres du marquis de Gesvres. 
Toutes les distances étaient considérables, le ser- 



t. Le Roi à H. le Duc, !5Jain. A.C.— CrééeD 464>, com- 
mandé devant Ttuonville par le lieutenant- colonel Cario Teo- 
âlo Campî, le a Ré^ment royal d'in&ntarie italienne >, com- 
raunément appelé alors a Mazarin -Italien >, reçut en 1660 le 
nom d' ■ Orléans >. Celui de < Royal-Italien » fUt renda en 
1671 ï un corps da nouvelle fonnation qui le garda jusqu'aux 
approches de la Révolution. — Que le lecteur veuille bien 
accorder un moment d'attention h ce régiment : > Boyal- 
Italien > est devenu la fameuse 17° légère de 96, le 17' léger 
des guerres d'Afrique, enfin le 9S* de ligne, qui, dans notre 
agonie militaire de 1874, a tiré les derniers coups de fusil il 
Villersexd et ï 1« Cluse de PontarJier. 



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LOUIS DE BOURBON. 163 

vice très lourd, très compliqué : vedettes, pa- 
trouilles, avancées, escortes pour la cavalerie; 
grand'gardes, terrassements et corvées de tout 
genre pour l'infanterie, en attendant les travaux 
bien autrement fatigants et les périls du siège 
proprement dit. Les troupes avaient grand'peine 
h. y suffire. « Noos sommes icy efiectivement 
quatorze mille hommes de pied et sept mille 
chevaux, sans compter les officiers, sergents et 
valets » ', et H. le Duc, réclamant de l'infanterie 
avec sa vivacité ordinaire, indiquait celle qu'on 
retenait inutilement devant La Motte. M. le Prince 
ayant été pris de la gravelle le jour oîi cette 
demande fut rapportée devant le conseil de ré- 
gence, on dilTéra de prendre une résolution '. 
Cependant on fmit par se décider à lever pour 
quelque temps le blocus de la petite forteresse 
lorraine, et Arnaold fut dirigé sur Thionville avec 
mx régiments d'infanterie et deux de cavalerie '. 
On recourut aussi à l'expédient ordinaire des em- 
I»xints aux <i vieilles garnisons h , Bnfm, huit com- 
pagnies de gardes françaises et suisses reçurent 
l'ordre de rejoindre le corps de siège. Tous ces 
renforts, arrivant assez tardivement, fort ijimi- 

t.M. le Duc à U. le Prince. A. C. 

S. H. le Prince àlT. le Dac, 19 juin. A. C. 

3. Le Roi b H. leDac, 4jaitlet. A. C. 



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104 LES PBINCB8 DE CONDÉ. 

nués en route, furent loin de donner en réalité 
ce qu'ils représentaient sur le papier. C'est à. 
peine s'ils égalèrent les pertes que le feu, la 
fatigue et les maladies firent essuyer h l'armée. 
Le ministre n'en demandait pas moins qu'en 
échange de ces contingents, M. le Duc envoyât 
une bonne partie de sa cavalerie au duc d'An- 
goulême, qui criait misère chaque fois qu'une 
patrouille espagnole paraissait en Boulonn&is ou 
aux frontières du Hainaut. M. le Duc communi- 
quait son tableau de service, représentait qu'il 
n'avait pas trop de chevaux pour surveiller le 
vaste périmètre de ses lignes, repousser les sor- 
ties, observer Beck, défaire les partis qui ve- 
naient attaquer nos convois et qu'il fallait parfois 
reconduire jusqu'aux portes de Luxembourg; tout 
ce qu'il put faire fut de mettre mille chevaux à ta 
disposition de son lieutenant général. 

Le temps employé à la consb^ction de la cir- 
convallation avait tout juste suffi à la formation des 
' approvisionnements de' siège. Après le premier 
'' convoi amené de Verdun parSirot, d'autres s'étaient 
succédé par eau ou par terre, venant de Toul, 
Nancy ', et surtout de Metz, lïente pièces de bat- 
terie, des munitions de guerre, des bateaux, etc., 

4 . La ca[Mtale de la LMiaûe était alors occnpée par les 
Prancaig. 



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LOUIS DB BOORBON. 16S 

avaient été reçus de cette dernière place. De grands 
dépôts de vivres, des amas de madriers, gabions, 
sacs à terre, avaient été formés, le plan du siège 
arrêté et le tour de service réglé. Gassion, malgré 
ses fonctions spéciales, roulait pour la tranchée 
avecles autres maréchaux de camp, ce qui ne l'em- 
pêcha pas de passer souvent à cheval les nuits 
où il n'était pas de garde, ripostant par de vigou- 
reux coups de main aux entreprises de la cavalerie 
de Beck. 

11 y eut deux attaques, dirigées toutes deux sur 
le front sud-ouest, c'est-à-dire sur les bastions 
de La Cloche et de Saint-Michel, la courtine qui 
les réunit et la demi-lune qui couvre cette cour- 
tine. Là. aussi se trouvait le moulin fortifié, trans- 
formé en défense avancée et enveloppé par le 
canal de la Fensche. Le marquis de Gesvres eut 
l'attaque de gauche , le duc d'Anguien celle de 
droite, la plus rapprochée du fleuve. Dans la nuit 
du S au 9 juillet, Picardie et Navarre montant la 
première garde, la tranchée fut ouverte u sans 
perte d'aucun homme », écrivait M. le Duc ' le 9 
au matin, a Si l'on envoie l'argent et les hommes . 
que l'on a promis, j'espère que, dans six semaines, 
je rendray bon compte de cette place, u On n'en- 

4. AH. lePriDce. A. C. 



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166 LES PRINCES DE COKDÉ. 

voya ni tout l'argent ni tous les hommes qu'on 
avait promiB ; mais M. le Duc tint parole. 

Le 11, une communication fut ouverte entre les 
deux attaques, flanquée de redoutes et armée de 
vingt-quatre pièces qui battirent le moulin retran- 
ché. BoÏB-Guérin, adjoint de l'artillerie, fiit tué 
pendant cette opération. On était à deux cents pas 
delà contrescarpe. — Le 13, «aujourdeM.d'Au- 
moDt, Picardie et La Marine estant de garde en- 
levèrent te moulin Tortifié. Trois cents hommes 
sortirent pour le reprendre, mais furent vigoureu- 
sement repoussés ' ». — Le H, le moulin fut armé 
d'une batterie de six pièces et réuni par un boyau 
de tranchée au système des attaques. De ce jour, 
la garnison commença à. souffrir du manque de 
farine. — Le 15 dans la soirée, h. l'attaque de 
M. le Duc, Gassion étant de tranchée, a le régi- 
ment Hazarin enleva un petit travail bien palis- 
sade » et se logea sur la crête du glacis, tandis que, 
H à l'attaque de M. de Gesvres, d'Andelot, avec 
les régiments de Grancey et d'Harcourt », obtenait 
le même avantage. A cette occasion, les ingénieurs 
Le Basie et Perceval furent blessés, tous deux très 
utiles, le second surtout : « C'est l'homme qui a 
le plus contribué h. l'avancement de ce siège ; j'en 

4. M. le Duc à H. le Piioce, tSjullet A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 1S7 

suis aflUgé au dénier point. • Aussi M. le Duc 
demanda-t-il pour lui une récompense considé- 
rable alors : une compagnie dans un vieux régi- 
ment '. 

Le 16 juillet, une sortie de trois cent cinquante 
hommes et deux cents chevaux fut repoussée par 
tes régiments de Grancey et d'Harcourt. Huit cents 
coups de canon furent tirés dans cette journée. On 
était arrivé & cinquante pas de la contrescarpe ; la 
grande batterie était fractionnée et la batterie du 
moulin renforcée. Durant la nuit du 17 au 1 8, on Ût 
le logement sur la contrescarpe aux deux attaques. 
« Lescot vous porte les nouvelles du logement que 
nous avons faict but la contrescarpe avec toutes 
les particularités » ' ; M. le Duc ne disait pas dans 
sa lettre que, sans sa présence d'esprit, son cou- 
rage, son savoir et son entente du métier d'ingé- 
nieur, cette opération capitale et hardie aurait 
échoué. 



4. M. leDnc k M. le Prince, «5 juillet. A. C. —Le 18, M. le 
Duc proposa Perceval pour remplacer Hontreuil, capilaioe dans 
Piémont, tné; mais ce vaillant in^uieur mourut de ses bles- 
sures un m(H3 plus tan). Il était Hollandais et servait depuis 
longtemps m France; c'est lui qui, en 1641, dirigeait les tra- 
vaux devant Aire. Le prince de Tarente, dans ses mémoires, 
parie d'un autre Perceval qu'il renconlra auprès du prince 
d'Orange en 16&5. 

1. H. le Duc à H. le Prince, 10 Juillet. A. C. 



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es LES PRINCES DE CONDÉ. 

Elle avait été entreprise « d'insulte » aux deux 
uwmtTMcwpai attaqucs. A celle du marquis de Gesvrep, Gassion 

naitdulTau 18. ^ ^ 

pungs du raH«. et d'Arnnont marchaient à la tète de la colonne; 
!• «Mil). Champagne et Vidaille, ingénieurs, dirigeaient les 
travailleurs. Le âuccès fut complet, sans autre 
incident que la perte de plusieurs volontaires, 
presque tous officiers de La Marine et autres 
régiments. A l'attaque du duc d'Anguien, Espenan 
commande, et bien que M. le Duc l'ait cité comme 
« un des meilleurs hommes de siège que je con- 
naisse 11 , le général en chef dut encore le suppléer 
comme à Rocroy. Voici dans quel ordre s'étaient 
avancés les assaillants : trois sergents de Picardie, 
suivis de douze mousquetaires; trois lieutenants 
avec trente soldats et les volontaires, la fleur des 
amis de M. te Duc, La Moussaye, Bois-Dauphin, 
Chabot et autres; puis le reste du régiment. La 
Plante, capitaine de Picardie, faisait fonctions 
d'ingénieur, remplaçant Perceval et Le Rasle. Il 
tombe, la cuisse traversée, conmie il commençait 
. à ti-acer; les trois sergents sont tués; presque 
toute la tête de colonne est frappée ; faute de 
direction, la confusion se met paiini les combat- 
tants et les travailleurs ; la plupart des porteurs 
de fascines jettent leur fardeau. Le duc d'Anguien 
accourt, fait apporter gabions, barriques et sacs 
à terre par la queue de la tranchée, trace l'ouvrage 



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LOCIS DB BODRBON. IW 

aie fait exécuter sous un Teu des plus vifs. Cin- 
quante hommes étaient h couvert avant la pointe 
du jour. Les logements ébaudiés sur la contres- 
carpe furent assurés la nuit suivante et on en fit 
deux autres sur le chemin couvert. Puis vint l'opé- 
ration la plus délicate, la descente et le passage 
de ce grand fossé plein d'eau ; cela prit dix jours. 
— Le 28 au soir, Espenan, étant en garde avec 
Picardie et La Marine, attaque la demi-lune, s'en 
empare malgré l'explosion de plusieurs mines et 
s'y loge si solidement, que, le 29, il y donne à 
dîner au duc d'Anguien. La demi-lune ayant été 
réunie par un pont à la contrescarpe et armée 
d'une batterie, les deux bastions sont écrasés 
de feu, et « le baron de Quency, capitaine 
dans Persan, commandé avec quarante hommes,, 
favorise les mineurs, qui sont attachés le soir . 
«t mis à couvert avant l'aurore » (30 juillet). Le 
feu continue les deux jours suivants. Le 1" août, 
deux mines jouent, une seule avec effet; le lende- 
main, la seconde est mise au même état que la 
première, et le logement est fait au pied de la 
. brèche. 

La grande crise de l'assaut approchait; l'ennemi 
^tait-il préparé à subir cette suprême épreuve? 
Voici ce qui en fit douter : c'était une lettre que 
le générai Beck adressait au gouverneur de Thion- 



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110 LES PRinCBS DE CONDÉ. 

ville et qui fut prise sur on espion , pendu le 
29 juillet au quartier du Roi ' ; nous en citerons 
quelques passages, où les devoirs d'un comman- 
dant de place assiégée sont tracés dans des tennes 
qui sont de tous les temps. 

u Je ne puis comprendre le sujet de la foiblesse 
que vous témoignez, estant tout asseuré que vous 
pouv^ tenir beaucoup au delà des huict jours 
dans lesquels vous dites que vous serez cootrunt 
de vous rendre. Les demi-lunes de la place sont 
toutes entières; son rempart, dont je sçay la largeur 
et la bonté, n'est point encoreendommagé; pouvez- 
vous parler de vous rendre ayant tant de pièces à 
disputer, la moindre desquelles est capable de se 
deflendre plus longtemps que le terme que vous 
voulez prendre? Souvenez-vous qu'il y va de vostre 
honneur, que la réputation de vos officiers est atta- 
chée à. cette action. Si vos canonniers ne font 
leur devoir, vous avez moyen de les y contraindre; 
si les habitants ont d'autres sentiments que les 
vostres,vous avez la force k la main pour les main- 
tenir au devoir, et, si vos officiers sont prévenus de 



t. CeUe lettre flil déchiOtée par le secrâtaire Girard, arec le 
cbittn envoyé par Rossignol, le « spémliste > que Bichetieu 
einployait h traduire \os correspondances las plus secrètes; 
Hazarin en avait hérité. H. le Duc expédia la pièce à Paris 
le 19. (A.C.)- EUeaété imprimée dans te jr«rciir«,xxT, 39. 



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LOUIS DB BODRBON. ITt 

quelque frayeur, vous les pouvez ramener en leur 
remonstrant que la foiblesse porte toujours beau- 
coup d'infamie, et conduit souvent au supplice; 
surtout prenez garde qu'il ne se parle d'aucune 
reddition dans vostre conseil de guerre, etconser- 
vei-y vostre authorité. Vous serez peut-être impor- 
tuné des prestres et des femmes ; mais il ne les 
&ut point écouter; l'honneur vous défend d'avoir 
des oreiÙes pour eux, et, quand vous considérerez 
que toute l'Europe a l'œil sur vous, vous ferez 
l'impossible pour acquérir une gloire qui ne mourra 
point avec vous. J'attends cette vigueur de vostre 
courage, et, sur cette bonne opinion, je suis, mon- 
sieur, votre humble serviteur. J. Beck. » 

Se fiant ël cet indice, M. le Duc croit pouvoir u. puo u 
sommer la place (1" août), et, pour soutenir cette [i^aî); 
sommation j il s'avance sur le pont de fascines qui nhmo. 
conduit à la brèche. La réponse du gouverneur 
ne se fait pas attendre; elle est négative et aussitôt 
^puyée d'une salve de mousqueterie ei d'ar- 
tillerie qui décime la suite du prince : un capitaine 
de Lesdiguières est tué, Espenan et Ghevers sont 
blessés. On arrivait au corps à corps et les pertes 
devenaient sensibles; le dernier des officiers qu'on 
avait pu, tant bien que mal, employer comme ingé- 
nieurs, Champagne, avait été mis hors de combat. 



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m LES PRINCES DS CONDÉ. 

Le marquis de Lenoncourt*, gonverneur de Nancy, 
venu en curieux, avait été tué, ainsi que Saltoun, 
capitaine des gardes écossaises, Corsini, gentil- 
honinr.e florentin, capitaine dans Royal ~ Italien, 
bien d'autres encore. Au rapport de tous les 
prisonniers, la garnison attendait un prompt 
secours d'Allemagne. Elle multipliait ses efToris 
pour ralentir les progrès des Français; le feu de la 
place se soutenait très vif; les sorties étaient fré- 
quentes ; celle de la nuit du 2 au 3 août parut 
une « action extraordinaire ». Pendant qu'une 
colonne attaque de front la garde de tranchée, 
quelques hooimes montés sur des bateaux tra- 
versent le fossé, gagnent la contrescarpe, entrent 
par les embrasures dans la batterie de gauche, 
tuent ou chassent la garde, enclouent les pièces, 
rentrent dans leurs bateaux et regagnent la ville. 

Le âeioût, un Messin, prisonnier dans Thion- 
ville, se jette du haut du bastion au pied de la 
brèche et vient annoncer au duc d'Anguien que le 
gouverneur et le major de place ont été tués dans 
la nuit. — Celte nouvelle est saluée d'une double 
salve, et, aussitôt le soleil couché, M. le Duc fait 
mettre le feu à un fourneau préparé en tête de son 
attaque. L'effet est plutôt nuisible et renverse les 

(. Claude de Lenoocourt, dit le marquis de Lenoncourt, 
maréchal de camp en 1639. 



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LOOIS DE BODRBON. "3 

ponts de fascines. Néanmoins on donne l'assaut et 
vingt hommes de Picardie atteignent le sommet de 
la brèche'; mais ils ne sont pas soutenus; le mestre 
de camp Maupertuis tombe blessé; l'assaut est 
repoussé. 

La journée du h août fut néfaste pour les Fran- Amuti 
çais; les assiégés montrèrent partout une vigueur {4>atu}. 

, r o Uarti»ann 

qu fut couronnée par le succès. M. le Duc ayant 
fait jouer un nouveau fourneau, Gassion, qui en- 
trait en garde, s'élance à l'assaut; il tombe pres- 
que aussitôt atteint d'une mousquetade & la tête; 
le chevalier de Chabot a la cuisse traversée; Les- 
cot, lieutenant des gardes du duc, est tué * ; les 
enfants perdus qu'il conduisait se dispersent; la 
colonne s'arrête et le logement ne peut être poussé 
qu'à la moitié de la montée. — A l'attaque du 
marquis de Gesvres, le feu est mis aux deux mines 
creusées sous le bastion; tout était préparé pour 
que l'inflammation fAt simultanée. Au premier 
bruit, Gesvres part; mais, la seconde explosion 
étant de plusieurs minutes en retard sur la pre- 
mière, assiégés et assaillants sont ensevelis sous 
les décombres ; les Français ne peuvent atteindre 
le sommet de la brèche; Gesvres avait disparu. 
L'issue de ces deux attaques répandit dans l'armée 

4. 1) arrivait de Paris htoc les dépêches. 



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m LES PRINCES DE CONDÉ. 

une grande tristesse, qui rapidemeot gagna Paris. 
Était-ce un échec définitif? Quelques-uns le 
croyaient, peut-être même, hélas ! l'espéraient. On 
tenait Gassion pour mort; au si^e, il pourrait 
être remplacé ; mais, si l'armée extérieure parais- 
sEÛt et s'il arrivait malheur à M. le Duc, jouant sa 
vie comme il faisait, qui mènerait la cavalerie? 
La perle de Gesvres fut vivement ressentie; il 
était de taille à mener une armée; impérieux, 
peu aimé de ses camarades, en assez mauvais 
termes avec son général en chef, mais avide de 
gloire, sachant commander, résolu è. mériter le 
bâton de maréchal. « Vous entendrez parler de 
moi malgré vous, écrivait-il à la princesse Marie 
en arrivant devant Thionville, et, quelle que soit 
votre indifférence, je saurai faire une action que 
vous serez forcée d'approuver » '. Il n'obtint que 
tes regrets de celle qu'il aimait, et ce fut son 
parent, l'évêque de Beauvais, qui en recueillit le 
témoignage. 

Le duc d'Anguien jugea qu'avant de tenter de 
nouveaux assauts , il fallait laisser reprendre 
haleine aux troupes et compléter les brèches. Tan- 
dis que le mineur s'attachfdt à la courtine, on 
perçut de nouvelles galeries sous les bastions; 



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L00I8 DE BODRBON. 176 

mais le sol était déjà tellement bouleversé, que, 
malgré les efforts de La Pomme, capitaine de 
mineurs et « le premier tiomme de son temps dans 
cet art n» ces tentatives anr^ent été insuffisantes 
sans la construction d'une nouvelle batterie. Au 
bout de quatre jours, la ruine des deux bastions 
était achevée, et la courtine qui les unissait, bat- 
tue par les boulets, soulevée par la poudre, ne pré- 
sentait plus qu'une masse de décombres ; l'accès 
était ouvert ii trois colonnes d'attaque. Le 7, un trom- 
pette français sonna l'appel; le feu fut suspendu; 
deux officiers sortirent de la place et vinrent con- 
férer avec le maréchal de camp de tranchée, Palluau, 
assisté de Tourville, premier gentilhomme du géné- 
ral en chef. Le S, les articles de la capitulation 
furent signés par Louis de Bourbon et le sergent- 
major Dorio, celui-là même qui, te 19 juin, con- 
duisait le secours et qui, depuis, avait remplacé le 
gouverneur et te major de place, tués tous les 
deux. Le 10 août, à quatre heures du matin, 
cinquante-six jours après l'investissement et trente- 
deux après l'ouverture de la tranchée , les gardes 
françaises et suisses occupèrent les brèches, tandis 
que l'armée sous les armes voyait défiler la gar- 
nison , tambours battants, enseignes déployées, 
mèches allumées et balles en bouche. Douze cent5 
hommes valides sortirent de Ttiionvitle, suivis de 



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176 LES PBINCBS DE COMDfi. 

deux cents chariots portant malades ou blessés. 
Une escorte française les accompagna jusqu'à 
L\ixçmbo\xrg. Ils laissaient huit cents des leur» 
dans le cimetière de la place. 

Dès que la dernière voiture eut passé la porte, 
M . le Duc fit son entrée dans sa conquête. 11 fut 
harangué en latin par le maire, et improvisa une 
réponse dans ta même langue à l'ébahissemenl de 
l'auditoire;' puis, visitant le front d'attaque, il 
admira le relief et l'épaisseur des retranchements 
élevés à la gorge des bastions éventrés' et s'étonna 
d'abord que l'assiégé n'eût pas tiré meilleur parti 
de pièces aussi fortes ; mais l'état de la courtine 
effondrée, laissant une large ouverture béante, lui 
parut justifier la reddition. Et, en effet, la défense- 
avait été très honorable : les dehors disputés pied 
à pied, successivement enlevés de vive force; deux 
assauts repoussés et trois brèches praticables au 
corps de place, la moitié de la garnison sous terre 
ou hors de combat, le gouverneur, le major et 
onze capitaines tués, les vivres complètement 
épuisés, sauf le blé, qu'on ne pouvait plus moudre 



1 . Ces retranchements intérieurs étaient en forme de demi- 
lune, avec une palissade formidable «t un bon fossé au fond 
duquel se trouvait un caaal de bois plein de poudre et de gre- 
nades recouvertes d'un demi-pied de terre, pour faire sauter 
ceux qui essayeraieiit de traverser ie fossé. 



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LOUIS DB BOURBON. 177 

depuis la perte du moulin, ta garnison se retirant 
avec ses armes, emmenant ses malades et ses 
blessés; jamais capitulation n'a été signée dans 
des conditions plus régulières. 

Les détracteurs et les envieux ne manquèrent Angoim 

â Thionrilla. 

pas de mettre en lumière ces assauts repousses, i^^tcn 

de La Uoaiuje. 

alb-ibuant la fin du siège moins & l'habileté de 
l'assaillant qu'à la mort du gouverneur et à l'é- 
puisement des vivres. Mais ces propos trouvèrent 
peu de crédit. Le duc d'Anguien sortait glorieuse- 
ment de l'entreprise qu'il avait conçue, dirigée 
jusqu'au moindre détail, accomplie enfm dans le 
délai par lui fixé tout d'abord. Pendant la durée 
du siège, il montra non seulement une intrépidité 
toujours égale, une persistance dans le mépris 
du danger qui causait de réelles alarmes, mais 
aussi une vigilance, un savoir et un esprit de 
ressources qui furent admirés des hommes du 
métier. Voici d'abord ce que lui écrivait Mazarin le 
15 juillet : « J'apprends avec frayeur que vous 
n'estes pas seulement jour et nuit après les tra- 
vaux, mais que vous hasardez votre persoime avec 
la même prostitution que si vous n'estiez qu'un 
simple soldat... li est temps que vous mettiez de 
ladifférence entre les fonctions d'un volontaire et le 
devoir d'un général... Considérez qu'une partie du 
salut et de la gloire de cet estât repose sur vostre 

n. 11 



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17S LES PR1^CES DE CONDË. 

teste... Je vous conjure donc, Monsieur, d'estre 
meilleur ménager d'une vie qui n'est point à 
vous. » Et, pour effacer tout soupçon de flatterie 
déguisée sous ce conseil, le cardinal ajoulait quel- 
ques jours plus tard : a Ne prenez pas ce que je 
vous dis pour de la cajolerie » . 

Il serait superflu de citer d'autres témoins et 
d'insister sur un point aussi bien établi que la 
vaillance de Condé ; mais cette grande figure a 
comme un côté scientifique à peu près ignoré; 
c'est un des aspects sous lesquels ce héros tenait 
le plus h paraître devant la postérité. Nous avons 
dit combien avaient été fortes ses études, et nous 
verrons plus tard Bossuet lui demander des leçons 
de physique. Fruits de son travail ou dons de la 
nature, il réunissait les conditions essentielles 
qui font les maîtres dans ce grand art de l'in- 
génieur militaire : la sdreté du calcul, J'esprit 
juste, la conception originale, l'exécution habile 
et hardie. 

La Moussaye a donné du siège de Thionvillc un 
récit oii, sans négliger les incidents dramatiques, 
il décrit les procédés employés à chaque phase du 
siège, avec des détails qui ne pouvaient être con- 
nus du brillant aide de camp. Le journal d'un offi- 
cier du génie ne saurait être plus complet et plus 
lucide; nous lui avons fait quelques emprunts. 



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LOUIS ,DB BODRBON. 1T>' 

Entre autres épisodes, nous avons raconté cekB'oàj 
le général eii chef reprend et achève un Iranmâii 
interrompu par la mort de celui qui le dirigeailt: 
nous ne saurions multiplier ces explications' iMèh- 
siques. Que le lecteur curieux cherche dansie petàf > 
volume qui a pour titre Rocroy et Fribourg, â imi*- 
tilé qu'y soit le texte original, l'exposé du par- 
cernent des galeries si difficiles & étançonner àtam- 
a cette terre mouvante, toute détachée et qui seté*- 
duisait en poussière par l'ébranlement des mineB^'^ 
ou bien encore « le passage du fossé m plein d^èen: 
et des plus profonds, exécuté par la combinaisandt* 
la méthode hollandfuse avec le procédé que Cour- 
teille avait employé au siège de Hesdin. Est-«F'UD' 
des ingénieurs subalternes qui a pu donner dcâ^reii)^ 
seignements k la fois si précis et si pittoresqurn-èB 
l'auteur de ce compte rendu? Ils avaient toitw 
disparu. Très supérieur aux autres, PercevaLaYnt 
été frappé le premier ; Le Rasle, La Plante, GiaiiF' 
pagne, tous ceux qui le remplacèrent imparfait*»- 
ment furent tués. Le seul qui survécut' était' le'~ 
premier de tous, celui qui avait été râmef'eti)&=>. 
pensée du siège, le duc d'Anguien. C'est seii»<saBs 
yeux ou sous sa direction, on peut le dire^ qiw-iJai 
Houssaye a écrit; nous en avons la preuv&naté»- 
rielle. On reconnaît le véritable auteur dviréict, 
d'abord dans la sobriété des éloges doioés^aai' 



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Il* II. te Duc 



160 LES PRINCES DE CONDÉ. 

général en chef, mais aussi dans cette recherche 
à peindre la difficulté vaincue et dans cette coquet* 
terie de métier qui rappelle César comptant les 
clous et les poutres du pont qu'il avait jeté sur le 
Rhin, ou décrivant les quinconces de chevaux de 
tjrise et de trous de loup semés devant les lignes 
d'Alésia. La main qui avait tenu le tire-ligne pour 
dessiner les attaques a pris la plume pour racon- 
ter le siège, et c'est la même aussi qui, restant 
ferme sous une grêle de balles, biscaïens et gre- 
nades, avait plus d'une fois tracé sur le ter- 
rain les ouvrages par elle esquissés sur le papier. 
C'est bien le grand Condé qui a pris Thionville, 
comme c'est lui qui a gagné la bataille de Rocroy. 
Ces deux actions si différentes étaient, de toutes 
celles qu'il avait accomplies, les plus clières à son 
souvenir. La victoire du 19 mai était la première 
fleur de sa gloire; il la considérait comme son 
chef-d'œuvre, et, dans les dernières années de sa 
vie, il se plaisait à en retrïicer le plan, à en faire 
le tableau. Peut-être cependant se sentait-il encore 
plus fier d'avoir, par sa science et sa ténacité, forcé 
sur la Moselle le bouievaj'd de la puissance dont 
il avait détruit les légions sur la bruyère des Ar- 
dennes. 

Marolles, mestre de camp de grande valeur, fut 
installé gouverneur de Thionville ; la commission 



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LOUIS DB BOURBOX. 181 

avait été signée d'avance sur la demande instante 
du général en chef, que M. le Prince, cette fois, 
n'avait pas appuyée. Celui-ci aurait désiré que 
l'emploi fût réservé à son protégé Espenan; 
M. le Duc admettait que « M. d'Ëspenan servait 
miraculeusement bien ; c'est le meilleur homme de 
siège que je connaisse » ; il le présenta pour le 
cordon bleu, mais n'en voulut pas pour Thion- 
ville. M. le Prince admira que son (ils préférât 
ainsi un homme nouveau à un vieil ami et ren- 
voya la demande du cordon bleu : « J'ai fait cette 
affaire sans remettre vos lettres, » écrivit-il sèche- 
ment. L'emploi de lieutenant de roi fut donné à 
La Plaine, capitaine dans Picardie; cette foi<>, le 
déboire tut pour M. le Duc, qui avait déjà mis en 
fonctions un officier de sa confiance, M. de Cam- 
pels. Il ne put obtenir qu'on revînt sur cette déci- 
sion et ne fut pas plus heureux dans la distribution 
des charges laissées vacantes par la mort du mar- 
quis de Lenoncourt : d'Aumont et d'Andelot, qu'il 
avait proposés et qu'il espérait voir ainsi récom- 
penser de leurs excellents services, échouèrent 
dans leurs prétentions; Clermont, Naney et la 
Lorraine furent données à La Ferté-Senneterre. 
Vamberg, colonel d'un régiment étranger, ayant 
été tué en duel, M. le Duc demanda sa succession 
pour La Moussaye, son ami intime : nouveau refus 



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I» LES PRINCES DE CONDÉ. 

idu' cardinal *. Le duc d'Anguien ressentit vivement 
.l'opposition de son père, le désappointement de 
;:fiefi amis, le mauvais vouloir latent du premier 
.ministre : « Je CToy que je n'ay plus alTaire k 
ir&imée » '. 

.Au moment oti le vainqueur de Rocroy expri- 
tmait ainsi son dépit, Turenne, découragé, s'adres- 
.ttit à M. le Prince pour être tiré d'ItsJie, où il 
.avait a si peu de troupes, qu'il n'est pas du ser- 
vice de Sa Majesté que je demeure plus longtemps 
i-CDaime cela » *. Il sentait qu'on le mettait quasi k 
.l'index, et, en effet, il était alors soupçonné « de 
>vouloir se faire considérer par te parti protestant 
..comme un soleil naissant ». On ne rencontre pas 
chez Mazarin les haines violentes ni les rigueurs de 
Richelieu; mais, moins sûr de lui-même et de son 
autorité, le ministre d'Anne d'Autriche était plus 
méfiant. 11 voultdt tenir les généraux en bride, 
.--surtout ceux qui étaient par eux-mêmes des per- 
-aonnes considérables, et il avait raison ; l'erreur 
était de chercher à restreindre l'influence des com- 
. mandants d'armée en leur marchandant les moyens 
d'action. C'est ainsï qu'il était disposé à agir alors 
vis-à-vis de Turenne et, avec plus de mesure, 

4. Hazarin à M. le Duc, i septembre. A. C. 

5. H. le Duc à H. le Prince, S9 et 30 juillet. A. C. 
3. Trin, «4 août. A. C. 



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LOOIS DB BODRBON. 183 

moins ouvertement, vis-à-vis du duc d'Anguien. 
Ces procédés inspiraient au premier un ressen- 
timent plus profond que tes mouvements de colère 
du second. 

M. le Duc avait toujours payé largement, acquit- 
taot, sans compter, les dépenses de Tartillerie, des 
travaux, enrôlant des ouvriers, accordant de hautes 
payes, n'épargnant rien pour soulager ses troupes 
et assurer le succès. Son père lui reprochait de 
« dissiper l'argent comme si c'était de la terre » ; 
il insinuait qu'en s'y prenant mieux, « on pourrait 
faire des deniers revenants-bons * ». De leur côté, 
le cardinal, les ministres s'effrayaient de cette pro- 
digalité, trouvaient les exigences un peu lourdes; 
car, si Anguien ne demandait rien pour lui, il en- 
tendait que ses troupes fussent bien traitées, ses 
officiers récompensés; il commençait à devenir 
gênant, grief impardonnable aux yeux de maint 
gouvernement. M. le Prince l' éclairait sur ce chan- 
gement d'humeur : k Vos affaires vont mal, écrivait- 
iP; vos services sont peu reconnus, vos alliés et 
amis, comme MM. de Brézé et de Chaulnes, mal- 
traités, et vos ennemis avancés. » 

Le chevalier de Bois-Dauphin était allé h Paris 
présenter tes « articles de Thionville ■> et demander 

1. tO juillet et pattim. A. C. 
1. 16 aoAt. A. G. 



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lU LES PBINGES DE CONDÉ. 

des ordres. « Tous les avis sont que Melo va se 
réunir à Beck, que Hatzfeld leur amène cinq à 
six mille hommes et que tout ce coq>s considé- 
rable va venir icy ; c'est à vous h voir ce que je 
pourray faire en ce rencontre » *. La réponse fut 
portée par Rantzau, désigné pour remplacer le 
marquis de Gesvres : la marche offensive des enne- 
mis devenait moins probable; le prince d'Orange 
ayant pris position près de Gand avec seize mille 
hommes, Melo était immobilisé; Cantelmi, sur la 
Meuse, FuensaldaBa, vers Béthune, n'avaient que 
des détachements insignifiants; Hatzfeld était 
retenu vers Cologne, le duc Chartes dans le Pala- 
tinat; l'armée française semblait donc libre d'agir. 
On indiquait Sierck et Longwy comme des entre- 
prises utiles dès que Thionville serait en état*. 
M. le Duc n'avait pas attendu ces instructions pour 
faire « diligenter le rasement des lignes et la répa- 
ration des brèches u , veillant lui-même au rem- 
placement des munitions de guerre et de bouche 
consommées par la place. 11 alla aussi visiter 
Metz; Hantzau l'accompagnait. Le duc d'Ângou- 
lême, dont les troupes avaient été rapprochées de 
la Meuse, devait s'y trouver; mais le vieux Charles 

*. H. le Duc à HazariD, 9 août. A. C. 
S. Le Plessis-Besancos .à M. le Duc, 9 août. Hszarin au 
même, 1S, 19 août, etc. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 1S5 

de Valois, empêché par la goutte, se fit suppléer 
par Quincé. Voici ce qui fut décidé : u Dans six 
ou sept jours , nous pourrons partir pour aller 
visiter Beck auprès de Luxembourg, l'obligera 
s'en tirer ou i, s'enfermer dans la place, et cepen- 
dant prendre Sierck, puis voir si on pourroil esta- 
blir des troupes en quartier sur la Sarre et prendre 
Longwy au retour, le tout au cas qu'il n'arrive 
point aux ennemis d'autres troupes que celles qu'ils 
ont 11 '. 

Un peu au-dessous de Tbionville, la Moselle, Aiuq^et 
quittant la belle et large vallée qu'elle retrouvera ,SMptembn). 
un peu plus loin , serpente au fond d'une gorge 
assez étroite. Là, sur la rive droite, un château, 
aujourd'hui ruiné, est accroché au ilanc d'un 
mamelon que , dans un de leurs méandres , les 
eaux du fleuve battent avant de changer dC 
direction. Une file de meiisons s'allonge sur la 
berge au-desgous du château; c'est Sierck, alors 
terre de Lorraine. L'infanterie de M. lé Duc enleva 
la ville le soir même de son arrivée ; le gouverneur 
fit mine de défendre le château, reçut quelques 
coups de canon et capitula au bout de vingt-quatre 
heures (.5 septembre) . Cette facile conquête coûta 
la vie & un vigoureux officier, Maupertuis, mestre 



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IH LES PRINCES DE CONDÉ. 

de camp de Picardie, tué h l'attaque de la ville, et 
au maréchal général des logis Chevers, une des 
espérances de notre cavalerie*, qui fut surpris 
dans un fourrage. Très affligé de cet accident, 
H. le Duc chemina toute une nuit avec Rantzau, 
d'Aumont et un gros parti, autant pour venger 
son ami que pour tâcher d'en venir aux mains 
avec la cavalerie de Bectc; mais il ne rencontra 
pas les Croates et ne put décider le général ennemi 
& sortir de Luxembourg. 

A peine entré dans Sierck, il avait écrit à son 
père : « C'est une place absolument mauvaise et 
qui ne se peut quasy deffendre; je croy qu'il seroit 
bien à propos de la raser » *. Toutefois, comme 
le point avait son importance dans la situation 
des belligérants, il y laissa une garnison. L'oc- 
'cupation de ce poste était l'épilogue du siège de 
Thionville; la prise même de cette grande place, 
si glorieuse qu'elle fût, n'était pas le seul but 
qu'Anguien avait eu sous les yeux en proposant, 
dès le 23 mai, le « dessein du Chenest » . Lorsqu'il 
demandait à. conduire vers l'est l'armée victorieuse 
à Rocroy, sa pensée «Hait jusqu'au Rhin. Il faut 
revenir sur nos pas, jeter un coup d'œil sur la 



I . Voir le récit de la bataille de Rocroy. 
1. i septembre. A. C. 



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LOUIS DB BOURBON. 



situation militaire en Allemagne, parler un peu du 
grand homme dont les dernières actions se con- 
fondent avec tes premiers pas du duc d'Anguien, 
esquisser ta vie du maréchal de Guébriant. 



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CHAPITRE III 



Conp d'œil aor U ^erre en Alleuugoe. Le dae Bernbardt traite 
avec UFrsDce(163S)st mearteo 1639. — Gnâbriaut. H caDurre 
k U Fraace Brisach et les WeymarieQi. — Campagnes de Gué- 
briant (tSSd à 1612). ~ DllScailéa qu'il surmoale. — Sea plana 
et » situation au printemps de <6i3. — Sea opérations (juin- 
août 1613). — Ccmmu ni cations Échangées entre Guèbriant et 
H. le Duc, qui insiste pour qne Guèbriant soit eecoiiru. — M. le 
Due reçoit l'ordre de mettre ses troupes en quartiera et part 
pour Paris (13 septembre). — Appel suprême de Guèbriant; prt* 
paratir> du ■ secours d'Allema^e >. — M- le Duc se dispose à 
conduire le secours. — Incident. Le due d'Angoulème remplace la 
duc d'Anguien (27 septembre). — 30 septembre, le duc d'An- 
guien désigné de Doaveaa pour conduire le seconn. Il part de 
Paris le i octobre et marche «Tec ses troupe». — ï! octobre, 
M. le Duc rejoint Guèbriant. Tournée en Alsace. — Projet de 
Guèbriant-, il paase le Rhin. M. le Duc rentre à Paris (13 no- 
vembre). — Marche de Guèbriant dans U forêt Noire. Surprita 
de Spaichingen. Siège de Rottneil (S novembre). — Blesiare du 
maréchal. Prise de Rottweil (19 novembre). Déroaie de TDtilia- 
gen. Mort de Guèbriant. 

o>upj-«n Si une bataille perdue en Picardie, aux fron- 
AUsmagns. Uères de i'Artois ou du Hainaut, pouvait être un 

.s duc Benhudt . 

i»its aTsc souverain daneer pour la France, le tnompbe defl- 

l»rr«iee{iesS) or ^ m 

rimsQitMiissB. nitif des Impériaux en Allemagne neut pas été 



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LOUIS DB BOURBON. 189 

moins fatal. La maison de Habsbourg sortant 
victorieuse de la guerre de Trente ans, ce n'était 
pas seulement le despotisme universel fondé en 
Europe, c'était la France renfermée, élouflée dans 
les plus étroites limites, menacée de convoitises, 
de revendications constantes, de démembrements 
périodiques, ramenée aux plus mauvais jours du 
XV* siècle, ouverte k l'invasion. Celait Annibal ad 
portas^. N'avait-on pas vu, en 1636, l'armée de 
l'Empereur établie en Bourgogne, descendant sur 
Lyon par la vallée de la Saône, tandis que les cou- 
reurs du roi catholique arrivaient aux portes de 
Paris? Pour conjurer ce péril toujours menaçant et 
pour sauver l'Europe, la France devait son aide 
et son appui h. ceux qui avaient entrepris ou ac- 
cepté la lutte, agir elle-même avec toutes les res- 
sources que d'autres difficultés, d'autres entre- 
prises, extérieures ou intérieures, lui permettaient 
de consacrer à cette œuvre grandiose. N'ayant 
pas d'armée à envoyer au delà du Rhin, Richelieu 
employa d'abord les subsides : le premier, le plus 
grand, le moins maniable de ces soudoyés, fut 
Gustave-Adolphe. Après la mort de ce héros, le 
cardinal chercha des auxiliaires dont l'allure, fût 

1 . • Le roi de Hongrie étaDt à Brisacb, Annibai est ad por- 
tât. > {Hémoiro adrmsé par Richelieu à Louis XIII, t& oc- 



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100 LES PRINCES DE CONDfi. 

moins indépendante. Kn même temps qu'il renou- 
velait l'accord avec les Suédois, il traitait* avec 
u l'Union évangélique », qui s'engageait, moyen- 
nant un million de livres par an , à maintenir 
trente mille hommes de pied et six mille chevaux; 
mais de tous les princes qui signèrent le traité 
d'Heilbronn, le landgrave de Hesse seul resta fidèle 
h ses engagements ; isolé , il était impuissant. 
L'insuffisance des alliés se trouvant démontrée, 
Richelieu voulut s'assurer par un achat en bonne 
forme un général avec ses troupes. II y en avait 
plusieurs sur le marché, qui s'offraient, se reti- 
raient, donnaient des espérances, demandaient des 
surenchères. En dehors des deux grandes armées, 
celle de Suède, surtout puissante par l'organisa- 
tion et la tactique, celle de l'Empereur, considé- 
rable par le nombre, avec ces essaims de cavaliers 
venus des bords du Danube, qui rappelaient les 
hordes d'Aliila, !e sol de l'Allemagne s'était cou- 
vert de petites armées, de bandes de mercenaires, 
tantôt entretenues par un prince régnant, comme 
le duc de Bavière, tantôt groupées autour d'un 
aventurier hardi, comme le b&tard Mansfeld, qui 
un moment fit trembler l'Europe, ailleurs suivant 
un de ces princes sans argent et sans terres, cadets 

1. 68viil<633. 



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LOmS DE BOORBON. 101 

de souverains ou souverains dépossédés , qui , 
n'ayant qu'un titre et une épée, sont prêts & se 
vendi'e ou à se louer pour un temps : tels le duc 
Charles de Lorraine et le duc Bemhardt de Saxe- 
Weymar. 

Issu de cette maison de Saxe qui avait disputé 
l'Empire à Charles-Quint et qui était assurément 
la plus nationale, la plus illustre de l'Allemagne, 
grand, fort, le visage p&le, les yeux et les cheveux 
noirs, le regard froid et dur, ambitieux, sans scru- 
pules, très doué pour la guerre, Bemhardt de 
Weymar avait débuté fort jeune par lever un corps 
de troupes que Gustave-Adolphe prit à sa solde. 
Il devint un des premiers lieutenants du roi, et, 
après la catastrophe de Lutzen, partagea avec le 
comte de Hom le commandement de l'armée sué- 
doise. La sangliuite journée de Nôrdlingen (163fi) 
rompit l'accord entre lui et les Suédois; ceux-ci 
avaient laissé sur le terrain seize mille morts et 
quatre-vingts canons; il est rare que la bonne 
intelligence entre alliés survive &un pareil désastre. 
Bemhardt fut accusé d'avoir fait donner et mal 
donner cette grande bataille perdue ' . Il n'attendait 

4. Les Français donnent le nom de Nordlingen (qu'ils pro- 
Donœnt Norlingue) à la bataille gagnée par le duc d'Anguien 
en 4645, et que las écrivains allemands appellent avec 
raison la bataille d'Allertieim (voir cbap. vu.) La bataille dn 



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1S2 LES PRINCES DE CONDÉ. 

qu'un prétexte pour recouvrer son indépendance; 
le premier usage qu'il en fit fut de traiter avec la 
France (1635). Ce n'était pas tout à Tait une déser- 
tion; en se séparant de l'armée suédoise, il ne 
devenait pas l'ennemi de la couronne de Suède. 
Sans doute il emmenait plus de troupes qu'il n'en 
avait levé (douze mille fantassins et six mille che> 
vaux, payés quatre millions par an) ; mais le noyau 
était bien h lui. Animé de la haine des Habsbourg, 
tout en conservant un vague attachement à l'Em- 
pire, il était résolu h. reconstituer sur sa personne 
la grandeur de sa maison spoliée , et malgré les 
contrats, les engagements pris durant son voyage à 
Paris, il ne se livra jamiiis complètement. Depuis 
le jour où il entra au service de Louis XIII, il ne 
sortit guère d'un échiquier restreint, manœuvrant, 
prenant des places en Lorraine, en Franche-Comté, 
sur les deux rives du Rhin, entre les Vosges et la 
forêt Noire '. Nous ne voulons pas égarer le lecteur 

6 septembre 1634 fut livrée près de NordliDgen, que les Aug- 
tro-EspagDols assiégeaient et que les Suédois voulaient secon- 
hr; ce fut une des journées les plus sanglantes et les plus 
considérables de la guerre de Trente ans; sans l'appui moral 
et matériel de la France, les vaincus n'auraient jamais pu se 
relever d'un tel désastre. 

t. Nous l'avons vu, en 1616, quitter un moment le théâtre 
habituel de ses opérations, lorsque, pressé par Gallas, il se 
replia dans la Boulogne envahie; la province paya cher ce 
secours. (Voir liv. 111, chap. m.) 



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LOUIS DS BOURBON. 193 

dans le dédale de cette période de la guerre de 
Trente ans ; mais, sans essayer de démêler l'éche- 
veau de ces opérations militaires si confuses, nous 
en marquerons les caractères principaux. Les mou- 
vements des armées qui ont parcouru les provinces 
germaniques entre la mort du roi Gustave et 
l'arrivée au premier plan des capitaines désinté- 
ressés, Guébriant, Mercy, Turenne, ne sauraient 
s'expliquer par des raisons purement stratégiques 
ou politiques; princes ou généraux d'aventure 
obéissaient le plus souvent k deux mobiles plus 
puissants que les intérêts de leur cause : la néces- 
sité des subsistances, les arrière-pensées person- 
nelles. Il fallait vivre avant tout, chercher des 
recoins oubliés par les dévastateurs qui se succé- 
daient depuis si longtemps dans ces malheureuses 
contrées; en essayant de ménager amis ou alliés, 
on évitait surtout les pays qu'une armée quel- 
conque venait de quitter; ils étaient épuisés pour 
longtemps. Puis venaient les visées particulières; 
chacun de ces condottieri, qu'il soit grand ou 
médiocre, guette une couronne k prendre ou à 
retrouver, un gjrand fief h gagner, un domaine h 
rétablir. En s'appliquant à conquérir solidement 
le Brisgau, le Sandgau, la haute Alsace, les places 
des Vosges, Bernhardt comptait bien ne pas se 
borner à servir la cause protestante ou à tenir ses 



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IW LES PRIKCES DE CONOË. 

engagements envei-s le roi de France. Il croyait 
être sûr de travailler pour lui-même , soit qu'il 
réussit h. s'approprier tout ou partie de ses con- 
quêtes, soit qu'il y trouvât les éléments d'un 
échange pour aller fonder un État en Tburinge, 
près du berceau de sa famille. 

Au mois de juillet 1639 , il tomba malade en 
Franche-Comté; ce fut une grande crise : s'il 
survivait, il gardait l'Alsace, pour lui d'abord, 
peut-être pour l'Empire, certes pas pourlaFrance; 
s'il mourait, que de compétiteurs se disputeraient 
sa succession! Le plus redoutable était le Palatin, 
dépouillé de ses États par l'Autriche, soutenu par 
l'Angleterre, par la Suède, avec les vœux secrets 
des autres puissances. Richelieu le fit arrêter 
comme il traversait la France dans un incognito 
mal gardé; ce fut un coup de maître; l'habileté, 
la fermeté du comte de Guébriant et un grand 
sacrifice d'ai^nt firent le reste. Bemhardt ne put 
atteindre Brisach et mourut & Neuenbourg'. La 
France recueillit l'héritage de l'illustre condottiere, 
une armée et deux places, Saveme et Brisach, les 
clefs de l'Alsace. 
ooibritDt. Jean-Baptiste Eudes de Guébriant, né en 1602 
pruM Briucb dans un modeste castel du diocèse de Saint-Brieuc, 

i . Sur la rive droite du Rhin, à quelques lieues au sud de 
VieuK-Kisech. 



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LOUIS DK BOURBON. tOS 

appartenait à une famille moins riclie que noble : 
le plus clair de son héritage était sa parenté avec 
Du Guesclin. Il avait suivi les cours du collège de 
La Flèche, écrivait le français avec une pureté 
remarquable et savait assez de latin pour suivre 
une négociation dans cette langue. Simple soldat 
en Hollande, il y passa deux années en apprentis- 
sage militaire sous tes maîtres de la tactique. 
A peine de retour, il sert un de ses amis qui se 
battait en due), et le voilà forcé de quitter encore 
la France. On le laissa rentrer dans notre armée 
d'Italie; il eut une compagnie au régiment de Pié- 
mont, puis fut admis aux Gardes; mais Paris ne 
le vit guère. Sauf pendant quelques mois après 
son mariage, il vécut toujours aux armées, surtout 
aux armées lointaines. Sa première action d'éclat 
fut en 1636, « l'année de Corbie » , au milieu d'une 
panique générale; il arrivait d'Allemagne, se jeta 
dans Guise, sauva cette place et battit un parti 
espagnol près de La Gapelle. Le Roi le fit maréchal 
de camp et le renvoya en Valteline, sous le duc de- 
Rohan; c'était une bonne école, mais un service 
pénible et peu recherché. 

De là, Guébriant ramena nos troupes (une 
poignée d'hommes] et joignit le duc Bernhardt, 
qui ne voulut plus se séparer de lui. Il eut alors 
UD double caractère et une situation diffidle. Com- 



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11M LES PRINCES DE CONDÉ. 

mandant un contingent Trançais au milieu d'une 
armée étrangère, accrédité en quelque sorte 
comme représentant de son roi auprès de ce 
prince allemand, dont il était aussi le lieutenant, 
il se montra propre aux deux rôles. L'égalité de 
son humeur s'alliait à une fermeté inébranlable; 
conciliant et plein de tact, il savait résister aux 
prétentions, aux caprices, parler fièrement au nom 
de la France, fiernhardt, qui l'avait vu h. ses côtés 
à la journée de Wertenweil et durant le mémo- 
rable siège de Brisach , lui témoigna sa haute 
estime en lui léguant, avec ses armes, le fameux 
cheval noir Rapp, qui, disait-on, assistait son 
maître dans les mêlées, se jetant sur ceux qui 
cherchaient h le frapper, les renversant avec ses 
pieds, les déchirant avec ses dents. Guébriant 
n'était pas moins aimé de l'armée weymarienne 
que de son chef. Vivant au milieu de ces rudes 
soldats allemands et suédois, n'ayant pas leurs 
mœurs, ne parlant pas leur langue, il avait su 
conquérir leur confiance et même leur affection. 
Buveur d'eau, il eut l'art de persuader h. ces 
terribles ivrognes qu'il se grisait avec eux; quand 
ils s'aperçurent de sa feinte, ils l'avaient déjà si 
bien pris à gré, qu'ils en rirent et lui pardonnèrent 
sa sobriété. Chef ou camarade d'hommes insa- 
tiables, parfois obligé de satisfaire leur avidité ou 



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LOUIS DE BOURBON. 1»7 

de fermer les yeux sur leurs rapines, il ne prit 
jamais rien, ne demanda ni argent ni terres, et 
ceux qui pouvaient le moins comprendre cette 
conduite admiraient son désintéressement. Le burin 
de Nanteuil a reproduit ses traits ; l'emplâtre de 
taffetas noir, qui cachait une large blessure reçue 
à la joue, ne dépare pas un visage grave et doux, 
où se reflète la sérénité de l'âme. Arrêtons-nous 
devant cette figure dont la contemplation repose : 
on aime â rester un peu avec cet homme d'un mérite 
si solide et si complet, qui ne fut ni ambitieux ni 
cupide, que les honneurs allèrent chercher, qui ne 
fît que le bien et ne pratiqua que le devoir. 

Maintes fois, dans ses entretiens à moitié in- 
times, à moitié officiels avec le duc de Weymar, 
il l'avait sondé, essayant de l'amener & s'expliquer 
sur ses intentions, sur la suite que recevraient les 
engagements pris avec la France; il l'avait trouvé 
impénétrable. Un jour cependant, il obtint une 
courte réponse qui n'était que trop claire : « Vous 
me demandez toujours Brisach, mais c'est deman- 
der à. une sage fille son pucelage et k un homme 
de bien son honneur. » Aussi Guébriant veillait-il 
sans relâche, et, lorsque son général malade quitta 
les bords de la Saône pour gagner sa forteresse 
du Rhin, il brava la contagion et suivît la litière 
de Bemhardt. Le fléau le frappe & son tour, l'arrête 



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198 LES PRINCES DB COKDÊ. 

à Huningue; \i., il apprend que le duc expirant 
n'a pu dépasser Neuenbourg. Il accourt au risque 
de sa vie, arrive trop tard pour recevoir les adieux 
de son illustre chef et pousse aussitôt jusqu'à Bri- 
sadi. Déjà, dans sa prévoyance, il avait secrète- 
ment fait marcher vers cette place la poignée de 
soldats français dont il disposait. 

Brisach était entre les mains du général-major 
•d'Erlach, à qui le duc de Weymar l'avait confiée. 
•C'était un Suisse du canton de Berne et de race 
militaire; depuis cent cinquante ans, vingt-huit 
offîders de son nom avaient figuré sur les contrôles 
de l'armée française, lui-même ayant commandé 
quelque temps un régiment à notre service; mais, 
quelles que fussent ses sympathies pour la France, 
elles ne pouvaient l'aveugler sur ses intérêts; 
c'était par là qu'il fallait le prendre. Déjà, à la 
première nouvelle de la maladie de Bemhardt, le 
général Baner * avait écrit {!" aodt 1639) au gou- 
verneur de Brisach pour lui rappeler ses devoirs 
envers la couronne de Suède. Guébriant prouva 
facilement à son camarade que le roi de France 
était le plus puissant, le plus proche, et que lui 

i. Baner (Jean) naquit en 1696 àDiiusholm, dans la pro\'iiice 
d'Upland (Suède] . Son père fut un des sénateurs que Charles IX 
Gt décapiter en 1600. Il commanda en chef l'armée de Suède 
pendant sept ans, et mourut en 1641 des suites de ses excès. 



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LODIS DB BOURBON. 19» 

seul payait. D'Erlach se laissa persuader, Tit une 
réponse évasive à Baner, écrivit au secrétaire 
d'Ëiat de Noyers une longue lettre où il indiquait 
comment conserver au Roi les places et l'année 
weymarienne. Le courrier ne tarda pas à revenir, 
rapportant èi d'Erlach le brevet d'une large pen- 
sion, celui du gouvernement de Brisach, timbré 
celte fois aux armes de France, des lettres de 
niUuraliaation, ce qui était un tior&-d'œuvre, et, 
ce qui était plus positif, la patente pour l'exploi- 
tation des mines de Munster et de DelémontS 
qui devaient approvisionner de fer nos places et 
notre armée'. Avons-nous besoin d'ajouter que 
d'Erlach sut tirer parti des droits que lui confé- 
rait cette patente et qu'il y veilla avec autant de 
jalousie qu'à tenir hors de Brisach tout agent qui 
pouvait le gêner? Quatre colonels, qui prirent le 
nom de directeurs, tnùtèrent au nom de l'armée 
weymarienne définitivement engagée au service 
de la France, moyennant de larges avances immé- 
diates et de bonnes garanties données aux chefs 
et è. leurs mandants. 

4. Dana le pays de Porentray, ou ancien dvecbé de Klle, 
aujourd'hui Jura bernois. Depuis la réformation jusqu'à <79t, 
cette contrée a été presque constamment adminislrée par l'am- 
bassadeur de France en Suisse, qui résidait à Soleure, comme 
l'évéqoe dépossédé de Bile. 

5. Papien de d'Eriach. 



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300 LES PRINCES DE CONDÉ. 

Guébriant avail tout fait; car les commissaires 
spéciaux, d'OysonviUe, Choisy, Tracy et autres, ne 
signèrent que pour confirmer ses actes et sa parole. 
Il ne reçut rien, ni argent ni titre nouveau; on 
lui trouvait encore trop peu d étoffe pour lui 
donner officiellement l'autorité sur ces hommes 
qui cependant ne connaissaient que lui. Le duc de 
Longueville fut nommé général de l'armée du Roi, 
composée de deux groupes : les régiments récem- 
ment capitules et qui restaient conduits par les 
directeurs; le corps français, dont la petite bande 
de Henri de Rohan formait te noyau, et dont le 
mai'échal de camp, comte de Guébriant, conservait 
le commandement sous le nouveau général en chef. 
Plus diplomate que guerrier, Longueville' fut 
souvent malade ou en congé; se réservant les 
conférences avec les ambassadeurs et ministres, 
il examinait sommairement les plans militaires de 
son maréchal de camp et lui en laissait l'exécu- 
tion. 

L'armée du Roi prit immédiatement l'offensive 
(octobre 1639), passa le Rhin qu'aucun soldat 
français n'avait encore franchi*, pénétra au cœur 

4. VoirUiir, p. 36< etsuiv. 

5. il y avait bien eu pendant quelques mois, en 4634, niM 
garnison française à Philisbourg, on petit contingent français 
BU gièse de Brisach, mais ces deux places sont sur le Qeuve; 



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LOUIS DE BOCJRBON. SOI 

de l'Allemagne, raJIia les Uessois ' — une poignée 
d'hommes, mais de qualité supérieure — , opéra 
avec les Suédois, puis hiverna sur la rive droite 
du fleuve pour empêdier l'ennemi de passer 
sur la rive gauche; car il ne faut plus que les 
Impériaux remettent le pied sur cette terre d'Al- 
sace qui est en train de se donner à la France. 
Ce fui une aiïaire bien menée dès le début. 
Nulle tentative pour importer une administration 
étrangère, pour créer une organisation générale ; 
laisser subsister les gouvernements locaux , n'in- 
quiéter ni les magistrats élus ni les seigneurs 
héréditaires, protéger les catholiques contre l'op- 
pression des Suédois, montrer aux luthériens que 
la retraite des Français les livrerait aux Espagnols : 
telle fut la ligne tracée h l'origine par Richelieu, 
maintenue par ses successeurs, suivie par des 
agents aussi intelligents que dévoués. Guébriant, 
le premier, marcha dans cette voie ; nul ne fut 

ailleurs, il n'y avait eu que des individus servant dans dea 
années étrangères. Nous parlons ici de soldats français en 
corps. 

I. Par un traité que d' A vaux avait négocié, la landgrave de 
Hesso-Cassel, Amélie-Elisabeth de Hauau, veuve ot régente 
depuis deux ans, s'était engagée à fournir 7,000 hommes de pied 
et 3,000 chevaux, moyennant 100,000 rixdalers par an et une 
pension & son flb, le jeune landgrave régnant. Le difficile 
était d'assurer l'exécution du traité, la jonction des Hessols 
avec nos troupes. 



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202 LES PRINCES DE CONDÉ. 

plus hardi, plus persévérant; jamais il ne per- 
dit de vue le but principal : couvrir l'Alsace, lui 
assurer le repos, la laisser suivre cette pente 
naturelle qui la conduit doucement dans les bras 
de la France. C'était rompre le plus gros anneau de 
la lourde chaîne qui, tendue de Vienne & Anvers, 
enserrait la meilleure partie du monde; c'était 
mériter h nos rois cet éloge que leur adressait un 
ministre hollandais '■, protestant passionné : o L'Eu- 
rope es) redevable aux Bourbons pour avoir rap- 
pelé la liberté mourante. » 

Stratégiste de l'école de Gustave-Adolphe, il 
étend le théâtre de ses opérations et leur donne un 
caractère logique; toutes appartenant à un même 
ensemble, chacune a un objet défmi, soit qu'il 
vienne chercher auprès du Rhin des secours qui 
manquent trop souvent, soit que, renforcé ou non, 
bien ou mal payé, il reprenne son essor & travers 
l'Europe pour aller ici dégager une armée battue, 
là chercher un allié qui hésite, ailleurs dissiper un 
rassemblement ennemi qui se forme. Jamais il ne 
marche au hasard ; mais comme il va vite et loin! 
Jetons un moment les yeux sur la carte d'Europe, 
non pour le suivre, mais pour marquer quelques- 
uns des points où on le voit paraître. Le voici sur 

1. Spanheim, Mémoires de la Palatine Layie-Juliaitne. 
(Leyde, 46(5.] 



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LODIS DE BOURBON. 903 

le Danube, aux portes de Ratisbonne, puis en 
pleine Allemagne du Nord, vainqueur h. Wolfen- 
bûttel. Quelques mois plus fard, nous le retrouvons 
dans le pays de Clèves, battant Lamboy, le faisant 
prisonnier, ruinant son armée. La saison ne l'ar- 
rête pas ; en plein hiver, il prend des places, gagne 
des batailles; c'est au mois de janvier (16/|â) qu'il 
livra celle de Kempen. Puis il manœuvre entre le 
Rhin et la basse Meuse, menace les Espagnols 
victorieux, les force à lâcher prise et à perdre les 
fruits de la bataille d'Honnecourt. L'armée de 
Picardie dégagée, il passe en Saxe, donne la main 
à Torstenson près de Leipzig et achève en Thu- 
ringe sa belle campagne de 16^2. Depuis plus 
d'un an, le duc de Longueville avait abandonné 
le titre d'un commandement qui n'avait jamais été 
que nominal. Gréé d'abord lieutenant général, 
honoré du cordon bleu, Guébriant reçut le bâton 
de maréchal après la victoire de Kempen. 

Ces honneurs, ces dignités ne le mirent pas à 
l'abri du mauvais vouloir de nos alliés les Suédois : 
ce n'était pas la moindre de ses difficultés. Dès le 
début, il avait eu maille à partir avec Baner, 
vigoureux homme de guerre, mais violent, impa- 
tient de toute autorité, et d'habitudes si intempé- 
rantes qu'une fois l'ambassadeur de France, ayant 
affaire k lui, dut attendre quatre jours pour le 



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M( LES PRINCES DE CONDÉ. 

trouver dans un moment lucide. Baner cependanl 
avait subi l'ascendant de Guébriant, manœuvrait 
d'accord avec lui, et l'avait si bien pris en amitié 
que, comme le duc Bemhardt, il finit par lui léguer 
ses armes. Il meurt, Torstenson ' le remplace, et 
tout est à recommencer. Très supérieur à son pré- 
décesseur, mais obéissant h. un patriotisme étroit, 
le nouveau général suédois ne veut sacrifier aucun 
des intérêts momentanés de la couronne de Suède 
aux intérêts généraux des alliés , revient sur sa 
parole, manque aux rendez-vous. Guébriant par- 
vint à ne pas rompre avec lui, mais ne put jamais 
l'amener à une action commune. Que faire alors 
avec un fantôme d'armée î 

A Kempen, le maréchal avait dix-huit mille 
hommes et h. Wolfenbûlte! presque le double. Mais, 
quand les Suédois s'éloignent, rentrent en Pomé- 
ranje ou manœuvrent en Bohême, quand les Hes- 
sois se reposent ou que le duc de Lunebourg 
retire ses troupes, quand les marches ont été 

t. Tarstenson (Léonard, comte de), né en 15» il Forstena, 
page de Gustave- Adolphe en 1618, suit ce prince dans toules 
ses campagnes et reçoit de lui des commao déments importante. 
GéDéral en cher après la mort de Baner, il battit l'archidnc 
Léopold et Piccolomini en 1643, Gallas et HatzTetd en 1645. 
L'année saivante, Torstenson, soufTrant depuis longtemps de 
la goutte, remit le commandement à Wrangel, et mourut le 
7 avril 165i. 



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LOUIS DE BOURBON. 203 

longues, la saison rude, les combats sanglants, 
l'eflectif tombe & douze, dix et jusqu'à huit mille 
hommes. C'est h. ce dernier chiffre qu'en était 
Guébriaiit, lorsque Torstenson le laissa seul en 
Thuringe. Il fallut abandonner tes entreprises 
pour se rapprocher de Brisach et retourner vers le 
Brisgau, tout en manœuvrant pour occuper l'en- 
nemi. La petite armée repassa le Main, fit une 
pause sur le Tauber, une autre sur le Neckar, 
puis , serrée par les Bavarois et les Lorrains , 
descendit dans le val de la Kinsig ; l'ennemi dis- 
parut. On était en plein hiver; les souffrances 
furent cruelles'; c'est au commencement de mars 
(IG&â) que Guébriant s'arrêta à Waldkirch, près 
de Fribourg. 

Le climat, les manœuvres de l'ennemi, la déser- 
tion des alliés n'étaient pas les seuls obstacles 
contre lesquels il eut à lutter : sa propre armée 
était une source d'embarras continuels. LesWey- 
mariens se battaient bien , mais quelle façon de 
servir! D'abord, là où ils passaient, c'était le feu 
du ciel; la Franche-Comté ne les a pas oubliés : 
on dit encore a l'année des Suédois » pour rap- 
peler le temps où le duc Bernhardt parcourut cette 
province. A chaque instant, ^les « directeurs n ou 
les officiers mettent le marché à la main : c'est 
Rosen qui réclame une augmentation de pension; 



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306 LES PRINCES DE CONDÉ. 

Oheim , qui trouve injuste que Taupadel , son 
cadet, soit mieux traité que lui; Taupadel, qui se 
plaint d'avoir reçu une nouvelle qualité « sans 
gages » ; Schmittberg, qui se déclare trop pauvre 
pour soatenir l'honneur de la charge de générai- 
major d'inranlerie; le duc Geoi^e de Wurtemberg 
(un des meilleurs et des plus modestes), qui prie 
le Roi d'avoir égard a ^ sa grande incommodité » ; 
ce sont les ritmestres qui réclament avec hauteur 
le remboursement des avances par eux faites aux 
retires pour épées, pistolets, bottes, éperons, man- 
teaux, etc. ; tous accompagnant leurs réclamations 
de la menace d'un départ immédiat si elles ne 
sont pas accueillies; sans parler des menées, 
des complots de ceux qui veulent vendre l'armée 
à l'Empereur, des tentatives d'embauchage faites 
par les agents du doge de Venise. A chaque 
instant, l'édifice si patiemment élevé, si souvent 
étayé, menaçait de s'écrouler. 

Le petit corps purement français qui, avec les 
Weymariens, formait l'armée du Roi, donnait moins 
d'embarras. II y avait là de bonnes troupes, le 
régiment de Montausier , par exemple , ceux de 
Roqueservière et de Tracy. Guébriant tirait parti 
avec art des aptitudes diverses des deux races 
et d'une certaine rivalité. Embrigadant des ré- 
giments français et allemands , il formait ainsi 



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LOUIS DB BOURBON. M7 

des groupes excellents, mais à la condition de 
laisser k chacun ses habitudes : « En joignant 
le régiment de Roqueservière à celui de Schraitt- 
berg, on aurait la meilleure brigade d'AIleniagne, 
pourvu que Schmittberg demeurât sur le pied 
allemand, sans quoy aucun officier ni soldat n'y 
demeureroit une heure »'. Restait la difficulté 
presque insurmontable du tecrutement; les colo- 
nels ne pouvant guère Taire des levées de si loin, 
on essaya divers procédés : d'abord ce qu'on 
appelait les contingents des « vieilles garnisons n , 
c'est-à-dire des détachements tirés des places 
fortes les moins éloignées ; ordre était donné aux 
gouverneurs d'envoyer h l'armée d'Allemagne des 
soldats éprouvés, et ils recevaient l'argent néces- 
saire pour combler les vides^ Mais les hommes 
des a vieilles garnisons » avaient presque tous 
laissé des femmes derrière eux; ils désertaient 
pour les rejoindre; les gouverneurs fermaient les 
yeux et les enrôlaient à vil prix sous d'autres 
noms. L'envoi de régiments tout formés ne réussit 
pas mieux; les soldats qui rentraient d'Allemagne, 
régulièrement ou irrégulièrement, faisaient de leurs 
souffrances, avec l'exagération ordinaire, un tableau 
effrayant, peignaient les longues marches, les mois 

1. Lettre de Guébriant, ap. Le Laboureur. 



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aOB LES PRINCES DE CONDÉ. 

passés au bivouac, sur la neige, au milieu de 
forêts de pins, la maigre pitance qu'il fallait 
disputer à de malheureux paysans épars dans 
quelques villages épuisés et à peu près bloqués 
par les armées ennemies. Le service en Alle- 
magne était devenu pour les Français un objet 
d'aversion et presque d'épouvante. La correspon- 
dance du Roi avec Guébriant est pleine de lettres 
comme celle-ci : 'i Mon cousin, j'avois donné ordre 
aux régiments d'infanterie de Courcelles et de 
Lesdiguières de passer en Allemagne ; mais les 
oQiciers et les soldais ont eu si peu d'alTection à 
leur devoir et ont témoigné tant d'aversion à ce 
voyage, qu'aussitôt qu'ils se sont approchés de la 
Lorraine ils se sont dissipés " '. 

Voyant combien il était difficile d'obtenir qu'on 
lui envoyât des troupes et plus difficile encore de 
les retenir, le maréchal conseilla d'essayer une 
levée dans son pays de Bretagne. Avec du genièvre 
et de faibles primes, on parvint k racoler quelques 
centaines de recrues ; comme cela paraissait in- 
suiTisant, on fit de vérilables battues dans les 
champs et dans les villages, et on poussa quelques 
milliers de malheureux sur les ports de mer, où 
on les embarqua, enchaînés, sans armes et presque 

4 . Le Roi à tiuébriant, 47 juin <643. D. G. 



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LOUIS DE BODRBON. 200 

sans vêtements. Les bateaux qui les portaient 
furent dirigés sur la Hollande, puis remontèreut 
le Rbin; on les débarqua dans le pays de Juliers, 
près du camp qu'occupait alors Guébriant, et son 
bon cœur fut vivement ému de l'état dans lequel il les 
vit. Il les fit traiter de son mieux, donna h chacun 
d'eux un habit gris, etc.; mais la nostalgie les 
saisit: la plupart moururent ou se sauvèrent. 

Guébriant, voyant s'évaporer les secours qu'on 
lui expédiait ou lui promettait, jugeait bien que 
jamais il ne serait rejoint par les petits délacbe- 
ments : c'était une nouvelle armée qu'il fallait 
mettre à côté de la sienne. D'autre part, il avait 
compris que cette campagne (16&3) pouvait avoir 
une importance capitale, car les préliminaires de 
la paix venaient d'être signés, et chaque Ëlat avait 
hâte d'améliorer sa situation en vue d'un traité dé- 
finitif conclu sur la base de Vuti possidetis; aussi, 
tandis que les troupes du maréchal se reposaient 
en Brisgau, son esprit, qui ne se reposait jamais, 
enfantait un plan de campagne qu'il soumit au Roi 
avec des développements très complets dans une 
longue et remarquable dépêche datée du 20 niars 
16/|3. Il conseillait de renoncer aux petits groupes 
et aux entreprises secondaires ,i le siège de La 
Motte, les courses dans les Pays-Bas ou en 
Franche-Comté, de former deux corps vers Amiens 



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SIO LES PRINCES DE CONDÉ. 

et è. Brisach, le premier contenant et occupant les . 
Espagnols, le second descendant la vallée du Rhin 
jusqu'à Mayence ; puis, les deux années, s'unis- 
sant sur la Moselle, écrasant les bandes impé- 
riales, auraient terminé la campagne par le siège 
de Thionville et peut-être, du coup, mis fm Ji la 
guerre. 

Les circonstances, les vues de Louis XIII, sa 
mort, l'agression de Melo, ne permirent pas de 
suivre ce plan si bien tracé; peut-être même ne 
fut-il jamais sérieusement examiné; l'hésitation 
que Mazarin montra après Rocroy et dans d'autres 
circonstances le ferait croire; en tout cas, Gué- 
briant ne reçut pas de réponse. — Sa tristesse 
était grande. Nous avons essayé de donner une 
idée de ses exploits et de son labeur; lui seul peut 
dire par quelles épreuves passa son âme et quelles 
furent les souirmnces de son cœur. Prenons au 
liasard dans ses lettres au ministre de la guerre : 
« Je suis en un pays et avec une nation dont je ne 
sais pas la langue, avec quatre armées diflérenles 
et sans avoir d'authorité que sur la moindre partie 
de celle du Roy. Les difficultés s'augmentent tous 
les jours, aussi bien que les insolences des troupes. 
— Celles dont on se pouvait assurer diminuent 
tous les jours, tant par la mort que par l'extrême 
misèi-e qu'elles souffrent. Ne voyant aucune espé- 



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LOUIS DB BOURBON. Sll 

rance d'en avoir d'autree, je me suis résolu de 
vous supplier encore une fois, Monsieur, de me 
faire avoir mon congé, vous protestant et jurant en 
foy d'homme de bien que, hors la disgrâce du Roy, 
mon maître, je préfère, non seulement la Bastille, 
mais la mort même, & demeurer plus longtemps 
icy, où je ne puis attendre qu'une perte entière 
de ma réputation, que je cherche à établir depuis 
vingt ans sans avoir jamais épargné ny mon sang 
ny ma vie » '. 

Et cependant il restait et il marchait, et il conti- 
nuait de se battre, de passer des hivers dans la 
Deige et dans la boue, de lutter avec ces égoïstes, 
de soutenir ces découragés. Il vécut ainsi sept ans 
(1637 à 1613) sans revoir la France, sa famille, 
son cher pays de Saint-Bricuc, sans prendre aucun 
congé. Lorsqu'enHn, à bout de forces, au prin- 
temps de 16A3, il demanda avec de nouvelles 
instances quelques jours de repos, le Roi le retint 
à Bon poste, mais autorisa la maréchale h. l'aller 
visiter au milieu de son armée. Guébriant courut 
au-devant de sa femme avec un empressement 
juvénile, la reçut aux limites de son commande- 
ment, dans les Vosges, la conduisit à Brisach, l'y 
fêta de son mieux. Ce fut comme un rayon lumi- 

1. Guébriant au secrétaire d'ËUt de Noyera, 4 août, ti sa\t- 
tembre 4641, ap. Le Laboureur, 



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XI3 LES PRINCES DE CONDÉ. 

neux dans le ciel sombre de ce brave homme; 
mais ce ne fut qu'un éclair; il fallut se séparer 
au bout de peu de jours : Guébriant avait reçu 
l'ordre de manœuvrer pour couvrir le siège de 
Thionville. La maréchale reprit le cliemin de Paris 
et son mari marcha vers le lac de Constance. 
op4r.iiDn.de Le ïour même {S juin 1643) où Mazarin, 
juin-sûti 1M3). cédant aux instances du duc d'Anguien, expédiait 
au marquis de Gesvres l'ordre définitif d'investir 
Thionville, le Roi avait écrit au général de ses 
armées d'Allemagne pour l'informer de celte ré- 
solulion et l'inviter « à en favoriser le succès » '. 
Par une remarquable coïncidence, le vainqueur 
de Bocroy, rentrant, sans le savoir, dans l'ordre 
des idées que Guébriant développait deux mois 
plus tôt, abordait par la conclusion le plan qui, 
expédié le 20 mars de Waldliirch, était déjà enfoui 
dans les cartons du ministère, oublié des uns, 
ignoré des autres. La lettre du Roi n'était pas 
encore arrivée au quartier général de Waldshut, 
que déjà on y connaissait ta marche de l'armée de 
Picardie vers la Moselle ', et Guébriant avait com- 

I. Le Roi à GuébriaDt. D. G. 

i. La lelLre du Roi, du 8 juin, fut portée par HoDtausiâr et 
remise le ii à Guébriant, qui, la veille, avait reçu uoe lettre 
du 16, où le sieur La Plaiue, ëcrivutit au nom du duc d'An- 
guioD, auDODcait la marche sur Thionville. 



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LOUIS DE BOURBON. 313 

mencé à manœuvrer lorsqu'il reçut une dépêche 
où le duc d'Anguien, racontant les premiers inci- 
dents du siège, rappelait que « Thionville ne pouvait 
être secouru que par les troupes d'Allemagne, 
puisque celles de Flandres sont déraites. C'est h 
vous. Monsieur, & les empescher de venir et à me 
donner avis de leur marche » . Guébriant comptait 
bien « les empescher de venir », ôter toute espé- 
rance de secours à Beck et à Melo. Au lieu de 
pousser vers le nord , en se rapprochant de la 
place attaquée, il prit la route de l'est pour attirer 
sur lui Lorrains, Bavarois, Impériaux, tous ceux 
que l'indiflérence, i'inerlie de nos alliés ou leur 
secret mauvais vouloir laissait libres de menacer 
l'armée assiégeante. Quelques mouvements pré- 
paratoires l'ayant déjà ramené dans cette direction, 
il transporta son quartier général de Waldshut à 
Engen, centre d'une nouvelle base d'opérations 
étudiée d'avance, jalonnée par la forteresse d'Ho- 
hentwiei, que nous occupions depuis assez long- 
temps, ainsi que par les places de Tûttlingen sur 
le haut Danube et d'Uberlingen sur le lac de 
Constance, dont le colonel Widerhold et le géné- 
rai-major d'Oysonville s'étaient plus récenunent 
emparés. Il allait s'avancer à travers ces belles 
contrées qui avoisinent le lac de Constance et qui 
ont été le thé&tre des exploits de Moreau; son 



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m LES PRINCES DR CONDIï. 

esprit hardi et Técond, qui avait déjà conçu la 
conquête du Rhin, avait préparé la marche par le 
Danube. Le maréchal voulait prendre cette voie 
encore inexplorée pour porter la guerre au cœur 
des États du duc de Bavière; déjà il était établi 
auprès de la célèbre abbaye de Salem ', et ses cou- 
reurs poussaient jusqu'à Lindau. Mais Maximilien 
avait confié son armée à un général doué d'une rare 
pénétration , sûr de ses calculs , méthodique, et 
cependant prompt à se décider, lisant le terrain 
très vite et très bien, ayant un tact particulier à 
choisir les positions défensives et une grande habi- 
leté à en tirer parti. C'était le colonel que nous 
avons vu monter à l'assaut de Saint-Jean-de-Losne, 
celui que bientôt nous retrouverons en face du 
duc d'Anguien, le gentilhomme lorrain François 
de Mercy *. Guébriant croyait encore les Bavarois 
sur le Neckar ou la Kinstg, lorsqu'il les trouva 
établis près de Markdorf et lui barrant la route; 
Mercy avait l'avantage de la position et du nombre. 

t. Salem ou Satmansweiler, abbaye de Liteaux, située sur 
l'Art, b deux lieues est d'Uberlingen . 

S. Hercy, Lorrain ou plutdt Wallon, était des enviroos de 
LoDgw]'. SoD frère aîné, Gaspard, et lui, étaient entres très 
jeuoes au service du duc Maximilien, depuis électeur de Ba- 
vière; mais il avait promptemeot dépassé son frire, qui devint 
un de ses maréchaux de camp et fui tué devant Pribourg(16U). 
Lui-mdoie mourut glorieusement sur le cbamp de bataille, en 



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LOUIS DE BODRBOIf. SIS 

Le maréchal changea son plan et, remontant vera 
le haut Neckar, attaqua la place de Rottweil , dont 
la possession lui paraissait devoir compléter son 
système d'occupation et se rattachait aux projets 
qu'il avait formés pour l'avenir; mais, là encore, 
il fut prévenu par Mercy, manqua son coup de 
main. Repoussé du Neclcar, il revint à son camp 
du mois de mars, & Wolfack, sur ta Kinsig ; au 
moins avait-il atteint son but immédiat, empêché 
Lorrains et Bavarois de secourir 'niionville. 

En effet , la réduction de cette place était déjà rommuDkiHui» 
assurée, et, le 10 août, Anguien écrivait à Guébriant: mtn ogèbriaoi 
« Mon année est libre, et celle de M. d'Angouléme qui in^m i>o.>r 
étant & Verdun pour occuper mes postes, je sois Tu i^nu"'" 
en état de vous assister si vous voulez entreprendre 
quelque chose au delà du Rhin. C'est donc à vous. 
Monsieur, de me mander franchement l'état auquel 
vous estes , celuy des ennemys et ce que vous 
pouvez entreprendre, vous promettant de contri- 
buer tout ce quy sera en mon pouvoir pour favo- 
riser vos desseins. . . Notre armée est encore bonne 

I6i6, ainsi que nous le verrons plus loin. 11 était général en 
chef de l'armée de Bavière et maréchal de camp général des 
•nnéos impériales. Son petit-fils, Claude-Ftorimond, fUt un des 
meilleure gënératu de l'empereur Léopold il, qui, en sa foreur, 
érigea la terre de Mercy ea comté (4780). Cette famille e'est 
ensuite mêlée à celle d'Àrgenlean, a donné plusieurs généraux 
b l'Aulridie, et fleurit encore aqourd'hai. 



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MO LES PRINCES DE CONDÉ. 

et en fort bon état... Envoyez-moi quelqu'un bien 
instruit de vos intentions, et qui soit homme de 
créance ; nous pourrions faire quelque projet qui 
seroit avantageux au service du Roy u * . Guébriant 
répondit b. cette ouverture pu* l'envoi d'un de ses 
généraux -majors français, Roqueservière ; h. ce 
moment, le commandant de l'armée d'Allemagne 
était surtout préoccupé de l'orage qui menaçait 
notre récente conquête de Thionville. Ayant perdu 
le contact avec les Ravarois, qui étaient remontés 
vers le Nord, il les croyait disposés & passer sur 
la rive gauche du Rhin, où les avaient précédés 
les Lorrains du duc Charles et où Hatzfeld allait 
peut-être les suivre. Guébriant voyait déjà toutes 
ces armées ennemies se réunissant sur la Moselle 
aux Espagnols, aux troupes de Reck, aux débris de 
celles de Melo, et ces coalisés s'avançant ensemble, 
surprenant le duc d'Anguien au milieu de la con- 
fusion que présentent les abords d'une place à la 
suite d'un long siège, il offrait de traverser le Rhin 
et de marcher vers le prince, soit avec ses dix vieux 
régiments de cavalerie, soit avec toute son 
armée. 

Roqueservière trouva M. le Duc à peu près sorti 
du chaos, ayant comblé ses tranchées, rasé ses 

1 . Le Laboureur. 



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LOUIS DE BOURBON. 817 

lignes, réparé, regarni la place , très fatigué lui- 
même, ainsi que ses troupes, mais toujours plein 
d'entrain, se préparant à parcourir le Luxembourg, 
à chercher Beck de tous côtés, sur la Sarre, vers 
Sierck ou Longwy. 11 se conformait ainsi aux der- 
niers ordres qu'il avait reçus de la cour, autant 
qu'il pouvait saisir le sens de dépêches dont les 
dernières phrases contredisaient souvent la pre- 
mière. Ainsi la lettre du 12 août, qui prescrit 
d'attaquer Sierck et Longwy, est pleine de réti- 
cences, de sous-entendus; le 30, il n'est plus 
question que de quartiers de rafraîchissement pour 
les troupes; enfin, le 29, le Roi donne des ordres 
précis pour le licenciement de plusieurs régiments 
et, le même jour, il met le duc d'Anguien en garde 
contre une attaque de forces ennemies récemment 
concentrées et qu'on n'estimait pas à moins de 
yjogt-deui mille hommes. Anguien, cependant, 
adievaît ses dernières opérations, complétait ses 
préparatifs pour mettre les troupes en quartiers, 
cherchait h rencontrer le duc d' Angoulême, désigné 
pour commander sur la frontière après son départ 
et qui manquait tous les rendez-vous. Cheminant 
entre Thionvîlle, Metz et Sierck, M. le Duc insis- 
tait dans ses dépêches sur la nécessité de ne pas 
terminer la campagne sans avoir puissamment 
assisté Guébriant, et sur l'urgence de lui assurer 



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«a LES PRIKCSS DE CONDÉ. 

la coopération des Hessois et des Suédois réunis. 
Il était déj& tard; peut-être était-il encore temps 
de modifier les résolutions annoncées; mais le 
cardinal remercia Anguien de ses avis (3 sep- 
tembre) , se bornant à lui expédier l'ordre d'aban- 
donner l'opération de Longwy pour envoyer on 
détachement de deux mille hommes en Allemagne; 
le reste de l'armée occuperait les quartiers déj^ 
indiqués (ordre du Roi du A septembre). Ce mâme 
jour, M. le Duc prenait Sierck. Dès qu'il reçut les 
nouvelles instructions de Sa Majesté, il en assura 
l'exécution et, malgré l'urgence de ses affaires, ne 
prit la route de Paris qu'après avoir pourvu à tout 
{12 septembre), 
u. la Duc Depuis plus d'un mois, parents, amis, servi- 
"^" mMtre " tcurs le pressaient de revenir à la cour, de ne pas 
qnani^^T^ épuiser ses forces dans des opérations secondaires; 
(is'^pMmbre). il avait assez tenté hi fortune; la victoire de Ro- 
croy et la prise de Thionvllle suffisaient pour une 
campagne. Sierck et Longwy', deux bicoques, 
n'étaient pas des conquêtes dignes de lui, son 
père le disait sans ambages, et le premier ministre 
l'insinoait entre mille compliments*. Dans toutes 
leurs lettres, M. le Prince, Madame la Princesse, 
le duc de Longueville reprochaient à M. le Duc de 

4 . Longwy n'avait pas encore été transformé par VaobsD. 
!. Mazarin à M. le Dnc, Si août. A. C. 



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LOUIS DE BODRBON. 21» 

trop négliger ses intérêts, de solliciter des faveura 
pour tout le monde sans rien exiger pour lui- 
même : a Voua laissez passer le moment, lui répé- 
taient ses correspondants; on paye vos services 
avec les récompenses données & d'autres ; quant ^ 
vous, vous n'aurez ni gouvernement ni pension, 
rien enfin que... des dettes. » — M. le Prince re- 
venait sur ce point avec insistance. Il avait beau 
pester contre les conseillers de son fils, tonner 
contre ses prodigalités, expédier h Girard des mo- 
dèles de comptabilité et des projets de combinai- 
sons financières; rien n'y faisait; non seulement 
la solde, les travaux, les vivres avaient absorbé 
jusqu'au dernier sou des envois du Trésor et même 
des gratifications que la Régente ofirait an nom du 
Roi, « les avançant du sien », ainsi que les mi- 
nistres le faisaient sonner bien haut; mais M. le 
Duc avait emprunté largement et s'était adressé 
è. son beau-frère Longueville, ce qui jeta M. le 
Prince dans un véritable désespoir. Il était urgent 
de régler ces affaires. Un motif d'ordre plus noble 
appelait aussi M. le Duc auprès de sa famille; le 
29 juillet, sa femme lui avait donné un fils, « le 
plus beau du monde et qnivous ressemble; c'est 
merveille que la grandeur de cet enrant, veu la 
petitesse de la mère ». La duchesse était restée 
souffrante; « le retour de son mari la guérirait n. 



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fWt LES PRIKCES DE COtiDt. 

— « Vous avez reçu permiBsioii de venir icy, écri- 
vait M. le Prince dès le ik août. Au nom de Dieu, 
proPitez-en b '. Mais le duc d'Ânguien avait l'âme 
assez haute pour résister i. tant de sollicitations 
pressantes , et même à un attrait peut-être plus 
vif encore (car il n'aurait pas fallu chercher bien 
loin dans les replis de son cœur pour y trouver 
un sentiment qui n'était ni l'amour conjugal ni la 
tendresse patemeile), et il répondait h. son père : 
e Je souhaiterois avec passion pouvoir retourner 
auprès de vous dès & cet heure; mais je croy que 
je ne le puis pas encor faire avec honneur, ny 
mesme pour le bien du service » '. 

Il attendait une tentative de l'ennemi, une attaque 
d'ensemble, Beck, le duc Charles, HatzTeld et peut- 
être Mercy, ou une nouvelle direction, l'ordre de 
combiner une opération avec Guébriant. Voici enfin 
des instructions précises; toute entreprise lui est 
interdite ; la composition du détachement qui doit 
passer en Allemagne eet fixée, ainsi que l'état des 
troupes h. mettre en quartiers. Il est allé chercher 
Beck aux portes de Luxembourg, et Beck n'a pas 
bougé; nul danger pour la frontière ni pour sa 
conquête; la saison des opérations touche h son 
terme, son retour est attendu; i! dirige ses troupes 

1 . M. le Prince i M. le Duc, Perrault â Girard. A. C 
t. 49 août. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 221 

sur leurs cantonnements, voit partir d'Aumont et 
Sirot, qui les conduisent, expédie en avant de lui La 
Moussaye d'abord, puis ˻penan, et part le dernier 
du camp d'Étain, oii il n'y a plus d'armée (12 sep- 
tembre). Déjà M. le Duc est à quelques lieues de 
Paris, il a dépassé Dorraans, lorsque son carrosse 
est arrêté par un voyageur qui venait le trouver. 
C'était M. de Tracy ', commissaire général et co- 
lonel dans l'armée d'Allemagne. 

Tracy avait laissé Guébriant, le 2 septembre, & App»! supi 
Emstein, en Alsace, sur l'Ill, à environ quatre rr*j»"i 
lieues au sud-ouest de Strasbourg. L'armée fran- icmogn* 
çaise d'Allemagne avait dû repasser le Rhin, car 
elle ne pouvait plus se maintenir dans le pays de 
Bade; les Bavarois renforcés s'étaient rapprochés 
du fleuve; privé du concours des Hessois, qui 
s'étaient cantonnés dans leur pays, et ne voulant 
dégarnir ni Brisach ni les places avancées de 
Bohentwiel et d'Ubcrlingen, le maréchal manquait 

4. Tracy (Alexandre Proaville, marquis de} servait cods- 
tamment depuis 163! aux armées de Lorraine et d'Allemagne; 
commissaire glaner jl de l'arméG par brevet du 14 se^itembre 
16il, colonel de cavalerie en 1642, conseiller d'Ëtat en 1643, 
il obtint le régiment de dragons Guébriant après la mort du 
maréchal, et continua de servir en Allemagne Jusqu'aux trou- 
bles, durdot lesquels il changea de parti plusieurs Tois . Envoyé 
an Canada comme lieutenant général en 1665, étant alors Agé 
de plus de soiianle-dii ans, il combattit avec succès les Iro- 
quois et mourut en 1668, peu après son retour en France. 



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!S! LES PRINCES DE CONDÉ. 

d'hommes pour repousser Hatzfeld et Mercy. Il 
avait adressé au Roi un appel suprême, demandant 
un secours effectif pour reprendre l'offensive, sinon 
il serait forcé d'abandonner l'Alsace, et, sans re- 
passer les Vosges , irait s'élablir en Franche- 
Comté, restant ainsi sur le flanc de l'ennemi. 
Avec ces dépêches de Guébriant, la cour recevait 
d'Alsace un flot de réclamations : du gouverneur 
suédois de Benfeld, des « chefs de la noblesse libre 
et franche du Saint-Empire en basse Alsace », des 
u préteur et sénat » de Strasbourg, des magistrats 
des villes qui s'étaient données h la France, tous 
parlant au nom de leurs sujets ou administrés, 
tous effrayés ou irrités de voir le fléau de la 
guerre ramené sur la rive gauche du Rhin, leur 
pays exposé aux ravages des Bavarois, et déjà 
livré aux déprédations des Weymariens, hôtes fort 
incommodes. L'ambassadeur de Suède à Paris^ 
Grotius, s'était non moins vivement plaint d'un 
mouvement en arrière qui mettait en péril l'aimée 
de son souverain. Mazarin comprit alors ce qu'il 
aurait dû prévoir de longue date, les conséquences 
de l'inévitable retraite de nos troupes d'Allemagne i 
l'Alsace arrachée h. la France ou se détachant d'elle; 
nos alliés écrasés; nos ennemis se saisissant de 
places et de territoires pour que leurs négociateurs 
aient les mains pleines à Munster et ferment la 



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LOUIS DE BOORBON. 313 

boudte aux nôtres. Il se hâta de prescrire la for- 
mation sur la Meuse d'un corps de huit à neuf mOle 
honunes destiné à marcher immédiatement vers 
le Rhin. Le duc d'Anguien devait le conduire; une 
fois rSuni à Guébriant, il commanderait en chef, 
le maréchal ayant déclaré d'avance qu'il était prêt 
& lui obéir en tout. Les ordres de détail sont con- 
tenus dans un groupe de lettres royales datées du 
8 au 10 septembre. Tout y est prévu : organisa- 
tion du commandement, itinéraires , subsistances, 
jusqu'à la recommandation de faire cuire fortement 
le pain, pour qu'il puisse être conservé plusieurs 
jours sur les voitures. Ce fut vite et bien ordonné, 
mais il aurait fallu s'y prendre six semaines 
plus tôt. 

Ces instructions furent remises à Tracy, qui «uimi; 
partit de Paris le 13 ou le 13 (septembre). Un condiii»i«> 
avis à mots couverts avait été confié le 8 au mar- 
quis de Noirmoutiers*, qui ne parait pas avoir 
rejoint M. le Duc, et la première nouvelle qu'eut 
ce dernier des résolutions prises sur les afTaires 
d'Allemagne lui fut donnée par Tracy. Il était aux 



t. Noirmoiiliers (Louis de la TrétnoiUe, marquis, puis duc 
de), né en 16(1, maréchal de camp attaclié à l'armée d'\lle- 
magne par brevel du S6 mai 16i3, commanda une des quatre 
attaques au siège de Rotlwei]. Lienlenant général en 4650, 
n«t0Dl666. 



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321 LES PRINCES DE CONDE. 

portes de Paris ; il continua sa route, ne pouvant 
mieux faire; le messager de Guébriant revint sur 
ses pas avec lui. Aussitôt arrivé, le jeune prince 
s'appliquait à. se bien pénétrer des intentions du 
conseil et à se mettre en mesure de les remplir; 
dès le 25, le Roi, sans nommer l'Allemagne, tant 
on était eflrayé de l'eiïet que ce mot fatidique pro- 
duisait sur les esprits, adressait une instruction 
défmitive u au duc d'Anguien allant vers la Sarre » 
et confirmait « tout ce qui lui a été dit de vive voix 
depuis qu'il est de retour par deçà ». Le but que 
se proposait le conseil de Sa Majesté était de per- 
mettre à. Guébriant de s'établir uu delà du Rhin 
et « d'occuper l'armée de Bavière h. l'avantage de 
cette couronne et de ses alliés >> . Mais les instruc- 
tions allaient bien plus loin et traçaient un plan de 
campagne dont l'exécution aurait exigé une saison 
tout entière et des forces considérables. 

Il s'agissait de prendre Spire, Worms et 
Hayence; M. le Duc devait y marcher droit par 
Saarbruck , Kaiserslautem , Neustadt (an der 
Hart), attaquer les places du Rhin avec toutes 
ses forces réunies aux troupes de Guébriant et à 
celles de la landgrave de Hesse. Comment Gué- 
briant, & peine en état de se maintenir en Alsace, 
pourrait-il descendre le fleuve jusqu'à Mayence? 
Par quels arguments, quelles promesses décide- 



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LOUIS DE BOURBON. S» 

rait-H)n les Beesoifi è. rentrer en campagne? Sur 
ces points la dépêche était muette. Nous n'avons 
pas besoin d'insister sur ce qu'il y avait de péril- 
reux dans cette combinaison : c'était, plus ou 
moins transformé, le premier projet de Guébriant : 
praticable au mois d'avril, il était devenu chiméri- 
que au mois d'octobre Avec son bon sens, M. le 
Prince vit clair, e( il put répéter ce que, tout 
d'abord, it écrivait à son fils : « Ne prenez pas 
ce leurre de trois places en quarante jours qui 
n'est mis en avant que pour obtenir le secours » '. 

Que se passa-t-il alors? Le duc d'Ânguien, en iadd«ii. 
se présentant au Louvre, avait refusé de dépos- 'tmTnmfS^ 
séder Guébriant de son comjnandement, mais V^upte-nto^'." 
s'était déclaré prêt à marcher à son secours ; 
tout à coup on apprend qu'il est remplacé par le 
duc d'Angoulême. Eut-il quelque hésitation lors- 
qu'il vit reparaître la chimère des trois places 
en quarante jours? Céda-t-ll un moment aux sug- 
gestions de maint donneur d'avis? Ses amis lui 
rappelaient ie remboursement de ses avances, le 
prix qu'il pouvait mettre au nouveau service qui 
lui était demandé, et qui ne serait pas trop payé 
par le gouvernement de Languedoc. Mazarin, dans 

i. Note du 10 septembre. A. U. Membre du conseil de ré- 
geoce, H- le Prioce élait an courant, et, d'ailleurs, il avait élé 
directenient informé par Guébriant. (Lettre du S4 août. A. C.)- 



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3M LES PRINCES DE CONDË. 

ses carnetâ », dit que M. le Prince désirait ce 
gouventement pour lui'^néme, et qu'il oITrait de 
céder la Bourgogne à son fîls, à moins qu'on ne 
lui donnât ta Champagne; de son côté, H. le Duti 
aurait fait parler de Metz et des Troie-ËvèchéB; 
et, h. cette occasion, le cardinal se plaint de t'avf- 
dité de la maison de Condé. Sans doute, M. le 
E*rince n'était pas un modèle de désintéresBement, 
et son fiU Tut plus tard enflammé d'une ambition 
dont la hauteur ne B'était pas encore révélée; 
mais, en cette circonstance, les prétentions du 
père et du (ils n'avalent Hdn d'arrogant ni d'ex- 
cessif) elles ne furent même pas formulées. 
Voici ce que nous lisons dajis un court mémoire 
remis à ce tnoment même par H. le Prince à 
ta Régente i « Le duc d'Anguien a vécu dans 
l'espérance des bonneâ volontés de ta Royne tû 
faveur des eerviceâ qu'il a rendus à l'Estat, au 
Roy et à elle ; mais il ne capitule pas avec sa sou- 
veraine et attendra l'effet de sa bonne volonté au 
temps qu'elle dici ta vouloir faire paroistre ' a . Ufi 
tel langage ne justifie pas l'invective du cardinal 
conU% ta cupidité d'autrui. D'ailleurs, la note dei 
» cametA » n'a pas de date; elle fait parUe d'un 
système apologétique qui ressemble fort à un 

4. HinUU originala A.C 



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L0D18 SB BOURBON. UT 

plaidoyer écrit après coup. Hazarin en était alors 
& ses débuts comme premier ministre; certaines 
parties de l'homme d'État lui manquaient; tl em- 
ployât encore trop volontiers, dans la direction de 
la guerre, les procédés qui conviennent, aux né- 
gociations : ainsi qu'au lend»nain de Bocroy, il se 
montra indéds après la prise de Thionvillet il vit 
juste, mais trop tard. 

La vérité est que M. le Prince ne voulait ni 
qu'on lançât son fils dans une aventure ni qu'où 
le charge&t d'une simple conduite de troupes. 
C'est malgré la vive résistance de son père que 
le duc d'Anguien se rendit au vœu du conseil, 
acceptant cette mission qui revenait à un maréchal 
de cunp plutôt qu'& un général efi chef, et la 
Régente, le cardinal, tous les ministres recon- 
nurent hautement l'importance du service. Plus 
tard, après les événements accomplis, le ton se 
modifia; alors on laissa dire que le vainqueur de 
Rocroy avait, par son retour et son séjour h. Paris, 
à la fin de septembre, compromis le succès de la 
campagne d'Allemagne, et cette insinuation se 
glissa parmi les souvenirs, plus du moins exacte, 
que Mazarin enregistrait à propos d'incidents nou- 
veaux*; mais les notes prises par le ministre 



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9!S LES PRINCES DE CONDÉ. 

en 16&3témoignent que le jeune général était veau 
à Paris muni d'une permission régulière\ L'exa- 
men des dates ' et des dépêches renverse le fon- 
dement de l'accusation; si l'année de Guébriant 
n'a pas été secourue en temps utile, la responsa- 
bilité appartient au premier ministre. L'orgueil et 
tes passions ont entraîné le grand Condé à des 
fautes, & des actes coupables qui sont assez 
connus et que nous ne dissimulerons pas. Le 
soldat reste sans reproche ; jamais il n'a manqué 
au dévouement professionnel. 
«oispumb». Ainsi, durant quarante-huit heures, du 27 au 
' d«!igD4 de '" 29 septembre, le vieux Charles de Valois eut le 

1. Deunème carnet. 

S. Voici ces dates : 10 août, Angaien offta son coDcours b 
Guébriant, qui répODd par une offte analogue. D'autre paît, la 
cour prescrit au prince de continuer ses opéralions en Luxem- 
boui^. — Fin d'août, H. le Duc demande de nouvelles instruc- 
tions. — 4 septembre, réponse du ministère : « Cessez vos opé- 
rations , envoyez b Guébriant S, 000 hommes avec un maré- 
chal de camp, a — ii septembre : les ordres d'eiécution don- 
nés, M. le Duc repasse la Meuse, en route pour Paris. — 14 sep- 
tembre ; le gouvernement envoie au duc d'Anguien l'ordre de 
se rendre dans la vallée du Rhin avec 10,000 hommes; cette 
dépêche ne parvient pas au prince. — i5 septembre, le Roi 
signe les instructions i adressées eu duc d'Auguien, marchant 
vers la Sarre, et conHrme tout ce qui a été dit à son cousin, 
depuis qu'il est de retour par devà «. Guébriant est informé 
que le duc d'Anguien va « marcher en personne o. — 87 sep- 
tembre, les minutes des ordres concernant le voyage d'Alle- 
magne portent la suscriplion au duc d'Angouléme, ■ le duc 



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LOUIS DE RODRBON, tHi 

titre de générai de l'armée du Luxembourg", 
chargé de renrorcer Guébriant, et il fut remplacé 
par le maréchal de Ch&tillon sur tes frontières 
de Picardie et de Champagne. Les ordres furent 
préparés à cet effet, quelques-uns expédiés. Ils 
étaient tous révoqués le 30. Même pendant ces 
deux jours, le duc d'Anguien n'avait pas cessé 
d'être tacitement désigné pour conduire le secours 
en Allemagne. Il le conduisit, en effet, avec toute 
la diligence possible, sans mettre aucune condi- 
tion h. son obéissance, sans recevoir ni terre, 
ni pension, ni gouvernement. Pas une heure ne 
fut perdue par sa faute, ni dans l'expédition ni 
dans l'exécution des ordres; il suffit de changer un . 

d'Anguien s'étant trouvé obligé de demeurer par deçà n. — 
18 septembre, le Roi écrit è Guébriant : « VouUant que le 
secours que je mande à mon cousin le duc d'Augoulfime' de 
Taire passer vers vous sous la charge du comte de Rautiau soit 
effectif... » ; mais, le même Jour, Mazariu écrivait k d'Aumont : 
■ Je ne doute point qne vous n'appreniez avec joye la résolu- 
tion de M. le duc d'Anguien louchant le voyage d'Allemagne». 
— S9 septembre, le Roi envoie au duc d'Augoulfime l'état 
des troupes qui doivent joindre le duc d'Anguien. — 30 sep- 
tembre, le Roi informe le duc d'Angoulérae que le duc d'An- 
guien i quitte les affaires pour lesquelles il estoit retenu par 
deçà B et se charge < de faire le voyage de la Sarre ». Le Roi 
qoute que le maréchal de Cbâtillon va se rendre k Guise pour 
commander sur les frontières de Picardie et de Champagne 
( pendant l'incommodité du duc d'Angoul4me >. 

I.L'annéedePicardie-Chanipagneétait ainsi désignée depuis 
te commencement du siège de Tbionville. 



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130 LES PRINCES DE CONDÉ. 

nom sur quelques pièces. Les deux intendants, 
Choisy et d'Oyaonville , continuèrent les prépa- 
ratifs que les dépêches expédiées le 9, ou plutôt 
datées du 9, leur avaient prescrit de faire è. Heti, 
Nancy, Saverne, et qui devaient prendre cinq o\i 
six semaines; car on ne pouvait rien improviser, 
rien omettre; il fallait ménager nos conquêtes 
récentes, et faire en sorte que les Ut}upes fussent 
bien pourvues sur leur route : un mécompte 
dftns le service de la solde, du pain, des fourrages 
ou des transports eût été suivi d'un débandenoent 
général. 

N'oublions pas que l'aversion des troupes pour 
« le voyage d'Allemagne • semblait insurmon- 
table; tous les renforts envoyés h. Guébriant de- 
puis deux ans avaient fondu comme la neige au 
soteîl. Aussi multipliait-on les précautions : les in- 
tendants de justice et les prévôtés avaient reçu 
l'ordre de placer des archers à tous tes passages 
de la Meuse, de la Marne, même de l'Aisne, pour 
arrêter les déserteurs ou les ofQciers revenant sans 
permission. « Ne donnez aucun congé, recomnaan- 
dait le ministre dans toutes les dépêches; .que 
personne ne puisse soupçonner le but de l'expé- 
dition B '. Précautions inutiles! Le 19 septembre, 

1. Lettre du Roi du 4 septembre et autre». 



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LOUIS DB BOURBON. SS1 

d'Aumont écrivait h M. le Due de son quartier 
général de Bar : u Dans trois Bemaines, les troupes 
9«t>nt aussi en état de eervîr que jamais... au 
voyage d'Allemagne près a. 

Et cependant ies trois seoiaines n'étaient pas 
écoulées, que ces troupes « marchaient vers la 
Sarre n. Cet euphémisme oe faisait plus illusion k 
personne. Le nom du jeune ei, victorieux général 
avait produit un effet magique. L^ officiers Qu'- 
huèrent leur misère, qui était grandet les soldats 
avaient confiance ; tous partirent de bon coeur i on 
regarda cela comme un miracle'. Espenan, d'Au- 
mont, Sirot, Noirmoutiers, maréchaux de camp, 
marchaient à la tâte des colonnes et furent bientôt 
rejointe par Rantzau, lieutenant général. Le pain 
était prêt aux lieux indiqués; la a montre* » se fit 
attendre, comme toujours, mais fmit par arrivçr. 
H. le Duc s'arracha aux félicitations, aux fêtes, aux 
plaisirs, aux joies dq la famille, aui afTaires, 
quitta Paris le k octobre et voyagea rapidement, 
grâce aux relais que Ranizau, mettant h, contiibution 
les carrosses des évéques et des intendants, lui avait 
partout fait préparer. Le 11, il était h Pont-à- 

4. Voir les leUres de d'Aumont et autres. A. C. 
I. Montre signiBait la revue d'efeotif, mais s'employait habi- 
tnaUement paar déùgner la solde k payer ensuite de cette 



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23Î LES PRINCES DE COSDÉ. 

Mousson, au milieu de ses troupes; le premier 
message de Guébriant lui parvint à Sarrebourg : 
Tourville, qui était allé annoncer au quartier général 
d'Ernstein la marche de l'armée du Luxembourg, 
apportait une note confidentielle où le maréchal, 
insistant sur l'urgence du secours, donnait quel- 
ques indications pour la marche sur Kaisersiautern 
et Spire, dans le cas où M . le Duc voudrait l'entre- 
prendre avec son armée afTaiblie. Mais déjà Anguien 
avait abandonné cet aventureux projet, et il venait 
d'expédier Chabot h. la cour pour en donner avis^ 
Ayant rempli la première partie de ses instructions, 
atteint la Sarre avec toute son armée, il constitua 
définitivement te détachement destiné « à faire le 
reste du voyage » . C'était le moment critique; « la 
présence du duc d'Anguien maintint tout le monde 
dans le devoir » . Le coips détaché, placé sous 
les ordres de Rantzau, avec Sirot et Noirmoutiers 
pour maréchaux de camp, était de quatre mille 
hommes de pied et deux mille six cents chevaux 
bien choisis. A défaut des vieux régiments, on y 
remarquait ceux de la Reine', infanterie et cava- 



I.Cetla résolulioa fiit approuvée. Lettre de Mazarin du 
3% octobre. 

i. De nouvelle formation. Par commissioD du S5]uin 1643. 
PnmcoiB-Harie de l'Hâpital, marquis de Vitry et fila du maré- 
chal, fut nommé i mestre de camp lieutenant du régiment 



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Inouïs DE BOURBON. 333 

lerie, avec cinq compagnies des gardes françaises 
et 1 Mazarin- Italien :>, que le cardinal tenait 
toujours en parfait état. — Tandis qu'Espenan et 
d*Aumont ramenaient en Bassigny le reste des 
troupes, M. te Duc, continuant sa route, allait cou- 
dier h. Saveme; de là, il put contempler cette 
admirable plaine d'Alsace, qui était déjà terre de 
France et qu'il devait conserver h. la patrie, lors- 
que, trente-deux ans plus tard, sur la Tin de sa 
carrière, il recueillit la succession militaire de 
Turenne. 

Guébriant l'attendait & trois lieues de Stras- «todobn, 
bourg, et lui offrit, le 22 octobre, au château 'onébri^î" 
de Dachstein, ud banquet dont les principales "au^m.^" 
villes d'Alsace avaient vdUlu rehausser l'éclat. 
Colmar avait envoyé les carpes, perches et bro- 
chets du Rhin; Strasbourg des pâtés de coqs de 
bruyère, tout ornés de plumes de ces beaux 
oiseaux. Le maréchal était entouré des princi- 



(fînfenUrie de la Royne ■. Il eut pour premier capitaine et 
p(Hir mentor nu officier de grande eipérience, Pantia, l'auteur 
des cbannaDls mémoires. Toua deaiforeol pris dans la déroule 
de TUttlingen. Eo 1673, ce régiment reçut, avec le nom de 
■ La Couronne », le drapeau bleu b croix blanche qu'il a con- 
servé jnsqn'à la Révolution, et qu'on peut voir dans la biblio- 
thèque de Cbantillf. Charles de Lameth, que j'ai bien connu 
et qui a garrécn & mon père, commandait i La Couronne n, 
kxsqn'il fiit nommé maréchal de camp en 1791. 



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«U LES PRINCES DE CONDÉ. 

paux de son arm^* et las présent» ou prioee, 
qui s'assit k table entra deux ûolonele da musoas 
souveraines, le marquis de Bade-rOouriaeh at le 
duc George de Wurtemberg*. Ce repaa dut être 
aMez bruyant, & en croire le réeit d'un des cm- 
vives, Pontis, premier capitaine au régiment de 
ta Reine: « Il y avait pluueura timbale* et doute 
trompettes, trois h chaque côté de la valle, qui 
sonnaient toutes ensemble lorsque Son Aliénée 
buvait; vingl-six ou trente autres leur répondaieot 
en un autre lieu; c'était un concert agréable et 
très charmant ». Le lendemain, M. le Duc vit en 
bataille la petite armée concentrée auprès d'Erns- 
tein; l'effectif ne dépassait pas sept mille combat- 
tants, et que d'eiïorts il avait fallu pour mainteiur 
celte poignée d'hommes ensemble ] Malgré les rudes 
épreuves de la campagne, la cavalerie était très \âeà 
montée, « les Weymariens ayant une halMleté pwtà- 
outière à se procurer des chevaux*; nien da plitf 
régulier que leurs alignements, de plus précis que 
leurs manoeuvres ; cette correction avait déjk frappé 



4. Appelés, à la mode du pays, g 
Mis, tandis que, dans dos autres années, on disaU naréchaui 
de camp et mesbǤ de camp. 

a. Frén cadet du duc régaut, qui avait embrassé l'aitre 
parti. C'éUil un des plus braves de l'arinte et peut-Mi» b 
moins Apre daos ses prëtaatioDB. 

3. Lettre de Gnébriaot. 



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L0D18 DE BOURBON. S3S 

«t surpris plusieurs princes allemands experts dans 
le détail deTinstruction militaire. Après cette revue, 
iUiitzau fut installé dans ses fonctions; personne 
ne fit bonne mine au nouveau lieutenant général ; 
trop connu dans cette armée, tenu en médiocre 
estime malgré sa grande vaillance, il excitait la 
jalousie de quelques-uns et n'inspirait pas con- 
fiance aux autres ; ce choix était une erreur qui fut 
payée cher. 

Tandis que Guébriant achevait ses préparatifs, 
le duc d'Anguien parcourait l'Alsace et le Bris- 
gau; d'Erlach lui fit & Brisach une réception 
Biagnifique; il ne fut pas moins bien accueilli, 
non i;eulement h. Haguenau, où il y avait garnison 
frwçaiee, mais aussi à Benfeld, dont le comman- 
dant suédois, Môckel, oublia un moment sa mau- 
vaise humeur habituelle et le redoublement récent 
de son mécontentement, enfm k Strasbourg, ob il 
fut admisavec une suite de soixante gentilshommes. 
Gouverneurs de places françaises ou étrangères, 
magistrats de villes libres, maîtres ou sujets, 
bourgeois et soldats, tous voulaient voir et fêter 
ce jeune prince, u déjà si grand capitaine et si 
renommé m son petit &ge »MU. le Duc profita 
de cette excursion pour examiner avec soin les 

1 . L«Ure des magieMU d» Colnar à Guébriaiit. 



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SM LES PRINCES DE CONDË. 

fortifications, recueillir des plans, acquérir uie 
connaissance des lieux, des hommes et des choses 
qu'il devait mettre à profit plus tard. Il eut aussi 
plusieurs entretiens avec Gu^briant el ses lieute- 
nants, et donna son avis sur les opérations bien 
tardives, hélas! qui allaient être entreprises. 
Projet Aux dernières nouvelles, les Bavarois étaient 

1 paoe j« Hhi'n. rcmontés vers le nord et se retranchaient sur l'Alb, 
ren'inàPsm d'Etllingen au Rhin. Ils se rapprochaient ainsi du 
duc Charles, qui se tenait à cheval sur le grand 
fleuve, gardant les ponts, ayant du monde à Landau, 
Worms, Spire. Ils restaient en communication avec 
Hatzfeld en marche vers le Main, et attendaient 
de nouveaux contingents. Maximilien, tenant d'au- 
tant plus à se faire compter qu'il était secrètement 
disposé à négocier avec la France, avait ordonné 
une sorte de levée en masse, appelé tous les 
gentilshommes de ses États, les chasseurs et fores- 
tiers des Alpes bavaroises. Rien cependant ne devait 
être complet avant le printemps, et les généraux 
alliés songeaient h. hiverner en Franconie. Mais, 
inquiets des mouvements de l'armée du Luxem- 
bourg, craignant un retour offensif sur la Sarre et 
le Rhin moyen, ils n'osaient encore s'éloigner de 
leurs ponts et voulaient rester en mesure de 
secourir Beck ou Melo. Était-ce pour détourner 
leur attention que Guébriant avait tant parlé de 



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LOUIS DE BOURBON. 331 

Wonns et de Spire, et, dans son insistance à con- 
seiller la marche par Ealserstautern, y avait-il eu 
quelque affectation, peut-^tre une indiscrétion 
volontaire? Ces rumeurs accréditées avaient eu 
pour résultat de retenir l'ennemi, de le ramener 
vers le nord, de dégager la route qui s'ouvrait 
devant le maréchal. Celui-ci ne songeait qu'à s'as- 
surer de bons quartiers en Souabe, à soutenir 
ses postes avancés aux sources du Danube et sur 
le lac de Constance, Hohentwiel, Tùttlingen, Uber- 
lingen ; au printemps, il porterait la guerre dans 
les États mêmes du duc, ou plutôt, comme on l'ap- 
pelait déjà, de l'électeur de Bavière, peut-être dans 
ceux de l'Empereur. 

Des lettres pressantes furent adressées h Beau- 
regard, notre mim'stre résident h Cassel près de la 
landgrave, aux généraux hessois cantonnés en 
Westphalie, aux Suédois qui étaient encore plus 
loin; on demandait à nos alliés d'observer les 
diverses armées ennemies, de les occuper, de les 
empêcher de se réunir. L'artillerie était insuffi- 
sante; Guébriant avait espéré recevoh* un parc 
qui n'était pas venu, Saint-Martin, lieutenant de 
l'artillerie détaché près de M. le Duc, n'ayant pas 
trouvé à Metz les ressources nécessaires; cette 
lacune fut, avec l'envoi de Bantzau comme lieute- 
nant général, le grand mécompte de Guébriant. 



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m LES PRIRCES DE CONDfi. 

Cependant il ne perdit pas courage ; son obstina^ 
tion de Breton, sa hardiesse de capitaine, ne cod' 
miissaient pas d'obstacles. La saison était chaque 
jour plus défavorable : les pluies devenaient abon- 
dantes et froides dans la plaine ; les cimes se cou- 
vraient de neige; mais, si les intempéries lui 
créaient des diflicultés, elles arrêteraient aussi les 
ennemis ; ses troupes ne BoulTiiraient pas plus que 
l'hiver précédent, et alors elles avaient rénsté. 
Les ennemis avaient plus de monde, mais ils étaient 
loin ; d'ailleurs, on ne pouvait ni rester en Alsace, 
ni abandonner cette province, ni s'arrêter sur U 
rive droite du Rhin pour recevoir un cboc, le dos 
au fleuve. Il fallait traverser la forêt Noire et aller 
attendre le printemps entre le haut Danube et le 
lac de Constance. Le pont que Guébriant avait op' 
donné de construire s'achevait ' } les troupes 
étaient réunies; l'argant manquait encore; défi 
que les banquiers de B&le eurent fait honneur aux 
traites envoyées de Paris, le passage commença et, 
!a lune aidant, il fut achevé en trente-six heures. 
(30 octobre et 1* novembrei) 

4. La pont par lequel Guébriaot était revenu delà rive droite 
à ta rive gauche aboutissait en Alsace !i (theinau, k dix ldh>> 
mètres sud-est de BenfeM. Guâbriant le fit mener plna Im, 
en ftoe d'Ottenbeim (paya de Bade), beaucoup plus prte, d'us 
cAlé.du quartier géDérald'ErosteiQ, et, de l'autre, du d^Knicbë 
de la Kinaig. 



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LOUIS DE BOURBON. 339 

Lft Teille, M. le Duo était venu à Ërnstein 
souper chez Ranliau M ooucher au logis de 
Ouébriaot, avec lequel il s'étart mis entièrement 
d'accord, et qu'il avait aseisté avec autant de tact 
que de dévouement, lui donnant tout ce qu'il pou- 
vait sans intervenir dans le miuiiement de sea forces, 
sans entraver sa liberté d'action. Il vit défiler l'ar- 
mée refondue, portée maintenant à plus de douze 
mille hommes, et l'accompagna sur la rive droite 
jusqu'à Otteiibeim. Là, il embrassa pour la dernière 
foife le TattUnt général qu'il ne devait plus revoir, 
et le laissa se dii'lgeant sur le débouché de la Kin- 
sig. Puis 11 termina sa tournée et, franchissant les 
Vosges entre Sainte-Miirie-aux-Mines et Saitit-Dîé, 
s'arrêta & Neufch&teau pour régler la mise en quar- 
tiers du reste de ses troupes ; il rentra dans Paris 
le 1$ novemiare. 

Cependuit Uuébriant poursuivait vivement sa lurche 
marâhe. La ohidne de la forêt Noire, dans sa partie ^d."*° 
itiéridionale surtout, est malaisée h traverser. On supn^' 
a'y trouva pas les hautes burières de rodiers sitgeTe i^uw» 
des Alpes ou dee Pyrénées ; mais les accidenta de 
terrain sont considérables, les pentes raides, les 
bois touffus, les gorges étroites et profondes. Les 
tottristefl qui, de nos jours, voyageant au cœur de 
l'été, remontent en voîlurin de Fribourg àDonaUeê- 
chÎDgeii» BU qui descendent sur Hausach en sui- 



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su LES PRINCES DE CONDÉ. 

vantles nombreux lacets du chemin de fer, peuvent 
se rendre compte des obstacles que rencontrait 
jadis une armée s'engageant avec ses convois dans 
cetle région, au commencement d'un hiver rigou- 
reux, cheminant sur d'étroits sentiers couverts de 
neige ou de glace: « Je ne suis pas assez diable 
pour me risquer dans le val d'Enfer, » disait Vil- 
lars en 1705, et Moreau passa pour un hardi capi- 
taine lorsqu'il lança dans cette goi^ son armée en 
retraite. Cependant, au mois de novembre 16&3, 
Guébriant n'hésita pas à. tenter le passage bien 
autrement difficile qui conduit de la vallée de la 
Kinsig dans celle du Neckar. Il y perdit des voi- 
tures, beaucoup de chevaux ; quelques hommes y 
périrent de froid ; bon nombre de traînards et de 
déserteurs restèrent en arrière, mais la ténacité 
du général en chef l'emporta ; en dnq jours, il ar- 
riva sous les murs de Rottweil (7 novembre). 

Le jour même oU Guébriant se présentait devant 
cette place, son avant-garde, commandée par 
Rosen, était surprise & Spaichiagen '. Le général- 
major Retnhold von Rosen', n le vieux Rose », 

4. 13 kilomèlreg au sud-est de Rottweil, à mi'Chemin de 
TUUlingeD. 

!. Reiohold von Rosen Gross-Ropp, Livonien, commandeun 
râgimeot de cavalerie de mille cbeyBui à Lutzen sous Gn»- 
tave-Adolphe, suit le duc Bernfaardt, devient un des quatre 
directeurs généraux de son armée, et s'engage déSnitiveineQt 



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LOUIS DE BODRBON. 2U 

comme on l'appelait, quoiqu'il eût & peine quarante- 
cinq ans, était un homme d'expérience, mais quin- 
taux, égoïste, et alors fort mécontent d'être sous 
les ordres de Rantzau. Il s'était enfermé dans un 
château, laissant sa troupe sans direction. Lagarde, 
composée, selon le tour de service, d'officiers et de 
cavaliers inconnus les uns aux autres, fut surprise 
par une poignée de soldats sans donner l'alerte. 
Les dragons et les chevau-légei*s , déshabillés et 
endormis dans tes villages, n'eurent qiie le temps 
de se sauver sans armes, chevaux, ni bottes : 
Il Voyez quel malheur par l'imprudence et né^- 
gence d'un homme & qui Dieu avait envoyé une 
bonne fortune entre tes mains, s'il eût satisfait au 
devoir, non pas d'un général-major, mais d'un 
simple ritmestre n ' ! 

Cet incident était de mauvais augure , mais 
Guébriant ne s'y arrêta pas. La prompte occupa- 
lion de Rottweil semblait devoir lui donner la 
sûreté de ses communications avec le Brisgau et 
la liaute Alsace , la sécurité pour ses cantonne- 
an service de France en 1639. Lieutenant général en 1648, 
gouverneur de haute et basse Alsace en 16SS, it meurt le 
tS décembre 16(7. Ce fut lui qui fit entrer au servica d« 
France eon jeune parent, Conrad de Bosen, comte de Bolweil- 
Isr, qui devint maréchat de France en 1 703 et mourut en 1715. 

1 .' Lettre de Guébriant, au camp, près Rottweil, 8 Dovem- 
bre 1643, Eôx heures du soir, op. Le Laboureur. 

I*. Ift 



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a» Gu«briut 



Ml LES PRINCES DE CONDÉ. 

ments, ia clef du Neckar et du Danube, le complé- 
ment de ta base d'opérations qu'il avait préparée, 
le moyen de reprendre au printemps la campagne 
que les incidents de l'été précédent l'avaient forcé 
d'interrompre. 

Rottweil est le type des petites villes de la 
Souabe : hautes maisons à plusieurs étages, larges 
rues, jolie église, situation pittoresque au centre 
d'un plateau où le Neckar et ses affluents creusent 
de profonds ravins et qu'enveloppent de hautes et 
sombres collines dominées par les pitons de la 
Rauhe-Alp et de la forêt Noire. La place est bor- 
dée par la gorge du Neckar, pi'otégée soit par des 
escarpements, soit par un fossé profond, avec une 
épaisse muraille de grosses pierres qui bientdt 
aura disparu. Sur un terre-plein au sommet de 
la ville, une lourde garde (wachttburm) porte 
encore des empreintes de biscalens; le bastion, 
dont elle occupait la capitale, n'existe plus. C'était 
le front d'attaque; ïh seulement, on pouvait remuer 
la terre et faire les approches. 

La place fut investie le 8 novembre, et le siège 
,, mené avec toute la rapidité que permettaitl'état delà 
saison et des chemins. Le i7,Guébrianl visitait les 
travaux, lorsqu'il fut frappé au bras droit : « Qu'est- 
ce? demanda-t-il au gentilhomme qui le suivait. — 
Monsieur, je crois que vous êtes blessé. — Je le 



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LODIS DE BOCRRON. 343 

sais bien, mais je vous demande ce que c'est ». 
C'était un coup de calton. Il continua d'encourager 
les soldats qui passaient, et, comme le capitaine de 
ses gardes, Gauville, parlait è. la course pour aller 
chercher un chirurgien : « Allez doucement, Gau- 
ville ; il ne faut jatnais effrayer les soldats n . On 
le porta dans une cabane du voisinage, où il fallut 
l'amputer ; mais l'amputation fut mal faite et trop 
près de la fracture. 

Le 19, la ville impériale de Rottweil capitula. 
Guébriant régla le détail de l'occupation et, le 20, 
il fit partir l'armée pourTiittlingen, petite place 
située au milieu des p&turages que le Danube 
arrose avant de s'enfoncer dans la gorge de Sigma- 
ringen. — Le 21, on porta Guébriant dans sa con- 
quête ; en passant sous la vieille porte en ogive, il 
leva son bonnet de la main qui lui restait pour 
lemerder Dieu. Le 2fi, on reconnut la gangrène, 
et, le prêtre qui assistait le blessé lui demandant 
s'il était prêt à supporter une seconde amputa- 
tion : a Qu'ils coupent, qu'ils taillent! répliqua- 
t-il, ce qui ne servira pas à ma santé pourra servir h. 
monsalut; j'endurerai tout pour l'amour de Dieu». 
Quelques heures plus tard, il rendit l'esprit. Dans 
le délire qui précéda sa fin, on l'entendit s'écrier : 
■ Ah ! ma pauvre armée ! on la défait. Mes armes ! 
mon cheval! Tout est perdu si je n'y suis ». 



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Stf LES PRINCES DE GONDR. 

Au moment où ce dernier cri du soldat et du ca- 
pitaine s'échappait de la poitrine de Guébriant. 
l'armée française d'Allemagne était surprise et 



Les Hessois ne bougeant pas, les Suédois s'en- 
fonçant de plus en plus vers le nord, la basse Mo- 
selle et le Main étant à l'abri de toute tentative 
immédiate; les LoiYains du duc Charies, les Bava- 
rois de Mercy et de Jean de Wirth, les Impériaux 
de Uatzfetd avaient quitté tes environs de Spire et 
de Earisruhe pour aller hiverner en Franconie et se 
mettre en mesure de résister, au printemps, aux 
entreprises de Guébriant. Lorsqu'on apprit la bles- 
sure de ce dernier, l'inratigable Mercy espéra tirer 
parti de cet accident; il décida les alliés à n se 
mettre ensemble » avant de prendre leurs quar- 
tiers, pour observer les derniers mouvements de 
l'armée Trançaise. Celle-ci était déjà affaiblie par les 
privations, le feu, la désertion ; il y avait beaucoup 
de malades, quelques-uns des meilleurs officiers hors 
de combat : Taupadel, Montausier', Roqueservière. 
Les cantonnements étaient mal pris. Le quartier 

I.Hontauner (Charles de Saiote-Haure, baron de), créé 
saGGesdTemeDt msrquù, puis duc et pair, serrait brillBmiiMDt 
depuis 1630. Maréchal de camp par brevet da S janvier 1643, 
il fiit plus tard gouverneur d'Alsace, lieutenant général, gou- 
remenr du dauphin, et mourut en 1690, ii l'âge de quatre- 
vingts ans. Il avait, en 164S, épousé Julie d'Angennee, l'hé- 



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L0CI3 DE BOtlftBOiS. Stt 

général, le canon, la poudre, une partieMe l'infan* 
terie et de la cavalerie étaient dans Tùttlingen; 
Rosen, avec l'avant-garde, à Mûlheim sur le Danube 
en descendant; mais sa mauvaise humeur durait 
encore et il ne montra pas plus de vigilance qu'à 
Spaichingen. L'ennemi marcha droit sur Tùtt- 
lingen, oii l'on faisait la débauche, se saisit du 
parc laissé sans garde hors des murailles, tourna 
notre canon sur la place et y pénétra aussitôt. Il y 
eut peu de morts. Les généraux, bon nombre 
d'oflSciers et de soldats furent faits prisonniers ; 
on mit les premiers à rançon ; tout ce' qui était 
« troupe » fut incorporé par l'ennemi et forcé à 
prendre parti; plusieurs régiments de cavalerie et 
quelques fuyards de l'infanterie gagnèrent Brisach. 
Rantzau fut en grand péril : au moment oîi le duc 
de Lorraine lui donnait permission d'aller à Paris 
traiter de la rançon des prisonniers, l'Empereur le 
réclamait pour lui faire son procès comme rebelle; 
il s'en tira assez vite et plus faciiement qu'il ne ie 
méritait. Sirot, qui était aussi prisonnier, mais qui 
presque seul avait conservé son sang-froid dans le 

rolne de l'hôtel de Rambouillet (v. t. III, p. 339). — On a dit 
de Montansier qu'il était t'Alceste de Uolière; la rudesse, en 
effet, ne lui manquait pas; mais il ne montra pas toqjours 
l'ÎDflexible sévéritë du Hisaothrope, s'il faut en croira madame 
de Motteville et la grande Mademoiselle. 



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Ua LES PRINCES DE CONDÉ. 

tumulte et tenté quelques efforts pour organieer la 
résistance» fut moins heureux et resta deux ans 
entre les mains de l'ennemi. 

Le corps de Guébriaiit sortit de Rottwei! au mi- 
lieu de la confusion causée par la déroule de Tûtt- 
lingen. Rotrou, son secrétaire', qui accourait avec 
deux chirurgiens célèbres, Bertreau et d'Alencé, 
ne put dépasser Brisach. Le corps y entrait en 
même temps; le carrosse sur lequel ou l'avait 
mis à Rottwei] s'étant rompu dans les monta- 
gnes, il arriva jeté sur un mulet, à peine escorté 
de quelques cavaliers. D'Erlach le reçut digne- 
ment et l'expédia aussitôt k Paris. — Le nom 
du vainqueur de Kempen, du sauveur de Brisach, 
du héros de tant d'entreprises diOiciles, est moins 
connu que celui de maint général médiocre oo 
d'égoïstes agitateurs ; pou de Français de nos jours 
savent ce que la patrie lui doit. Simple gentil- 
homme de province, étranger aux intrigues de cour 
ou de cabinet, servant au loin, sans relâche, dé- 
voué, modeste, austère dans ses mœurs, ducère- 
ment religieux, il tient peu de place dans les chro- 
niques amusantes. Comme il ne demandait pas, on 
ne lui fit guère de largesses ; le seul présent qu'il 
reçut fut la rançon du général en chef Lauiboy, son 

4 . Frère cadet du poète. 



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LOOIS DE BOURBON. UI 

prisonnier, qu'on lui abandonna après Ketnpen ; 
encore eutril plus de mal è. la toucher qu'à prendre 
une place. Il mourut pauvre. La postérité l'ignore 
ou à peu près. Ses contemporains l'admirèrent un 
moment ; le Roi, qu'il avîùt si bien servi, voulut 
honorer sa mémoire par la pompe inusitée des fu- 
nérailles, qui furent célébrées dans notre antique 
cathédrale, en présence des princes du sang, des 
cours souveraines et de tous les dignitaires de 
r^t. Le vaillant soldat, l'habile général, le pa- 
triote, l'homme de bien, qui avait donné l'Alsace à. 
la France et qui était mort pour la lui conserver, 
fut enseveli royalement & Notre-Dame de Paris. 



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CHAPITRE IV 



Décembre 1643. Tureone preod le commaDdement de l'année d'Al- 
lemBgDe. — 1641. Annéo d'Allemagne. OrgsDJutioa du eomm*n- 
dément. D'Aamant. Taupadel. — Premières opératioDi en Alle- 
magne. Uercy prend Uberlingen (11 mui). CombKt d'HOflngeB 
(3 juin). — DiepoELtian générale dea armée» belligÉranlfii. — 
Armée de Chacipagne Le duc d'Anguien i, Verdun (10 mai) ; se* 
troupei. — Difficulté du recrutement. — Mission de Harchin à 
Liège — Le siège de GraTelineB. — Négociation» avec le dnc de 
Lorraine. — Hauteurde caractère de H. le Duc Préséance». Ami*. 
— H. le Prince. L'affaire de Stenay. — Le »icur de Saiut-Estienoe 
et mademoiselle de Salnove. — Buasy et madame de Miraioion. — 
Première» opération» du dnc d'Anguien; 13 Juin au Jailtet. 
Projets. — Mercy- assiégée Friboui^ (37 juin). Le lerrain et le» 
iipiei. — OpéraiioDB de Turenne (juillet IdU). Il ne peut dégager 
Friboui^ et demande du secour». 



Un seul homme pouvait remplacer Guébriant. 
-'""-^'" -t* Le jour même où la nouvelle du désastre de Tûtt- 
lingen parvint à la cour (3 décembre 16ft3), le 
Roi signa les lettres patentes qui donnaient à son 
cousin le maréchal de Turenne les pouvoirs de gé- 
néral en son armée d'Allemagne. 

Nous allons assister aux. premiers pas de Tu- 



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LOUIS DE BOURBON. 2i9 

renne dans la glorieuse carrière du commandement, 
aux débuts d'un des plus gi-ands capitaines des 
temps modernes, un des plus purs malgré quel- 
ques taches, un des premiers, si ce n'est le pre- 
mier, parmi les hommes de guerre qui, n'exerçant 
pas le pouvoir souverain, ou ne s'étant pas affran- 
chis de toute autorité, n'ayant la liberté de choisir 
ni le but ni les moyens, ont été les interprètes dé- 
voués, héroïques, des plans que d'autres avaient 
dictés. La fortune qui placera Louis de Bourbon 
et Henri de la Tour d'Auvergne si souvent en pré- 
sence et parfois enfacel'un de l'autre, va les rappro- 
cher dès ce jour; mainte page de ce livre fera res- 
sortir les traits qui les distinguent. Sans essayer 
de tracer un parallèle entre deux héros qu'on ne 
saurait comparer, nous voudrions prémunir le lec- 
teur contre la séduction d'antithèses qui ont égaré 
plus d'un bon esprit. Pour mettre mieux en lumière 
certaines parties de Turenne, on a souvent dit que 
son glorieux émule fut improvisé général et se trouva 
d'emblée victorieux. Il faut quitter cette chimère; le 
général improvisé n'a jamais existé qu'en imagina- 
tion ; le génie que Condé tenait de Dieu avait été 
fécondé par l'étude, l'étude persévérante et habile- 
ment dirigée ; cinq ans de pratique des afifaires lui 
avaient donné la maturité. Comme les fruits favo- 
risés du soleil, il avait mûri vite; du premier bond 



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Ï50 LES PRINCES DE CONDÉ. 

il atteignit t'^ogée et sut s'y maintenir sans dé- 
croitre; il valait autant à Seneffe qu'à Rocroy. Si 
on le retrouve à sa dernière bataille, on peut le ju- 
ger dès la première. Pour connaître Turenne, il faut 
le suivre jusqu'à Salzbach. Chez celui-ci, chaque 
jour marque un progrès ; aucune leçon n'est per- 
due; la prudence était de son tempérament; la ré- 
flexion lui donna l'audace; sa dernière campagne 
sera la plus hardie et la plus belle '. 

Tout semblait laborieux chez lui ; on sentait l'ef- 
fort jusque dans sa démai'che un peu traînante* et 
dans l'expression souvent obscure d'une concep- 
tion toujours forte. Qui n'a vu son portrait? Qui 
ne connaît ce large front surmontant d'épais sour- 
cils presque toujours froncés; ce regard calme, 
profond, un peu voilé ; la carrure des épaules, le 



1 . Napoléon a consacré à Turenae une des [dus belles àio- 
tées de Sainte-Hélèoe. Il y montre Condé de profil. La puis- 
sance de l'intuition a parfois corrigé riudnSsance des docu- 
ments. L'Empereur avait sous les yeux l'histoire de Turenna 
par Ramsay et les mémoires de Bussy-Rabutin (voir la liste des 
ouvrages que Napoléon se fit envoyer à Sainte-IlelèDB). 

S. 11 n'avait guère boD air à cheval, et, quoiqu'il y passât i 
peu près sa vie, il do se piquait pas d'être habile écuyer. Void 
ce que Mazarin lui écrirait le 9 juillet 16U : < Je voua eovoye 
un barbe dressé chez moi et un coureur bon par excellence, 
qui lera votre ali^iire ; car je m'en accommodois parfiaitement, 
bien que je ne sois pas Iran homme de cheval, et, pour dire la 
vérilé, TOUS ne l'âtes guwe plus que moi. • 



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LODIS DE BOURBON. S51 

dos voûté et tout cet ensemble maesif et robuste? 
c^est le Pensieroso de Micbel-Ange. Profondémeot 
chrétien, longtemps ÏDcertain sur les nuances qui 
sépareot les diverses communions, préférant le 
dogme catholique, mais attaché aux pratiques sé- 
vères du calvinisme, il finit par quitter l'Eglise ré- 
formée, et conserva dans la romaine un peu de 
l'esprit puritain. Quand il fut tué, il allait entrer à 
l'Oratoire pour y terminer sa vie dans la retraite; 
il avait tait la cène è. Brisach ^ en prenant le com- 
mandement de l'armée d'Allemagne. 

C'est à peine s'il avait eu le temps de prêter le 
serment de maréchal de France*, ison retour d'I- 
talie, loi-squ'il reçut sa nouvelle commission; le 
lendemain, il était en route ; la fièvre, qu'il avait 
rapportée des rizières du Piémont, l'arrêta quel- 
ques jours à Colmar. Du Plessis-Besançon, sergent 
de bataille, homme de bon jugement, de sang- 



1. TorenMàBa sœur, 6 janvi» 464i. 

1. Henri de la Tour d' Auvergne, vicomie deTuranne, né à 
Sedan le 11 septembre 4611, second fils de Henri de la Tour 
d'Attvwsne, duc de Bouillon, et d'Elisabeth de Nassau, était 
consiu du duc d' Anguien par sa grand'oière Êléenore de Bour- 
bon, princesse d'Orange, BJle de Louis I", prince de Coadé. 
U avait piis le mousquet à l'dge de treiie ans, servi en Ho^ 
liBdB comme cadet et b«e officier. En 1 630, il eut un régiment 
an aarvice de France, fut bit maréchal de camp en 1634 et 
prêta le aerment do maréchal de France le 46 novembre 1643. 



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352 LES PRINCES DE CONDË. 

froid et d'expérience, l'avait précédé à Brisach, 
avec mission d'entamer des négociations pour le 
rachat des prisonniers; c'était, semblait-il, le 
moyen de recrutement le plus r&cîle, tout au moins 
le procédé le plus sûr pour remplir les cadres. 
Du Plessis devait aussi disposer l'ombrageux gou- 
verneur de Brisach à recevoir de bonne grâce le 
nouveau général en chef; mais rien n'y fit : à la pre- 
mière nouvelle de la nomination de Turenne, d'Er- 
lach demanda un congé, et, sans Pattendre, aban- 
donnant sa place menacée, fut cacher son dépit 
dans le château de Gastellen '. Il ne reparut qu'au 
bout de plusieurs semaines ; la crainte de se voir 
remplacer par le lieutenant de roi d'Oysonville, 
qu'il détestait, fut te principal motif de ce retour. 
Gomme on avait besoin de lui, surtout pour traiter 
avec les Suisses, on lui rendit ses fonctions, en lui 
sacrifiantd'Oysonville.D'Erlach était une exception. 
Le choix de Turenne, accueilli avec grande faveur 
par l'opinion, fut presque une consolation pour les 
vieux officiers weymariens. Il n'était pas des leurs, 
et n'excitait parmi eux aucune jalousie; et cepen- 
dant tous le connaissaient, se souvenaient des 
éloges que le duc Bernhardt lui avait accordés ui 

1. Ai^vie, alors bailliages bernois. D'Brlach dot y rester 
du 15 dérambre 1643 au 4S janvier 464i environ. (Voir hb 
' lettres.) 



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LOUIS DB BODRfiON. iSi 

siège de Saverne et en d'autres occasions. Bien 
qu'au point oii nous sommes arrivés il n'eût pas 
.encore donné sa vraie mesure, les services qu'il 
avait rendus et son mérite éprouvé le mettaient 
déjà hors de paii-. Et puis il était de la reli- 
gion! 

Le désarroi était grand : bandes de fantassins 
sans armes, de cavaliers démontés, débris encore 
groupés de brigades d'infanterie, de régiments 
de cavalerie, sans voitures, sans bagages, affamés, 
vivant de maraude, toutes les épaves de l'armée 
de Guébriant revenaient par diverses routes, ceux- 
ci par le val de la Kinsig, se répandant en Alsace, 
ceux-là par Lauffenbourg, Rheinfeld et les bords 
du Rhin, ravageant le Brisgau, le Sundgau, allant 
enlever des chevaux et des bestiaux sur le terri- 
toire de Berne et de Soleure. Il fallait pomroir au 
plus pressé, calmer les Suisses, qui prenaient les 
armes pour châtier ces pillards, remettre les places 
en état, rallier tous ces débandés. Pendant les 
mois de décembre et de janvier, Turenne visite et 
regarnit l'importante place de Rheinfeld, rétablit 
l'ordre dans Brisach, sans pouvoir y étouffer com- 
plët^nent l'esprit de mutinerie * ; puis il fait éva- 

t. Dana la journée du 8 avril 4644, ane sédition éclata 
dans U garnison de Brisach. La paye était en retard depuis 
deux mois; les soldats français se soulevèrent et chasBârent 



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SM LES PRinCBS DE COHDÉ. 

coei" l'Alsace, autant pour soulager te pays qne 
pour mettre ses troupes & l'abri des lentatifes de 
l'ennemi, les envoie vivre, se réorganiser et se re- 
monter en arrière, sur les terres du roi d'Espagne 
et du duc de Lorraine, les dissémine en Francbe- 
Comté et au delà des Vosges, à Vesoul, Luxeui), 
Remiremont, où fut son quartier g^éral pendant 
les mois de février, mars et avril. 
ist4. irai*» ItBiJis le travail si ardu auquel se livrwt Turenne 
■■'^^î^j^' pour rétablir la discipline, relever les cœurs, w- 
"™^^~'" mer, nourrir ses troupes, trouver des chevaux, 
des hommes, des officiers, enfin réorganiser use 
année détruite, il ne pouvait oublier la constitulicHi 
de son état-major général. Guidé par son bon sens, il 
s'élevait avec force contre ce « service de jour n 
qui, dans l'armée française, a longtemps survécu 
k tant de réformes : « Je ne veux pas de tous 
ces maréchaux de camp servant par jour, l'un 
défaisant ce que l'autre a fait, mais quatre géné- 
raux majors, deux attachés à la cavalerie, deux h 
l'infanterie » * ; un lieutenant général devait seœn- 



leurs officiers. D'Erlach cliargea d'OysoDville, qa'il «ccusa 
d'avoir retenu la solde. Une noavelle teoUlÎTe de sédition iM 
étouffée-, GÎi des plus mutins furent pendus; on cliangea plu- 
sieurs corps de garnisoD. D'OfSooville fut remplacé au mois de 
juin; il était neveu de Noyers, le secrétaire d'État dwgncié. 
1 . Turenne Ii Uazario, S9 février 16U. C. P. 



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LODIS DE BOURBON. SAS 

der et suppléer au besoin le commandant en chef; 
ce ne fut pas facile à régler. Il y avait bien un titu- 
laire de l'emploi, Taupadel, un des plus anciens 
et des plus vigoureux colonels du duc Bernhardt; 
niais cette distinction honorifique ne lui assurait 
aucune autorité réelle, le traité avec les Weyma- 
riens garantissant qu'il n'y aurait pas d'intermé- 
diaire entre leurs chefs et le commandant de l'ar- 
mée nommé par le Roi. Cependant les difRcultés 
sans cesse renaissantes, le soupçon, assez fondé, 
de menées secrètes, l'exemple des embarras cau- 
sés par les d'Erlach, les Rosen et d'autres, tout 
indiquait la nécessité d'assurer, en cas d'accident, 
l'autorité à un homme sur lequel la France pClt 
compter; l'année ne pouvait rester à la merci d'un 
coup de canon qui la laisserait sans chef ou la met- 
trait aux mains d'un général étranger. Un maré- 
chal de camp qui allait rejoindre, M. d'AumonI, 
fot désigné pour n commander sous le maréchal de 
Turenne en la manière que M. de Guébriant com- 
mandait sous le duc Bernhardt (1^ avril) » . Les 
termes vagues de cet ordre de service, destinés h 
mettre d'accord la nomination de d'Aumont avec 
la lettre du traité de Brisach ne furent pas acceptés 
Bans résistance. Taupadel s'en montra blessé, 
demanda sa retraite. Turenne l'aurait regretté : 
B C'est un homme fort hardy et qui se met entiè- 



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9M LES PRINCBS DE CONDÉ. 

rement hors de luy dans un combat » ' . Le maré- 
chal parvînt à retenir son vieux camarade, calma 
tes froissements et régla le service de telle sorte 
que l'autorité de d'Aumont s'établit par degrés; 
d'ailleurs, le mérite du lieutenant général ne tarda 
pas à être reconnu et s'imposa *. Mais il faut reve- 
nir à Mercy, suivre ses mouvemeots, car l'initia- 
tive lui appartient. 

u Les Français ont perdu leur procès h Rottweil; 
ils en ont appelé k Lauffenbourg*, » disait-on en 
Allemagne dans les premiers mois de i6&/i. Rott- 
,. weil était le siège d'une cour de justice impériale 
et nous n'y avions certes pas gagné notre cause; 
Lauffenbourg, ville forestière occupée par les Fran- 
çais, située sur le Rhin entre Bâle et Schaffouse, 

1. Turenne à Hazarin.— Taupadel (Geor^es-Cbrislophe de], 
lieutenant générdl de cavalerie par pouvoir du 11 septembre 
1640, avait d'abord servi en Danemark et en Suède, et fiil 
un des premiers colonels du duc Bembardt. li avait ud bns- 
de moins. Modeste, consciencieux, fidèle, il mourut sans avoir 
quitté le service de France, six semaines environ avant la 
révolte des WeymarioDS, qu'il aurait peut-être empêché» 
(4647). 

S. Les pouvoirs de d'Aumont ne furent pas acceptés sans 
réserve, et ne lui furent régulièrement conférés qu'au mois 
d'août avec une danse restrictive. U fut nommé « lieutenant 
général de toutes les troupes de l'armée de H. le maréchal de 
Turenne, qui ne sont pas du traité de Brisach ». 

3. ■ Die Franzosen hatten ihren I^^>cess su Rottweil verlo- 
ren, und nach LauSénburg appellirt. n 



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LOUIS DB BOORBON. 257 

avait recueilli une partie des fuyards de Tuttlin- 
gen, ainsi que ceux de nos détachements qui, éga- 
rés en Souabe, avaient trouvé le val d'Enfer et 
celui de la Einsig interceptés par le vainqueur. 
Lorsqu'on vit Mercy se poster tout près, k Wald- 
shut, on put croire que l'appel serait jugé à Lauf- 
fenbourg; mais le feld-maréchal bavarois reprit 
assez promptement la direction du lac de Con- 
stance. Là, en effet, nous occupions l'importante 
position d'Uberlingen, principal port de celte mer 
intérieure, grand centre d'approvisionnements, 
clef de la meillraire route de Munich. Jean de Wirlh 
n'ayant pas réussi dans une tentative de blocus, 
Mercyrecourutà l'attaque de vive force. Le 11 mai, 
après une belle défense, le vicomte de Courval sor- 
tit de la place avec huit cents hommes valides qu'il 
rapatria par Lauffenbourg. Uberlingen pris, Mercy 
alla s'établir devant Hohentwiel ' ; aiïaire d'argent 
cette ibis. Hohentwiel, sorte de nid d'aigle h peu 
près inabordable, était entre les mains du colonel 
Wiederhold, un de ces aventuriers toujours prêts 
à tranquer d'une place ou d'un régbnent; il prêta 
l'oreille aux ouvertures des Bavarois, fit aussitôt 

1. Hohentwiel (Juliomagus), Wurtemberg, c«rcle de la 
foret Noire, cinq lieues et demie sud de TiJttlingen, six lieues 
et demie nord-oueaL de Constance, forteresse détruite par les 
Français en 1800. 

lY. 11 



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358 LES PRINCES DE CONDÉ. 

connaître en France le chiffre de leurs offres et 
trouva des prétextes pour attendre ta réponse : 
malgré la pénurie du trésor, Mazarin s'exécuta et 
l'enchère fut couverte*. 

Tandis que ce digne gouverneur faisait traîner 
cette négociation, qui aurait pu devenir sincère si 
le feld-maréchal bavarois avait eu chez les ban- 
quiers de Bàle autant de crédit que le roi de France, 
Mercy reposait sa cavalerie au milieu des prairies 
du haut Danube, et Turenne, ayant h peu près 
remonté la sienne, rétabli quelque infanterie, rallié 
le petit corps de d'Aumont *, redescendait sans 
bruit en Alsace; il avait conçu une rapide opéra- 
tion dans la forêl Noire. Passant le Rhin à Brisach 
et Huningue, l'armée, d'environ dix mille hommes 
répartis en trois colonnes, sans aucun bagage, 
commença le l'^juin sa marche offensive. Rosen 
menait l'avant- garde composée de cavalerie, se 
dirigeant par Fribourg et Saint-Peter sur Donaues- 
chingen . Roqueservière le suivait avec l'artillerie et 
un fort détachement; Turenne, avec le gros de 
l'infanterie, avait pris plus au sud, par Saint- 
Blasien et Lenzkirch; le point de concentration 
était II Graben, au delà des défilés. Débarrassé de 

1 . Le Roi à Tureane, 43 juin. D. G. 
t. C'étaient les tronpes que le duc d'Anguien avait liissëes 
dans le Bairois et le Bassigny au mois de novembre précédent. 



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LOUIS DB fiOUBBON. 850 

Bantzau, rendu à. lui-même par les terribles leçons 
qu'il venait de recevoir, le » vieux Rose » retrouva 
son activité et sa vigueur, u II marcha trente lieues 
de France sans faire repattre les chevaux » *, tomba 
sur Gaspard de Mercy, frère du maréchal, posté 
à Hûfingen * ovec deux mille chevaux. « L'ennemi, 
quoique prévenu, fut entièrement rompu, perdit 
deux cents hommes tués, sept étendards, un 
colonel, un major, trois capitîûnes et deux cents 
hommes pris, outre mille chevaux ramenés et 
deux cent soixante de nos prisonniers recoux » *. 
Le feld-maréchal accourut; mais Rosen était déjà 
hors d'atteinte; le fi juin, les troupes françaises, 
ralliées, reprenaient le chemin de Fribourg. 
Turenne renforça la garnison de cette place et, 
repassant le Rhin à Hrisach, occupa des canton- 
nements resserrés en haute Alsace. Son quartier 
général était le 8 & Turckheim, près de Gobnar, au 
lieu même où, trente ans.plus tard, il devait rem- 
porter une de ses plus belles victoires. 

C'était une reconnaissance, mais une reconnais- 
sance très bien préparée, poussée au loin, exécu- 

t. ToreoDe à Hazarin, 8 juio. C. P. 

S. An sud et près de Donaneschingen. 

3. Gaspard de Mercy fut pris ud moment, mais dégagé par 
ses cavaliers. Les deux régiments bavarois maltraités avaient 
Dom Kosalki et Woir. (Hercy à l'électeur de Hayeuce, 
S jnia 4 6i4.) 



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S6a LES PRINCES DE CONDÉ. 

tée en force, avec précision, ^&ce h un dispositif 
qui, assurant deux lignes de retraite, avait permis 
aux troupes de marcher s&ns encombrement et de 
vivre sans bagage pour se trouver rapprochées 
avant d'être à ta portée des coups de l'ennemi. On 
avait réussi h. jeter quelque trouble dans les quar- 
tiers, peut-être dans les pians des Bavarois, as- 
suré le ravitaillement de la place menacée. C'était 
aussi une manière d'éprouver les troupes; le ré- 
sultat de l'expérience laissa quelques doutes; tous 
les régiments n'avaient pas également bien fait; 
celui du marquis de Bade s'était mal conduit; 
u il y a encore ici trop de gens qui se souviennent 
de la journée de TOttlingen » '. 

Cependant Mercy restait impassible; on s'ex- 
). plique difficilement l'attitude qu'il conserva pendant 
plusieurs mois après cet éclatant succès du 2à no- 
vembre. Son caractère était h la hauteur de son 
mérite; dévoué, désintéressé, il venait de s'effacer 
devant le duc de Lorraine et même devant Hatzfeld 
pour les décider " à se mettre ensemble » ; com- 
ment n'achevait-ii pas son œuvre ? Lui seul pouvait 
confirmer les résultats obtenus, désarmer pour un 
temps les rivalités de princes et de généraux, 
maintenir la cohésion ; et voici qu'aujourd'hui il 

1. TureoDe ii Hutuin, 8 juio. C. P. 



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LOUIS DE BODRBOH. SU 

semble s'égarer dans les petites entreprises, per- 
dant un temps précieux, sans tirer parti ni de ses 
talents, ni de l'excellente qualité de ses troupes, ni 
de l'ardeur que leur avait donnée la victoire; il 
« usait ses forces n , Turenne le voyait bien *. C'est 
que le feld-maréchal n'était pas libre de ses mou- 
vemenlâ. Le 19 février 16&&, une convention avait 
été conclue ii Passau entre l'Empereur, le roi d'Es- 
pagne, les ducs de Lorraiite et de Bavière-, on y 
avait réglé la répartition, l'emploi et le commande- 
ment des armées alliées pour la campagne qui allait 
s'ouvrir. Les troupes de Bavière, formant ce qu'on 
pourrait appeler l'armée du Sud, séparées de tou- 
tes les autres, avaient pourpremière mission de re- 
prendre les positions conservées par les Français 
en Souabe, puis de les déloger du Brisgau, en 
attendant que les circonstances permissent quelque 
action générale. En dehors de ces arrangements 
ûfîîcieis, les négociations secrètes suivaient leur 
cours; les défections se préparaient, tout au moins 
s'étudiait-OD à les rendre possibles : les prison- 
niers de Tûttlingen servaient d'intermédiaires 
à Maximilien ou au duc Charles pour établir des 
rapports avec la cour de France, et ces deux 
princes étaient disposés à, ne rien brusquer avant 

I. Turenne à Mazaiin. G. P. 



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303 LES PRINCES DE CONDÉ. 

d'avoir vu à quoi aboutirait un premier échange 
de vagues communications. Les alliés avaient en- 
core à. tenir compte des opérations que pourraient 
entreprendre ies troupes de Suède et de Hesse ; 
on disait Kônigsmarck et Geiso prêts à se réunir. 
Enfin Ragotski venait de soulever la Hongrie et 
causait de sérieux embarras k l'Empereur. 

Si diverses causes retïirdaient les progrès des 
Impériaux, l'organisation et la répartition des ar- 
mées françaises présentaient aussi des parties défec- 
tueuses. Au lendemain du désastre, Mazarin avait 
répandu h profusion les dépêches et les circu- 
laires pour faire connaître aux agents, aux par- 
tisans de la France sa ferme résolution de con- 
sacrer toutes les ressources, tous les efforis aux 
affaires d'Allemagne, et il avait, en effet, donné des 
soins efficaces i la remonte et au recrutement de 
l'armée de Turenne; mais d'autres visées, d'autres 
combinaisons attirèrent ailleurs des forces qui au- 
raient pu être mieux employées du côté du Rhin. 
Pas plus que Mercy, Mazarin n'était complètement 
libre. La bataille de Rocroy avait allumé dans 
l'àrae du duc d'Orléans une sorte de flamme guer- 
rière : il brûlait du désir d'être, lui aussi, victo- 
torieux, et de vaincre sur le théMre même des 
succès du duc d'Anguien. Gaston était lieutenant 
général du royaume; il fallut accepter sa volonté. 



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LOUIS DE BOURBON. 363 

Tout l'appareil des grands moyens, les corps d'é- 
lite furent destinés à la frontière du Nord; c'était 
excessif. Bien que les Espagnols et les Lorrains 
réunis pussent encore tenter quelque entreprise 
de ce côté, le péril n'était plus là. Mais, quand on 
voit, dans des temps plus récents, chez des peuples 
divers, sous des gouvernements de forme diffé- 
rente, combien d'étroites considérations de parti 
ou de personne, des engouements peu justifiés, 
des antipathies sans motifs pèsent sur la solu- 
tion des questions les plus graves, sur les choix 
les plus délicats, on ne peut s'étonner qu'au 
milieudes embarras d'une régence, au début d'une 
période de troubles, des nécessités de politique 
intérieure aient légèrement troublé l'ordonnance 
des armées. 

M. le Duc offrit de servir comme lieutenant gé- 
néral sous les ordres de Monsieur, sans tenir compte 
de divers incidents qui avaient déjà séparé ces deux 
princes. Gaston ayant déjà fait d'autres choix, le duc 
d'Anguien reçut un commandement dans la pro- 
vince de Champagne, dont on venait de lui don- 
ner le gouvernement ' . Le Roi signa les pouvoirs 
des généraux en chef le 22 avril et leurs instruc- 



t . Le maréchal de l'Hâpital s'élait volonUîrement démis de 
ce gouvememeDt, contra payement de S0O,00O livres (ordre 



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Ui LES PRINCES DE COKDË. 

lions le 1** mai '. Il n'y avait, en réalité, que deux 
armées, celle de Picardie et celle d'Allemagne. 
Les troupes dirigées sur Rethel et destinées à. Gas- 
sion, celles du duc d'Angaien, qui se réunissaient 
entre Stenay et Verdun, formaient deux corps ap- 
pelés, selon les circonstances, soit h, se réunir 
ensemble, soit k joindre l'une ou l'autre des ar- 
mées voisines. Gassion, qui avait enfin reçu le 
bâton si longtemps attendu et qui avait prêté le 
serment de maréchal en même temps que Turenne, 
était dans la même situation que Gesvres l'année 
précédente. Il eût préféré se retrouver auprès de 
son ancien général ; mais il devait être fatalement 
attiré par Monsieur. La Meilleraie et Rantzau 
étaient les lieutenants généraux de ce dernier ; le 
maréchal de Guiche était placé auprès du duc 
d'Aiiguien; d'Aumont servait sous Turenne; Vau- 
becûurt bloquait La Motte ; le duc d'Ëlbeuf réunis- 
sait quelques milices en Picardie ; Villeroy devait 
apaiser les soulèvements causés par l'extrême 
misère dans l'Ouest et dans le Midi. La Motte- 

du Roi à Claude de Guénégaud, liésorier de son épargne, 
H mai 1644. A. C). 

1 . II De fut eipédiè de pouvoirs oi b Turenne, qui avait reçu 
les sieus le 3 décembre 1643, ni au duc d'Orléans, comman- 
dant l'aimée de Picardie. Ce dernier n'en avait pas besoin, 
ayant autorité sur toutes les années, comme lieutenant général 
du .royaume. 



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LOUIS DE BODHBON. 365 

Houdancourt était toujours en Catalogne, où il avait 
d'abord si bien fait ; niîiis il n'avait plus le même 
succès, et marchait d'échec en échec; Mazarin, 
qui n'aimait pas les généraux malheureux, fmit par 
l'abandonner, et le maréchal alla expier ses re- 
vers au château de Pierre- Encise. 

Ainsi, en laissant de côté les troupes de Ville- 
roy et de La Motte-Houdancourt qui avaient une 
mission spéciale, celles qui pouvaient être appelées 
h opérer sur le vrai théâtre de la guerre étaient ainsi 
réparties, au mois d'avril, entre Bàle et Dun- 
kerque : 

A l'une des extrémités de cette ligne, au sud- 
est, l'armée d'Allemagne, ayant la mission difficile 
de secourir des places, de déjouer les tentatives 
ou d'arrêter les progrès d'un ennemi victorieux; 
repliée demère les Vosges, avec des gafnisons 
en Alsace, Brisgau et jusqu'en Souabe, tenant 
plusieurs passages du Rhin ; 

A l'autre extrémité, au nord-ouest, l'élite des 
troupes françaises, destinée à porter de nouveaux 
coups à la puissance espagnole, menaçant les 
villes maritimes de Flandre ; 

Entre ces deux groupes principaux, de force et 
de valeur inégales, deux corps .placés dans les 
vallées de la Meuse et de la Moselle, sans desti- 
nation bien définie ; 



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366 LES PRINCES DE CONDÉ. 

Auprès et en arrière, les troupes de remplace- 
ment ou d'observation se rassemblent sous Maga- 
lotti, Vaubecourt, Arnauld, le duc d'Elbeuf. 

Le tempérament du duc d'Anguien, moins ro- 
icd'ABguirà buste qu'énergique, avait été assez éprouvé par 
(10 mil}: quelques mois de séjour h. Paris. Les soins de son 
médecin Bourdelot le rétablirent; c'est du moins 
ce qu'écrivait Bourdelot*, homme d'esprit, mais 
singulier personnage, dont nous aurons à repar- 
ler. Af. le Duc était en parfaite santé au moment 
où il reçut les instructions du Roi ; aussitôt il se 
rendit au quartier général de Verdun (vers le 10 
mai)*; en même temps, les premières troupes 
arrivaient aux divers lieux de rendez-vous. Le 
jeune général ne trouvait pas sur la Meuse une 
armée constituée, comme celle dont il avait pris 
le commandement l'année précédente, — armée 
maltraitée , affaiblie par les revers , pleine de 
recrues, mais ayant un long passé et des cadres 
à peu près complets — ; ni même comme celle 
que Turenne remaniait en Alsace, et qui, bien que 
disséminée par la déroute, avait conservé les tradi- 
tions et la charpente d'une organisation ancienne ; 
c'était une armée toute neuve qu'il fallait créer en 



r 30 avriM64i. A. C. 

3. Madame la Princesse à H. \e Duc, 13 mai. A. C. 



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LODIS DE BOURBON. 287 

quelque sorte de toutes pièces. Si l'on en excepte 
le régiment de Persan, l'inranterie se composait 
presque en totalité de corps d'origine récente; 
quelques autres, bien encadrés, mais végétant 
depuis plusieurs années dans les garnisons de 
Bourgogne ou ayant essuyé, sous les ordres de 
M. le Prince, les bourrasques de Fontarabie et de 
Salces, étaient plus habitués à la petite guerre des 
frontières, au service et à la défense des places 
qu'aux longues marches et aux actions en rase 
campagne; parmi les nouveaux, le meilleur était 
« Mazarin-Français » * ; Anguien et Conti repré- 
sentaient les H troupes de la maison de Condé ». 
Un seul des « vieux » avait été un moment des- 

t. Oq pourrait s'égarer parmi les régiments qui partirent le 
nom de ■ Mazaiio ». Sans parler des corps de cavalerie, il y 
avait en 1644 trois régiment-) d'infanterie dont le cardinal était 
mestre de camp titulaire : — « Mazarin-Italien ■ ou i Royal 
d'in^terie italienne ». Nous l'avoQs vu i Thionville; il s'était 
héroTquemMit conduit dans la déroute de Tijttlingen, et figu- 
rait, eniei4, dans l'armée de Turenne; le contingent destiné k 
le renforcer, ou plutôt à le renouveler, arrivait ea juillet à 
Hethel; — ■ Vaisseau xOlazarin », qui deviendra « Royal-des- 
Taisseaiuc b ; — i Hazarin-Français » ; c'est celui qui fait l'objet 
de cette note. Créé le 4 février 1644, i. l'efTectif (nominal) 
de 1,500 hommes en 30 compagnies, il avait pour noyau les 
débris du régiment Casteloau, levé en 1635, et des deux régi- 
meots breUms envoyés m <64S b Gnébriant (Voir p. 108). 
Eo 465), t Mazarin-Français n prit le nom de « Bretagne », 
avec la devise Potiiu tnori ^ptam fœdari. 



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»W LES PBINCES DE CONDlt. 

tîné à servir sous M. le Duc : « Vous recevrez 
le régiment de Champagne, qui est un corps de 
la valeur que vous savez » '; c'était, en effet, 
un régiment de grand renom, l'émule de « Pié- 
mont », avec des qualités différentes ; Amauld u du 
Fort » lui avait donné des vertus romaines. Mais il 
ne rejoignit pas : <\ la suite du malheur arrivé en 
Catalogne, « Champagne » fut envoyé dans cette 
région, où nous le retrouverons plus tard. « Vous 
avés admirablement bien faict, écrivait à ce propos 
M. le Duc k Mazarin', et il faudrait que je fusse 
bien déraisonnable pour y trouver à redire. » Le 
jeune général n'était donc pas si exigeant et si 
« déraisonnable » ; il ne partageait pas, ou tout 
au moins ne laissait pas percer le déplaisir, le res- 
sentiment qu'éprouvaient, que témoignaient son 
père et surtout ses amis en lui voyant assigner 
un commandement dont l'importance répondait si 
peu au bruit qui s'était fait autour de son nom et 
à l'éclat du service qu'il venait de rendre ; nous 
pouvons même ajouter qu'il se montrait satisfait è. 
peu de frais, et de meilleure composition que Ift 

i. Naxarin & M. le Duc, 17 mai 16ii. (Voir, aur < Qiam- 
pagne *, tome III, pp. 138 et 129, notas.) Ce régimeat était 
alors à Perpignan et fut envoyé au maréchal de la Motte avec 
l'année du marquis de Villeroy après l'échec de Lérida 
(mai16i4). 

a. 7 juin. C P. 



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I.OniS DE BOURBON. ttS 

plupart des généraux. « Les troupes sont belles 
et en estât de servir », écrivait-il au cardinal quel- 
ques jours après avoir pris possession de son com- 
mandement. J'ay veu vostre régiment, duquel 
touttes les compagnies n'esloient pas encor arri- 
vées et qui estoit pourtant de plus de seize cents 
hommes, sans les officiers, aussy bons que dans 
les gardes » '. Et quelques jours plus tard : 
« Vostre régiment de cavïilerie vient d'arriver : 
sis cent maislres bien faicis et aussy bien montés 
que j'en aie jamais veu, admirablement beau; » 
mêmes éloges pour les gendarmes de la Reine et 
ceux de M. le Prince. Les corps, les détachements 
arrivaient successivement, a J'ay sis mil hommes 
de pied et plus de trois mil chevaus » '. Ajoutons 
un millier d'hommes, et nous aurons l'effectif réel 
dont M. le Duc put disposer quand il fut en 
action. 

Les mécomptes, sans échapper h. sa vigilance, 
ne troublaient pas sa bonne humeur : des régi- 
ments qu'on lui avait annoncés, celui du Havre 
par exemple, étaient dirigés ou retenus ailleurs; 
les détachements que devaient fournir les gouver- 
neurs de Rocroy, Sedan, Mouzon, Metz, Ver- 
dun, etc., arrivaient incomplets, en retard, ou 

4. Anguien à Hazario, VerduD, 1" juin. C. P. 

5. Hauzon, 18 juin. 



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270 LES PRINCES DE COKDÉ. 

même ne venaieDt pas ; les enseignes de compagnie 
n'étaient pas rétablis, et toutes les instances pour 
que les cadres de l'infanterie fussent complétés ne 
purent vaincre la résistance du ministre. Le service 
de l'artillerie surtout laissait à désirer : le matériel 
ne manquait pas, gr&ce au zèle de Saint-Aubin, 
directeur de l'arsenal de Metz ; mus on avait grand'- 
peine h rassembler les chevaux, quelle que fiit 
l'activité d'Aymar de Chouppes ', lieutenant du 
grand maître, détaché à l'année de Champagne; 
car le grand maître lui-même, le maréchal de la 
Meilleraie, servant auprès de Monsieur comme 
lieutenant général, voulait attirer et retenir tous 
les moyens'. — Le nombre des aides de camp 

4 . Aymar do Chouppes appartenait k une de ces hmilles de 
huguenots poitevins que nous avons tus si vailtaots à Jamac. 
Né vers 1613, page de la petite âcurie à treize ans, puis volon- 
taire aux gardt», il fait trois campagnes comme soldat d'inlan- 
lerie, et sert pondant sept ans comme otScier dans les chevau- 
lëgors. Nommé aide de camp de La Heilleraie eu 1636, il est 
depuis lors employé dans l'artillerie, dont ce maréchal était 
grand maître. Un moment il eut l'oreille de Richelieu et servit 
d'intermédiaire entre le cardinal et Turenne, en juin I6is. 
Devenu lieutenant général, il fut quelque temps au service du 
roi de Portugal, et mourut en 1673 gouverneur de fielle-lsle- 
en-Her. U a laissé des mémoires. Le dernier de sa raoe fut tué 
en Vendée. 

5. Le SI mai, Mazarin rappelle è La Meilleraie en tonnes 
assez vifs qu'il doit faire envoyer à l'année du duc d'Angnien 
sii cents chevaux d'artillerie, y compris les trois cents quo làre 



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LOUIS DE BODRDON. S11 

attachés h. l'arniée fut porté de cinq h. douze, et 
celui des maréchaux de camp fixé à ti'ois : Espe- 
nan, Palluau, et le comte de Tournon, jeune oQî- 
cier général de grande espérance, allié aux Mont- 
morency et admis dans l'intimilé de madame de 
Longueviiie*. Enfm M. le Duc comptait bien avoir 
sous ses ordres un étranger dont il avait déjà pu 
apprécier le mérite, quoique son nom fût encore 
peu connu, le Liégeois Marchin, alors chargé d'une 
mission assez importante. 

Nous avons déjà dit un mot du recrutement de 
nos armées et particulièrement de certaines de nos 
armées. Les difficultés ne faisaient que croître avec 
les nouvelles entreprises et l'agrandissement du 

M. de Cbonppes. Ceux-ci Turent râiuiia le f juin (Auguiea à 
Mazarin). 

i. Touroon quitta madame de Longueville à Coulontmiers, 
et emprunta le cachet de cette princesse pour fermer la lettre 
qui annonçait sa venue au duc d'Anguien (19 mai. A. C). 
Juât-Louis, comte de Tournon et de Roussillon, bailli du Yi- 
varois, sénéchal d'Auvergne, Gis de Just-Henri et de Catherine 
de Lëvis. Devenu veuf, le comte Henri de Toumon avait 
épousé Louise de Montmorency-Bout te ville, qui était ainsi de- 
venue la belle-mère du comte Louis. £n suite de cette alliance, 
et par courtoisie, Madame la Princesse appelait ce dernier 
« mon neveu de Tournon s. 11 avait servi en Languedoc, Ita- 
lie, Catalogne, et s'était très bien conduit à La Marfée. Maré- 
chal de camp par brevet du 16 octobre 1643, il fut tué devant 
Philisbourg un an plus tard, sans laisser d'enfants de Françoise 
<le Neufville. 



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SIS LES PRINCES DE CONDÉ. 

théâtre de la guerre. Les officiers ne manquaient 
pas, grAce au dévouement héréditaire et le plus 
souvent désintéressé de certaines familles. Cepen- 
dant beaucoup hésitaient à lever un régiment ou 
une compagnie; c'était une lourde charge. Si la 
guerre profitait à quelques-uns, elle minait les 
autres ; le plus souvent, on y perdait fortune et 
santé, quand on n'y Ifdssait pas la vie. Chaque 
jour, il fallait plus d'hommes pour remplir les rangs. 
Les grandes villes de France, certaines provinces 
donnaient beaucoup de volontaires; d'autres en 
fournissaient peu ou point. On recourait aux étran- 
gers ; mais avec les vieux corps de cette origine, 
il fallait tenir compte des traités, des capitulations : 
les Suisses ne devaient pas aller en Allemagne, 
les Allemands en France ni en Belgique; pour 
les uns et les autres, la Sarre était la limite; 
ceux-ci ne devaient pas être appelés sur la rive 
gauche, ceux-là sur la rive droite. Le mépris de 
ces stipulations faillit coûter à Turenne son armée, 
— on le verra plus loin, — et nous avons déji 
montré combien il était difficile de déplacer les 
troupes françaises. On s'ingéniait; on faisait de 
nouveaux appels à l'Irlande, à l'Ecosse; Mazarin 
cherchait partout, multipliait ses tentatives, ris- 
quant d'être pris au piège par plus fin que lui. 
Un ancien Weymarien, von Eyfeld, général des 



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LOOIS DE BOORBON. 313 

troupes de Venise, ayant fait espérer qu'il quitte- 
rait le service de la Seigneurie pour rejoindre Tu- 
renne sur le Rhin avec cinq mille hommes, le car- 
dinal le fit assister par des Hameaux, notre 
ambassadeur. Or, d'Eyfeld ne songeait qu'è. dé- 
tourner l'attention du gouvernement français, tan- 
dis qu'il cherchait à débaucher les Allemands en- 
rôlés sous nos drapeaux et âi se faire vendre les 
prisonniers que gardaient nos ennemis, pour gros- 
sir d'autant les troupes ou les chiourmes de la Sei- 
gneurie. On voit que le rachat des prisonniers de 
Tûttlingen, sur lequel on avait compté d'abord, 
rencontnùt plus d'un obstacle. Quelques princes 
voulaient faire de ces malheureux un abominable 
commerce, et Turenne indiquait de cruelles repré- 
sailles : « Si les ennemis envoyent nos vieux cava- 
lîers ramer sur les galères, il faudra vendre les 
prisonniers espagnols aux Suédois, qui les feront 
travailler aux mines " '. 

C'est au moment ob Mazarin était aux prises 
avec toutes ces difficultés de recrutement et d'orga- 
nisation que Marchin offrit de faire une levée im- 
portante. D'origine médiocre et de mine vulgaire, 
ce Liégeois était a homme d'esprit, de jugement, 
de conduite, de valeur, de grand mérite et prêt à 

4. TnieDiie à Mazarin, 15 man 16i4. C. P. 



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S74 tES PRINCES DE CONDË. 

tout entreprendre » *. Enrôlé à treize ans dans le 
régiment du fameux comte de Tilly», il arriva, 
de grade en grade, au commandement d'un corps 
de chevau-légers, passa avec sa troupe au service 
de France et fut employé en Bourgogne, alors que 
le duc d'Ânguien, presque enfant, gouvernait 
cette province en l'absence de son père. Il acquit 
promptement l'estime et l'amitié du jeune prince 
et lui inspira dès les premiers jours une confiance 
qu'il sut justifier par un long dévouement et d'écla- 

I. Leoet. 

i. t Nous étions là, raconlait-il plus tard, vingt-huit gentils- 
boioiDea(f] lorrains, wallons ou allemands, dont quatorze sont 
devenus généraux en chef s. Jean-Gaspard -Ferdinand Mar- 
cliin, qui, par l'usage, se prononce Harsiu, et s'est même sou- 
vent écrit aÎDsi, fut admis dans le corps de la noblesse du 
pays de Liège en 1 615, devint lieutenant général des années 
du Roi et commandait eu Catalogne au moment de l'arresta- 
tion de H. la Prince. Saisi aussildt, enrenné dans la citadelle 
de Perpignan, Marchin s'évade, se casse la jambe en tombant, 
et appelle la sentinelle pour se faire remettre en prison. Il en 
sort peu aprèset prend part activement Ë laguerredeCuveone. 
Exclu de l'amnistie en i 6^3, il quitte la France avec un sauf- 
conduit pour rejoindre H. le Princ« en Flandre, sert près de 
lui comme lieutenant général, et commande habituellement s(hi 
infanterie. Nommément compris dans la condamnation do grand 
Conde, exclu encore une fois de l'amnistie à la pais des Pyré- 
nées, il mourut en t673, capitaine général des armées du m 
catholique, comte du Saint-Bmpire et chevalier de 1* Jarretière. 
Il avait épousé Marie de Balzac d'Entragues. Son fils reprit du 
jgrvice eu France, obtint le bâton de marét^al en 1703 et 
mourut de ses blessures le lendemain de la bataille de Tniin. 



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LODIS DE BOUABON. SIS 

tants services. Marchùi se donnera au gnuid Condé 
tout entier et le suivra per fas et nefas jusqu'au 
jour où, après avoir traversé ensemble les craels 
embarras de l'émigration, ils se sépareront & peu 
près brouillés, sur le seuil de la France, l'un pour 
rentrer dans sa patrie repentant et soumis, l'autre 
reprenant sa liberté pour porter son allégeance à 
d'autres princes. 

Aujourd'hui, c'est surtout une affaire que Mar- 
chin a entreprise ; il compte bien qu'elle sera lu- 
crative; peut-être lui donnera-t-elle une position 
considérable. Il a reçu de Sa Majesté l'ordre de se 
rendre immédiatement à Liège pour lever deux ré- 
giments de cavalerie, deux de dragons et deux d'in- 
(anterie, formant un corps de deux mille chevaux et 
deux mille hommes de pied'. La destination de ces 
troupes ne fut pas tout d'abord fixée; elles furent 
annoncées un peu h. tout le monde : c'est la land- 
grave de Hesse qui eut la première offre j le corps 
liégeois dut ensuite appartenir à l'armée de Tu- 
renne, puis à celle de Monsieur ; Mazarin faisait 
ainsi miroiter ce renfort pour décider les alliés ou 
les généraux à une action prompte et énergique. 
Pensa-t-il que l'ardeurd'Anguien n'avait pas besoin 
d'un semblable aiguillon? Toujours est-il que les 

4. lustrucUoosdulS JBDvier IGli. B. N. 



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376 LES PRINCES DE CONDÉ. 

instructions de M. le Duc étsdent muettes sur la 
levée d'hommes qui se faisait au pays de Liège, et 
cependant la position assignée h. son armée était 
telle, que son concours était nécessaire au succès 
de l'opération ; car il ne suffisait pas d'enrôler des 
soldats en pays neutre, il fallait les en faire sorlir, 
empêcher les généraux impériaux, les d)efs de 
bandes qui souvent rôdaient entre Meuse et RhÎD, 
Beck, Hatzfetd, le duc de Lorraine, de fondre sur ce 
conlingent pour l'anéantir. C'est sans doute dans 
ce but que le général de l'armée de Champagne 
(appelée aussi seconde armée) était autorisé * à 
s'avancer en Luxembourg » ; bientôt son attention 
fut officiellement appelée sur les " recrues de M . de 
Marchin », qu'iln'étaitpasdisposéàperdredevue, 
et il se tint en mesure d'assurer leur passage dès 
que le moment en serait venu, qu'il en aurait les 
moyens et qu'il connaîtrait la direction donnée à 
ses troupes. Ses mouvements étaient subordonnés 
aux incidents qui pourraient survenir durant le 
siège de Gravelines, et au succès d'une négocia- 
tion importante entreprise devant le front de son 
ïirmée : serait-il appelé vers la mer du Nord pour 
« seconder et favoriser le grand dessein de Mon- 
sieur? H Aurait-il k combattre M. de Lorraine ou 
à faire sa jonction avec lui ? 

Après quelques hésitations, le duc d'Orléans 



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LOUIS DE BOURBON. 277 

s'était décidé pour l'attaque de Gravelines. On s'é- 
tait assuré du concours de la Hollande qui fournis- 
sait une flotte pour bloquer le port, tandis que le 
prince d'Orange assiégeait le Saas de Gand*. Bien 
que la conquête de Gravelines eût alors une valeur 
que nous apprécions difficilement aujourd'hui', le 
résultat que l'on espérait obtenir n'était pas pro- 
portionné à l'importance des moyens employés, ni 
surtout au ralentissement que ce grand elTort ame- 
nait dans les opérations d'une utilité plus marquée. 
On avait cru pouvoir s'envelopper d'un certain mys- 
tère et donner le change aux Espagnols, mais il y 
avait eu trop de monde dans la confidence; l'en- 
nemi fut vite au courant, se prépara bien et fit 
bonne défense. Le succès, d'abord jugé certain, 
facile même, parut un moment douteux. Gaston 
n'était pas fait pour commander une armée ; son 
intelligence était prompte, et il ne manquait ni 
de savoir ni de bravoure, mais de vigilance, de 
suite, de secret, de caractère ; livré aux favoris, 
inégal, sans autorité sur ses lieutenants. Il avait 
souB la main deux instruments précieux, La Meil- 
leraie, très entendu aux sièges, Gassion, dont 

1 . Pris par las Hollandais au mois de septembre. 

t. Il Défaut pas oublier que Dunkerqus était espagool. Gra- 
velines est encore aujourd'hui ville de guerre et le centre d'un 
conomerce d'exportation assez important, <buë, fruits, etc. 



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37g LES PRINCES DE CONDÉ. 

nous connaissons l'audace et l'esprit de ressource. 
Abandonnés à eux-mêmes, ces deux hommes 
furent paralysés par leurs défauts, la vanité de 
celui-ci, la brutalité de celui-là; et ils semblèrent 
plus disposés à. tirer l'épée l'un contre l'autre 
qu'à contribuer à l'avancement du siège. Dans 
les premiers jours de juin, les inquiétudes furent 
vives à Paris, d'autant plus qu'elles coïncidaient 
avec de mauvaises nouvelles venues d'ailleurs. 
« L'estonnement ici n'est pas petit de l'événement 
de Catalogne et de l'embarras de Gravelines, i 
écrivait un observateur bien informé*. « Pour le 
premier, la défaite a été très grande, et il ne faut 
plus songer k Tarragone. Pour Gravelines, c'est un 
abyme de dépenses et de perte d'hommes. Les 
maréchaux, quôiqu'au plus mal ensemble, n'augu- 
rent pas bien du siège, sont fort embarrassés de 
cette cour de Gravelines et se plaignent que le vé- 
ritable général d'armée est l'abbé de La Rivière*. 

I. Perrault & Girard, Paris, It juiD t64l. Le président Per- 
TRull était chef dn conseil de M. le Prince, et Girard, soa beau 
friirt, était alors attaché è la personne de M. le Duc. (Veir 
tome III, pages lOS et 345] 

S. l.a Bivière [Louis Barbier, abbé de]. Ris d'an commis- 
saire de l'artillerie ea Champagne, deviot premier aumônier et 
bvoi de Vonsienr, après avoir débuté comme régent aa col- 
lège du Plessis. Habile à la flatterie, plus msi qu'adroit, 1res 
capable de perBdie, un moment très poissant, il oscilla «nbe 



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LOUIS DE BOURBON. 379 

La aeureté de l'Estat consiste presqu'en l'armée de 
M. le Duc ». 

Avec moins de crudité, les lettres de Mazarin au 
duc d'Anguien étaient sur le même ton : « Con- 
servez bien votre année, lui répétait-il; je la consi- 
dère comme celte qui en tout événement peut ré- 
parer ce qui arriverait de fascheux ailleurs ; il est 
fort possible que vous deviez marcher au secours 
du duc d'Orléans ». M. le Duc fut ainsi tenu en 
suspens pendant deux mois et, le 12 juillet, Gaston 
le priait encore de n s'^procher h, si Beck faisait 
jonction avec Piccolomini ou les Lorrains. Il est 
vrai qu'à la même date Gassion annonçait à M . le 
Duc que la place était & l'extrémité : « Je souhaite 
fort la fin de ce siège, ajoutait-il, parce que j'es- 
père que i'ort me permettra de vous aller joindre^ » 
Gassion ne devait pas avoir cette joie. 

Il ne suffisait pas de tenir l'œil ouvert du côté N^gatiaiioDs 
de Gravelines, de veiller sur la frontière, d'observer "LomiDo, 
Beck, de guetter le moment oîi Marchin serait prêt 
à quitter Liège avec ses six régiments ; il fallait 
encore que M. le Duc suivit toutes les phases des 
négociations entamées avec le duc de Lorraine, qui 

son protecteur, Mazarin, les Condé, el Gnit par être abandonné 
de teus. Le chapean lui échappa; nmis il mourut pair de France, 
évéque-duc de Langrea, Ie30janvier1670.1l était néenl595. 
i. A. C. Gravelines capitula le S9 juillet. 



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380 LES PRINCES DE CONDÉ. 

lui était présenté tantôt comme le plus dangereux 
des ennemis, tantôt comme un allié, presque comme 
un lieutenant qui allait servir sous ses ordres. Dès 
le commencement de l'hiver, les prisonniers de 
Tûttlingen avaient reçu les premières ouvertures 
de ce souverain détrôné et vagabond; Mazarin les 
accueillit avec empressement. Dans le monde des 
ambassades, personne ne crut au succès ; on sa- 
vait que M. de Lorraine tirait davantage des impôts 
de guerre levés çà. et là que du revenu de ses anciens 
États.et qu'il tenait plusàconserver la dispositionde 
son armée qu'à recueillir une Lorraine dévastée, 
privée de sa capitale, de ses boulevards ; enfin l'ar- 
rangement.n'eûtpas fait les afTaires de la comtesse 
de Cantecroix, toule-puissante sur l'esprit du duc. 
Cependant Mazarin paraît avoir réellefnent espéré 
qu'il pourrait acheter l'armée du duc Charles, comme 
Riclietieu avait acheté celle du duc Bernhardt, et pen- 
dant plusieurs mois il persévéra. Nous n'essayerons 
pas d'engager le lecteur dans le dédale de ces ten- 
tatives d'accord; tout cet écheveau de conférences, 
de conventions, de mensonges, de traités, de rup- 
tures a déjà été habilement démêlé ailleurs'. La 

4 . Hiitoire de la réumon de la Lorraine à la France, par 
le comte d'Hausson ville. — J'écrivais ces lignes sous les yeux 
de ce généreux ami, qui vient d'être si rapidement enlevé à 
la France et à l'affection de tons ceux qui le connaissaionC. 



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LOUIS DE BOURBON. 381 

marche des négociations secrètes est presque tou- 
jours au rebours des arrangements officiels. Un jour, 
c'est Mazarin qui écrit à. Turenne : « Nous sommes 
en traité étroit avec M. de Lorraine, » tandis que 
celui-ci est en train de s'entendre avec l'Espagne. 
Quelques jours plus lard, le premier ministre an- 
nonce au ducd'Anguien la rupture définitive, et àce 
moment même du Plessis-Besançonva reprendre la 
négociation. A son tour, notre envoyé informe M. le 
Duc qu'il est tout près de conclure * : « On peut 
faire estât de ses troupes (quatre h cinq mille hom- 
mes) et de sa personne, sysa santé le permet, pour 
toutes sortes de desseins, mesme de les joindre 
avec les vostres pour agir conjointement en Luxem- 
bourg ou le long de la Moselle. » Bientôt la con< 
fiance revient à Mazarin : « M. de Lorraine remet 
La Motte; il a témoi^é une estime particulière 
pour Votre Altesse. M. du Plessis est parti pour 
lui faire signer le traité »'. Le 18 juillet, en effet, 
notre négociateurest de retour à Metz; il n'y trouve 
personne, n'y reçoit pas de réponse ; ces lenteurs 
lui deviennent suspectes, « quoyque j'aye grand 
peyne à croire que ledict sieur duc en soit venu sy 
avant pour rompre quand les affaires sont en bon 
estât de satisfaction pour luy. Je ne puis conce- 

I. 37 juin. A. C. 

s. Uaxarin à H. le Duc, 13 juillet 



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383 LES PRINCES DE CONDÉ. 

voir à quelle fin il a résisté depuis trois mois aux 
continuelles soliicitations des ennemys et refusé de 
les assister dans le t>esoing qu'ils en ont, pour ne 
donner contentement ny h eux ny à nous et demeu- 
rer dans une posture suspecte aux uns et aux autre», 
sans avoir absolument conclu ny pris argent de 
personne. Peu de jours suffiront pour expliquer cet 
énigme. Cependant les choses iront en nostre fa- 
veur »'. Du Plessis-Elesançon avait peine à. se 
rendre à l'évidence. Serré et comme écrasé entre 
deux puissants voisins, le duc Charles passait sa 
vie à tromper tout le monde ; mais c'était le roi 
de France qu'il redoutait le plus et qui l'avait dé- 
pouillé; aussi était-ce la France qu'il trompait 
réellement et qu'il amusait depuis trois mois, pa- 
ralysant plus ou moins une de nos armées , se 
garant des coups, choisissant un peu h. l'aveugle 
le moment de rompre ou plutôt le reculant le plus 
possible. Ce moment vint enfin ; le 25 juillet, son 
armée passait la Meuse et se joignait à celle de 
Beck. M. le Duc n'était plus là. 

Remarquons avec quel soin Mazarin garantissait 
° au duc d'Anguien les bonnes dispositions de M. de 
Lorraine ; ce n'était pas sans intention, et du Pies- 
sis, dans ses lettres, se montrait encore plus expli- 
1 . Du Plessis-BesancoD à H. le Duc, Metz, 49 juillet 4644. 



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LODIS DE BOURBON. 383 

cite; VDÏd pourquoi. On avait songé h. oflrir au duc 
Charles le commandement supérieur de nos armées 
dans l'Est; quelque bruit en vint jusqu'au duc 
d'Angmen, qui se montra peu enclin à faciliter 
cette combinajson : u On m'a dit que M. de Lor- 
raine avoit quelques prétentions pour le comman- 
dement sur moy. Je croy que vous et la Royne, 
outre m& considération particulière, ne voudroient 
pas faire un tort à la maison de Bourbon que le 
roy d'Espagne etTEmpereur n'ont jamais faictà 
la maison d'Autriche »*. Le duc d'Anguien avait 
donné de bonne heure l'exemple de résister aux 
prétentions des princes étrangers *. Il n'avait pas 
vingt ans lorsqu'il refusait de faire la première 
visite au même duc de Lorraine de passage h 
Paris en 16A1, Plus tard, proscrit, et alors que 
ses passions et ses fautes avaient rois sa fortune 
aux mains du roi d'Espagne, il préféra courir le 
risque de tout perdre à l'humiliation de céder le 
pas & l'archiduc. Chez lui, nulle vanité ne se mêle 
à la fierté de race ' ; mais il est et sera toujours 

1. Anguien à Hazarin, 17 juillet 16ii. C. P. 

t. Comme il avait résisté aux prétentions des cardinaux. 
Voirliv. lU, ch. vi. 

3. Le duc d'Ëpemon et le père Jonrdan, discutant sur les 
origines fantastiques prêtées par les généalogistes b la maison 
de France, prirent le grand Condé pour arbitre. Après les 
avoir écoutés : o Messieurs, lenr dit-i', nous vous sommes fort 



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su LES PRINCES DE CONDfi. 

intraitable pour tout ce qui touclie i. la grandeur de 
sa maison, comme pour l'avancement ou la prolâc- 
tion de ses amis. Les mouvements de son cœur 
sont presque aussi prompts que ses résolutions sur 
le champ de bataille : il brise les liens non moios 
rapidement qu'il les forme; ce n'est pas caprice 
cependant, ni intérêt, mais une trahison qu'il pres- 
sent, une bassesse qu'il découvre, une lâcheté qu'il 
soupçonne; l'arrêt est vite prononcé, parfois trop 
sévère, toujours raotivé. S'il reconnaît l'erreur, fl 
saura revenir, et alors son dévouement est sans 
bornes ; sa fidélité à ses amis ira presque jusqu'au 
sacrifice, quand, ruiné, vaincu, dépouillé, il refusera 
longtemps de conclure avec la couronne un arran- 
gement oii ses compagnons n'étaient pas compris. 
Aujourd'hui, s'il ne se montre pas exigeant comme 
général, s'il se contente de moyens insuffisants, 
acceptant sans murmurer les décisions du ministre 
et les petites perfidies cachées dans les instruc- 
tions obscures ou contradictoires, le prince reste 
hautain et l'ami est pressant. Avec quelle ardeur 
il s'attache en ce moment h. la fortune de quelques 
officiers dont il apprécie le mérite! Feuquières, 

obligés de l'intérêt qui vous porte h pousser l'origine de notre 
maison jusqu'il onze siècles. Nous nous contentons de bût 
bien avérés et sur des titres incontestables; à vous de faire 
valoir vos conjectures sur lo reste. " 



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LODIS DB BOORBON. 389 

« que feu M. le cardinal avait toujourB infiniment 
obligé 11 ; La Clavière, le plus ancien et peut-être le 
meilleur mestre de camp de l'armée; La Moussaye, 
qui, ayant te brevet de maréchal de camp, ne peut 
obtenir de servir en cette qualité, faveui' déjà accor- 
dée dans l'armée de Moneieui* à. Lavardin, Gan- 
delu, La Frette, Saint-Aignan. « Il estvray, ajoute 
le prince en raillant, que le mérite et les services de 
ces messieurs-là l'emportent infiniment, mais cela 
n'est pas encore bien sceu de tout le monde. » 
Quant au chevalier de Chabot, s'il perd son « petit 
gouvernement, la seule chose qui luy donne h vivre, 
il sera réduit en un estrange estât; vous m'aviés 
faict espérer, cet hiver, que vous l'obligeriés; je 
vous conjure de le vouloir traiter comnie il le mé- 
ritte et comme l'amitié que je luy porte le peut 
souhaitter »'. Mazarin diffère, continue de faire 
espérerj mais les refus directs ou déguisés ne rebu- 
tent pas le duc d'Ânguien ; à force d'insistance, et 
la victoire aidant, il obtiendra bientôt justice pour 
ses protégés. 

C'était M. le Prince qtii continuait de défendre i. 
Paris les intérêts de son fils. Malgré son entente et 
son habileté, il g&tait souvent les affaires. « Le 
plus grand témoignage que je puisse donner ik 

4. Anguienà MazaiÎD, 3, 17 juillet. C. P. 



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SM LES PRIHCBS DE CONDË. 

M. d'Ânguien de l'estime que j'ay pour luy est de 
souffrir comme je fais l'humeur de M. son père » '. 
Ce dernier déblatérait, décriait tout, ae plaignant 
toujours qu'on sacrifiait son fils, qu'on le laissait 
sans troupes et sans direction, mais surtout irrité 
du peu d'appui que lui-même trouvait pour sortir 
des procès où il s'était eng^. M. le Duc ne s'oc- 
cupait guère alors de ce qui touchait à sa fortune 
et même à son établissement, n'ayant racore à cet 
égard que des idées vagues et pas de plan arrêté. 
Toutefois il profita de son séjour en Champagne 
pour faire régler une question qui devait prendre 
une véritable importance dans l'avenir. Avec cette 
province, il avait reçu le gouvernement de Stenay, 
une des places de la Meuse récemment arrachées 
au duc de Lorraine. Or, on avait installé dans la ville 
comme lieutenant de roi un vieil officier, François 
~ Thibaud, qui maintenant se faisait prier pour en 
sortir. Mazarin avait beau rs^peler à Fabert, 
chargé de la négociation, que Thibaud n'avait été 
mis là qu'à titre provisoire, puisqu'on pensait 
alors à rendre Stenay au duc Charles par accom- 
modement ; Thibaud entendait être bien payé, et, 
^rès avoir dit qu'il remettrait la place au Roi 
sans capituler », ce que Mazarin s'était em- 

i. Hazaria b Guiche, 7 juin. 



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LODIS DE BODRBON. 287 

pressé d'aonoDcer ii M. ie Duc, il ne voulait plus 
des 20,000 écus qu'on lui olTrait avec une pension 
de 3,000 livres. « Ajoutez, s'illefaut, 18ou 20,000 
livres payables dans un an, écrivait Mazarin à Fa- 
bert le 22 juin; mais n'olTrez ce supplément qu'à 
la dernière extrémité. » Il fallut cependant allouer 
le supplément et donner Saint-Quentin à Thibaud 
en échange de Stenay, qui fut remis h. la fin d'août 
au délégué duducd'Anguien. 

Une autre aflaire dans laquelle M. le Duc s'était 
assez témérairement engagé pendant son séjour 
aux confins de la Champagne avait mêlé quelques 
soucis aux soins qu'il donnait à son armée et h. ses 
préparatifs de guerre. Il y porta la fougue de son 
caractère impatient de toute résistance, et poussa 
la passion de servir ceux auxquels il portait intérêt 
jusqu'à, la violence et la persécution contre les 
autres. 

Un sieur de Saint-Estienne, ayant enlevé une u «i 
jeune fille des environs de Reims « de son plein et 
consentement », assurait-il, I avait conduite à Ch&- 
teau-Regnault, place frontière dont son père était 
gouverneur. << Fière comme un dragon, petite, mais 
point laide, avec quelque chose de vif dans les yeux 
et se piquant d'esprit », mademoiselle de Salnove', 

i. Qaude de Saloove, GUe du sieur de Cuile et de Perrette 
Goujon de Thuisy. 



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288 LES PRINCES DE C0ND6. 

a qui n'avait ni père ni mère, rien qu'un frère et 
quarante mille escus de bien », découvrit bienUt 
que son amant était perdu de dettes et qu'il n'était 
(1 brave ni en guerre ni en amour n ; elle voulut se 
faire reprendre par ses parents. M. le Duc venait 
d'arriver dans la province; connaissant Saint- 
Ëstîenne, qui était bien apparenté, fort ré[>andu, et 
qu'il avait peut-être rencontré chez Ninon', il lui 
donna son appui. Par son autorité, mademoislle de 
Salnove fut placée dansuncouventdeMézières, et, 
comme elle en était sortie pour entrer dans un mo- 
nastère de Reims, il voulut qu'on la reconduisit 
de force à Mézières, ce qui amena une échauf- 
fourée. Sollicitée par la famille, la Régente inter- 
vint et témoigna son mécontentement au duc d'An- 
guien, qui prit l'affaire fort à cœur: « Je n'yay 
autre intérest que celuy de faire voir dans la pro- 
vince que la Royne ne protège pas de petits coquins 
dans mon gouvernement. Le sieur de Rothelin & 
faict à ce propos une grande insolence, ayant refusé 
la porte de Reims à mes gentilshommes et gardes 



t. Gharlss de Beaumonc, sieur de Saint-EstieDoe, passait 
pour avoir oblenu, le premier, les faveurs de mademoiselle de 
Lenclos. Il était lié avec Arnauld, et petil-neveu du père Joseph. 
Sou père, Jean de BeaumoDt, nommé panDi les sous~goaver- 
neurs du Roi mÎDeur, avait servi comme mestre de camp sous 
les ordres de M. le Prince. 



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LOUIS DB BOURBON. !8» 

quej'avois envoyés avec M. de Champlâtreux ' pour 
escorter les parents et la fille, au cas qu'elle 
vint; il a posé des corps de garde par touttes les 
rues conune si j'eusse voulu faire enlever cette 
fille. Si je n'estois point obligé de demeurer h. l'ar- 
mée, j'eusse bien appris h. ce petit seigneur-là son 
devoir;jesuis bien aise de vous le mander, aflin 
que vous fassiés cognoistre à ces gens-là que la 
Royne veut que je sois obéy dans le gouverne- 
ment qu'elle m'a fait l'honneur de me donner*, u 
Le cas était grave : en plaçant auprès de chaque 
gouverneur de province un intendant de justice et 
finances, Richelieu avait eu pour objet non seule- 
ment d'assurer la rentrée des impôts dans les 
caisses du Roi et d'en prévenir le détournement, 
mais aussi de protéger les particuliers, les femmes, 
contre les usurpations, les tentatives des seigneurs 

A. Récemmeiit nommé intendaDt de justice et Gnaiic«s en 
QiBmpagne, Jean-Édouard Holé, s' de Champlâtreux, était Gis 
do cdlèbre Mathieu Mole. Il devint président à mortier en 4657 
et moornt en 168S. i Inique, Gn, de peu de sûreté, de peu 
d'amis dans aa compagnie, conservant peu ceux du dehors 
(notes remises i Fouquet) ; il était un des plus vilains petits 
bommes qu'on puisse voir, et pourtant fort recherché des 
fenunes. ■ (Tallemant) 

3. H. le Duc k Mszarin, 13 juillet. C. P. — il. le Prince 
avait diaudement pris le parti de son fils : < C'est un insolent, 
disail41 de H. de Kothelin; faut le cbastier tout de bon. • 
M. W Prince à H. le Duc, U juillet. A. C. 



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SW LES PRINCES DE CONDË. 

influents, de remédier à. la tolérance des iieutenauts 
généraux pour les violences de leurs aïois. 

Le duc d'Anguien, débutant dans les fonctions 
dont il venait d'être investi par un acte qui mat^ 
quait avec éclat son mépris pour les justices locales, 
pour les délégués du Roi, pour les protecteurs 
naturels des faibles et des opprimés, créait un 
précédent que la couronne ne devait pas laisser 
établir. C'est ce qui fut très fortement exposé 
dans une dépêche du secrétaire d'État Brienne'. 
Avec tout i-espect pour la personne du duc d'An- 
guien et pour les pouvoirs du gouverneur de 
Champagne, le minisire ne pouvait trouver mau- 
vais que le lieutenant de roi de Reims' eût 
résisté à M. de Ciiamplâtreux qui, « sans lettre 
de Sa Majesté ni de Son Altesse, afaict assembler 
Messieurs de la ville et voulu les forcer h. recevoir des 
gens de guerre, parlant de rompre les portes d'un 
Dionastère et d'en violer la clôture u '. Ce qui of- 
fensait surtout le comte de Bnenne, c'était l'inter- 
vention de l'intendant de justice, Champl&treux, 
poussant la complaisance envers M. le Duc 

4. Henri-Auguste de LoméDÎe, cocnle de BrieoDe, secréiaim 
d'Ëtat au départemeut des AfTaires étrangères, mort en 1666. 

%. Henri d'Oriéans , marquis de Rolbelin, gouveraeur de 
Reims, mort en<6SI. 

3. Brienne à M. le Duc, SI juillet. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 301 

jusqu'à se mêler d'une affaire où le droit n'avait 
pas été plus respecté dans la forme que dans le 
fond. D'autre part, mademoislle de Salnove, après 
avoir habité six semaines avec Saint -Estienne, 
probablement « sans y trouver son compte u , dé- 
clarait aujourd'hui « qu'elle ne voulait plus de lui 
et qu'elle le haussait comme un diable ». M. le 
Duc envoya des lettres pour justifier » qu'il n'en 
avait pas toujours esté de mesme » , mais il dut se 
résigner h solliciter de la Régente des lettres d'abo- 
lition en faveur « d'un brave gentilhomme qui se 
trouvait embarrassé dans une très fâcheuse af- 
faire n et qui pourtant n'avait rien fait que par n te 
consentement de cette petite friponne ». U paraît 
que les billets de la bonne demoiselle étaient con- 
cluants : <i Sa Majesté n'a sceu comprendre que 
quy a escrit de cette sorte ayt pu dire aprez de ne 
pas vouloir de ce gentilhomme pour mary; le sieur 
de Saint- Estienne peut estre asseuré qu'il ne rece- 
vra aucun desplaisir de celte affaire dans le crimi- 
nel «'. Il en fut quitte pour ne pas se marier'. 

t. MazarinâM. le Duc, 31 juillet. 

t. A la suite de cette aventure, Cuile, frère de la demoi- 
«elle, • UD petit tyranneau Tort incommode, avec des manières 
de gladiateur a, appela plusieurs fois Saint- Estienne, qui fit si 
triste Ggursqne H. le Duc l'abandonna. Ce Cuile fut peu après 
tué par un ^ntilhomme buguenol, La Barge, qui avait aussi 
conrtbé notre héroïne et qui fut lui-même tuéJi la bataille des 



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SK LES PRINCES DE CONDÉ. 

L'affaire n'al]a pas plus. loin. M. le Duc voulut 
bien reconnaître que « M. de Rothelin était de la 
maison de M. de Longueville », son beau-frèFc, et 
Be contenta d'un léger blâme infligé à cet officieF. 
Quatre ans plus tard, peu après avoir succédé 
1. à son père dans le gouvernement de Bour- 
gogne, Louis de Bourbon cherchait encore à cou- 
vrir de sa protection une tentative de Tàpt qui 
eut un bien autre retentissement (ao(tt 16^8). 
C'était le moment de sa grande intimité avec 
Bussy-Babutin, qui, depuis longtemps attaché à 
sa maison , venait de sei-vir avec distinction 
sous ses yeux; la fraternité militaire avait res- 
serré de vieux liens de famille, de voisinage 
et de dépendance. Cédant aux perfides sugges- 
tions d'un moine corrompu et aux penchants 
de sa nature perverse, Bussy avait enlevé à main 
armée une veuve riche et belle, qu'il voulait 
épouser de gré ou de force; il était moins épris 
de sa beauté que de ses biens. Elle appartenait par 
sa naissance à la bonne bourgeoisie, et par son 
premier mariage h. une famille de robe dont le 
nom s'est trouvé mêlé & la plus étonnante, h. la 
pliis éclatante fortune des temps modernes : Marie 

DQoes, Ueutoiuit des gardes de Turenne. Devenue riche parla 
mort de sod frère, mademoiselle de Satnove, apràs diverses avot- 
tuns, épouBaU.defkmrbomie, dont elle eut plusieurs enfiinta. 



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LOOISDE BOURBON. 393 

Bonneau était veuve de Jean-Jtfcques de Beauhar- 
nais, seigneur de Miramion, conseiller au parle- 
ment de Paris. Après une série d'épisodes qui sem- 
blent être plutôt détachés d'un roman d'aventures 
qu'apparteniràlavie réelle, cavaliers masqués, car- 
rosses renversés dans les bois, traits de chevaux 
rompus à coups d'épée, château fort, herses, pont- 
levis, Bussy dut lâcher prise et remettre sa captive 
en liberté. Madame de Miramion ne se remaria pas ; 
son nom a été illustré par ses bonnes œuvres et par 
des fondations pieuses qui lui ont survécu ; c'est 
une des figures les plus pures et les plus austères 
du xvri" siècle; Madame de Sévigné l'appelle 
une mère de l'Église. Par un étrange contraste, 
elle a eu pour historien un des hommes les plus vi- 
cieux de son temps, l'abbé de Ghoîsy. C'est avec 
la connivence du prince de Condé, gouverneur de 
la province, que le rapt avait été préparé, le refuge 
assuré au ravisseur et à sa proie ; c'est par son 
intervention que les poursuites furent arrêtées. 

Tandis que le siège de Gravelines tient tout en 
suspens, que du Plessis-Besançon court après 
M. de Lorraine, que Marchin rassemble ses re- 
crues, nous avons profité du moment où le gé- 
néral de l'armée de Champagne est retenu inactif 
& Verdun pour suivre le duc d'Anguien dans ses 
relations avec divers, comme dans l'exercice de 



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S»4 LES PRINCES DE CONDË. 

ses fonctions de gouverneur, et nous avons ud 
peu devancé les temps afin de ne pas interrompre 
une suite d'actes qui, étant du même ordre, sinon 
delà même date, mettent en lumière certains côtés 
de la grande figure que nous cherchons h présen- 
ter au lecteur. Nous n'écrivons pas le panégyrique 
de Condé; nous racontons sa vie et ses exploits; 
nous peignons l'homme et son temps sincèrement, 
tels que nous les voyons, et, si nous avons une 
joie mêlée d'orgueil à parler de cette grandeur et 
de celte gloire qui font partie du patrimoine de la 
France, nous ne dissimulons pas les erreurs, les 
faiblesses, les fautes, et nous ne cherchons pas à 
voiler les misères, les injustices, l'oppression, les 
souffrances. 

Vers le 12 juin, les nouvelles de Gravelines sonl 
,, mauvaises; on ne croit plus au traité de M. de 
Lorraine; ce prince va peut-être joindre Beck, 
qui a quitté Luxembourg et qui cherche soit k 
couper le chemin au détacliement de Marchin, soit 
h. gagner la mer du Nord. Le duc d'Ânguien re- 
çoit l'ordre de prendre la direction de Givet et de 
marcher au secours du duc d'Orléans*. Il quitte 
Verdun avec huit ou dix mille hommes et suit le 
cours de la Meuse; le 18 juin, il à est Mouzon, le 

t. Ordre du Roi du 7 juin. 



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LOUIS DE BOURBO». 395 

SI à Mézières ; il semble être en route pour Gra- 
velines : « Nostre marche a diverti l'attention des 
ennemis et leur ôtera le soupçon qu'ils avoient de 
nostre dessein, car ils sçavent que les troupes de 
51. de Marcin n'ont pas esté levées pour demeurer 
k Maestricht n '. Retenir Beck, le combattre au be- 
soin, le séparer des Lorrains, assurer le ralliement 
des recrues de Liège, c'est le meilleur moyen de 
seconder Monsieur*. Par un brusque changement 
de direction, le duc d'Anguien passe la Sermoy 
et marche sur Arlon avec la cavalerie et quelques 
bataillons, tandis qd'Espenan avec le gros de l'in- 
fanterie va occuper le passage d'Houyet sur la 
Lesse, entre Dinant et Rochefort, pour y attendre 
Marchin. De Maestricht, où il était allé chercher 
une sécurité qui lui manquait à. Liège, ce dernier 
a envoyé son infanterie en Hollande, & Bois-le- 
Duc ; de là, par les canaux et la mer, elle joindra 

(. ADguien h Mazarin, i", 7, ISjuin. Q. P. 

2. Encore le H juin, sur un avis donné par le duc d'Elbeuf 
que Beck et le duc Qiarlos étaient passés près de GuLse, Ha- 
Tarin rappelle à Anguien que la prise de Gravelioes est l'objet 
principal de la campagne, et que sa jonction avec Marchin n'e^ïl 
que secondaire. Hais, comme dans les lettres de femmes, le 
pottscriptum dit tout le contraire : l'aris donné par M. d'El- 
bout ne mérite pas de créance ; il faut exécuter de suite la jonc- 
tion avec Harchin; el la d^Cche se termine ainsi : < Songez 
à ce que vous pourrez entreprendre vere le 35° du mois pro- 
cfaain. » (Uazarii à H. le Duc. A. C). 



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SM LES PRINCES DE CONDË. 

l'armée de Monsieur. Lui-même, avec douze cents 
cavaliers et huit cents dragons, s'est engagé dans 
la région boisée, tourmentée, qui sépare l'Ourche 
de la Meuse. A la nouvelle de la marche du duc 
d'Anguien, Beck, qui était déjà arrivé à Bastogne, 
retourne è. Luxembourg; M. de Lorraine se tient 
coi et reprend les négociations. Le duc d'Anguien, 
après s'être montré devant Longwy et Arlon, re- 
descend la vallée de la Chiers, rallie Espenan et 
Mardiin le 2 juillet, vers Carignan', et prend une 
position d'observation à Amblemont, près de Mou- 
zon, le 6 juillet. 

\oi\k donc un premier résultat obtenu, l'année 
de Monsieur dégagée, les Liégeois incorporés; 
quant h. M. de Lorraine, on tient son accommode- 
ment pour si assuré, que l'on fait état de ses trou- 
pes : Il M. de Rantzau en aura le commandement, 
on y joindra quelques troupes françaises et Le tout 
sera sous les ordres de Votre Altesse » '. Mais 
ceci n'est qu'un prélude ; quoique la mi-juillet ap- 
proche, la vraie campagne va commencer : « Le 



1. A Servizy, aujourd'hui écrit Cervizy; ce village, sitnésnr 
la rive droite de la Meuse, à deux kilomètres nord de Steniy, 
faisait alors partie de ta prévôté d'fvoy, érigée en duché de 
Carignan (L. P. de 466t), eu laveur d'Eugèue-Maurice de St- 
voie, comte de Soissons. 

S. Tourville h M. le Duc, 1 8 juillet. A. C. 



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LODIS DE BOORBON. Wl 

duc d'Ânguien doit aujourd'hui s'attacher à quel" 
que dessein digne de ta réputation des armes de 
Sa Majesté et de la sienne, n Quel dessein? On 
lui donne le choix entre Montmédy, Longwy, 
Luxembourg et Trêves ; le cardinal penche pour 
Trêves ; c'est le nom qui revient le plus sou- 
vent dans ses dépêches : « II n'est point d'homme 
à Paris qui ne dise que Votre Altesse va atta- 
quer Trêves, » écrivait le chevalier de Rivière & 
M. le Duc' ; on le croyait aussi à Metz; Beck s'y 
attendait et en informait le gouverneur des Pays- 
Bas. Déjà l'on discute la durée probable, les dé- 
tails du siège; inutile de se préoccuper de la cir- 
convallation. Tourville, Chabot, les messagers 
ordinaires, courent la poste entre Paris et Am- 
blemont; Chouppes et Champlâtreux sont îi Metz, 
fouillent l'arsenal, les magasins; l'artillerie se 
prépare ; les vivres se rassemblent ; quelques ren- 
forts sont envoyés ou annoncés ; le contingent ha- 
bituel sera demandé aux garnisons, ressource pré- 



(. Le clrevalier de Bivière, célèbre par son esprit et ses 
vaudevilles, agent utile et peu scrupuleux, fort employé par 
te dac d'Angoien, devint plus tard, et pour peo de temps, pre- 
mier gentilhomme de la chambre de ce prince. Il se retira de 
la COUT en 1658 pour aller finir ses jours en Guyenne, son 
pays natal. Il n'était pas parent de l'abbé de la Rivière, favori 
de Gaston. 



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398 LES PRINCES DE CONDË. 

Caire, témoin les lettres de Fabert. Le régiment 
levé sous le nom du petit duc d'Albret ' ira grossir 
les troupes de la maison de Condé, qui font le 
noyau de l'armée de Champagne; Arnauld amè- 
nera les troupes de La Motte; le nouveau régi- 
ment italien du cardinal va rejoindre * ; nous disons 
le nouveau, car celui que nous avons vu h Thion- 
ville a glorieusement péri presque entier dans la 
déroute de Tùttlingen, refusant de se rendre quand 
d'autres capitulaient. H y aura aussi des Suisses, 
entre autres ceux du colonel Guy, nouvellement le- 
vés; or, comme les traités dispensent les Suisses de 
franchir la Sarre ', c'est que l'armée de Champa- 
gne ne doit pas eiller en Allemagne. Il semble, en 
effet, qu'on ait un moment oublié tout ce qui s'était 
passé depuis six mois de ce côté, comme si les nuages 
amoncelés sur la forêt Noire avaient subitement 
disparu j il n'est plus question de l'armée de Ba- 
vière. Si l'on songe à celle de Turenne, c'est pour 
la faire coopérer aux entreprises dont le pays 
compris entre Rhin et Moselle doit être le théâtre. 
La fera-t-on revenir vers Trêves ? Ira-t-elle atta- 



1. C'était le litre doDné au jeune fils do duc d'Anguien. 

S. Voir ciniessus la note sur les i régiments Hazarin >. 

3> La dépâcho officielle adressée au duc d'Anguien rappelle 
que le régiment Guy, d'abord destiné h l'arraée d'Allemagne, 
ne pouvait pas y Être employé. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 1^ 

quer Mayence? ce qui serait au moins téméraire; 
ou sera-t-elle chargée d'un coup de main plus 
modeste contre FranVenthal, petite ville du cercle 
du Rhin, occupée par une garnison espagnole? 
« Vous vous ajusterez avec M. d'Anguien qui 
commencera bientôt h. agir, ayant toutes choses 
favorables, » écrivait Mazarin àTurenne (9 juillet); 
mais M. le Duc ne partageait pas la confiance du 
ministre; sachant de longue main et de source 
cerlaine que Turenne ne pouvait marcher vers lui', 
il fit demander par du Plessis quelles étaient les 
dernières résolutions du maréchal (17 juillet). 

C'est Mercy qui donna la réponse et qui dissipa 
les illusions dont se berçait Mazarin, au même 
moment où le duc de Lorraine se dérobait défini- 
tivement aux envoyés du cardinal, laissant du 
Plessis à Metz, sans nouvelles et « fort en peine» '. 

Nous avons quitté Turenne en Alsace, ralliant, 
refoimant son armée, la mettant h l'épreuve, hors 
d'élat de rien entreprendre de considérable avec 
ses seules forces^ connaissant la supériorité de 
l'ennemi, incertain sur les vues réelles du pre- 
mier ministre, et surtout préoccupé des mouve- 
ments de son advei-saire. Vers la fin de juin, il 



i. TnrenneïM. le Duc, 19juin. A. C. 

a. Champlàtreux à U. le Duc, 18 juillet. A. C. 



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800 LES PRINCES DE CONDÉ. 

apprit que Mercy avait passé la forêt Noire et 
commencé le siège de Fribourg. Quelques jours 
auparavant, le maréchal avait ravitaillé la place, 
complété la garnison, et, pour être & portée de la 
secourir, il avait gardé ses troupes en cantonne- 
ments resserrés en haute Alsace. Il les fit aussi- 
tôt marcher pour traverser le Bhin à Brisach. 

Brisach, aujourd'hui Vieux-Brisacl», le vrai Bri- 
sach du duc BemhardI, de d'Erlach, de Turenne 
et de Condé, était une admirable tête de pont'. 
La ville couronne un gros mamelon isolé, adossé 
à la rive droite du Rhin, soigneusement escarpé 
et enveloppé d'une double enceinte. A l'est, en 
avant de cette enceinte, une ceinture de marais 
forme comme un large fossé bordé par de hautes 
collines ou plutôt par des montagnes qui ressem- 
blent & un colossal bastion. L'aspect imposant de 
ce massif lui a fait donner le nom de trône de 
l'Empereur (Kaisersthul) ; on dirait un immense 
éboulement qui aurait roulé dans la vallée du Rhin, 
laissant derrière lui comme un cirque au fond du- 
quel est Fribourg. Tout cet espace est plein de 
mamelons isolés, de pitons, de contreforts que 

1. Neu-Brisach, place basse, rasante, complète dans le sys- 
tème de Vauban, élevée par lui en 4706, sur la rive gauche du 
Bhin, ne doit pas être cenfondue avec Alt-Breisacb, Yienx- 
Brisach, que nous avons gardé soixante ans. 



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LOUIS DB BOURBON. 301 

l'éboulement semble avoir abandonnés dans sa 
chute, et que des cols plus ou moins élevés, des 
arêtes plus ou moins praticables rattachent k 
la forêt Noire. La topographie de cette région 
est bizarre; rien n'y semble h sa place; les eaux 
qui descendent de la haute chaîne se confondent 
dans un vaste marais parsemé d'arbres qu'on 
appelle la forêt de Mousse (Mooswald). Au-des- 
sous des cimes boisées, la vigne couvre les co- 
teaux exposés au midi; de belles prairies, des 
plaines étroites, mais fertiles, s'étendent entre les 
vignobles et les marais. 

Une seule rivière de quelque importance, la 
Dreisam*, traverse la Mooswald; débouchant 
d'une étroite vallée orientée de l'est à l'ouest 
(Eirchzartenthal), elle change de direction au 
pied des montagnes, tourne vers le nord et coule 
presque parallèlement au Rhin, qu'elle va re- 
joindre assez loin en aval. C'est à ce coude qu'est 
situé Fribourg, faisant face à l'ouest, et présen- 
tant le plus riant aspect : les prés, les arbres 
fruitiers, et même jadis te gazon des glacis, sem- 
blent cacher la ville et l'enceinte sous un voile 
de verdure, ne laissant percer que la tour d'un 
vieux château du moyen âge et le beau clocher 

1. Atyourd'buî caDalisée. 



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30a LES PRINCES DE CONDÉ. 

rouge du Minster, qui se dessine sur le fond sombre 
de la chaîne si bien nommée forêt Noire. Une 
plaine semi-circulaire d'environ deux kilomètres 
de rayon sépare Fribourg de la forêt de Mousse; 
les montagnes en forment le diamètre; au-dessus 
de la ville, les pentes abruptes semblent marquer 
la place d'où s'est détaché le Kaisersiuhl; au 
sud, deux vallons servent d'estuaire à des mi»' 
seaux affluents de ta Dreisam ; au sud-est, un pas- 
sage plus large conduit h. la vallée du Rhin, en 
amont. Au nord, un défilé sinueux mène parmi 
les marais, les bois, les montagnes à la petite 
plaine de Denzlingen ', ainsi qu'à l'entrée du Glot- 
tei-thal et k Waldkirch, puis à. la vallée du Rhin en 
aval. On ne peut, sans s'être mis en quelque sorte 
toute cette contrée devant les yeux, comprendre 
les opérations des Havarois devant Fribourg, et 
celles que leurs adversaires entreprirent bientôt 
contre eux. 

Le 21 juin, Mercy, laissant le colonel Marimont 
et un détachement devant Hohentwiel, s'était mis 
en marche avec vingt mille hommes, un grand 
approvisionnement de farines, une beUe artillerie 
et un équipage de pont. Le 27, il était sous Fri- 
bourg, dont il ouvrait le siège aussitôt. Le 38, il 

1. On disais alors LangendeDzlingeD. 



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L0D19 DB BODnBOK. 303 

portait son armée dans la plaine, àl'est de la place, 
faisant face à Brisach ; il s'assurait ainsi de bons 
pâturages, sans compter les ressources de plusieurs 
gros villages, et il était prêt à repousser toute ten- 
tative directe de secours. II commença aussitôt h 
élever des retranchements qu'il acheva avec la ra- 
pidité et la précision qui lui étaient habituelles. 
Vers le tiord, les lignes qu'il construisit se rappro- 
chaient de la place et ne dépassaient pas les ma- 
rais au miheu desquels circulaient alors les divers 
bras de la Dreisam; au sud, elles enveloppaient les 
villages de Saint-Georges et de Wendlingen, où 
elles se terminaient par un crochet défensif en re- 
tour sur une pente assez escarpée, au milieu des 
vignes qui dominent ce dernier village. Elles 
avaient un développement d'environ 2,600 mètres. 
Fraisées, palissadées, d'un relief suffisant et ar- 
mées d'artillerie, ou au moins munies de plates- 
formes destinées k recevoir les pièces, elles étaient 
flanquées aux deux extrémités par un ouvrage 
détaché *. Mercy ne crut pas devoir pousser ces re- 
tranchements plus à l'est et les appuya au pied 
d'un de ces massifs boisés, à moitié détachés de la 



1, Celui qui louchait îi Wendliogen était le plus important; 
il Taisait fuc« aux chemina qui menaient h Brisach. Celui qui 
touchait â la Draisam tut utilisé dans le combat du 5 Hodt. 



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304 LES PRINCES DE CONDfi. 

haute chaîne, qu'on rencontre dans cette région-, 
il se contenta de mettre un piquet de mousquetaires 
sur un des sommets du Schônberg, dans les ruines 
d'une forteresse du moyen âge, le château de 
Neige S ancien domaine des abbés de Saint-Gall. 
Sa base d'opérations était à Villingen, en Souabe, 
entre les sources du Danube et celles du Neckar. 
A mi-route, un dépôt retranc-hé sur un point do- 
minant, le Hohle-Graben*, assurait ses communi- 
cations. Ënlîn, pour arrêter une attaque sur ses 
flancs ou ses derrières, ou du moins être prévenu 
K temps, le feld-maréchal avait poussé un poste 
assez loin sur la route d'Offenbourg', et il avait 
fait occuper le vieux château des seigneurs de Sic- 
kingen, Wisneck*, qui maîtrisait deux des des- 
centes de la forêt Noire dans la large et belle 
plaine de Kirchzarten. 
'^'^tb!^™ * *^®^ routes sortaient de Brisach : la première, 
UM°"'?i«ï^r ^^'^S^ ™''s '^ nord, passait dans un couloir étroit 
et i^Sî du ^'^^ '® ^^^^ ®' '® Kaiserstuhl ; la seconde, vers 
"**^*- le sud-est, contournant le Tùniberç, aboutissait, 
près de Krotzingen, è. une soite de carrefour d'oi 
se détachaient plusieurs chemins. Les uns menaient 

1. Schneeburg. 

3. On simplemeot Grabea, Grave dans les relations françaises. 

3. A Kiniiogea, dis lieues nord-ouest de Pribourg. 

&. A trois lieues est de Fribourg. 



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LOUIS DE BOURBON. 3UA 

h. Bâie, au pont d'Huningue, ou dans le Muns- 
tertlial; le principal, remontant au nord, condui- 
sait au bourg de Schallstadt et dans la plaine de 
Fiibourg, k travers un défilé bordé d'un côté par 
le Tûniberg et les marais, de l'autre par les con- 
treforts de la forêt Noire, le Batzenberg et le 
Schônberg ^. C'est ce chemin de Krotzingen-Schall- 
stadt que prit Turenne dès le 1" juillet * ; mais il 
ne poussa pas jusqu'à la plaine, et, s'arrètant au 
pied du Schônberg, il tenta de l'occuper immédia- 
tement. Deux bataillons traversèrent les vignes qui 
entourent le village d'Ebringen et, se déployant 
dans les bois, s'aidant des sentiers, des clairières, 
cherchèrent h gagner le sommet. Déjà ils appro- 
chaient du faite, lorsqu'ils furent arrêtés par 
quelques coups de feu. Qui n'a pas vu l'effet 
qu'une décharge soudaine, envoyée par un ennemi 
invisible, produit sur une troupe, même aguerrie, 
ne peut comprendre ce qui se passa. Les mous- 
quetaires bavarois placés en grand'garde dans 

I. La chaussée qui coaduit aujourd'hui de Miinzingea à 
Fribourg, au travers de la forêt de Mousie, n'e&iâtait sans 
doute pas alors, ou n'était pas praltcablo ; en tout cas, Turenne 
DO la suivit pas. Le chemin qu'il prit est jalonné par ses 
lettres. 

i. On ne trouve cette date ni dans les mémoires de Tu- 
renne ni dans ses lettres; mais elle est implicitement donnée 
par Mercy dans sa dépêche d'UShausan [3 juillet]. 
n. !0 



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31» LES PRINCBS DR CONDË. 

* les ruines qui couronnaient la montagne, n'eurent 
qu'à se glisser au milieu des arbres, à descendre 
une centaine de pas et à décharger leurs armes 
pour metlre en déroute un ennemi vingt fois plus 
nombreux; les fuyards ue s'arrêtèrent qu'à la 
plaine. Tui'enne les rallia, les harangua, cassa 
sur place deux enseignes qui, revenant avec leurs 
drapeaux, avaient donné sous ses yeux le signal 
de la fuite ; mais il ne renouvela pas l'épreuve. 

Du premier coup, il avait trouvé le défaut de la 
cuirasse, menacé le cœur de la position de son 
adversaire; s'il eût réussi, Mercy eût peut-être élé 
forcé de lever le siège de Fribourg ou de livrer 
bataille dans des conditions défavorables. Le tem- 
pérament des troupes ne fut pas & la hauteur du 
caractère de leur chef. Forcé de différer i'exécu- 
tion de son projet, le maréchal sut atténuer les 
conséquences de l'échec qui venait de lui être 
infligé. Au lieu de rentrer tristement h. Unsach, 
il mit son quartier général h Schallstadt, re- 
trancha son armée sur le Balzenberg, restant ainsi 
maître du défilé qui conduisait dans la plaine de 
Fribourg et conservant sa position sur le flanc de 
l'ennemi. Aucun moyen ne fut négligé pour sou- 
tenir le courage des assiégés et troubler la quié- 
tude de l'assiégeant ; grâce h. un système de si- 
gnaux établi par d'Ërlach, le gouverneur de la 



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LOUIS DE BOURBON. 301 

place était constamment entretenu dans l'espoir 
d'un prochain secours. D'autre pari, la cavalerie 
de Roseii rôdait souvent la nuit autour des postes 
bavarois, cherchant, pour percer leur cordon, ua 
joint qu'elle ne Irouva pas, mais réussissant par- 
fois à donner d'asses chaudes alertes'. 

Mercy ne parut guère s'en émouvoir. S'élant 
mis en mesure de repousser toute nouvelle agres- 
sion, il ne jugea pas utile de prendre l'offensive et 
poursuivit froidement son dessein. De loin, on s'é- 
tonnait de son insouciance, de sa témérité même. 
Un ofùcier d'expérience et qui connaissait bien les 
lieux' écrivait de Metz le 19 juillet : u 11 faut 
avouer que c'a esté un coup bien hardy au géné- 
ral Mercy de s'engager à ce siège sy près de M. de 
Turenne. » Mais c'était Turenne qui avait payé ■ 
d'audace, et, dans ses lettres k Mazarin, sans s'é- 
carter de sa réserve, de sa prudence ordinaire, 
sans se montrer sévèi'e pour ses troupes, il ne 
dissimulait pas la gravité de la situation : « Je 
m'étois avancé tout proche de l'ennemi; il y a eu 
un peu de confusion, et il a fallu se retirer. Je 
diray franchement à. Voire Éminence que je n'ay 
pas jugé h. propos de combattre; car il est très 



t. Entre autres, le S4 juin. 
I. Le Plesais-Besaocon. A. C. 



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808 LE9 PRINCES DE CONDÉ. 

certain que les malheurs précédents ont donné à 
nos gens quelque appréhension de l'armée de 
l'ennemy. u Et il faisait le tableau de cette armée 
de Bavière qui a toujours cinq mois de gages ré- 
glés, chevaux et bagages en abondance, l'Alle- 
magne entière derrière elle; la comparant à celle 
de France, mal pourvue de tout, difficilement re- 
montée, irrégulièrement payée, une infanterie 
toute nouvelle, qui se ruinera en peu de temps, 
et il se décidait h. indiquer le remède, accep- 
tant toutes les conséquences de sa proposition : 
u Un secours qui nous viendroit seroit de très 
grande conséquence et remettroit toutes nos trou- 
pes en vigueur. Si c'est M. d'Anguieo qui le com- 
mande, je me tiendray très honoré de servir sous 
■ ses ordres et je lui obéiray comme je dois » *. 

1. TureoDe à sa s.£ur, 10 juillet; à Hazario, H, SO juil- 
let 4 6i4, de Schallstadt. 



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CHAPITRE V 



Le duc d'Aa^ien marche d'Amblamont »ar Briiach (22 Juillel- 
l" août). — Reddition de Fribourg (39 juillot). Kanowgki. — 
JoDCliOD de H. le Duc avec Tureone (2 août). — Résolution 
d'attaquer les li^ea de Fribourg:. — TranBform&tioa du SchSa- 
berg. Di*po«ilions d'attaque (3 août). — Diatribution des troupes 
de Hcrcf. — Les combata deT*nt Fribourg. Double combat du 
SchOuberg (3 août). M. le Duc enlève les redoutes d'Ebriogon. — 
Turenoe ne peut forcer le pUMge. Les Bavarois se retirent pen- 
daut la nuit. — Journée du 1 août. Les Bavarois sur le Joscphs- 
borg. — Combat du Josephaberg- (5 août). Plan de l'attaque gé- 
nérale divisée on ■ trois lieux i. — Krrenr d'Bspeaan. Échec et 
mort de Leschclie. M. le Duc ue peut s'emparor de Wonnbaldc. 
— Engagement de rafrËs-midi. Nouvel assaut repoussé; les deui 
années restent en présence. — L'armée française manceavre. 
Hercj lève aoo camp. — Combat de Saint-Peter (10 août). Re- 
traite de Merc; aur le Tauber. — Les combats devant Friboarg, 
S, S, 10 août. Résumé. — Effet produit par ces combats. 



Au moment où ce pressant appel parvenait h l 
Paris, M. de Lorraine accomplissait sa défection 
et allait réunir ses troupes à celles de Beck, tro;> 
tard pour nous arracher Gravelines, assez tôt pour 
Rous enlever toute chance d'un succès important 



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310 tES PRINCES DE CONDÉ. 

sur la Moselle. Il était temps de songer à dégager 
l'Alsace, k vaincre sur le Rhin. Cependant Maza- 
rin ne tranchait pas la question : sans doute il 
y avait " quelque chose à désirer dans les pro- 
cédés de M. de Lorraine »; mais ne pouvait-on 
compter au moins sur la neutralité de ce prince? 
11 était essentiel de sauver Fnbourg, mais pénible 
de renoncer à Trêves, et le cardinal revenait sur 
la manière d'attaquer cette dernière place dans la 
dépêche oii il donnait au duc d'Anguien l'autori- 
sation plutôt que l'ordre de marcher au secours 
de Turenne. Encore cette espèce d'invitation était- 
elle accompagnée de force réserves : le ministre 
recommandait de consulter M. de Turenne, dési- 
gnait le messager qu'on pouvait lui envoyer, enfin 
il faisait remarquer « qu'on n'avait pas mis le 
nom de Sa Majesié sur le mémoire envoyéà. M. le 
Duc, afin de lui laisser toute liberté de prendre sa 
résolution » '. Quand on lit les volumineuses dé- 
pêches du cardinal, quand on le voit retomber 
dans ses illusions sur les affaires d'Allemagne 
comme sur l'issuedesnégociationsavec M. de Lor- 
raine, mêler et confondre tous les projets, reprendre 
comme des plans qu'il vient de concevoir les propo- 
sitions qui lui ont été soumises, on éprouve quel- 

*. SI juillet. Mémoire expédié le môme jour. A. C. 



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LOOIS DE BOURBON. 311 

ques doutes sur sa sincérité. Était-il réellement in- 
certain, hésitant? ou bien les contradictions accu- 
mulées dans ses lettres étaient-elles le résultat 
d'un calcul, une sorte de mise en scène destinée à 
lui réser\'er sa part de gloire dans un succès, à le 
dégagerde toute responsabilité dans un revers? En 
émettant des avis si divers, il était sûr de ne pas 
se tromper, quel que fût l'événement; mais il de- 
vait singulièrement embarrasser ceux qui le pre- 
naient au mot. Le duc d'Angtiien avait l'esprit trop 
net et le caractère trop ferme pour se laisser trou- 
bler par l'obscurité des dépêches officielles ; sa 
résolution était prise. Dès qu'il eut complété ses 
préparatifs, combiné ses mesures, il ordonna une 
contre-marche générale aux troupes cantonnées 
entre Meuse et Moselle, et indiqua une direction aux 
détachements qui étaient h. sa portée, laissant à Ma- 
galotti le soin de rallier ceux qui étaient trop en 
arrière et d'occuper la place laissée vide par les 
troupes qui partaient. Assurément il n'aimait pas 
les équivoques et voulait être obéi ; mais il cou- 
vrait ses inférieurs sans se ménager d'échappatoire 
pour les désavouer. Mazarin, persistant h mettre 
la finesse partout, l'avait engagé h. garder le secret, 
à ne pas laisser savoir que l'armée passait en Alle- 
magne : <■ Je l'ay desclaré h. tout le monde, ré- 
pondit le duc, pour en faire prendre aux officiers la 



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31£ LES PRINCES DE CONDË. 

résolution de bonne grâce et par leur esemple y 
mener leurs soldats avec gaieté. Je vous asseure 
que cela a mieux réussy que si je les eusse trom- 
pés 11*. On n'emmena ni pièces ni voitures; Bri- 
sach devait fournir rartillerie, le Rhin porter les 
bagages; Champlâtreux traitait de la solde avec les 
banquiers de Strasbourg; le service du pain était 
assuré. Infanterie, cavalerie, chevaux de trait haut 
le pied furent dirigés à marches forcées sur Bri- 
sach; Marchin en avait la charge. " Ceste manière 
d'agir soudaine et vive est bien d'un homme né 
aux grandes choses »'. Le mouvement commença 
le 22 juillet; M. le Duc quitta Âmblemont le 23; 
il était le 29 à Saveme, et, le 31, en arrivant à 
Benfeld, il trouvait d'Aumonl envoyé parTurenne 
pour annoncer la capitulation de Fribourg. 
Beddiuon Le 27 juitlet, le gouverneur Kanowski battait 

{» jiiiuct]. la chamade ; le 29, il sortait de la plîice avec huit 



1. M. le Duc à Mazarin, 1i août. C. P. 

i. Mazarin à 11. le Duc, 27 juillet. A. C. Dans ceUe iseme 
lettre, Muzariii réclamait la paternité du t vovage dont Taui^ 
ville vous a porté le projet « ; oubliant que, dans sa lettre du 16, 
il avait annoncé l'arrivée ii Paris de Tourville, chargé par 
M. le Duc de présenter le plan du « voyage de Brisach » et 
que le même Tourville n'était reparti de Paris que le i4; or 
le cardinal répondait i M. le Duc, écrivant le S3 et annonçant 
son départ d' Amblemont, que les troupes avaient quitté la 
veille. 



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LOUIS DE BODRBON. 313 

cents hommes, cent chevaux, deux canons et les 
honneurs de la guerre ; on l'escorta jusqu'à Bri- 
sach. Avait-il fait tout son devoir? Les écrivains 
allemands le pensent. C'était un Weymarien pur, 
de l'école des Wiederhold et des Rosen, personnel 
et assurément peu dévoué à ta cause qu'il servait. 
11 avait été nommé au gouvernement de Fribourg 
par le duc Bemhardt et maintenu par le Roî. Ren- 
fermé depuis près de six ans dans sa place, il 
en avait soigné les défenses et assuré l'approvi- 
sionnement; le Brisgau lui fournissait d'abondantes 
ressources dont il avait su tirer bon profit; de là 
maint conflit entre lui et d'Erlach, léger grief 
assurément. Kanowski avait vigoureusement dé- 
fendu ses dehors, reçu deux mille cinq cents coups 
de canon, infligé des pertes sérieuses h l'ennemi ; 
à l'entendre, sa poudre était épuisée ; il savait que 
Turenne avait essayé de forcer les lignes de l'as- 
siégeant et que cette tentative n'avait pas réussi ; 
la brèche était ouverte. Voilà les arguments en sa 
faveur. D'autre part, il n'avait encore repoussé 
aucun assaut au corps de place'; sa garnison, 
peu éprouvée, était pourvue de vivres pour plu- 

1. L'assaut n'étail peut-être pas aussi imminent qu'on l'a 
prétendu. Dans sa dépêche du !6, Hercy dit seulement qu'il 
est logé sur le revêtement du fossé et qu'il espère pouvoir 
doooer l'assaut dans le courant de la semaine. 



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314 LES PRINCES DE COKDÉ. 

sieurs mois. Quant aux munitions de guerre, il en 
restait assez pour que Mercy, après la capitulation, 
en fît dresser l'inventaire et informât l'électeur de 
l'importance de cette ressource. Enfin, n'ayant pas 
cessé de communiquer par signaux avec Brisach, 
Kanowski n'ignorait pas que l'armée de Turenne 
était proche et allait être renforcée. On peut donc 
penser qu'il se pressa un peu de battre la cha- 
made. Le duc d'Anguien, que nous avons vu si 
indulgent pour La Ferté à Rocroy, comme pour 
Grancey h Thionville, et qui pardonnait volontiers 
les erreurs de jugement, ou même la témérité 
poussée jusqu'aux limites de la désobéissance, était 
impitoyable pour l'apparence d'une faute contre 
le devoir militaire : il se montra indigné et voulait 
que la loi martiale fût appliquée dans toute sa ri- 
gueur, l'urenne appréciait les faits de la même 
manière, mais il crut devoir soumettre la question 
au premier ministre, qui se contenta de renvoyer 
Kanowski du service du Roi ; cela n'eût pas suffi à 
niclielieu. L'ancien gouverneur de Fribourg ne 
s'était pas appauvri; il se retira à Strasbourg; on 
y voit son tombeau dans l'église Saint-Thomas, 
auprès du monument élevé à Maurice de Saxe. 

Que Kanowski fut coupable ou non, il fallait tenir 
compte de la reddition de Fribourg ; Turenne n'en 
était que plus pressé d'agir et d'Aumont avait pour 



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LOUIS DE BOURBON. 316 

principale mission de hâter la marche de l'armée de 
Champagne. Le maréchal était anxieux. Il avait 
craint d'abord qu'un contre-ordre venu de Paris ne 
changeât la direction donnée h. cet te armée, ou que le 
duc d'Anguien ne renonçât h poursuivre une entre- 
prise sans but; aussi Turenne avait-i! envoyé au 
prince messager sur messager, lettre sur lettre, 
cherchant à lui persuader que Mercy ne voudrait, 
ne pourrait pas se dérober et lui promettant n une 
action glorieuse ». « Je tiens indubitable que vous 
combattrez l'ennemi, estant impossible qu'il se 
retire de la façon qu'il est engagé en deçà des 
montagnes. Il y va du reslablissement des af- 
faires d'Allemagne »'. Puis, quand il dut faire 
savoir que Kanowski était en pourparlers avec 
l'ennemi, il assura que le gouverneur de Fribourg 
ne manquerait pas de « traisner le traité en lon- 
gueur » pour laisser au secours le temps d'arriver. 
Lorsqu" enfin il fallut annoncer que la garnison 
française sortait de la place, les instances furent 
renouvelées plus vives : « Vous ne laisserez de 
trouver moyen de faire quelque chose ; » que les 
ennemis restent dans leur camp ou qu'ils occupent 
un autre poste, h je vous mènerai droit à eus par 
un chemin qui n'est pas loing et je crois qu'on 

LSeimllet. A. C. 



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31« LES PRINCES DB -CONDÉ. 

pourra les trouver en un lieu qui ne sera pas trop 
advantâgeux. Ils ont peu de congnoissance de 
votre marche et ne s'imaginent pas que vous puis- 
siez si tost traverser le Rhin »*. Le maréchal, 
d'ailleurs, n'avait pas repassé ce fleuve. N'ayant pu 
conserver sa position très rapprochée de Fribourg, 
il avait occupé & peu de distance, sur un cours 
d'eau, près de Krotzingen, un nouveau camp bien 
assuré, oii il tenait la route de Biisach et celle du 
pont d'Huningue. Il y faisait venir de rartillerie, 
des munitions, et priait M. le Duc de diriger sur 
ce point les hommes et les chevaux; ce qui fut 
aussitôt ordonné. Les deux armées étaient réunies 
le 2 au soir au camp de Turenne, k quinze kilomë' 
très de Fribourg, quinze de Vieux-Brisach, huit du 
Schonberg. Leur effectif ne dépassait guère seize 
mille hommes, dont moitié cavaliers, avec trente- 
cinq ou quarante canons. Celle de Champagne, qui 
avait franchi quatre-vingt-dix-huit lieues en douze 
jours, avait laissé en route beaucoup d'hommes et 
de chevaux malades, écloppés ; des détachements 
et même des corps entiers étaient encore en ar- 
rière. 

Le même jour ("i août) dans la matinée, M. le 
Duc, accompagné par les lieutenants généraux des 

1 . 19, 31 juillet. A. C. 



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LODIS DE BOURBON. 317 

deux armées, le maréchal de Guiche et le marquis 
d'Aumont, entrait h. Brisach , où il était attendu par 
le gouverneur, d'Erlach, et par de Ghouppes, 
commandant l'artiUerie. Turenne s'y rendit et l'on 
tint conseil. 

La plupart des historiens, sur la foi de Ramsay', 
répètent que Turenne proposa de louriier la posi- 
tion de Mercy et que le duc d'Anguien ne voulut 
pas tenir compte de cet avis ; c'est le contraire qui 
est vrai*. Turenne parla le premier, proposa l'at- 
taque immédiate et directe : si l'on voulait battre 
ou déloger l'ennemi, on n'avait pas une heure & 
perdre. D'Erlach combattit cette opinion, d'abord 
parce que c'était celle de Turenne; puis il trouvait 
la position de Mercy trop forte pour être atta- 
quée, conseillait de marcher par le Glotterthal 
sur Saiut-Peler, afin de couper la ligne de com- 

1. Histoire de Turenne. 

S. H. Chérnel a d<-jà nwlilié cette erreur [HUloire de la 
màiorilé de Louii AlV) ; les récite des deui: témoins, le ma- 
rédial de^Guicbe et le marquis de Chouppes, sont parfaitement 
identiques, et nullement contredits, ni par Turenne dans ses 
Mëmoires ai par La Uoassaye dans le récit écrit aous l'iospi- 
ratioD de Condé. — Pour établir cette différence d'opinions 
entra Coodé et Turenne, on s'est souvent fondé sur ce passage 
des Mémoires de Honlglat : « Celte situation fit balancer les 
avis dans le conseil et les opinions furent partagées : les uns 
trouvant l'eatrepriae trop difficile et son événement fort dou- 
teux, les autres la Jugeant possible. Mais le duc d'Anguien, 



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31B LES PRINCES DE CONDÉ. 

munication des Bavarois avec VilUngeii. Slais, poiir 
atleindre le débouché du Glotlerthat daiis la vallée 
du Rtiii), il eût fallu défiler devant Mercy retran* 
ché entre le Schonberg et Fribourg, traverser la 
Dreisam, s'engager dans un dédale de marais, de 
bois, de fondrières, avec la certitude de recevoir 
l'ennemi dans le flanc ou dans le dos. Faire dé> 
camper l'armée, la ramener sur Brisach, descen- 
di'e la vallée du Rhin et chercher un autre moyen 
de se rapprocher de la forêt Noire ne semblait 
pas plus pratique : c'était laisser le champ libre à 
toutes les combinaisons de Mercy, le rendre maîire 
de la situation; c'était un aveu d'impuissance et 
probablement une campagne perdue. Tel était le 
sentiment de Turenne, qui le soutint avec beaucoup 
de force. Il proposait, non pas d'assaillir les ligues 
de Mercy, mais de reprendre l'attaque leulée le 
1"' juillet sur le ScliOiiberg. M. le Duc, avec ses 

jeune, courageux et ambitieux, enQé de ses victoires de l'ao- 
Dée pBâsée, croyant que rieh ne pouvait lui résister, passa par- 
dessus toute sorte de coasidâratious et résolut de coinbaiire 
à quelque prix que ce fût. o Dans lei quelques lignes qu'on 
vient de lire, rion ne renverse l'assertion des lémoios ocu- 
laires. Montglat parle de divergences dans le conseil, ce qui 
n'est pas contestable, dit que H. le duc d'Anguien résolut de 
combattre, ce qui n'est pas moiiis certain; mais ne dit nulle- 
ment que cette résolution ait été prise contre le sentiment de 
Turenne et ne Tait aucune allusion à l'opinion émise par le 
maréchal. 



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LOUIS DE BOURBON. 310 

troupes, aborderait la position de front, tandis que 
les Weymariens envelopperaient la montagne par 
le sud; quoique le chemin fût difficile, le maré- 
chal répondait d'y passer. On ne peut se dissi- 
muler ce qu'il y aveiit de hasardeux dans ces 
attaques divergentes, séparées par un massif 
impénétrable; tous les risques particuliers h. la 
guerre de montagne semblaient accumulés dans 
cette combinaison. Aussi a-t-on beaucoup dit alors, 
et cette insinuation a trouvé place dans plusieurs 
recueils, que Turenne, en émettant l'avis dont on 
vient de lire l'exposé, avait voulu offrir un appât à 
la témérité du duc d'Anguieu et obtenir de lui un 
effort qui ruinerait peut-être l'aimée du prince, 
mais dont le maréchal saurait, avec des troupes 
moins éprouvées, recueillir les fruits et la gloire. 
Rien ne permet d'accuser Turenne d'un semblable 
calcul. 11 avait demandé du secours, accepté 
d'avance la suprématie du duc d'Anguieu, non 
sans un secret chagrin peut>être ; mais, tout nou- 
veau dans le commandement des armées, il ne 
pouvait contester l'autorité d'un prince du sang, 
d'un général victorieux, et se conduisit en loyal 
subordonné; tout au plus pourrait-on supposer 
que, responsable de la résolution b. prendre, il se 
fût montré moins hardi dans le conseil ; il n'avait 
pas encore trouvé sa manière audacieuse. Avons- 



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320 LES PRINCES DE COKDÉ. 

nous besoin d'ajouter que le duc d'Anguien, ac- 
ceptant la proposition de Turenne, avait lui-même 
donné tous les ordres? 

Le 3 août, de grand matin, les deux généraux 
en chef dépassaient le camp de Krotzingen et, 
tandis que les troupes prenaient les armes, ils 
s'avançaient avec quelques officiers pour arrêter le 
plan du combat. Bientôt ils furent en vue de la 
montagne et le duc d'Anguien ne put maîtriser un 
mouvement de surprise en découvrant une posi- 
tion bien autrement formidable que ne l'avait fait 
juger l'argumentation de Turenne. Celui-ci s'ar- 
rêta pensif et sembla même un moment décon- 
certé. 

Le Schônberg n'était plus dans l'état où nous 
l'avions laissé le l*" juillet : une montagne d'accès 
difficile , mais 0(1 aucun obstacle artificiel n'aug- 
mentait la force naturelle des lieux. Depuis lors, 
Mercy, tirant parti des murs et des arbres pour 
dissimuler ses travaux, avait étendu ses défenses 
vera le sud. Au-dessus des vignes et des murs de 
terrasse qui enveloppent les villages d'Ebrin- 
gen et de Leutersberg, à. la naissance des bois 
qui couronnent le Schônberfi;, il avait construit 
un système détaché, composé de deux solides 
redoutes et d'un fort étoile, pourvu d'artillerie; des 
épaulements, des tranchées reliaient ces ouvrages 



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LOUIS DE BOURBON. 331 

entre eux et les rattachaient aux retranchements 
élevés, au début du siège, vers Wendiingen et qui 
formaient comme le réduit du système nouveau. 
Les arbres qui avaient masqué les travailleurs 
avaient été jetés h terre au dernier moment, et ces 
abatis formaient une première ligne de défense. 

Après quelques minutes de silence et de ré- 
flexion, Turenne se remit, refit le plan de l'attaque 
et proposa de l'entreprendre immédiatement. Si les 
difficultés étaient augmentées, on pouvait y remé- 
dier par une grande précision dans les mouve- 
ments : il fallait bien coordonner les attaques ; 
c'était un calcul de temps. Que M. le Duc déploie 
sou armée et donne au maréchal l'ordre de mettre 
la sienne en marche; celui-ci estime qu'à, cinq 
heures du soir, il pourra être aux prises avec les 
ennemis ou au cœur de leur position ; ce sera poui' 
M. le Duc le moment d'attaquer ce qu'il a devant 
lui. Les deux généraux réglèrent leurs montres (51c) , 
et les troupes sortirent du camp. Celles de Cham- 
pagne se mirent en bataille, et les Weymariens, 
défilant derrière cette ligne, se dirigèrent vers la 
gorge qui, par Kirchhofen, Wittnau, Merzhausen, 
conduit dans la plaine de Fribourg. 

Laissons les Français exécuter ces premiers 
mouvements et achevons d'examiner comment 
Mercy s'était préparé à les recevoir. L'armée ba- 



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m ' LES PBINCES DE CONDÉ. 

varoise était forte d'environ dix-sept mille hommes, 
dont huit à oeuf mille de très bonne infanterie ré- 
partis dans onze régiments. En face du duc d'An- 
guien, trois de ces régiments (Fug^r, Hoiz, 
Hasslang) occupaient les ouvrages du plateau 
d'Ebringen, un quatrième (Winterscfaeid) était 
posté près de Wendiingen ; soit environ trois 
mille hommes, aux ordres du maréchal de camp' 
Ruischenberg. Sur les derrières, plusieurs compa- 
gnies h pied et des détachements & cheval gar- 
daient les défilés, prêts à repousser ou & ralec* 
tir les tentatives qui pourraient se produire de ce 
côté ; tentatives auxquelles Mercy ne croyait pas, 
considérant les chemins comme impraticables 
toutefois, dans sa prévoyance, 11 les avait fait in- 
tercepter par des abatis et des barricades. Au cen- 
tredu vaste polygone qu'il se proposaitde défendre, 
il son quartier général d'Uirhausen, le feld-maré- 
chai bavarois tenait sous sa main quatre régi- 
ments d'infanterie et la cavalerie presque entière, 
aux ordres du commandant en second de l'armée, 
Jean de Wirth, et du maréchal de camp' Gaspard de 
Mercy. Le régiment Rouyer était en grande réserve 
au Josephsberg, sur les hauteurs qui dominent 
Fribourg au sud ; là, le terrain était déjà pr^)aré 

1 . General wachUneister zn fusa. 
S. Geoeral wachlmâiBter zu pTerd. 



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LDBIS DE BODRBO!*. 383 

pour la défense et garni d'artillerie ; nous décri- 
rons plus loin cette position. Le régiment Bnsche- 
ring était dans la place de Fribourg. Pour achever 
ce tableau, il convient de rappeler quelques dis- 
tances. On peut compter d'UlThausen , quartier 
général de Mercy : 1* à la tête du plateau d'Ebrin- 
gen, 3,500 mètres; 2* h Witlnau, oii étaient les 
premiers abatis sur le chemin que devait parcourir 
Turenne, i,500 mètres; 3* à Frlboui^j, 3,500 mè- 
tres. De la Dreisam à Wendlingen, le front des 
lignes construites au début du siège était d'environ 
2,500 mètres. Wendlingen est àenviron 1,500 mè- 
tres du plateau d'Ebringen (lieu dit Ëbenet BohI). 

A l'heure convenue, cinq heures de l'après- LMcamb>i> 

.... , , ,.. . . . - .U™!! Frlhour) 

midi, les troupes du duc d Anguien étaient formées i>»i^J» conb»! 
en ordre de combat, près de Wolfenweiler, en (« «osn. 
face des obstacles semés par l'ennemi dans les - i<- tmodim 
vignes, sur les pentes du Schônberg, au-dessus 
des villages d'Ebringen et de Leutersberg. Le 
conimandant de l'ariillerie cherchait le moyen d'ap- 
puyer l'attaque ; Il ne semble pas que ses pièces 
aient pu être d'un grand secours. M. le Duc 
avait encore une partie de son monde en ïwrière ; 
l'infanterie comptait deux mille quatre cents com- 
battants répartis dans six bataillons. 11 les disposa 
sur trois lignes ou plutôt en trois échelons qui se 
masquaient en partie : EspeBan à droite conduisait 



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3SI LES PRINCES DE CONDË. 

le premier échelon, Toumon le deuxième ; Marchin 
suivait à gauche, soutenu par AnguieD-cavalerie. 
Plus loin, en plaine, P&lluau, avec la gendar- 
merie et plusieurs escadrons de chevau-légers, 
était prêt à s'opposer à un mouvement de la cava- 
lerie ennemie sur le flanc des attaques. Toutes ces 
troupes étaient défilées de façon à ne pas donner 
prise au canon du fort ; la troisième h'gne et la ré- 
serve de cavalerie restèrent hors de la portée du 
mousquet. 

La brigade d'Espeniui s'avance la première; 
elle ne peut franchir l'abatis. Accueillie par un feu 
très vif, elle recule et jette d'abord un certain dé- 
sordre dans le second échelon. Cependant celui-ci 
se rélabiil, s'avance, et ce mouvement permet auî 
bataillons repoussés de se rallier ; mais les soldats 
d'Espenein ne peuvent soutenir de nouvelles dé- 
charges ; ils cherchent un abri dans les bois à leur 
droite. Un écart se produit entre les échelons. Les 
deux bataillons de Toui'non s'arrêtent et engagent 
une fusillade traînante, symptôme h. peu près cer- 
tain de l'hésitation d'une troupe. 

D'un incident qui peut être fatal Anguien fait jail- 
lir te succès: qu'Ëspenan, sans chercher à rame- 
ner sa troupe, continue d'incliner à droite, s'élève 
dans le bois pour déborder l'ennemi, le duc d'An- 
guien se jettera sur les redoutes. Il saute à bas de 



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LOCIS DE BOORBON. 315 

cheval, tous ses oflîciers l'imitent. Le maréchal de 
Guiche met aussi pied h. terre; mais, avec sa 
jambe estropiée, il ne put sans doute suivre long- 
temps son général, car le jeune prince était alors 
aussi agile que brave. L'épée à la main, celui-ci 
prend la tête du régiment qui porte le nom de son 
frère Conti ; i] en connaît tous les onîciers. 

Le régiment Mazarin- Français '■ est de bri- 
gade avec Conti j il est commandé par le mestre de 
camp-lieutenant, Jacques de Castelnau-MauvJs- 
sière, un preux, digne de conduire une attaque à 
côté du grand Condé. Castelnau a tout ce qui donne 
l'action sur le soldat, le prestige d'une vie sans 
tache, d'un infatigable dévouement, la bonté, la 
force physique, un noble visage, la décision 
prompte, le courage de toutes les heures. Dans 



1 . Hazarin-Français avait pour lieutenant-colonel le comte 
DaDisy{taé en 1646] et pour chef de corps ou mestre decamp- 
liflatenant Jacques de Castelnau-Hauvissière, qui avait été as- 
socié à Ka^retz, eu 1643, pour conduire les Bretons eu Alle- 
magne. PetitJls de l'ambassadeur bien connu, Cas telo au avait 
bérité de deux frères atnés tués, I'ud en duel, l'autre devant 
La Rochelle. 11 avait tlàt l'apprentissage des armes en Hollande 
sons Guillaume de Nassau. A son retour, le Roi lui donna un 
régiment de douze compagnies de gens de pied qui prit son 
nom et reçut le drapeau blanc en 1 637, mais qui fut fondu 
dans Mazarin- Français. Castelnau devint lieutenant général 
en 46K0 et obtint le cordon bleu en 1651 . Peu de jours avant 
sa mort, à la bataille des Dunes, il re^ut un témoignage écla- 



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aS6 Lis PRINCES DE CONDÉ. 

cette époque féconde en braves, nul ne le surpassa 
en vaillance. Est-il fait prisonnier? il s'évade en 
héros de roman. De 1636 h i658, chaque année 
est pour lui marquée par une action d'éclat : as- 
sauts, arrière-gardes héroïques, brèches enlevées 
ou défendues, batailles, lignes forcées, il ne manque 
pas une occasion, jusqu'au jour où il tombera de- 
vant Dunkerque. Le Roi mettra sur son lit de mort 
le b&ton de maréchal. 

Le duc d'Anguien lui envoie quelques-uns de 
ses brillants volontaires avec le maréchal de camp 
comte de Touraon ; mais Casieinau n'a besoin de 
personne pour entraîner son régiment. Conti et 
Mazarin franchissent l'abatis ; le duc d'Anguien a 
sauté le premier. Les mousquetaires se dispersent 
et leur feu se mêle à celui des soldats d'Espenan 
qui sur la droite ont gagné du terrain dans le 

tant de l'admiration qu'il inspirait. Cliargë par TnreDne de 
conduire tes régimente da CAles-de-fer (IroDSides), que Mylord 
Protecteur avait envoyée à l'armée du roi de France , il tul 
reçu avec eolbonsiasme par ces vieux soldais anglais; tons 
agitaient leurs chapeaux en poussant de grands ois : ( Hur- 
rah pour Castetoau I bataille I bataille 1 i Les lettres patentes de 
maréchal de France t pour défunt le marquis de Casteloau » 
furent lues et pubLëes à la table de marbre le 11 décembre 
4658. Il faut lire sa vie dans les addidoiis aux Hémoirce de 
Castelnau par Le Laboureur. La chronique dit que ce héros 
était trompé par sa femme, Marie de Girard, QUe du âeor de 
Lespinay. 



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LOUIS DB BOORBON. 3!1 

bois; en arrière de la gauche, Marchîn, avec la 
troisième ligne, soutient t'attaque par une dé- 
monstration oflen^ve. Conti prend d'un cdté, 
Hazarin de l'autre; les colonnes divergent un mo- 
ment pour envelopper les ouvrages, emportent les 
épaulements et pénètrent dans les redoutes ; deux 
régiments bavarois, Fugger et Holz, y furent 
Il peu près anéantis. La garnison du fort étoile 
resta immobile et son artillerie muette ; peut-être 
n'osa-t-elle pas tirer sur cette mêlée d'amis et 
d'ennemis. 

La nuit survint, une de ces nuits noires qui, dans 
les montagnes, précèdent les grosses pluies d'été; 
l'obscurité fut bientôt complète. Force fut de s'ar- 
rêter; l'infanterie s'établit de son mieux dans les 
retranchements enlevés, la droite touchant aux bois, 
la gauche vers la plaine; M. le Duc eut à peine 
le temps de faire gagner un peu de terrain à sa 
cavalerie pour couvrir son flanc et imposer è. 
Tennemi. Ce mouvement en avant fut accompagné 
d'un grand bruit de timbales et de trompettes ; on 
espérait que l'écho de ces fanfares de victoû-e arri- 
verait jusqu'à Turenne ; car la fusilliule grondait 
dans le lointain; évidemment le maréchal était 
encore aux prises. En face de M. le Duc, le silence 
s'était fait ; chacun s'accommoda pour passer le 
reste de la nuit sans bouger. Toutefois, avant de 



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338 LES PRINCES DE CONDÉ. 

prendre aucun repos, le général en chef avait 
prescrit au commandant de l'artillerie de profiter 
des ténèbres et de prendre ses mesures pour battre 
le fort étoile au point du jour; « sans quoi, ils erait 
impossible de tenir sous le feu de cet ouvrage ». 
Aussitôt Chouppes courut à la garde du canon, dé- 
tacha en reconnaissance un sergent et douze 
mousquetaires, tandis qu'avec un capitaine et 
cinquante hommes il se mit à chercher l'emplace- 
ment de sa batterie ; à peine avait-il fait quelques 
pas que le sergent revint : le fort était évacué. 
M. de Chouppes ordonna au capitaine de prendre 
position et retourna porter les nouvelles au général 
en chef. Avançant à tâtons sur un terrain jonché 
de cadavres et de blessés qui râlaient, il eut quel- 
que embarras à retrouver son chemin; enfin il 
butta contre deux hommes qui, « roulés dans leurs 
manteaux, dormaient sur les corps morts n ; c'était 
le prince et le maréchal de Guiche.M.IeDucvouIut 
prendre aussitôt possession de l'ouvrage abandonné. 
Le jour allait poindre ; la pluie tombait îi torrents ; 
on n'entendait plus aucun bruit. Bientdt Turenne 
rejoint le général en chef; il annonce que son 
armée a franchi les défilés ; elle se forme en ce mo- 
mentau-dessus d'Uffhausen, à,rentrée de la plaine 
de Fribourg; l'arrière- garde est encore dans les 
montagnes; tout aura passé dans quelques heures. 



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LOOIS DE BOURBON. 



TOTUins 
ns p«ut foKoc 



pendADt la nniL 



Voici quels avaient été les incidente de la marche 
des Weymariens. Turenne avait indiqué lui-même "'«'^m^ 
4e passage qui devait l'amener sur les derrières 
du camp de Mercy ; lorsqu'il avait, quelques jours 
plus tôt, rapidement reconnu ce défilé, avait-il 
pu en apprécier toutes les diOicultés? A une lieue 
de son camp, près de Kirchhofen, le chemin deve- 
nait un sentier de montagne serpentant entre la 
forêt Noire et le massif du Schdnberg, dans une 
gorge souvent étroite, au milieu des bois, des 
ravins, d'un terrain bouleversé. Il fallait contourner 
le Schônberg, monter pendant sept à huit kilomè- 
tres pour atteindre vers Wittnau la ligne de partage 
des eaux. Les obstacles étaient du même genre 
pendant la première partie de la descente ; puis, 
à deux kilomètres de la crête, on trouvait un petit 
plateau découvert, bordé d'un côté par la forêt, 
de l'autre, par un ravin profond; l'accès de ce pla- 
teau est très facile du côté de la plaine de Fiibourg. 

L'infanterie ouvrait la marche, avançant le plus 
fiouventiilafilei Roqueservière commandait la pre- 
mière brigade, composée des trois régiments alle- 
mands et précédée de tous les mousquetaires ; d'Au- 
jnont le soutenait avec les trois régiments français; 
la cavalerie suivait, mais de ioin. Unpeuaudelàde 
Witbiau, l'avant-garde se heurta contre une barri- 
cade faite de branchages et de gros troncs d'ar- 



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330 LKS PRINCES DE CONDË. 

bres ; les éclajreurs furent accueillis par une grêle 
de balles. La montre de Turenne marquait doq 
heures ; c'était bien à cinq heures qu'il avait pro- 
mis d'être aux mains. 

Il fallut assez de temps pour disposer l'attaque 
de la barricade et on dut s'y reprendre à deux fois; 
l'ennemi avait Ih un bon corps de mousquetaires 
et quelques partis de cavaliers. La barricade est 
tournée et enlevée. Ce succès coûta cher : Roque- 
servière y fut blessé & mort, honune de droiture, 
de sens et de dévouement , un de ces officiers pré- 
cieux qu'on trouve toujours prêts, aussi aptes à 
conduire une brigade qu'è. remplir une mission dé- 
licate; nous avons vu qu'il avait toute la confiance 
de Guébriant; il avait déjà su mériter celle de Tu- 
renne, dont il fut fort regretté*. D'Aumont prit la 
direction du combat et « fit fort bien ». La résis- 
tance ne tarda pas à devenir plus sérieuse ; les 
barricades et les abatis se multipliaient. On ap- 
prochait du plateau où s'élève aujourd'hui Te Jesui- 
tenschloss. Au même moment, l'infanterie ennemie 
apparaissait en grand nombre. 

4 . Jacques fiorelli de Roqueserviëra languit mcore quelques 
mois; ou le crut mieux au moU d'octobre (Hazarin à Tncy]; 
mais il succomba peu apris (10 novembre). Sou régiment ht 
rendu à celui qui, l'ayant levé en 1635, rentrait au service ds 
France après une retraite momentanée, Louis de Schmittbe^. 



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LOOIS SB BODRBON. 331 

Informé du mouvementdesWeymariens, Mercy 
avait jugé que c'était le plus périlleux pour lui ; si Tu- 
reane pouvait déboucher dans la plaine de Frïbourg 
avaat la fm du jour, l'armée bavaroise n'avait plus 
de retraite: prise entre deux feux, elle eût été 
poussée, dans la nuit ou le lendemain, sur la forêt 
de Mousse. Aussi le feld-maréchai n'hésita-t-il 
pas k diriger sur le plateau les quatre régiments 
qu'il avait gardés auprès de lui, k Uffhausen, et il 
les fit soutenir peir une partie de sa cavalerie. 
Devant de pareilles forces, l'infanterie française 
ne parvint pas h se déployer. Nos mousquetaires 
s'aidèrent des obstacles enlevés à l'ennemi pour 
prendre pied sur la bordure du plateau, cherchant 
à s'étendre h. droite et à gauche, h mesure que 
les fractions de la colonne allongée par le défilé 
atteigmuent la ligne de bataille ; les six régi- 
ments furent engagés, repoussèrent les charges 
de l'infanterie bavaroise, conservèrent les barri- 
cades dont ils s'étaient emparés, mais sans gagner 
de terrain. Turenne ne put déboucher; il avait 
perdu beaucoup de monde, entre autres un de ses 
meilleurs colonels, Hatstein ; la situation étùt cri- 
tique; toute la nuit on continua de tirer à peu près 
au hasard; les hommes, les chevaux arrivaient & la 
file, se formant tant bien que mal, pour reprendre 
le combat au point du jour. Le feu avait cessé au- 



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33S LES PR[NC£a DB CONDÉ. 

paravant, et les premières clartés d'une matinée 
grise et pluvieuse apprirent à. Turenne et & d'Au- 
mont ([u'en face ils n'avaient plus d'ennemis. Ils 
firent quelques pas et virent la plaine vide. Peu 
après, ils rencontraient le duc d'Anguien. 

Ce premiËr entretien fut court; chacun fiit vile 
au courant. Les deux généraux en chef s'avancent 
;. vers un rideau couvert d'arbres et de vignes qui 
semble se dresser devant eux k mesure qu'ils 
descendent et qui leur cache la place de Fribourg. 
Bientôt quelques flocons de fumée blanche s'élè- 
vent au-dessus des bois et le siEQement du boulet 
apprend à l'état-major français que l'ennemi est 
là et qu'il attend. Cependant les régiments de Tu- 
renne se déployaient en sortant du défîlé, et ceux 
d'Anguien étaient en marche pour se ranger à côté 
des Weymariens. S'engagerait-on tout de suite? 
M. le Duc y pensa un moment. Mais l'aspect des 
lieux, l'état du temps, du terrain et des troupes le 
décidèrent à faire séjour; les hommes étaient ab- 
solument harassés ; il fallait les reposer et les nour- 
rir. Les gardes placées, on chercha un abri dans 
les villages que l'ennemi avait évacués. Les voitu- 
res chargées de pain arrivèrent de Brisach, où elles 
emportèrent les blessés. Plusieurs détachements 
rejoignirent l'armée de M. le Duc, réparant une 
partie des pertes de la veille. On s'occupa de ra- 



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LOUIS DE BOURBON. 333 

ser sur divers points les anciennes lignes du siège, 
afin de faciliter le passage des pièces et les mou- 
vements de la cavalerie. La journée du II s'écoula 
ainsi pour les Français, tandis que leurs chefs 
formaient le plan d'un nouveau combat. 

Mercy avait exécuté sa retraite avec une dexté- 
rité remarquable et l'armée bavaroise donna en 
cette circonstance un mémorable exemple d'ordre 
et de discipline. II est presque incroyable qu'avec 
les distances & parcourir, la difficulté du terrain, 
le feld-maréchal ait pu, en cinq ou six heures de 
nuit, désarmer ses ouvrages, retirer son canon 
ainsi que toules ses troupes, même celles qui étaient 
encore engagées, sans que l'ennemi le soupçonnât, 
et que le jour ait trouvé les Bavarois ralliés et postés 
& plus de ù,000 mètres en ïirrière de leur front. 

Tout près de Fribourg, un des contreforts de la 
forêt Noire se termine par une croupe élevée de 
cent mètres en moyenne au-dessus de la plaine et 
présentant, du sud au nord, un développement 
d'environ 1,500 mètres; c'est le Josephsberg; 
vers le sud, il se rattache directement h. la chaîne 
principale par une arête abrupte, aux flancs escar- 
pés, couverte de bois à peu près impénétrables et 
semée de pitons inaccessibles, tandis qu'à l'autre 
extrémité, vers le nord, un vallon où coule la 
Dreisam sépare les hauteurs de la place. 



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33i LES PRINCES DE CONDÉ. 

L'infanterie de Bavière occupait le plateau lég^ 
rement incliné qui couronne te Joaepfisbei^; une 
tour ruinée, et dont il ne reste plus trace, jalon- 
nait la gauche au lieu dit Wonnhalde. C'était le 
point culminant du plateau ; là, il était plus lai^, 
plus découvert, bien délimité et bordé par la for^ 
qui a nom Borlisau, mais aussi plus accessible k 
l'assaillant qui venait de l'ouest. Environ trois 
mille hommes en quatre régiments, avec sept piè- 
ces de canon, étaient massés auprès de la tour de 
Wonnhalde. La droite était établie vers un monti- 
cule boisé alors et que surmonte aujourd'hui la 
petite chapelle élevée à Notre-Dame de Lorette en 
souvenir des combats de i6/iA. ; pour plus de clarté 
nous laisserons k ce monticule le nom de Loretto. 
Deux régiments et dix bouches à feu étaient ré- 
partis entre Loretto et Wonnhalde. Tout ce front 
était protégé par de grands abatis et, çà et là, 
par des barricades palissadées; les pentes étaient 
plantées de vignes parmi lesquelles on avait jeté 
des flèches et redans occupés par les dragons. A 
l'extrême droite, au point oîi la colline se perdait 
dans la plaine, un des ouvrages de la circonvalla- 
tion, perfectionné et armé de cinq pièces, était 
gardé par un bon corps d'infanterie. Cette forte re- 
doute barrait de ce cdté l'accès du plateau, et, 
croisant ses feux avec le canon de [a place, fermait 



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L0DI9 DE BOURBON. 335 

rentrée du vallon, large de sept à huit cents më- 
très, oh coule la Dreisam. Un peu en arrière du 
pied de la colline, le feld-maréchal avait son 
quartier général h Wiehre*. La cavaierie de Jean 
de Wirth était en ordre de bataille entre Wiehre 
et Fhbourg. 

La configuration du terrain n'avait pas permis 
aux généraux frîinçais d'observer la distribution 
des troupes et la perfection des défenses de Mercyt 
mais le caractère et la force de sa position n'avaient 
pu leur échapper; il fallait attaquer de front ou I&- 
cher prise. Batlre en retraite, le duc d'Anguien 
n'y songeait pas; il jugea que l'armée de Mercy 
n'avait pas été assez maltraitée pour qu'il fût loi- 
sible de nnanœuvrer si près d'elle, et il arrêta le 
plan du combat. 

Le 5 août, de bonne heure, l'année française se 
mit en marche. La terre était si détrempée qu'on 
avançait lentement ; l'allure était pesante, mais l'ar- 
deur vive; le soleil se levait radieux; a tous les 
cœurs, remplis d'allégresse, de confiance en la for- 
tune et en la valeur du général, ne concevaient 
qu'une victoire assurée » '. Le maréchal de ba- 
taille Leschelle est en tête avec quatre pièces lé- 



1. Alon appelé Adelbauaun. 
S. Lb HoDssaye. 



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33a LES PRINCES DE CONDÉ. 

gères et mille mousquetaires pris dans tous les 
corps; son point de direction est la tour de Wfflin- 
halde ; devant lui, la montée plus douce , mais 
plus longue, abouUt à une sorte de col qui se 
resserre vers le sommet. Il devait déployer ses 
tirailleurs parmi quelques bouquets de s^ins 
semés sur les prés au pied des vignes et attendre 
ainsi le moment convenu, laissant h. ses canon- 
niers le soin de riposter h. ceux de l'ennemi. L'ia- 
fanterie de Turenne, conduite par d'Aumont, sui- 
vait cette avant-garde, le duc d'Anguien lui ayant, 
pour cette journée, réservé la droite, ainsi que 
l'honneur de la principale attaque. Aussitôt la voie 
ouverte par les mousquetaires de Leschelle, les 
régiments d'Aubeterre et du Tôt étaient désignés 
pour donner l'assaut. La brigade dite allemande, 
qui avait perdu son général (Roqueservière) et 
qui avait beaucoup soulTert l 'avant-veille, avait le 
rôle de soutien. 

L'infanterie de Champagne, menée par Espe- 
nan, venait ensuite; elle avait ordre de a doublerez 
gauche » avant d'êti-e à la portée du canon, et de 
se déployer en face du bois de Loretto ; de ce câté, 
la montée était plus courte, mais plus raide, la 
vigne plus drue ; le fort construit dans la plaine 
empêchait de chercher, en appuyant h gau- 
che, quelque facilité pour gravir; aussi l'attaque 



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LOOIS DE BOURBON. 337 

de Loretto était-elle considérée comme un appui 
donné à. l'assaut de Wonnhalde. Espenan devait 
détacher deux bataillons à sa droite pour tenter un 
troisième effort entre les deux attaques principales. 
Taupadel avec quelques escadrons weymariens 
accompagnait rinfanterie de d'Aumont. Deux com- 
pagnies de gendarmes, conduites par Mauvilly, 
maréchal de bataille, suivaient les mouvements du 
corps d'Ëspenan. Plus loin, à. l'extrême gauche, le 
gros de )a cavalerie se déploie en plaine, tenant 
en échec les escadrons de Jean de Wirth, et prêt 
à les charger s'ils débouchent du vallon entre 
Fribourg et Loretto ; le maréchal de Guiche est en 
tète, il a près de lui Marchin et Palluau. Chouppes, 
lieutenant de l'artiHerie, cherche les emplacements 
d'où ses pièces, qui sont fort en arrière, i>ourront 
canonner Wonnhalde, tout en essayant d'éteindre 
le feu des ouvrages ennemis; les lieux ne lui 
sont pas propices. C'était donc une attaque géné- 
rale qui allait se prononcer, mais « divisée en trois 
lieux » . On estimait que l'infanterie bavaroise, affai- 
blie par la précédente journée, serait hors d'état 
de résister partout k la fois, et que l'un des as- 
sauts réussirait. Le signal devait partir de la 
gauche, le premier effort de la droite. Espenan 
avait ordre d'attendre que toutes ses troupes fus- 
sent en ligne pour engager un combat de tirail- 



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338 LES PRINCBS SB COHDfi. 

leurs sans le pousser à fond. Au bruit de cette 
fusillade, Leschelle et d'Aumont devaient aussitâl 
s'avancer et tenter d'enlever le retranchement de 
Wonnhalde. Peut-être forceraiton l'ennemi à mon- 
trer sa cavalerie, dont on espérait avoir plus facile- 
ment raison que des gens de pied. 
Brmi Placés sur un ressaut de terrain au sud-esld'UfT- 

Bch«c et mon hauson, le duc d'Anguien et le maréchal de Tu- 

de Lsictialle. 

M. ta Duc renuc voient défiler leurs belles troupes. Vers huit 
dp Wttnnhiide. heures du matin, un officier du régiment weyma- 
rien de Fleckstein, détaché en patrouille sur la 
droite, accourt et les avertit que, parvenu à un 
piton dans la forêt de Borlisau, il a vu le revers de 
la position des Bavarois; il a observé une grande 
agitation et comme les indices d'une retraite pro- 
chaine. Le déploiement de l'armée française com- 
mençait âi peine; les généraux crurent avoir le 
temps d'apprécier par eux-mêmes la valeur du ren- 
seignement, et, renouvelant la défense de rien en- 
gager avant te signal, partirent au galop; l'espaœ 
k franchir était de deux mille pas environ. Déjà 
ils approchent du but de leur course; le bruit du 
canon retentit derrière eux sans les surprendre; 
c'est la petite artillerie weymarienne qui répond 
aux grosses pièces bavaroises; mais voici que 
le roulement d'une fusillade g^érate fait trembler 
le sol; il y a donc eu méprise fatale ou grave 



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LOUrS DE BOURBON. 330 

accident. Â toute bride, M. le Duc et le maréchal 
reviennent sur leurs pas. Ils trouvent Leschelle 
tué, ses nQousquelaires dispersés, des généraux 
qui s'efforcent de rétablir l'ordre parmi leurs trou- 
pes déjà repoussées, toute une ligne en confusion 
avant d'avoir été formée, l'hésitation et le décou- 
ragement succédant h cette première fleur d'ardeur 
qui animait leurs soldats une heure plus tôt. 

Presque tous les grands hommes de guerre ont 
eu auprès d'eux un lieulenant malheureux ou mal- 
habile dont le nom -est habituellement îissocié aux 
mécomptes et aux incidents fâcheux. Sans remon- 
ter aux Commentaires de César, nous pourrions 
citer celui qui joue ce râle dans VHistoire de mon 
temps, et il ne faudrait pas feuilleter longtemps 
les Mémoires de Napoléon pour y faire pareille 
rencontre; à tous les instants critiques des pre- 
mières campagnes de Condé nous retrouvons le nom 
d'Espenan. Au moment oh celui-ci arrivait en face 
de Loretlo avec sa tète de colonne, des coups de- 
feu partirent des flèches oii l'ennemi avait laissé 
des dragons parmi les vignes; il envoya quel- 
ques hommes déloger ces dragons; ceux-ci furent 
soutenus par l'inlanterie bavaroise. Ëspenan veut 
s'emparer des ouvrages; on s'échauffe de part et 
d'autre; bientôt toute la montagne est en feu. 
Leschelle attendait impatiemment le signât. Au 



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310 LES PRINCBS DE CONDÉ. 

premier bruit, il avait enlevé ses hommes et gravi 
la montée de Wonntialde ; une balle le renvoie. 
C'était un soldat de fortune ; il passait pour u un des 
plus braves et des plus entendus officiers de son 
temps » ' ; M. le Duc, qui ne le connaissait que de 
renom, avait particulièrement demandé qu'il fût 
attaché è. son armée. L'élan des mousquetaires 
tombe avec Leschelle; ils se dispersent ou se 
groupent confusément. D'Aumont fait avancer la 
première brigade; la mitraille et la mousqueterie 
l'arrêtent. Les Bavarois sortent de leur retrandw- 
ment pour diarger l'assaillant, lorsque le duc 
d'Anguien apparaît et se jette au plus fort de l'ac- 
tion. 11 prescrit à Tournon de rallier les mousque- 
taires de Leschelle, prend la brigade allemande et 
dégage d'Amnont par une attaque de flanc. Le co- 
lonel bavarois Miehr, qui conduisait la sortie, est 
tué; les drapeaux ennemis se retournent et don- 
nent le signal de la retraite. M. le Duc veut sou- 
tenir son avantage, ouvrir le chemin à l'in&m- 
terie; suivi de nombreux officiers, il parvient au 
sommet de la pente. Le feu est terrible; en quel- 
ques instants tous ceux qui accompagnent le prince 
sont frappés ou démontés; lui-même est un mo- 
ment étourdi par le vent d'un biscaTen qui emporte 

1 . La Houssaye. 



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LOUIS DE BOURBON. 341 

le pommeau de sa selle. 11 s'acharne cependant, 
cherdie h. enlralner l'infanterie qui le rejoint; mais 
celle-ci perd presque tous ses officiers * et ne réussit 
pas à prendre pied. C'est à. grand'peine qu'on peut 
enlever les blessés et redescendre la pente. Tu- 
renne porte en avant les escadrons de Taupadel et 
les deux bataillons de droite de l'armée de Cham- 
pagne ; il pare ainsi à tout retour offensif des Ba- 
varois. 

Midi était passé ; la chaleur était accablante. 
Toutes les troupes françaises se retirent hors de la 
portée du mousquet, laissant quelques tirailleurs 
pour riposter de loin aux dragons qui ont reparu 
dans les vignes. L'infanterie de Bavière reste im- 
mobile derrière ses retranchements qu'elle conso- 
lide. Un duel d'artillerie s'engage entre les pièces 
établies sur le Josephsberg et celles que M. de 
Chouppes était parvenu à. mettre en batterie, au 
grand détriment de ces dernières; sur quarante 
bouches à feu, sept ou huit seulement ne furent pas 
démontées. Cependant M. le Duc se préparée re- 
prendre l'offensive : l'infanterie de Champagne a 
peu souffert ; elle attaquera Loretto ; Turenne, se- 
condé par d'Aumont et Toumon, s'a\'ancera de 
nouveau contre les retranchements de Wonnhalde. 

1 . Entre autres Berioghen et Cambon, lieuIsnanls-coloDels 
commandant les régiments du Tôt et de la Couronne. 



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MS LES PRINCES DB C0I4DË. 

Il répond d'y contenir et d'y occuper rennemî jus- 
qu'au soir; c'est tout ce qu'on peut demander aux 
débris de ses deux brigades presque anéanties. 

Vers trois heures, quatre cents mousquetaires, 
passant u en grandes bandes », abordent la coIUbc 
de Loretto. Ils sont conduits par Mauvilly, lieute- 
nant des gendarmes de Gondé, intime ami du prince 
et qui exerce pour la première fois la charge de 
maréchal de bataille. Rien de plus périlleux que ces 
conduites de tirailleurs pour un officier qui, seul 
monté, est le point de mire de tous les mousquets. 
11 en a coûté la vie b. Boqueservière le 3, à Les- 
chellece matin même; Mauvilly a le même sort: 
u soldat dont l'ambition estoit secondée de beau- 
coup de cœur et de beaucoup d'esprit et qui, par 
l'un et par l'autre, se voyoit en estât de monter aux 
plus grandes charges de la guerre » '. U était déjà 
au milieu des ennemis quand il fut tué. Deux co- 
lonnes le suivaient ; elles s'avancent et se dé- 
ploient; ni la raideur de la pente, ni l'embarras 
des vignes, ni le feu de la mousqueterie, ni le 
canon du fort qui les prend d'écharpe, ni les 



t. La Houssaye. — ■ Je ao puia tous dire quel t 
Mauvilly avait acquis quand il fut tué. C'est k plus gruide 
perte que dous puissions faire. > [H. le Duc à M. te Prince, 
8 août. A. C] — Claud» de Yillers la Faye, S^ de Mauvilly, 
avait ^nsë Marie de l'HApital, GUe de Jacques de l'Hôpital, 
S' de Saint-Mesiups. 



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LOCIS DE BOURBON. 3U 

arbres abattus ne peuvent les arrêter. La Fressi- 
nette est tué à. la tête du régiment de Persan, qu'il 
commandait à Rocroy ; Bout-du-Bois , premier 
capitaine, le remplace et ramène deux fois le ba- 
taillon au combat. Le régiment d'Anguien se dis- 
tingue entre tous; il est conduit par Chamilly, 
peu connu encore, Bourguignon sanguin et gogue* 
nard, h. la tête et au cœur chauds, qui se révéla 
officier de premier ordre, et « fit des miracles » '. 
Déjà M. le Duc se croit maître de la position, 
lorsqu'un secours arrive aux Bavarois par le revers 
de la colline. C'est Gaspard de Mercy*, le frère du 
feld- maréchal, qui a fait mettre pied k terre à 
ses cavaliers et qui vient dégager l'infanterie; ces 
braves gens chargent le pistolet au poing. Gaspard 
deMercy esttué; mais les Français sont repoussés. 
Ânguien prescrit à Castelnau de prendre la place 
de Hauvilly et de rallier les mousquetaires. Lui- 

1. H. le Duc à M. le Prince. A, (L — Nicolas Boulon, comte 
de dumill;, avait déjb quelques ' services, ayant porté le 
mousquet en Hollande et fait campagne dans le Midi, mais sans 
assisbtr h aucune action. Enfant de Dijon, petit-fils du premier 
président Bralait, ancien page de Marie de Médicis; H. le 
Prince Ini avait donné, en 4635, la première compagnie créée 
au r^iment d'Anguien. U suivit le parti de Condé pendant les 
(roubles et monnit « accablé de blessures > en 1663. Un de 
ses fils, Noël, est devenu maréchal de France. 

S. Commandant en second la cavalerie sous Jean de Wirtb. 
Gaspard de Hercy était passé du service de Lorraine & celui 



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3tl LES PRINCES DE CONDË. 

même conduira Mazarin-Français, qui était resté 
en réserve. Les gendarmes, brûlant de venger leur 
chef, les cavaliers de « Tracy n et de « Turenne n ', 
détachés du corps de Taupadel, appuientce nouvel 
effort i plusieurs quittent leurs chevaux ; d'autres 
arrivent tout montés jusqu'au sommet. Les officiers 
d'infanterie essayent de reformer et d'entraîner 
leurs compagnies, « rebutées » par de telles fati- 
gues et de telles pertes. Clisson, enseigne-colo- 
nelle de Tracy-cavalerie, plante son étendard sur 
le parapet et tombe mort en l'embrassant; on 
ne peut le suivre; le carnage est horrible. Saint- 
Point, premier capitaine commandant le régiment 
de Conti, est mis hors de combat; c'est celui qui, 
malade de la peste, avait si bien défendu Saint- 
Jean-de-Losne et s'était fait porter en civière sur 
la brèche. Le régiment du Havre perd aussi son 



de Bavière, en mémo temps [1639] que son frère cadet Fran- 
çois, qui ne tarda pas à le dépasser. A Keinpen, Gaspard 
avait été le prisonnier de Gaébriant. Modeste, simple, très 
vaillant, il avait des habitudes humaines. Tort rares à celle épo- 
que et qui te faisaient diërir partout. Son régiment fut donné 
à George-IIenri de Fleckeoslein, qui venait aussi du service de 
Lorraine, et comme il y avait dans l'armée weymariense un 
régiment du nom de Flecksiein, il en est résulté quelque con- 

t . La Gazette dit : s les compagnies franches (fie) de cbe- 
vau-légers de Turenne et de Tracy. » 



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LOUIS DE BOORBON. 345 

chef, Chastetlux^. Des deux côtés, au milieu d'un 
monceau de cadavres, à travers les brancties 
d'arbres et les planches des palissades, cavaliers 
et fantassins échangent à bout touchant des coups 
de mousquet ou de pistolet, sans avancer ni recu- 
ler. La nuit survient, il faut lâcher prise. Comme il 
l'avait promis, Turenne tient toujours en échec à 
Wonnhalde une partie des forces ennemies; M. le 
Duc peut faire enlever ses blessés et même quel- 
ques pièces légères qu'on avait avancées à bras. 
Pas un trophée ne reste aux mains de l'ennemi. 
Les Français se rallièrent dans la plaine, et les 
vaillantes armées restèrent en présence, comme 
deux athlètes qui tombent épuisés dans l'arène, se 
défiant encore du regard. 

Cette immobilité menaçante dura trois jours, L'uméa&uiciii» 
trois journées terribles. Tant de cadavres jon- u««r lèTo 
chaient le sol, que l'air était empesté; plus du quart '™ "'°^' 
de ceux qui avaient paru sur les champs de bataille 
des 3 et 5 août étaient hors de combat : de huit à 
neuf mille sur trente ou trente-deux mille. Les 
perles des Bavarois avaient été plus grandes le â, 



1. Encore un Bourguignon : César-Piorre, comte de Chaa- 
tellux. On le crut mort, et la Gazette l'annonça; mais il eut 
nn an de répit et fut tué ii * Norlingue « te 5 août 16i9. Son 
frère pniné, César-Philippe, était lieutenant do la compagnie 
de gendarmes de M. le Prince, et devint maréchal de camp. 



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316 LES PlimCES DB CONDË. 

celles des Français le 5 ; le total ét^t & peu près 
également réparti. Les blessés que les Bavarois 
n'avaient pu retirer le premier jour avaient été 
recueillis pêle-mêle avec les nôtres; on sauva peu 
des uns ou des autres ; faites par le canon ou par 
la mousqueterie à bout portant, les plaies étaient 
affreuses. La route de Brisach étant libre, là dis- 
tance courte, on put diriger les évacuations sur 
cette place, en tirer des vivres ainsi que diverses 
ressources ; tes renforts continuaient aussi d'ar- 
river par petits détachements à l'armée du duc 
d'Ânguien. Celle de Mercy souffrait plus. Res- 
serrée dans la petite plaine de Wiehre, sans com- 
munication que des chemins de montagne et de 
longs trajets, elle ne recevait pas un homme et 
peu ou point d'autres secours. Les fourrages lui 
manquaient et, depuis plusieurs jours, les chevaux 
se nourrissaient de feuilles. Cependant le feld-ma- 
réchal était résolu h. ne pas compromettre les 
affaires de l'Empire par une retraite précipitée' 
et à ne pas bouger avant d'avoir vu clair dans les 
projets de son adversaire. 

11 ne fut plus attaqué sur le Joscphsberg ; M. le 
Duc s'était décidé & manœuvrer. Les ambulances 
déblayées, les subsistances assurées, l'armée fran- 

I, Mercy à l'électeur, 7 août (Heiltnann). 



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LOUIS DE BODRBOK. 3i7 

çaise prit, le 9 au matin, la direction du nord; 
comme la place de Fribourg barrait la route, 
il fallut faire un assez grand détour par Betzen< 
hausen et Lehen , traverser des bois , des ma- 
rais, des cours d'eau, un terrain très accidenté. 
Turenne conduisait J'avant-garde; le ducd'Anguien 
couvrait la marche, avec toute sa cavalerie en 
bataille, face à l'ennemi et prête h charger; il ne 
fit rompre qu'après avoir vu défiler derrière lui 
la dernière compagnie et la dernière voiture; pas 
un cavalier, pas un soldat bavarois ne s'était 
montré. M. le Duc s'arrêta, fort avant dans la nuit, 
à Denziingen, gros bourg et nœud de routes : en 
continuant vers le nord, on descendait la vallée du 
Bhin ; au nord-est, la vallée assez large de l'Elz 
conduisait par Waldkirch dans la forêt Noire; 
à l'est, un chemin étroit, souvent raide, difficile, 
menait par le Glotterthal h Saint-Peter: c'est ce 
chemin que, sans attendre le jour, M. le Duc, h 
peine arrivé, fit prendre h. Rosen avec huit esca- 
drons. Castelnau partit ensuite avec mille mous- 
qaelaires, puis le gros de l'armée sans canons ni 
voitures. Le soleil se levait au moment où les der< 
nières troupes quittaient Denziingen. 

Aux premiers mouvements des Français, Mercy 
avait jugé qu'ils se dirigeaient vers le marquisat de 
Bade et les bords du Rhin. Hors d'état de les 



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348 LES PRINCES DE CONDÊ. 

suivre, mais comptant bien les retrouver plus tard, 
il ne resta pas une heure de plus dans le charnier 
de Wiehre et marcha sur sa base d'opérations, 
Villingen, située entre les sources du Danube et 
celles du Neclcar. Le val d'Enfer n'étant pas pra- 
ticable alors, il fallait remonter l'EIspach jusqu'à 
Saint-Peter, ancienne et puissante abbaye de béné- 
dictins, dont les hautes tours jalonnent non pas une 
position tactique, mais un de ces carrefours qui, 
dans les montagnes, se rencontrent aux change- 
ments de bassin. 

Dans la matinée du 10, l'infanterie bavaroise, 
après une assez longue marche de nuit et un repos 
de quelques heures, avait quitté Saint-Peter et dé- 
passé les hauteurs h. l'est, se dirigeant vers le dépôt 
de vivres établi k Graben. Le long convoi de voi- 
tures, pièces, munitions, bagages, commençait à 
défiler devant le monastère, lorsque des cavaliers 
parurent è. l'ouest, sortant du col qui termine le 
Glotterthal. L'œil exercé du feld-maréchal a bien- 
tôt distingué les éckireurs weymariens; Mercy 
devine que toute l'armée française est la.; il con- 
naît la fougue de son adversaire et prend son 
parti avec le tact et la promptitude qu'on pouvait 
attendre d'un tel général. 

I! prescrit à. l'ïirrière-garde, entièrement com- 
posée de cavalerie, de faire demi-tour, de s'enga- 



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LOUIS DE BOOBBON. 349 

ger dans te mauvais sentier du Wartensteig, qui 
conduit directement & Graben ; Ih, elle se mettra en 
bataille ; le convoi fera aussi demi-tour et suivra 
ce mouvement, que le feld-maréchal en personne 
va couvrir avec sa redoutable infanterie, ramenée 
sur Saint-Peter. 

Rosen, car c'était lui qui venait de se montrer au 
débouché du Glotterthal, Rosen se hâte aussi, et, par 
sa hardiesse, son habileté, force Mercy à jouer serré. 
11 lance un escadron sur sa droitepourjeterle trouble 
dans le convoi ; avec les sept autres, il fait face aux 
troupes bavaroises, et, malgré l'infériorité du nom- 
bre, les occupe si bien pendant deux heures, que 
l'infanterie ûunçaise a le temps d'arriver. Il fut un 
moment bien pressé, perdit trois cornettes, mais se 
dégagea vaillamment; son dernier échelon, k peu 
près cerné par l'infanterie ennemie, se retira au 
travers de véritables précipices. Rosen donna dans 
cette rencontre l'exemple de tout ce qu'un chef ha- 
bile peut risquer et obtenir avec une cavalerie bien 
exercée, et Turenne, qui, à côté du duc d'Anguîen, 
put de loin le voir aux prises, lui rend dans ses 
Hémoires un témoignage dont la forme sobre 
semble relever la valeur : c C'est une des actions 
que j'aie jamais veues oii les troupes ont témoi- 
gné le moindre estonnement pour en avoir tant de 
sujet. » 



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390 LES PRINCES DS COKDË. 

La cavalerie weymarienne, se repliant en éche- 
lons vers tes tiauteurs au nord de Saint-Peter, dé- 
couvrait le rideau où Casteinau formait ses mous- 
quetaires arrivant à. la file et à la course ; on entendait 
au loin, dans le Glotterthal, les fifres et tambours 
qui pressaient la mai'che des bataillons. Déjà les 
quelques escadrons un moment déployés par Jean 
de Wirth en face de Bosen avaient disparu par 
le Wartensteig, emmenant quelques canons et 
les chevaux du convoi dont les traits avaient été 
coupés. Toutes les voitures et six pièces restaient 
dans la gorge de l'Espach. A son tour, Mercy re- 
tira sa première ligne d'infanterie qui avait dé- 
passé Saint-Peter, maintenant l'ennenoi par l'atti- 
tude de sa seconde ligne. Dès que les bataillons 
français ralliés s'avancent pour traverser le vallon 
et marcher à lui, les Bavarois disparaissent, et, 
quand le duc d'Anguien atteignit la crête que 
Mercy venait de quitter, il ne put voir qu'un nuage 
de poussière au loin. 

Épuisée de fatigue et de faim, l'infanterie fran- 
çaise n'alla pas plus loin, heureuse de trouver sur 
les voitures abandonnées les vivres dont elle man- 
quait. M. le Duc avec sa cavalerie poussa jusqu'à 
Graben, constata que l'ennemi n'y était plus, et 
rebroussa chemin; le lendemain 11, il rame* 
najt ses troupes à Denziingen. Le même jour, 



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LOUIS DE BOURBON. 351 

l'année de Bavière, marchant très vite, arrivait à 
Schômberg ' ; continuant de s'éloigner vers le nord- 
est, elle s'arrêta le 15 h. Rothenbourg, sur le 
Tauber. 

Dans ce combat hardiment engagé et habilement 
soutenu par Rosen, Mercy montra ses qualités de 
tacticien consommé, la fermeté de son caractère, la 
sûreté et la promptitude de son jugement. Il sut 
conserver son infanterie, sa cavalerie et presque 
toute son artillerie. Toutefois, la précipitation avec 
laquelle il quitta le champ de bataille, abandon- 
nant bagage, munitions et une partie du canon, 
marque cette journée d'un caractère que les trois 
guidons enlevés à Rosen ne peuvent pas modifier : 
ce n'était plus une manœuvre des Bavarois, une 
opération qui commençait , c'était la retraite pré- 
dpitée , le champ libre laissé à l'adversaire, l'aveu 
de l'iofériorité. 



Il n'y eut pas de bataille de Fribourg. La lé- i.e> ooDbM> 
gende qui accompagne le tableau de Chantilly dit -. "'s, lo ■oai. ' 
« Les combats livrés devant Fribourç les 3, 5 et 
10 d'aoust l&h-k, avec les retranchements de 

I. Vingt lieues est de Saint-Peter. 



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352 LES PRINCES DE CONDÉ. 

l'armée bavaroise, qui furent forcés par celle que 
Monseigneur le duc d'Anguyen commandoît. < 
CeUe légende est correcte et le tableau présente 
une vue d'ensemble où les difTérentes phases des 
opérations sont marquées d'une manière frap- 
pante. Nous n'y voyons pas un de ces exemples si 
rares de grande tactique, une de ces conceptions 
grandioses de manœuvre qu'offre h nos yeux le ta- 
bleau de Rocroy. Devant Fribourg, M. le Duc se 
trouva aux prises avec les difficultés de la guerrede 
montagne, — oii les horizons sont bornés, où les 
unités, les groupes échappent à la direction, sou- 
vent même aux regards du chef, — des combats 
d'infanterie où les erreurs ne peuvent plus être cor- 
rigées, les accidents réparés par une improvisatioD 
brillante. Les enseignements qu'on doit recueillir 
de l'étude de ces trois journées n'en sont pas 
moins intéressants. Notons avant tout le dispositif 
de l'attaque des redoutes le 3 août, la façon dont 
Anguien tira parti de l'échec de la première ligne 
pour bien engager la seconde, reliant tout par b 
rectitude de son jugement, la promptitude de sa 
décision autant que par sa valeur. La conduite de 
Condé est au-dessus de tout éloge, s'écrie le gé- 
néral Heilmann', et l'écrivain allemand a raison; 

1 . CoDde's Benehmen Ut iiber ailes Lod eTfaabeo. 



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LOUIS DB BODBBON. 353 

car l'action audacieuse du 3 fut décisive; si le 
duc d'Ânguien n'avait pas ouvert cette lai^ brèche 
dans l'infanterie bavaroise, il n'eût jamais repris 
l'ascendant et contraint Mercy k ta retraite. C'était 
la fausse attaque qu'il conduisait; ce fut celle qui 
réussit; le mouvement tournant qui devait assurer 
la victoire ne put pas aboutir. La guerre, la guerre 
de montagne surtout, a de ces surprises. Ceux qui 
savent en profiter sont rares ; on oublie trop sou- 
vent que toutes les attaques, même celles qu'on ap- 
pelle « fausses », doivent être menées avec une 
égale application, avec toute la vigueur possible et 
qu'il faut toujours être en mesure de soutenir les 
avantages offerts par la fortune. 

Les retranchements de l'armée bavaroise furent 
bien forcés .le 3 août, et la légende du tableau de 
Chantilly ne trompe pas le lecteur. Mais, le 5, les 
Alleruands repoussèrent les assauts dirigés par 
leurs adversaires contre le Josephsberg. Lorsqu'on 
examine cette position si bien étudiée, si complè- 
tement préparée, on se demande quel était le vé- 
ritable plan de Mercy? N'avait-il pas, dès le début, 
l'intention d'amener les Français à se heurter 
contre celte montagne après avoir usé leurs forces 
et leur ardeur dans une première rencontre? Le 
coup hardi d'Ebringen a pu jeter quelque trouble 
dans les combinaisons du général bavarois, chan- 



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3M LES PRINCES DB CONDÉ. 

ger l'heure et les conditions du mouvement, mais 
on peut assurer que la dérense du Josephsbei^ ne 
fut pas improvisée*. Dans la .journée du 5 août, 
Mercy sauva l'honneur des armes et fit essuyer 
de grandes pertes à. son adversaire. Il fut servi 
par l'erreur d'Espenan, qui o détruisit le concert 
des attaques » ; sa conduite n'en fut pas moins 
belle; tout l'ensemble de ces combats est glorieui 
pour l'infanterie bavaroise. L'issue en eût peut-être 
été différente et fatale aux Français, si le duc 
d'Anguien avait eu moins de ténacité, d'audace, 
des visées moins hautes. 

La plupart des critiques militaires, et le premier 
de tous, Napoléon, ont jugé que l'attaque des li- 
gnes de Fribourg était contraire aux principes. 
S'ils avaient bien connu les lieux, la situation, 
peut-être auraient-ils partagé le sentiment de Tu- 
renne et de Coudé; ajoutons que, malgré les appa- 
rences, l'observation ne s'applique pas mieux Ji la 
seconde qu'à ta première journée*. Lorsque le 

1. Le Josephsberg resta fortement occupé pendant le com- 
bat du 3 août. Aucun des incideDts si graves de cette journée 
De put décider Mercy à déplacer le régiment Rouyer, qui 
gardait celte position. 

S. Turenne écrivait bien fa sa sœur le 8 août : « Un jour. <n 
a eu UD grand avantage sur les ennemis, et, comme on les a 
voulu forcer tout ft fait, on y a été repoussé i ; mais, dans ses 
Hémoires, il dit : i Sans cet accident (l'attaque d'Espenan], 
l'armée de l'ennemi était pradue et ne pouvait résister. ■ 



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LOUIS DE BOURBON. 3» 

duc d'Anguien aOronta les retranchements du Jo- 
sephsberg, il ne se laissait pas entraîner par une 
avei^le confiance dans son étoile, dans sa valeur 
et celle de ses troupes. II ne croyait pas avoir 
assez affaibli Hercy pour tenter de défiler devant 
un tel ennemi, qui, bien posté, pouvait choisir le 
moment et donner dans le flanc de son adversaire 
par le débouché de la Dreisam. D'ailleurs, l'atta 
que du 5, si brutale qu'elle paraisse au premier 
abord, était plus méthodique, mieux liée, mieux 
combinée que les deux attaques divergentes du 3, 
séparées par le massif du Schônberg, avec un 
écart de 2,500 mètres k vol d'oiseau. La victoire 
a justifié cette témérité; mais, sans la brillante 
inspiration du duc d'Anguien, le désastre eût été 
complet ; tandis que l'assaut repoussé du 5 laissa 
l'armée épuisée ' , mais non vaincue. En somme, si 
le duc d'Anguien ne put réussir à déloger le gé- 
néral bavarois, il le frappa d'impuissance, et la 
journée du 10 le prouva. Il avait donc le droit 
d'écrire au premier ministre : « Si l'armée de Ba- 
vière n'a pas été absolument deffaite, au moins elle 
a esté ruinée en un point qu'elle aura de la peme 
& s'en remettre... Jamais armée n'a esté si proche 
de sa perte; Dieu ne l'a pas voulu; nous en re- 

1 . 1 L'armata trovandosi esMuigue. > Dëpdche de l'ambassa- 
deor do Venise, 30 aoûl 464i. 



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33S LES PRINCES DE CONDfi. 

trouverons peutrestre l'occasion ». Et il rendut k 
ses officiers et & ses troupes, ce témoignage, auquel 
on ne saurait rien ajouter : « Il ne se peut dire 
avec quelle affection et quel cœur tout le monde 
a servy dans ce rencontre. Il n'y a rien de plus 
véritable et vous me cognoissés assés pour croire 
que je n'aime pas à mentir » *. 

Mercy n'accordait pas les mêmes éloges h, toutes 
ses troupes; si l'infanterie avait été admirable, la 
cavalerie ne paratt pas avoir donné à son chef une 
égale satisfaction ; sans doute il rendait justice auz 
braves cbevau-légers qui avaient suivi son frère 
à la défense de Loretto, et it se louait du concours 
intelligent que Jean de Wirth lui avait prêté à 
Saint- Peter; mais il signalait une froideur habi- 
tuelle, une tendance à l'inaction qui ne semblait 
pas suffisamment justifiée par l'épuisement réel des 
chevaux *. En somme, la cavalerie de Bavière ren- 
trait dans la forêt Noire h peu près ruinée, mal 
disposée et avec des chevaux hors de service, tandis 
que celle de France restait intacte, n'ayant perdu 
que les gendarmes et les cavaliers qui, à Loretto, 

1. H. le Duc h. Mazarin, 8 août. G. P. 

î. Mercy k Piccolomini, 9 août 46i4. A, A. — Il accusait 
même les cavaliers d'avoir plusiourâ fois refusé de suivre 
leurs officiers ; le nigiment qu'il jugeait le plus sévèrpment 
était celui du colonel Sporck, qui fut plus tard complice de 
la trahison de Jean de Wirth (voir ch. VU). 



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LOUIS DE BODRBON. 



s'étaientmêlésavecl'ÎDfaDterie, et quelques chevaux 
laissés eu arrière h. Metz ou à Pont-à- Mousson ; 
tout ce qui était dans le rang, hommes et montures, 
était en bonne condition'. 



1, Nous ne pouvons omettre dons légendes qui oe reposent 
sar aacun fondement, bien que l'une des deux au moins soit 
tw, répandue. 

L'image populaire du Grand Condâ le représente ■ lançant 
son bâton dans les lignes de Fribourg ». Les récits contempo- 
nins sont muets à cet égard. Nous ajouterons que l'exécution 
mstérielle du mouvement semble asseï difficile. Voici ce que 
nous supposons : dans la journée du 3 août, le duc d'Anguien 
sauta à bas de son cheval, et, entraînant l'infanterie hésitante, 
franchit le premier l'abatis d'Ebringen. C'était là un tableau 
qni dut fe graver dans ta mémoire de tous les assistants. Le 
prince aura sans doute jeté sa canne pour mettre l'épée à la 
main, et le récit de cet épisode, transmis de bouche en bouche, 
aura pris les proportions, d'une légende. Celle-d au moins a 
quelque chose d'héroïque ; l'autre est odieuse. 

En voyant ses officiers consternés de l'hécatombe du 5 août: 
* Bah! aurait-il dit, ce n'est qu'une nuit de Paris >. Bien que 
cetls table soit parfois reportée à la bataille de Seneffe, elle 
figure plus souvent dans les relations modernes des combats 
devant Fribourg, surtout dans les rebti<»is étrangères. A. l'une 
ou l'autre date, c'est un conte sans vraisemblance. Nous ne 
prétendons pas dire que Condé ait jamais él^ très ému par la 
vue du sang on les cris des blessés, ni qu'il ait en grand'peine 
à dominer la sensation que l'aspect d'un champ de bataille feit 
souvent éprouver; nous reconnaissons que, dans le feu du 
combat, il sacrifiait la vie des antres avec la même insouciance 
qu'il exposait la sienne ; mais, après la victoire, nul ne prenait 
des blessés un soin plus paternel, et les coups qui frappaient 
ses amis ont toujours retenti dans son cœur. Après la journée 



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358 LES PRINCES DE CONDÉ. 

A la nouvelle du premier combat, iln'yeutqu'im 
cri de joie h. Paris. Lorsqu'on connut les détails de 
la Journée du 5, les pertes terribles, les Bavarois 
restant fièrement sur leurs positions, l'assaut ^^ 
poussé, ce premier enthousiasme se refroidit sin- 
gulièrement, et tous ceux qui se complaisent aui 
mauvaises nouvelles, les envieux, les mécontents, 
eurent un moment beau jeu. Mais la retraite de 
Mercy et la marche oITensive du duc d'Anguien 
ramenèrent l'opinion. L'émotion en France et en 
Europe fut aussi considérable qu'après Rocroy, el 
le maréchal de l'Hôpital rendait bien le fientimenl 
général d2ins ces lignes : « Vous avez vaincu l'armée 
d'Espagne l'année passée et en celle-cy celle de 
Bavière, laquelle depuis vingt-huit ans a fait trem- 
bler l'Allemagne et porté la qualité d'armée victo- 
rieuse ». — II lo ! Triumphe ! lo ! Pœan ! » écrivait 
aussi, de sa retraite de Trie, le vieux de Noyers'. 

du faubourg SainUAntoine, Mademoiselle le vit lomber sur 
une chaise et îanàie en larmes, s'écriant : t J'ai perdu Unit 
mes amis, tous mes amis I > Comment croire que celui qui, 
encore famant de la chaleur de l'action, ressenlait une douleiiT si 
vive, ait pu proférer la plaisaoterie féroce qu'on lui prête, lo 
moment où il ignorait b! Jaraé, d'Isigny, La Boqne, Cbaslellai 
et antres de ses fumiliers survivraioDt à leurs blessures, oi 
La Fressinette et Leechelle venaient d'«tre tués sous ses yeu, 
où il écrivait à son père en pariant de Alauvilly : o C'est li 
plus grande perle que nous puigsi<»)8 foire f > 
4. 17, tOaoùt.A. C. 



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LOCIS DE BOURBON. 3S9 

Les amis de M. le Duc étaient d'autant plus fiers et 
joyeux qu'ils avaient vivement ressenti l'espèce de 
défaveur qui l'avait fait reléguer d'abord dans un 
poste secondaire. « Parbleu ! lui écrivait le futur 
duc de Ghâtillon*, alors quasi esiié en Hollande, 
voUà assez bien aller pour un gardeur de frontières 
et pour un comm2indeur de camps volants !... En 
deux jours, gagner trois ou quatre batailles et for- 
cer une armée plus forle que la vostre et qui 
jusqu'ïilors a passé pour invincible, c'est ce que je 
n'avois encore jamais ouy dire. » Et, d'un ton plus 
sérieux, d'Avaux, notre ambassadeur, sur le ter- 
rain brûlant de Munster, au milieu des embarras 
d'une négociation difficile et compliquée: » Par- 
donnez^noi, Monseigneur, si J'ay esté quelque 
temps du parti des Impériaux dont Munster est 
plain et si j'ay tenu avec eux pour une chose in- 
croyable que Vostre Altesse eust forcé la plus belle 
armée d'Allemagne bien retranchée et toute glo- 
rieuse des avantages qu'elle venoit de remporter 
sur nous. J'avoue que c'est encore quelque chose 
de plus que Rocroy. Je ne sçay si un homme qui 
veut faire la paix peut prétendre quelque part en 
vos bonnes gr&ces. Toutefois, Monseigneur, cette 
paix, c'est vous qui la faittes, et je puis dire en vé- 

1. Gaspard IV de Coligny. A. C. 



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300 LES PRINCES DE CONDA. 

rite que, sans met^ Bavière h la raison, il n'y avait 
pas seulement icy l'apparence d'un accommode- 
menl. » Mais d'Âvaux jugeait bien que tout n'était 
pas fini : « Encores dit-on qu'il (Bavière) fait de 
grands efforts pour réparer cette perte, et que, Ei 
Vostre Altesse tuy donne temps, il ronettra sur 
pied une bonne armée', n 

C'est là, en effet, que les politiques, les hommes 
d'État attendaient le duc d'Anguien. Quels fruits 
allait-il recueillir de l'avantage qu'il avait obtenu? 
Resterait-il dans le terre-àf-terre des petites opéra- 
tions ? Saurait'il concevoir et mener à fin quelque 
entreprise considérable pour la France et ses alliés? 
C'était à lui de donner aux combats livrés devant 
Fribourg la valeur d'une victoire. 

I.Hnnster, 30 août. A. C. 



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CHAP[TRE Vr 



M. 1« Duc renonce i reprendre Fribonrg et propose qq dewein eooai- 
dér&ble. Secret observé. — Orgsniution des transports par voie 
fluTinle, des servicos de U solde et des viTrei. — RèorgsoisAtion 
do cadre. NoUIld des reaforts. — Marche le long da Rhin (IS- 
35 «oilt). — Siège et prise de Philîsbourg. Genner«heim (Î5 août, 
10 septembre}. — Turenne et lu canJerie descendent la rire 
gauche du Rhin. Coup de main de Flecksteln. Spire el Worms se 
mettent mus la protection de la France. — Tnrenne dsTaot 
KUyenee {\i septembre). Agitation de la ville. — H. le Duc rejoint 
Turenne. Le clergé et les bourgeois lui ouvrent les portes de 
Hayence (17 septembre}. — Politique habile dn duc d'Anguien; 
NI eDéts. — Prise de Landau. Mort de d'Anmont (26 septembre). 
H. le Duc rentre en France (4 octobre). — Turenne déjoue les 
tentatives des ennemis pour passer le Rbin (octobre-décem- 
bre 1044). — Dâconragement de la Bavière el de l'Empire. — 
Victoire des Suédois. Turenne passe le Rhin et pénètre en Alle- 
magne. — Hercy surprend et bst Turenne à Hergenthelm (Ua- 
riendal), 5 mti 1C45. — Effet produit par la bataille de Uarien- 
dal. Ordres donnés au dnc d'Anguien. 

Tous les Weymariens, toute la vieille année 
d'Allemagne désiraient qu'on s'attachât à repren- 
dre la place qui semblait être le prix de ces san- 
glants combats. Fribourg, c'était le Brisgau, partie 
intégrante de l'établissement fondé par le duc Ber- 



U. la Duc 



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»S LES PRINCES DB CONDfi. 

nhardt entre Saveme au nord-ouest et Rheinfeld au 
sud-est avec Brisach au centre. Laisser les Bava- 
rois à Fribourg, c'était admettre le démembrement 
de celte sorte de domaine militaire, de ce semblant 
de patrimoine légué par un clief illustre aux sol- 
dats qui gardaient sa mémoire dans leur cœur. 
Par des motifs différents, tous ceux qui s'occupaient 
d'aflaires publiques en France, les ministres, la 
cour, partageaient le sentiment de l'armée, qui 
était d'accord avec la vanité nationale, et le pre- 
mier mouvement de Mazarin fut de suivre cet en- 
traînement. C'était pour sauver Fribourg que le 
duc d'Anguien et ses troupes avaient marché sur 
le Rhin. Turenne avait bien dit, six semaines plus 
tôt, qu'il a fallait avec de grandes forces tascher de 
se rendre mattre du Rhin cette année » , ou renon- 
cer à s'y maintenir ' ; il se tmsait aujourd'hui, hési- 
tant à contredire une opinion si générale. Certes, le 
désir était vif de voir le duc d'Anguien employer 
son armée à quelque grande entreprise en Alle- 
magne; mais les lettres de félicitations comme les 
instructions du Roi disaient explicitement ou ini- 
plicitement qu'il fallait commencer par Fribourg, 
« lequel apparemment se trouvera réduit à se re- 
mettre h. mon obéissance »*; et U. le Prince 

1. Turenne il Mazario, 80 juillet. C. P. 
I. Le Koi a H. le Duc, 1 S août. A. C. 



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LOUIS DB BOURBON. 363 

B ne doutait pas que ce fût chose faite » *. An- 
guien vit tout de suite plus juste et plus haut. 
Il comprenait que toutes ces conquêtes lointaines, 
celles d'outre-Rhin surtout, ne pouvaient être que 
des occupations passagères destinées à faciliter les 
opérations militaires d'abord, et la conclusion de 
la paix ensuite. A ce point de vue, il y avait mieux 
à faire qu'une grande dépense de tanps et de 
forces devant Fribourg. Nous ne dirons pas que 
M. le Duc reprit le plan de Guébriant; ce projet 
a déjà figuré tant de fois dans ce récit, il a si 
souvent reparu, transformé, mutilé, en fragments, 
que nous n'y ferons plus allusion ; d'ailleurs, les 
plans abondent; c'est l'exécution qui est difCcile. 
La vérité est qu'Anguien continua la vraie tradi- 
tion de Guébriant avec plus de largeur et d'audace. 
Il conçut une grande opération dans la vallée du 
Rhin et résolut de l'entreprendre immédiatement. 

Pour éviter les mécomptes de l'automne précé- 
dent, trois conditions étaient nécessaires : le secret, 
les moyens suffisants, la promptitude. 

Il y avait tant d'espions dans toutes les villes 
du Rhin, et même à Brisach , où devaient se faire 
les préparatifs purement militaires, que M. le Duc 
ne pouvait pas espérer de cacher la direction qu'il 

1. Grotius h Oxenstiern, 17/27 août. 



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3M LES PRINCES DE CONDÉ. 

allait prendre; mais il tenait à ce qu'on ignorât oii 
seraient portés ses premiers coups, et il y réussit. 
Les dépêches expédiées de son quartier général 
ne contenaient aucune indication précise sur ses 
plans, rien que de vagues données, oii la conquête 
éventuelle de Fribourg figurait à côté a d'un des- 
sein considérable dont Tourville vous entretien- 
dra » '. C'est verbalement, en effet, que Tourville, 
expédié dès le 8 aoât, fit connaître le projet déjà 
arrêté par son générai. Le gouvernement du Roi 
fut un peu étourdi par une proposition qu'il jugeait 
« généreuse, utile, importante » ', mais qui sem- 
blait prématurée, alors que Mercy était encore re- 
tranché sous Fribourg. Aussi est-ce après avoir 
reçu, d'abord par un message du gouveroeur de 
Metz, puis par l'arrivée du chevalier de Gramont, 
H la confirmation de la poursuite >>, c'est-à^ire la 
nouvelle du combat de Saint-Peter et de la retraite 
des Bavarois, que le conseil de Sa Majesté accorda 
l'autorisation demandée, encore sous réserve, en 
réclamant une sorte d'assurance contre tout retour 
offensif de l'ennemi, une garantie que l'armée 
d'Allemagne aurait de bons quartiers d'hiver en 
Souabe, etc. Quelque chose avait déjà tran^iré à 

r ir. le Duc bHazarin, 8 août. C. P. 

3. InstnicticHig envoyées Ji M. le duc d'AngoieD, 18 w>A(. 



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LOUIS DE BOURBON. 365 

Puis des résoluliouB prises et « beaucoup de gens 
y font grand bruit de ce que l'on ne reprend pas 
Friboui^^ ; la ville et tous les amys de mon fils en 
sont en une &scherie non pareille n * ; mais les 
indiscrétions n'étaient plus à craindre; le moment 
de prévenir l'ennemi était passé; M. le Duc se 
souciait peu des critiques et l'exécution du projet 
commençait. 

L'arsenal de Brisach, mis à contribution dès le org*>iutii«i 
premier jour, fournissait canons, alÏÏtts, boulets, p» Toi» oaTitia, 
mousquets, piques, balles et poudre. D'Erlach s'y d^u .oida 
prêtait volontiers; car ses forges de Porentruy tra- ' ** "'"" 
vaillaient d'autant plus activement qu'il fallait re- 
garnir les salles de cet arsenal. Rappelé de Stras- 
bourg , établi auprès de l'ombrageux gouverneur, 
l'intendant Champl&treux organisait le service des 
transports par voie fluviale. Tous les bateaux du 
Rhin étaient en réquisition, organisés en convois, 
avec des escortes de mousquetaires. Employés tout 
d'abord au service des ambulances, ils reçurent 
ensuite les subsistances, le matériel et les muni- 
tions de guerre pour descendre le fleuve ; jusqu'où? 
personne ne le savait. Cette navigation présentait 
ses difficultés et même ses périls; les eaux, ca- 
pricieuses, montaient ou baissaient subitement; on 

4. LaSerre-Aubeterreà M. le Duc, 17 août46ii. A. G. 
1. M. le Prince â H. le Duc, 27 août. A. C. 



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366 LES PRINCES DE GONDS. 

perdit plosieurs bateaux de boulets, de farines; il 
y eut jusqu'à un naufrage de blessés dont quel- 
ques-uns périrent. — Brisach ne pouvait four- 
nir qu'un faible appoint pour les subsistances, et 
pas un écu pour !a solde. Rien h. tirer de l'blé- 
rieur du royaume; les communications étaient 
interrompues. Les troupes qui bloquaient Lt 
Motte ayant été retirées quand le traité avec 
M . de Lorraine paraissait assuré, cette forteresse 
était devenue un repaire de partisans et de mal- 
faiteurs qui coupaient les routes, faisaient aa 
loin la course en Champagne et « incommo- 
daient fort .la province u '. — h II n'y a aucune 
sûreté pour la Lorraine, n écrivait Champlàtreui, 
le 9 août * ; entre Metz et Verdun, les courriffs 
étaient arrêtés, les convois enlevés; les trésoriers 
qui amenaient la u montre » n'osaient pas dépa^ 
ser Sainte-Menehould*, et Tourville dut prendre 
par ta Suisse pour aller de Brisach à Paris. Il fallait 
donc trouver sur place, ou à peu près, les vivres 
et l'aident, chercher \h où s'était réfugiée l'activili 
commerciale et nnancière, en Suisse et sur les 
bords du Rhin, dans les villes que leur neutndité 

4. JeannÎD de Castille, inlendaat, à H. le Duc. Cbàlom, 
S9 août. A. C. 
î. A. C. 
3. Le Plessia-Besancon à M. le Dqc, 3 août. A. C. 



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LODIS DB BOORBON. 367 

OU leur situation mettait à l'abri du pillage ef des 
contributions de guerre. 

Trois agents, très actifs et très intelligents, con- 
duisaient ces négociations, Lefèvre-Caumartin h 
Soleure, Brachet & Bàle, Tracy à Strasbourg, et la 
correspondance de M. te Duc témoigne de la sol* 
licitude avec laquelle il suivait leurs opérations. 
Les deux derniers surtout obtinrent des résultats 
importants : Brachet, un des confidents de Maza- 
rin, souvent chargé de porter les « montres », in- 
termédiaire habituel entre le ministre et les inten- 
dants ou les généraux; Tracy, lieutenant de roi à 
Brisach, très versé dans ces sortes d'affaires, jouis- 
sant d'une grande considération et d'une véritable 
autorité dans toute cette région. La besogne n'était 
pas toujours facile : si la fortune semblait un mo- 
ment moins favorable aux armes de la France, les 
financiers, les hommes d'affaires faisaient sonner 
bien haut leur neutralité, se déclaraient empêchés, 
retiraient leur concours; alors les agents fi*ançais 
ripostaient en menaçant de représailles, d'une 
guerre de tarifs, parlaient d'arrêter l'exportation 
des vins et blés, ou de faire saisir en Alsace les 
propriétés hypothéquées aux banquiers de Bâle et 
de Strasbourg. Le plus souvent on s'accommodait. 
M. le Duc multiplia les bons procédés, s'efforça de 
rompre les entraves que les opérations militaires 



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36S LES PRINCES DE CONDË. 

imposaient au commerce, déférait k la requête des 
sénats de Francfort et de Strasbourg, qui insis- 
taient pour que la liberté du traBc et des postes M 
respectée', et ne se montrant pas moins courtois 
lorsque notre alliée, la landgrave de Hesse, ou 
divers magistrats, seigneurs, prêtres, boui^eois 
lui recommandaient leurs domaines, leurs sujets 
ou amis'. Aussi le grand marché de Strasbourg 
fut-il toujours ouvert à Tracy, qui put envoyer direc- 
tement à l'armée du pain, de la farine, des balles, 
des haches, des serpes, elc. Ce qui était plus es- 
sentiel et plus difficile, il parvint à traiter avec 
un fmancier qui devait avoir plus tard toute la 
confiance de Mazarin, le banquier Hervart*, praur 
une avance de fonds importante. Le seo'élaire 
d'État Le Tellier (nous dirions aujourd'hui les 
bureaux) trouva l'opération irréguUère; mais M. le 
Duc, qui voyait la solde arrêta, passa outre'. 
C'était une idée neuve que d'utiliser un grand 
fleuve comme ligne d'opérations , de recourir au 
commerce pour se faire ouvrir les caisses, les 

(. 19,86 août. A. C. 

2. !5 aoiU et passim. A. C. 

3. Hervart ou Herward (Barthélémy) , né à Augsbourg, alors 
établi b Strasbourg, mourut à Tours en octobre 4676, après 
avoir été banquier du cardinal Mazahn, iuteudant des finaoces, 
et raôme un moment contrôleur général. 

4. Tracy à H. le Duc. Strasbourg, 17 août. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 36» 

S des neutres; on eut ainsi le pain, l'argent, 
les outils, les transports. Il fallait des hommes. 

« La perte est tombée sur les officiers* » , glorieuse 
et douloureuse tradition de l'armée française. Ces 
vides des cadres se remplirent assez vite; l'état- 
Diajor se reconstitua. La Moussaye, qui avait eu 
trois chevaux tués et une mousquetade au bras, 
obtint sa commission de maréchal de camp. Cas- 
telnau et Chastellux, qui avaient si bien conduit 
leurs régiments, furent nommés maréchaux de ba- 
taille; de nouveaux aides de camp furent envoyés 
h M. le Duc, qui eut quelque peine h. remonter son 
équipage; car il avait perdu quantité de chevaux; 
tous ses gens étaient blessés*. La cavalerie s'était 
maintenue nombreuse, en bon état. L'infanterie, 
insuOisante dès le début de la campagne, était 
encore fort réduite; M. le Duc n'avait cessé de 
demander qu'on la renforçât; loin de là : les régi- 
ments présents sous Fribourg ne recevaient plus 
les contingents qui leur appartenaient;^ tous les 
détachements étaient arrêtés et réunis aux troupes 
retirées du blocus de La Motte et qu'Amauld 
devait conduire « ensemble » vers le Rhin. Sans 
cesse retenu, ce petit corps de qualité médiocre 
fondait sur place et n'avait pas encore l'ordre de 

4 . M. ie Duc à Hazahn, 8 août. C. P. 
X. H. le Doc à H. le Prioce, 8 août. C. P. 



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370 LES PRINCES DE CONOfi. 

marcher, lorsque, le 27 août, le comte de la Serre- 
Aubeterre écrivait de Paris h M. le Duc: « On 
vous conte cela pour un grand secours, mais je 
l'estime très petit; sur trois mille hommes qu'on 
vous annonce, je voudrois estre asseuré qu'il vous 
en arrivât quinze cens effeclif. » Et, le même jour, 
M. le Prince ajoutait : « Ce que mène Amauld 
sera peu et de très mauvaises troupes, tout de nou- 
veau levées' ». Le corps d' Amauld ne rejoignit 
pas te duc d'Anguien pendant la durée des opéra- 
tions. 

Encore moins celui-ci pouvait-il compter sur 
aucune des troupes qui devaient lui être envoyées 
de Gravelines aussitôt après la prise de cette place. 
Gassion, devenu général en chef, se montrait 

I. A. C. — Louis d'Esparbez deLussan d'A.ubel«rre, comte 
de la Serre, mestre de camp h Rocroy, récemment promu, sni- 
vail il Paris les affaires militaires du duc d'Angaieo on lui por- 
tait les messages de la cour. Il devint lieuteûaDt général ; son 
père était maréchal de France. 

Le maréchal de camp Arnauld, arrêté une première fois, 
ainsi que ses troupes, par dépêche du 31 juillet, ei mis k la 
disposition deScbomberg, gouverneur de Metz, reçut, par lettre 
du 16 août, l'ordre de laisser il MagaloUi la cavalerie et les 
Suisses, et de rejoindre le duc d'Anguien avec : — 1° Un déta- 
chement tiré de Thionville; — 3°40 corapi^nies des régiments 
« Albret *, t SaintrSimon > et < Cussigny i ; — 3» 4 compa- 
gnies nouvelles et 400 recrues du régiment Mazarin; — 
4° 6 compagnies du riment d'Anguien venant de i LyOD- 
nois a. — Nouveaux ordres contradictoires, 20, Ï7 août, etc. 



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LOUIS DE BOURBON. 371 

beaucoup moins pressé de rejoindre ou même 
d'assister M. le Duc; il ne croyait pas avoir trop 
de monde pour fortifier certains postes qu'il occu- 
pait et couvrir le siège du Saas de Gand entrepris 
par nos alliés de Hollande ; aussi est-ce à grand'- 
peine qu'il laissa partir Magalotti avec deux mille 
cinq cents hommes de pied et quinze cents che-. 
vaux. Arrivé sur la Sarre vers la fin d'août, cet 
officier général y fut encore arrêté pour repousser 
les incursions des Lorrains ; son corps était déjà, 
réduit des deux tiers : u Ce que Magalotti mène 
n'arrivera de longtemps, mesme sera occupé 
ailleurs* ». En effet, il ne put envoyer 6. M. le Duc 
ni un cheval ni un homme, mais force projets, 
nouvelles, protestations de dévouement et offres 
de service, dont cet aimable Florentin, fort brave 
d'ailleurs et spirituel, variait la forme avec la 
flexibilité de sa langue et une orthographe origi- 
nale empruntée à sa prononciation '. 



4 . M. le Prince à M. le Duc, S7 août. A. C. 

3. Il offrait bien iOO chevaux d'artillerie; a mes valent pas 
bocou s ; et ailleurs : ' alla court semble qu'on souhette fort 
la prise de Trêve <. Magalotti fut tué l'année suivante devant 
La Hotte. Son neveu ou cousin eut le régiment Royal-Italien, 
devint lieutenant général et mérita les éloges de Saint-Simon. 
C'est ce deniier dont la belle \£te, encadrée de longs cbeveux 
blancs, B été reproduite par le burin de Vermeulen, d'après 
Largillière. 



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372 LES PRINCES DE COHDÉ. 

MvciiBieioDg M. le Duc n'eutaucune illusion et ne fit entrer 

du Rhia 

(i&w «oûti. dans ses combinaisons ni l'arrivée prochwne de 
ces renforts hypothétiques ni les procédés que les 
dépêches ministérielles lui suggéraient pour sup- 
pléer & cette absence de tout secours effectif*; il 
ne fit état que des soldats présents et valides, 
moins de cinq mille fantassins; c'était bien peu 
pour ce qu'il voulait entreprendre; mais il se sen- 
tait maître de la campagne et parfaitement pré- 
paré. Tout considéré, il jugea que l'ti-propos et la 
promptitude importaient encore plus que le nom- 
bre. Il fallait faire vite, avant que Mercy fût 
remis des coups qu'il avait reçus, Hatzfeld dégagé 
des Hessois, Gallas des Suédois; avant que Beck, 
négligeant les troupes laissées près de Gravelines 
ou réunies vers la Sarre, eût le temps de ga^er 
le Rhin. La guerre n'est pas seulement une science, 
c'est aussi un art : M. le Duc espérait réussir, 
par son habileté, à donner le change à ses adver- 
saires et sur ses intentions et sur ses forces réelles. 
Sixjours après le combat deSaint-Peter(16août), 
l'année delurenne occupait Âltenheim*, assez près 
de Kehl', semblant dessiner un passage sur la rive 

t . Eorftler les prisonniers (od D'ea avait pas ^t) ; demander 
des contingents b d'Eiiach et autres gouverneurs (tous réckh 
maient des renforts et refusaient de l&cher un homme], etc. 

1. 10 kilomètres au sud de Kehl. 



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LODIS DE BOURBON. 373 

gaucfae du Rhin, une marche en basse Alsace, tout 
en protégeant le départ des convois de bateaux, et 
en facilitant les ravitaillements par Strasbourg. Ce 
même 16 aoât, le duc d'Anguien quittait Denz- 
lingen avec toutes ses troupes et rejoignait Turenne 
le 17 au soir. Aussitôt il détache deux corps de 
cavalerie,, avec quelques mousquetaires et pièces 
légères, aux ordres de Rosen et de Taupadel, et 
les jette sur sa droite dans la direction de l'est. 
Tous deux marchent rapidement vers le pied des - 
montagnes et y pénètrent par des chemins diffé- 
rents, enlevant les châteaux, les bourgades fermées 
de murs; l'un s'avance jusqu'à Pforzheim, l'autre 
gagne Bruchsal. L'alarme se répand vite : c'est 
toute l'année française, assure-t-on, qui va joindre 
les troupes de Hesse et de Suède. Sur ces nou- 
velles, Mercy, qui avait pris des quartiers de ra- 
fraîchissement assez loin en arrière', revient à 
HeilbroDn pour s'opposer h. ce mouvement et es- 
sayer de défendre la ligne du Neckar avec quelques 
troupes en mauvais état qu'il a sous la main. Ainsi, 
tandis que les uns, informés de la présence des 
troupes françaises vers Kehl et du passage des 
bateaux, attendaient le duc d'Anguien sur la rive 
gauche du Rhin, les autres se préparaient h. lui 

< . A RoUteoboorg, but le Tniber. 



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374 LES PRINCES DE CONDÉ. 

résisterdanslaHesseou leWurtemberg. Lui cepen- 
dant reprenait sa route vers le nord, suivant le bord 
du fleuve, et, laissant h. ses maréchaux de camp 
le soin de s'emparer des châteaux qui le gênaient', 
arrivait le 25 au matin devant Philisbourg, que son 
avant-garde avait investi la veille au soir. 
biftggetprite PhilisbouTg ! C'était Ih. le dessein qu'il avait 
aarma^Bi^' conçu dès le 8 août, et conduit avec une prudence 
tnnfan)."'^ qui déjoua les indiscrétions et dérouta ses adver- 
saires ; jamais secret ne fut mieux gardé * ; jamais 
les préparatifs et l'exécution d'une grande entre- 
prise ne furent plus babîlement masqués et plus 
vivement menés. De nos jours, le redressemait 
du cours du fleuve et l'ouverture de nombreux 
canaux ont changé l'aspect des lieux, sans l'ani- 
mer; le Rhin n'y est pas en beauté : les mon- 
tagnes sont loin; plus de marais que de cidtures; 
des bois médiocres; on y respire la fièvre et on se 
demande quel attrait, si ce n'est celui de la chasse, 
avait pu amener les évéques de Spire à construire 
une maison de campagne dans un site aussi triste. 

1 . Lichtenau [!5 kilomèLres nord-âst de Kehl) ; Knpp«ibeim 
(près et à l'est de RastadtJ ; etc. 

i. Le landgrave de Hesse-Oarmsladt écrivait bieo le 17 août 
à Piccolomini [A. A.) que les Français étaient en marcha et 
que, selon lai, ils se dirigeaient sur Philbbourg; mais per- 
sonne n'ajouta foi à ce qui semblait être une fausse alarme 
inspirée par des inquiétudes personneUas. 



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LOUIS DE BOURBON. 375 

C'est cependant cette villa que les incidents de la 
guerre de Trente ans avaient transformée en for- 
teresse. Enveloppée de fossés larges et profonds, 
d'une enceinte bastionnée oii la maçonnerie était 
remplacée par l'épaisseur de la masse couvrante, 
hérissée de palissades et de haies vives, la place 
tirait sa force des marais au milieu desquels elle 
semblait comme enfoncée. Située près d'un coude 
du Rhin , en un point oii se trouvaient réunies 
toutes les facilités pour le passage, maîtrisant le 
fleuve par un fort bâti sur la rive, et qu'une chaus- 
sée défendable reliait au corps de place, elle pré- 
sentait les conditions d'une très bonne tête de 
pont. 

L'importance de Philisbourg n'était pas encore 
comprise. Très peu après l'érection de ces rem- 
parts, la forteresse fut occupée par les Suédois et 
par eux renoise aux Français, qui la gardèrent assez 
mal, la perdirent vite et parurent peu soucieux de la 
reprendre; t'attaque de Philisboui^ ne figurait pas 
dans le plan de Guébriant. Rentré en possession 
de la place i, laquelle il avait donné son nom, 
l'évêque de Spire, Philippe de Sohetem, en laissa 
le gouvernement au colonel Bamberg, qui venait 
de déloger Amauld et sa garnison (163&.). Hais, 
quand ce prélat, qui était aussi archevêque-élec- 
teur de Trêves , se mit sous la protection de la 



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376 LES PRINCES DE CONDfi. 

France, Bamberg ne l'imita pas et se donna à 
rEmpereur. C'est ce même Bamberg qui conunaji- 
dait dans Philisbourg au mois d'août 1646- Il y 
était depuis près de dix ans, en avait d'abord per- 
fectionné les défenses; puis, voyant les années 
s'écouler sans que personne vtnt l'attaquer, il avait 
fini par songer beaucoup plus b. faire argent de 
son gouvernement qu'à tenir la forteresse bien 
pourvue; l'armement était de cent bouches à feu, 
la garnison de six cents combattants, dont cent 
cavaliers. 

M. le Duc, jugeant que le fort du Rhin était la 
clef de la place , résolut de profiter du trouble 
causé par son arrivée soudaine pour l'enlever d'in- 
sulte. Dans la nuit du 25 au 26, il enveloppa 
l'ouvrage avec deux colonnes qui devaient l'at- 
taquer au jour; mais le gouverneur l'avait déjà 
évacué et on l'occupa sans coup férir. Cet événe- 
ment préjugeait l'issue du siège, si toutefois Tin- 
suflîsance de nos forces, l'arrivée d'un secours ou 
un incident imprévu ne faisait pas avorter l'entre- 
prise. Tout d'abord M. le Duc en tira parti pour 
faire avancer sa colonne de bateaux et jeter un 
pont qui fut établi en vingt-quatre heures. Aussitôt 
d'.4umont, avec six cents hommes de pied et trois 
cents chevaux, passe sur la rive gauche et attaque 
Germersheim. Cette place, dont les défenses ont 



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LOUIS DE BOURBON. 37T 

reçu de nos jours un développement considérable^ 
n'était pourvue alors que de bastions en terre avec 
un bon fossé. 11 fallut deux jours de tranchée pour 
la réduire. Cette occupation enlevait aux assiégés 
tout espoir de secours par la rive gauche, et as- 
surait aux assiégeants la liberté de la navigation. 
Le matériel avait été débarqué et M. le Duc, sup- 
pléant au nombre par la méthode, communiquant h 
tous l'ardeur dont il était enflammé, poussa les tra- 
vaux avec une rapidité qui parait incroyable lors- 
qu'on songe qu'il n'avait pas cinq mille fantassins 
et qu'il fournissait encore des détachements. Il a, 
par la plume de La Moussaye, raconté le siège de 
Philisbourg avec la même précision minutieuse 
que nous avons signalée dans le récit du siège de 
Thionville. Nous ne reproduirons pas ces détails 
techniques dont l'intérêt est fort diminué par la 
transformation de la science. Dans cette relation, 
comme dans la précédente, le duc d'Ànguien est 
rarement nommé; mais on devine toujours sa pré- 
sence. Il s'exposa beaucoup, et sa vigilance ne fut 
jamais en défaut. Il savait Mercy proche; Hatzfeld 
pouvait survenir ; un accident comme l'entrée du 
secours à Thionville eût été fatal cette fois. Aussi, 
pendant toute la durée du siège, sa cavalerie resta 
au bivouac et comme en grand' garde. Chaque nuit, 
il s'assurait que les escadrons veillaient et il se 



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378 LES PRINCES DE CONUÉ. 

montrait à la tête de la tranchée. » J'ay eu beau- 
coup d'inquiétude de M. le Duc durant ce siège, 
écrivait Turenne h. sa sœur, n'y ayant personne au 
monde qui se hasarde davantage. » Cependant le 
siège fut loin de présenter les mêmes complica- 
tions que celui de Thionville et la résistance fut 
moins énergique. Quelques retranchements sur des 
points bien choisis tinrent lieu de ligne de cir- 
convallalîon ; les deux maréchaux eurent chacun 
leur attaque; La Pomme reprit la direction des 
travaux de mine. Il y eut plus de fascines à faire 
et d'eau à détourner que de terre & remuer; il y 
eut aussi les conabats de nuit habituels, logements, 
prises de postes, sorties à repousser. Une de ces 
escarmouches coûta la vie à La Boulaye, lieute- 
nant des gendarmes d'Anguien. C'était encore un 
de ces ardents Bourguignons que )e jeune prince 
avait recrutés à Dijon , celui-l& même qui , le 
5 août, poussant son cheval & travers la vigne de 
Friboui^, avait hardiment mené ses cavaliers faire 
le coup de pistolet avec l'infanterie bavaroise re- 
tranchée '. Le duc d'Anguien ressentit vivement 

*. Roger de Bodiefort, marquis de la Boulaye en Booi^ 
gogne, tué d'uD coup de carabine le t septembre 1644. Il 
avait la lieulenaoce des geudannes d'AoguieQ depuis la créa- 
UoD de cette compagnie; il ëUit aussi bailli d'Autno. Il n'était 
pas pareut de Maximilien Eschalard, marquis de la Boulaye, 



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LOUIS DB BODRBON. 379 

cette perte, mais il fat surtout atHigé de la mort 
du comte de Toumon, son parent, ami particulier 
de tous les siens, le dernier d'une grande fanulle, 
homme d'un esprit charmant, orné « de tous les 
dons qui attirent l'estime etl'amitié, et qui unissait 
au plus brillant courage une extrême application à 
la guerre et un désir passionné de faire de grandes 
actions » *. Il était dans sa vingt-septième année 
et fiit tué d'un coup de mousquet en visitant les 
travaux durant sa garde comme maréchal de camp 
de tranchée. 

Le 9 septembre, au moment où l'assiégeant 
allait passer le fossé, Bamberg battit la chamade; 
le 10, il sortit avec la garnison et fut escorté jusqu'à 
Heilbronn, d'où il écrivit pour remercier du traite- 
ment honorable qu'il avait reçu. Sa conduite fut 
sévèrement appréciée par les Impériaux; on parla 
de le mettre en jugement. 11 avait été bien vive- 
ment attaqué et pressé; peut-être cependant 
auraitol pu fan*e mieux ; il ne passait pas pour désin- 
téressé. Le régiment de Persan entra dans la place, 
et M. le Duc en donna le gouvernement à Ëspenan, 
trouvant ainsi le moyen d'employer un homme 
entendu selon son aptitude, de satisfaire un ami 

qui, au temps de la Froode, fiit accosé d'une tentative d'as- 
sassinat contre le grand Condé. 
4 . La Moussaye. 



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3«0 LES PBIHCES DE CONDft. 

de son père et d'éloigner de son année un officier 
général qui n'était pas toujours heureux sur le 
terrain. Ce choiic fut approuvé par le Boi. Le 
public n'attendait pas un succès aussi prompt; on 
doutait même du succès, et, h la cour, on était 
fort disposé h. rire de la confiance que montrait 
M. le Prince dans l'étoile et le mérite de son fils. 
Quand on sut Phili^Hiurg pris, il y eut un grand 
revirement, et tout le monde voulait avoir prévu le 
résultat. « Je pense qu'on ne désapprouvera pins 
& la cour le conseil d'estre descendu vers Je b&s 
du Rhin, au lieu d'assiéger Friboui^. Si le dessein 
de Philisbourg eût manqué, on eût dit bien des 
choses * o . Mais ce qui suivit surprit bien davan- 
tage. 

Aussitôt Bamberg sorti de Philisbourg, M. le 
Duc disposa entre la place et le fleuve une sorte 
" aà\^. de camp retranché où il établit la plus grande 
it FiKkiioiii. partie de son infanterie et quelques escadrons. Il 
■a œaUADt nu fit passef TuTcnne sur la rive gauche avec presque 
de la Pnn4. toutes los troupes à cheval et « cinq cents mous- 
quetaires commandés », pour continuer l'œuvre 
commencée par d'Aumont. La prise de la forte- 
resse de Germersheim avait eu un premier r^ul- 
tat considérable : la chambre impériale de Spire 

1. Toreane à sa sœur, ^0 septembre. 



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LOUIS DB BODRBON. Sn 

avait aussitôt député vers le duc d'AnguJen, lui 
demandant une protection que depuis bien des 
années elle attendait en vain de son souverain. Les 
magistrats qui siégeaient dans cette haute cour de 
justice parlaient aussi au nom de la ville, qui était 
une des premières de l'Empire et dont la cathé- 
drale avait reçu pendant cinq cents ans la sépul- 
ture des empCTeurs. Cette démarche était un in- 
dice des dispositions qui animaient les grandes 
cités rhénanes, un précédent essentiel & consacrer; 
l'esprit juste et prompt du duc d'Anguien comprit 
tout le parti qu'il ea pouvait tirer. Il garantit 
h la chambre impériale et aux bourgeois de 
Spire leurs droits et privilèges. D'Aumont leur 
porta sa parole, entra dans la ville avec sa cava- 
lerie, y installa une petite garnison, et se retira, 
laissant derrière lui un sentiment de confiance tout 
nouveau dans cette région. Au lieu de provoquer 
les résistances par la violence, de ravager les cam- 
pagnes et d'écraser les villes de contributions qui 
tarissaient les sources de la richesse publique, 
U. le Duc résolut d'apparaître en protecteur, de- 
vinant que la sécurité des personnes et des pro- 
priétés, la liberté des transactions, assureraient à 
son année des ressources atwndantes et des suc- 
cès inattendus. Tel était le caractère de la mission 
qu'il confia à. Turenne au lendemain de la prise de 



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S8I LES PRINCKS DE CONDÉ. 

Philidiourg, Bans négliger cependant le c6té mi- 
litaire d'une expédition de ce genre. A ce point 
de vue le début fut heureux. Le colonel Fleclc- 
stein, avec trois régiments de cavalerie weyma- 
rienne, surprit et tailla en pièces un parti de cinq 
cents chevaux expédié par Beck, et qui venait de 
traverser les montagnes du Hardt, se dirigeant sur 
Frankenthal. 

Cette ville, située entre Worms et Spire, i. une 
heure du Rhin, avait eu cette étrange fortune de 
devenir préfecture espagnole, après avoir été fon- 
dée par des calvinistes hollandais; place assez 
forte, soutenue dans la montagne par le chWeaude 
Falkenstein, elle commandait le passage du mont 
Tonnerre, et assurait les communications entre le 
Luxembourg et le pays rhénan. Il y avait là an 
gouverneur appelé Rebolledo, homme très actif, 
très entendu, excellant à donner des nouvelles et 
surtout à maintenir la terreur dans cette région. 
Le temps et les moyens manquaient aux Français 
pour assiéger cette forteresse; mais le coup de 
main de Fleckstein avait mis Rebolledo hors d'élat 
de nuire, en détruisant la cavalerie qui lui aurait 
permis de continuer ses courses. Turenne négligea 
donc Frankenthal, et, continuant sa marche, arriva 
devant Worms. C'est encore une cité commerçante 
et populeuse, une ville impériale pleine de souve- 



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LOUIS DK BOURBON. 383 

nirs historiques, oh la diète s'est réunie & mainte 
époque criUque, où Luther paria devant Charles- 
Quint; depuis plusieurs années, elle a été le quar- 
tier général habituel du duc de Lorraine, comman- 
dant des armées de l'Empereur, et la présence de 
ce grand chef de bande a été un lourd fardeau, sur- 
tout pour une ville qui venait d'être rançonnée par 
Mansfeld, Tilly, les Suédois et autres. A l'appro- 
che de Turenne, les bourgeois de Worms forcent 
h garnison laissée par le duc Charles h. sortir de 
leurs murs; ils reçoivent la même protection que 
Spire. Ceux d'Oppenhein suivent leur exemple et 
vn petit détachement français occupe le Lands- 
krone, le château de l'empereur Lothaire, auprès 
de la grande église rouge de Sainte -Catherine, que 
l'on voit de toute la vallée. 

Enfin voici Mayence. Ce n'est plus la Mayence Tu™n« darut 
d'or, la cité puissante oui, au xni* siècle, fonda (is »i>t<mbra). 

AglUlios 

la ligue du Rhin ; ce n'est pas encore la vaste <>« u tju». 
place de guerre qui sera l'objet de sièges mémo- 
rables et qui recevra de nos jours un formidable 
développement; c'est une très grande ville, dont 
l'activité a été un peu assoupie par le despotisme 
plus lourd que violent des archevêques-électeurs, 
mais qui, par son antiquité, sa population, sa si- 
tuation en face du débouché du Main, au milieu 
de terres fertiles, de coteaux chargés de vignes, 



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3Si LES PRINCES DE CORDÉ 

au confluent des principales voies de communica- 
tion de l'Europe, est restée le centj« d'un com- 
merce étendu et une position stratégique de pre- 
mier ordre. Les fortifications, médiocres, avaient 
été remises en état, et la garnison impériale oc- 
cupait une citadelle passable, élevée sur l'empla- 
cement de l'ancien camp romain; en somme, la 
place offrait les conditions d'une résistance de 
quelque durée; Guébriant avait toujours pensé 
qu'on ne pourrait y entrer qu'après un siège sé- 
rieux, et Turenne, annonçant le 13 septembre l'oc- 
cupation de Worms, ne paraissait pas croire que 
Mayence ouvrirait ses portes. Au premier bruit de 
l'approche des Français, l'électeur avait quitté son 
magnifique palais, laissant ses pouvoirs au cha- 
pitre. Turenne cependant s'était logé dans les fau- 
bourgs et venait de sommer la ville. Les chanoines 
hésitaient, partagés entre leurs sympathies espa- 
gnoles et la crainte que leur inspirait une armée 
victorieuse; mais le vieil esprit qui avait jadis 
animé la bourgeoisie mayençaise, au temps où elle 
avait donné le signal de la lutte contre les bur- 
graves, commençait à se réveiller. Le bas clergé, 
l'université n'étsdent pas favorables à l'aristocratie 
sacerdotale et faisaient cause commune avec la 
bourgeoisie. On força la main aux chanoines, elles 
propositions de Turenne furent acceptées. Seule- 



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LOUIS DE BODRBON. 3SS 

ment, soit pour gagner du temps, soit pour se 
mettre en règle vis-àrvis de l'électeur , le chapitre 
déclara ne pouvoir conclure qu'avec le duc d'An- 
guien en personne. Turenne envoya aussitôt un 
exprès à Philisbourg : il ne pouvait répondre de 
rien ; mais le succès serait si grand qu'il conseil- 
lait de risquer le voyage {ik septembre) . 

Divers motifs avaient retenu M. le Duc dans u. le duc 
son camp, auprès de sa conquête. 11 devait d'à- "'"locis™"' 
bord remettre en état les rortifications ébranlées luirainn?!^/ 
par la mine et le canon; il désirait aussi que deu*}^e 
Turenne pût conduire les opérations dont le gêné- " "■ " ■ 
rai 60 chef avait arrêté le plan et déterminé le 
caractère, mais dont l'exécution semblait devoir 
appartenir au commandant de l'armée d'Allema- 
gne. Puis il fallait rallier, recueillir les renforts 
qui n'étaient pas arrivés h. temps pour prendre 
part au siège de Philisbourg, et qui étaient indis- 
pensables pour reconstituer l'infanterie destinée & 
demeurer sur le Rhin; enfin et surtout, veiller 
et rester en mesure de combattre toute armée 
ennemie qui menacerïût nos conquêtes ou tâche- 
nùt d'interrompre le cours de nos succès. D'un 
cOté, Beck pouvait apparaître descendant des 
Vosges, et, de l'autre, Mercy était en mouvement 
pour se rapprocher*; on lui prêtait l'intention de 

4 . Rejoint à Neckarsulra par Halzfeld avec près de IroU mille 



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386 LES PBINCBS DE CONDË. 

faire une tentative sur les ponts de Philisbourg, 
ou quelque importante diversion. Déjà on savait 
qu'il avait détaché le colonel Wolf avec mille dra 
gons dans la direction du bas Rhin. Néanmoiis, 
H . le Duc, ayant achevé de bien établir son infan- 
terie, crut pouvoir répondre h l'appel de Turenoe 
et partit sans délai avec une escorte de quatre 
cents chevaux; en dix-huit heures, il franchit les 
vingt-cinq lieues qui le séparaient de Mayence, el 
envoya aussitôt un trompette prévenir les autorités 
de son arrivée. 

Ce trompette trouva le corps de ville et le clergé 
réunis pour entendre le colonel Wolf. Le lieute- 
nant de Mercy, arrivé quelques heures aupara- 
vant avec sa troupe h. l'embouchure du Main, 
avait traversé le Rhin en barque et demandait à 
faire entrer ses dragons, répondant d'arrêter les 
Français si Messieurs de Mayence voulaient seule- 
ment fermer leurs portes. Déjà les chanoines ap- 
puyaient la proposition du colonel, et les autres 
hésitaient, lorsque l'apparition du trompette fran- 
çais retourna les esprits ; le parti populaire reprit le 
dessus ; Wolf dut sortir, et l'arrangement ébauché 
par Turenne fut définitivement conclu. Trois ac- 



hommes, Uercy avail continué de suivre le cours du Neckv; 
le 17 septembre, il prit position près de Mosbacb. 



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LOUIS DB BOURBON. 3ST 

cords furent signés ' : l'un avec le chapitre qui re- 
mettait la ville, les deux autres avec les comman- 
dants des troupes de l'Empereur et de l'électeur 
qui allèrent en bateaux rejoindre l'archevêque, ré- 
fugié en face de Cobleniz dans le pittoresque châ- 
teau d'Hermenstein*. Les clefs de Mayence furent 
présentées à M. le Duc par le doyen de la cathé- 
drale, accompagné des premiers de la ville, de 
l'université et du clergé. Harangué en latin, le 
prince répondit dans la même langue avec une 
correction, une facilité qui charmèrent les lettrés 
de son auditoire, et les lettrés étaient nombreux 
dans la patrie de Gutenberg; ils admirèrent dans 
ce terrible et audacieux capitaine une culture in- 
tellectuelle qu'ils ne rencontraient pas toujours 
chez leurs souverains ecclésiastiques. 

A peine entré, M. le Duc fit repartir Turenne et 
l'envoya occuper Bingen, comprise dans la capi- 
tulation qui venait d'être signée. Ce fut vite fait et 
le maréchal compléta cette occupation par la prise 
de Bacharach, dans la goi^e du Rhin. M. le Duc 
cependant, resté à Mayence, y installait comme 



4. 17 seplembre, oxpùditiooa auiheo tiques. A. C. 

i. Co chàleau esit devenu la fortoreaae d'EbreabreilâtâÎD ; il 
appartenait alors ù l'électeur do Tràve»; mais ce priuce était 
dépossédé par les Impériaux ot les £s,)agDoU, qui avaient 
ouvert ce refuge à l'électeur do Mayence. 



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3Bg LES PRINCES DE CONDÉ. 

gouverneur le vicomte de Courval qui avait si 
bien défendu Uberlingen; il lui laissa une gar- 
nison suffisante, pour laquelle il ne demanda 
que ([ l'ustensile », sans contributions extraordi- 
naires; aucun désordre ne fut commis; toutes 
les propriétés furent respectées , les attribu- 
tions des autorités civiles et ecclésiastiques main- 
tenues. 
' Le prestige qui entourait la personne du duc 
d'Anguien, la terreur qu'inspirait son armée, l'ar- 
deur dont il avait su enflammer ses lieutenants, ne 
suffisent pas à. expliquer la rapidité, la facilité de 
ses conquêtes; la bonne et sage politique qu'il 
adopta et qu'il imposa autour de lui modifia les 
dispositions des uns, apaisa les préjugés des au- 
tres, et contribua à désarmer les résistances. Ces 
magistrats, ces prêtres, ces éclievins, ces commer- 
çants, habitués à voir les armées se succéder à 
leurs portes et passer comme des torrents dévasta- 
teui's, les généraux n'approcher de leurs villes que 
pour les rançonner sans merci ou jes mettre au 
pillage; ces laboureurs, qui désertaient leurs 
champs et fuyaient avec leurs bestiaux dans les 
montagnes au premier bruit de la trompette ou du 
tambour : tous admiraient ce prince étranger qui 
ne leur imposait que des charges légères et main- 
tenait parmi ses troupes une exacte discipline. Si 



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LOUIS DE BOURBON. 389 

le duc d'Anguien trouva toujours « le blé à bon 
marché n, si tant de villes s'empressèrent de lui 
ouvrir leurs portes, c'est qu'il sut u protéger les 
paysans partout, la justice h Spire, le commerce à 
Francfort et Strasbourg, c'est qu'il apparut non en 
conquérant, mais en protecteur des libertés de 
l'Allemagne ». Nous citons les propres termes des 
lettres de Grotius au chancelier de Suède, Oxens- 
tiem ' ; car nul témoignage ne saurait être plus 
frappant que celui du publiciste qui, le pre- 
mier, posant les principes du droit des gens, a 
essayé de circonscrire le fléau de la guerre, d'en 
atténuer les eflets et d'en diminuer l'horreur ; 
témoignage d'autant plus précieux que, pour des 
raisons personnelles, Grotius était peu disposé à 
la bienveillance envers les Français, quoiqu'il repré- 



< . ■ Longé aliter in Germaniâ se gerit dux Anguianus, cujus 
curJi tati sunt rustici, vilis in castris por id anngna, jus SpiraG 
dicilur, comiuercia à Francorurto et Argentorato et rursiiin ad 
eas urbes liberrima sunl, velut in alla puce, Itaqiie post Wor- 
matiam etiam Hoguntiacum valdè xquis legibua se Gallarum 
custodiœ tradidil; estqiie ibi Gallia in meliore famâ quàin 
uDquàni tuil... Est in exercitu Gallicu disciplina castrensiâ 
melior quàm unquàm, admiranlibus Gemianis... Quod si ità 
pergunt Galli, ui rébus ostendant se non ad dominatum ve- 
□ire, sed ad lutelain Germanicœ liberlatis, polerunt et alias 
Germanise civitates ad suas partes allicore «. (Grotius à Oxena- 
Uem; lettres H et 73, septembre 16il, — H. Grotii epistolœ 
ioedita;. llarlemi, 1806) 



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390 LES PRINCES DIf CONDÉ. 

sentàt h Peiris une cour alliée de la France*; et les 
paroles de Grotius sont confirmées par des lettres 
du sénat de Francfort, du sénat de Strasbourg, 
de la chambre impériale de Spire, du clergé de 
Mayence, par les déclarations des bourgeois de 
Trêves, par les dépêches de l'électeur de Bavière, 
des ministres de l'Empereur, par tout un ensemble 
de faits incontestables. Ce grand exemple de sa- 
gesse, de modération habile et humaine n'a pas 
toujours été suivi; il est à peu près ignoré. Les 
cruelles exécutions de 1674 et 1689 ont fait 
oublier les bienfaits de 1644; l'incendie du Pa- 
latinat est seul resté dans la mémoire des peu- 
ples ; cet odieux souvenir, entretenu par le spec- 
tacle de tant d'édifices en ruines, a presque 
effacé la trace des longues dévastations exécu- 
tées par les armées allemandes, suédoises el 

1. Obligé de quitl^r la Hollande aprèa la mort de Bantp- 
veldt, Grolius [Hugues de Grooi] fut d'abord pODSionné pir 
Richelien. Cetts pension ayant été suppriméo, le poète jnrift' 
consulte se retira hostile et méconlenl. Il trouva un aolre 
Hikëne dans le chancelier Onenstîern, qui le renvoya en Fraoce 
comme ambassadeur de Suède. Le caractère diptomatiquo donl 
Grotius se trouva ainsi revéln ne changea pas ses dispositions. 
11 ne négligea aucune occasion de faire sentir sa malTeillance 
à Richelieu el ensuite h Hazarin, qui, forcés de ménager 
Oxensliem, supportaient impatiemment l'humeur de l'ambas- 
sadeur. Grolius demanda son rappel en 1645, et s'établit à 
Boslock. [Voir sur Grolius, tome II, page 145.) 



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LOUIS DE BOURBON. 391 

autres, h. ta solde des Empereurs ou des princes 
luthériens. Mais, si la conduite du duc d'Anguien a 
été passée sous sileoce par l'histoire et omise par 
la postérité, elle créa au moment même une vive 
impression et l'eSet se fit sentir au loin. 

Dans les derniers jours de septembre, un tami- 
bour, envoyé de Thionville par Marolles, s'étant 
présenté aux portes de Trêves, les trouva occupées 
par la' garde bourgeoise, qui refusa de laisser ce 
parlementaire arriver jusqu'au gouverneur espa- 
gnol : Il Allez dire & celui qui vous envoie que nous 
tenons la garnison espagnole bloquée dans le cli&- 
teau et que nous attendons le duc d'Anguien; il 
nous fera le môme traitement qu'à ceux de 
Mayence ' ; » et ils députèrent vers Magalolti pour 
renouveler les mêmes assurances'. Partout le duc 
d'Anguien était acclamé conune un libérateur, et 
son nom éveillait même des espérances qu'il ne 
pouvait ou ne voulait satisfaire. « Ce n'est pas seu- 
lement h Trêves que vous êtes demandé, lui écri- 
vait-on', vous êtes aussi attendu à Cologne; allez-y; 
vous ne trouverez d'obstacle ni à Coblentz, ni à 
Andemach, ni à Bonn. Mettez sous ta protection 

*. Marolles à M. le Duc, ï octobre. A. C. 
i. Hagalolti à H. le Duc, i octobre. A. C. 
3. A. C. — Secretissinia inslruclio... (Voir aux Piécet et 
OocumenU, «tpasiim). 



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3K LES PRINCES DE CONDÉ. 

de la France les trois électorals ecclésiastiques et 
le Palatinat; vous donnerez ainsi & votre roi quatre 
voix dans le collège électoral de l'Empire. Assureï 
la liberté au commerce, supprimez les octrois; 
faites indemniser les paysans ruinés ; forcez les 
chanoines à recevoir des plébéiens dans les cha- 
pitres, etc. ; et vous serez soutenu par la bour- 
geoisie, le bas clergé et le peuple. » Mais M. le 
Duc ne songeait pas à tenter de pareilles réformes, 
qui eussent singulièrement compliqué sa tâche. Il 
ne pouvait pas davantage se lancer dans les entre- 
prises nouvelles; le terme de sa mission appro- 
chait, et personne ne pouvait lui reprocher de 
n'avoir pas mis le temps à profit. 11 lui restait peu 
h. faire pour compléter son œuvre, pour assurer 
sur la rive gauche du Rhin, de Ilaguenau k Bingen, 
la paix qui, depuis plusieurs années, régnait de 
Haguenau à Huningue, et donner k toute celte région 
le calme dont l'Alsace jouissait déjà, sous la protec- 
tion de la France. 
I- Deux forteresses étaient encore occupées par 
l'ennemi dans le Palatinat. Nous avons dit pourquoi 
on ne pouvait attaquer Frankenthal, où Rebolledo 
i4ocwbr«). était plus incommode que redoutable. Slais, pour 
couper court aux retours soudains dans le pays 
pacifié et pour assurer les communications de Phi- 
lisbourgavecMetz,il fallait être maître de Landau. 



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LODIS DE BOURBON. 3V3 

Une longue possession et de glorieux souvenirs 
rendent ce nom cher k tous les cœurs français. 
Vauban a fortifié cette place avec amour, en a fait 
un type : « Voulez-vous connaître le dernier mot 
de M. de Vauban, disaient les vieux ingénieurs, allez 
voir Landau. » Ces constructions ont disparu de- 
puis quelques années, et il ne reste plus que les 
maisons et l'église. En 16&.â, Landau, entourée 
d'une muraille crénelée avec des tours h. l'antique 
et un bon fossé, était moins importante par ses dé- 
fenses que par sa situation près des marais de la 
Queich,ài'entréedelagorgequi sépare les Vosges 
du Hardt. M. le Duc n'était pas encore rentré dans 
son camp de Philisbourg que déjà il avait envoyé 
à d'Aumont l'ordre d'aller investir Landau avec 
douze cents hommes de pied et quinze cents che- 
vaux. La petite garnison laissée par le duc de Lor- 
raine se défendit bien. D'Aumont conduisit son 
attaque avec l'application, le savoir-faire et l'au- 
dace qu'il montrait dans toutes les occasions. 
Le second jour, tandis qu'il visitait les tra- 
vaux, il reçut un coup de mousquet à la hanche. 
Turenne courut le remplacer : <i Je ne suis arrivé 
icy qu'à la nuict et aussitost j'ai esté voir M. d'Au- 
mont que j'ai trouvé avec un visage aussy ferme 
et tranquille que jamais; je n'ai jamais veu per- 
sonne plus de sang froid ny plus résolu. Le mé- 



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304 LBS PRINCES DE CONDti. 

decin de V. A. et mon chirurgien ont mauvtdse 
opinion de sa blessure » ' . On le transporta & Spire 
oh il expira deux jours après, « confirmant par sa 
mort toute la réputation de sa vie «'. D'Aumont 
avait acquis la confiance des troupes, une véritable 
autorité sur les officiers généraus, et semblait des- 
tiné à. exercer avec éclat le commandement des 
années. Anguien, arrivé trop tard pour recevoir le 
dernier soupir de son ami, laissa h. Turenoe 
l'bonneur de signer la capitulation de Landau. 
Neustadt, ville ouverte qui tenait l'entrée de l'autre 
passage du Uardt, se rendit sans coup férir. 
L'œuvre était accomplie. L'opini&treté du duc 
d'Anguien dans les combats du mois d'août, la 
sûreté de son coup d'œil, la sagacité qui lui avait 
fait choisir l'entreprise décisive, sa prévoyance, sa 
promptitude à prendre un parti, à préparer, & exé- 
cuter l'opération, toute sa conduite hardie et habile 
avait porté ses fruits. Ce fameux plan de Gué- 
briant, qui était regardé sinon comme chimérique, 
au moins comme très compliqué-, et qui semblait 
devoir occuper toute une campagne, exiger plu- 
sieurs grands sièges et peut-être plusieurs ba- 
tailles, s'était trouvé accompli en deux mois. La 

1. Turenneà M. le Duc; devant Landau, S5 septembre 16U. 
A. C. 
S. La Houssaye. 



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LOUIS DE BOURBON. 395 

prise de Philisbouvg, négligée jusqu'alors dans 
tous les projets, avait lait tomber les autres places. 
La France tenait la rive gauche du Rhin de Hu- 
ningue à Coblentz ; elle avait acquis au delà du 
fleuve un autre Brisach, et la possession de cette 
seconde tâtede pont changeait les conditions gé- 
nérales de la guerre. Les campagnes suivantes 
firent comprendre Timportance de cette conquête, 
que le duc d'Ânguien avait devinée ; il n'y en avait 
plus d'autre h. entreprendre. 

Amauld venait de rejoindre avec son contingent, 
un peu grossi par quelques corps de nouvelle levée 
que la (în des troubles du Limousin rendait dis- 
ponibles, et M. le Duc, s'étanl ainsi trouvé en 
mesure de reconstituer l'infanterie de l'armée 
d'Allemagne^, devait ramener en France les régi- 
ments qui étaient venus avec lui. Il en avait pria 
l'engagement d'honneur, et la Régente, le prince 
son |>ëre, l'avaient plusieurs fois déjà invité à 
« tenir la parole qu'il a donnée aux troupes qui 
l'ont suivy, à leur faire congnoistre que la Hoyne 
luy en a donné l'ordre, et k leur asseurer qu'elle 
faict grande considération de leurs blessures et 

4 . Il laissait ii Tnreone ud renfort de trois mille fantassins 
et six cents cavaliers montés, plus cent chovaux pour l'artille- 
rie et les vivres. (M. le Duc à Hazurin. Npostadt, 4 ocl. 1644. 
A. C.) 



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m LES PRINCES DE CONDÉ. 

des pertes qu'ilz ont faicles » '. Le 4 octobre, il 
était à Neusladt avec quinze cents hommes de pied 
et douze cents de cheval ; prenant son chemin par 
Eaisersiautern, il gagna la Sarre, où il réunit au 
corps commandé par Magalotti et Vaubecourt les 
quelques fantassins qu'il ramenait. Sa cavalerie 
prit des quartiers de rafraîchissement, et il rentra 
à Paris; Mazarin l'y attendait le 20 octobre. 

iI^^Xtir'°7 Après le départ du duc d'Anguien, Turenne resta 
■nnsiDii quelques jours dans le camp de Philisbourg, fai- 

^û^^itMi' ^*''* garder le pont et les chemins par des troupes 
de sa vieille armée, moins pour se garer de l'en- 
nemi que pour empêcher aucun de ceux qui devaient 
demeurer avec lui de s'évader en quelque sorte et 
de retourner en France avec les autres. Oq avait 
eu la plus grande peine à. retenir les soldats des 
régiments d'infanterie nouveaux qui, sans avoir 
reçu de promesse formelle, avaient espéré ne pas 
rester en Allemagne, disant u qu'ils n'avaient autre 
ordre que de joindre M. le Duc » '. Quelques offi- 
ciers avaient été conservés avec les troupes, non 
sans difTicuIté ; l'idée de passer l'hiver au deli du 
Rhin restait insupportable à. tous les Français. « Il 
serait désirable, écrivait Mazarin, que tous ceux 

1 . Mémoire pour envoyer an duc d'Anguien (signé par le 
Roi), Il septembre 4644. A. C. 

!. Turenne à M. lo Duc, 10 octobre 1614. A. C. 



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L0D13 DE BOURBOK. 3BT 

qui doivent servir en Allemagne eussent l'aversion 
de Paris. » Quant aux généraux, le maréchal 
trouvait que Rosen, Taupadel, Schmiltberg, qui 
venait de rentrer au service, et Montausier, qui 
était enfin sorti de captivité, suffisaient h l'exercice 
du commandement supérieur'; mais il insista 
pour que Vaubecourt, qui était retourné sur la 
Sarre, et Magalotti, qui continuait d'opérer dans 
cette région, « eussent ordre de lui obéir »'. Le 
concours de leurs troupes était indispensable à la 
tâche assez difficile que Turenne tenait à remplir. 
En effet, « les ennemis lui firent fort mal passer 

4. Cependant Turenne accepta un des nouveaux venus, 
Guy de Bar, qui, dpjk investi de la conHance du cardinal, de- 
vait eu recevoir plus tard deâ marques éclatantes; naais le 
maréchal no garda pas longtemps Montausier, qui, attache oo- 
minalement à l'armée de M. le Duc, puis alTecté à la garde des 
places du Rhin, était déjà tout aux apprêts de son mariage 
avec Julie d'Angennes. 

D'autres prisonniers de TiitUingen recouvrèrent leur liberté 
à peu près dans le mSaie temps, entre autres Pontis, l'auteur 
des Hémoires, et Sirot. Ces délivrances par échange ou ran- 
çon avaient été fort laborieuses. H. le Duc n'avait cessé de 
s'en occuper [le Roi à H. le Duc, 3 septembre 4614, et pat- 
aim; A-C); mais les prétentions des ennemis étaient hautes; 
ainsi le marquis de Castel-Kodrigo demandait, en échange de 
Sirot, deux des principaux prisonniers de Rocroy, don Georges 
de Castelvi et don Balthasar Mercader (Garcies à M. le Duc, 
S5 février 1 645. A. C.) . Garcies lui-mâme, mestre de camp pris 
à Rocroy, était sur parole à Bruxelles pour traiter de sa rançon. 

5. Brachet à M. le Duc. Spire, 8 oclt^re 46i4. A. C. 



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398 LES PRINCES DE CONDÉ. 

le temps pendant trois mois » ' . Tout d'abord, à 
peine le duc d'Anguien parti, Mercy, descendanl 
des hauteurs, était entré dans Mannheim, y avaiten- 
levé deux cents dragons de nouvelle levée qui gar- 
daient la ville, et s'était emparé d'un lot important 
de bateaux; on pouvait craindre qu'il ne profilàlde 
cette capture pour jeter im poot et passersur la rive 
gauche. En même temps Gleen, avec un corps de 
troupes impériales, traversait le Rhin h. CoblenU 
et remontait la Moselle, cherchant h joindre Bed 
et le duc de Lorraine. Tm^mie manœuvra avec 
autant d'habileté que de résolutioa pour empê- 
cher la jonction de ces armées. Il prit d'abord 
position en face de Mercy, pressa Magalotti de 
s'avancer sur la Sarre, détacha Taupadel vers la 
Moselle, infligea un nouvel échec aux cavaliers de 
ReboUedo, paya d'audace partout, repliant toujours 
à temps les détachements qu'il lançait dans diver- 
ses directions pour attirer et séparer les groupes 
ennemis, n'hésitant "pas i faire lui-même des 
pointes de plusieurs jours au delà du Rhin, lorsqu'il 
fallait détourner l'armée de Bavière de son objectif 
principal, et il termina la campagne d'hiver sans 
avoir perdu aucun poste sur la rive gauche du 
fleuve ; il compléta même son système d'occupation 

r Turenae à H. le Duc, 37 décembre 16U. A. C. 



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LOUIS DE BODRfiON. 399 

par la prise du château de Kreuznach, ancienne 
forteresse romaine située sur la Nahe, qu'il en- 
leva au gouverneur de Frankenthal (27 décem- 
bre). 

C'est ainsi qu'il réussit h déjouer les projets de 
l'ennemi, qui, « disposant du passage de Mannheim 
à Frankenthal, eût pu nous mettre en grande diffi- 
culté » ; et surtout à sauver d'une dévaistation nou- 
velle toute cette région, qui avait accepté la protec- 
tioD de la France, et que les Impériaux avaient 
hâte. de châtier sans pitié. La confiance y renais- 
sait à peine; on commençait h. ensemencer les 
champs depuis longtemps en friche, et Turenne 
avait à garantir ce premier retour de prospérité non 
seulement contre les ravages des ennemis, mais 
aussi contre des ordres cruels : pour mettre Rebol- 
ledo hors d'état de nuire, Mazarin voulait qu'on 
« fit le dégât » autour de Frankenthal. Cet ordre 
ne fut pas exécuté. Il était plus malaisé d'empê- 
cher nos troupes de fouler et d'épuiser le pays. On 
ne savait oii les établir ; le Bardt et les environs 
ne présentent que des collines rocheuses semées de 
quelques bouquets de bois, mais sans herbe et 
presque sans culture. Il fallut donc, en décembre, 
loger l'infanterie dans les villes et mettre la cava- 
lerie en cantonnements dans la Lorraine et sur la 
Sarre. Les opérations étaient suspendues par la 



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MO LES PRINCES DE CONDË. 

saison. De part et d'autre, tout le monde entrait en 
quartiers d'hiver. 
McDungemeni Cette fin d'aimée fut très pénible ; Turenne avait 

ia U BiTlèn et 

deiEmpite. été pendant quelques jours sérieusement malade et 
hors d'état de monter h. cheval ; toutefois il refusa 
d'aller à ia cour et resta l'hiver sur le qui-vive, 
toujours prêt h. rassembler ses quartiers*. II se 
montrait, d'ailleurs, satisfait de l'attitude de ses 
troupes et de leur discipline ; le premier mouve- 
, ment de tristesse et d'abattement passé, leur cod- 
duite avait été irréprochable : « il faut l'avouer, 
je crois qu'il n'y a que ces troupes-ci capables de 
s'eslre ainsi conservées sans pas un sou >'. 
Certes, le maréchal avait lieu de tenir ses soldats 
en haleine, et de ne pas présenter à son adversaire 
une occasion qu'il ne manquerait pas de saisir. Et 
cependant, si depuis les combats de Fribooi^ 
Mercy ne s'était pas relâché de son application ha- 
bituelle, on pouvait remarquer qu'il n'avait poussé 
à fond aucune opération, s'arrêtant en quelque 
sorte au moment d'accomplir ce qu'il avait com- 
mencé, ne compromettant pas ses troupes, occu- 
pant son adversaire, mais ne le pressant jamais. 

1. Le 11 janvier 1645, il écrivait do Hayenceà Espenan, 
gouverneur de Philtsbourg, pour lui demander ai les ennemis 
ne s'assemblaient pas du câté de Heidetberg. A. C. 

3. Turenoe à M. le Duc. 37 décembre 1644. A. C. 



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LOUIS DB BOURBON. U1 

Cette incertitude dans le dessein, cette hésitation 
apparente s'expliquent par diverses causes. 

Avant tout, l'électeur de Bavière, effrayé des 
-pertes qu'avait éprouvées son armée, ne se faisant 
pas illusion sur les véritables résultats des combats 
de Fribourg, se sentant mal soutenu par l'Empire, 
voyant ses finances rainées, avait hâte de faire la 
paij. De l'avis de son conseil, il venait d'écrire à 
l'Empereur ' pour lui exposer la détresse de ses 
États, de son armée, et lui démontrer assez rude- 
ment l'impossibilité de continuer la guerre. Il 
s'appuyait sur les symptflmes alarmants de dés- 
affection observés dans les villes du Rhin et 
sur le dangereux exemple qu'elles donnaient : 
« Les États de l'Empire sont tellement effrayés 
par les grandes forces des Français, qu'ils ouvrent 
les portes des villes h. la moindre menace ou som- 
mation; et, même sans que l'ennemi emploie 
i-éellement la violence, ils se rendent sous sa pro- 
tection, comme les derniers succès du duc d'An- 
guien en ont fourni la preuve. Il y en a même, 



t . L'électeur de Bavière & l'Empereur, 26 septembre. A. A. 
— Mémoire adressé à l'électeur par son conseil ; « Démmstra- 
tioD approfondie du grand dunger dans lequel se U'ouyeat le 
Saint-Empire romaio, et surtout les cercles de Franconie, de 
Bavière et de Souabe, par suite de la grande supériorité des 
armées françaises... » (A. A.) : 



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40! LES PRINCES DE CONDE. 

Votre Majesté doit déjà en avoir connaissance, qui 
envoient h. la rencontre des Français pour traiter 
avec eux et obtenir la grâce de leurs pays et su- 
jets. » Presque h. la même date, un des principaux 
conseillers de S. M. Apostolique* lui peignait la 
situation sous les plus sombres couleurs : l'Em- 
pire frappé de toutes parts, menaçant de s'écrmi- 
ler, perdant le Rhin, coupé de ses communications 
avec le duc de Lorraine et les Pays-Bas : « Daus 
tout l'Empire, lui disait-il, les H^ts et leurs habi- 
tants sont mécontents de notre soldatesque indis- 
ciplinée, de la longue durée de la guerre et du 
grand appauvrissement du pays. Les Français, au 
contraire, par leur manière d'agir, gagnent de 
l'injluence sur les Etats ; Votre Majesté peut s'en 
convaincre par les pièces ci-jointes... Leduc d'An- 
guien a déclaré publiquement, répondant h. la 
cliancellerie de Spire, qui lui avait adressé une dé- 
putation, que la couronne de France ne fait au- 
cune distinction de religion, et qu'elle emploie les 
armes uniquement pour protéger la liberté des États 
de l'Empire... Toutes ces circonstances réunies 
menacent le Saint-Empire romain, notre chère pa- 
b*ie, de la ruine complète, si on ne prend tout de 
suite d'autres dispositions afm d'empêcher qu'un 

1 . Mémoire adressé à l'Bmperear. A. A. 



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LOUIS DE BODBBON. 403 

cercle après l'autre, et à la fin tout l'Empire ro- 
main ne tombe au pouvoir de l'ennemi et sous la 
domination étrangère. i> 

On voit comment les résultats des combats de 
Fribourg étaient appréciés dans le camp ennemi, 
et quel eiïet considérable avait produit la politique 
du duc d'Anguien. Maximilien insistait pour qu'on 
sortit du chaos de Munster en s'adressant direc- 
tanent à la France; et, comme il pouvait ne pas 
convenir & la dignité de Sa Majesté Impériale de 
faire ce premier pas, il oiïrit de se charger de la 
démarclie. L'Empereur, non moins alarmé, n'avait 
pas refusé son autorisation ; il annonça même son 
intention de se rapprocher et de s'établir k Lintz 
pour suivre de plus près cette importante et déli- 
cate affaire*. Aussitôt l'électeur avait expédié îi 
Paris son confesseur, le jésuite Vervaud, porteur 
de propositions formelles ; et il avait recommandé 
au général en chef d'éviter tout ce qui pourrait 
compromettre la fortune d'un reste d'armée, ou le 
succès de négociations dont la sincérité était déjà 
mise en doute. 

Des raisons d'ordre purement militaire influaient T>cu>in 
encore sur la direction que Mercy donnait à ses TumsapuHiu 
opérations; il devait tenu* compte des événements «n AU«iuga*. 

4. L'Bmpereor à l'électeur de Bavière; Ebersdorf, 4 oc- 
u^mlftU. A. A. 



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4H LES PRINCES DB CONDÊ. 

survenus dans le nord de l'Alleinagne. Les géDé- 
raux suédois, sans beaucoup se préoccuper de 
lews alliés, étaient allés au loin vider une vieille 
querelle avec le Danemark, et surtout chercher un 
pays, vierge en quelque sorte, oîi ils pussent re- 
faire, reposer, nourrir hommes et chevaux. Le gou- 
vernement de Vienne crut voir là, une occasion de 
débarrasser l'Allemagne de ces hôtes incommodes 
et de les rejeter dans la Scandinavie. Un grand 
elTort fut ordonné, une armée considérable mise 
sur pied et confiée &Gallas; mais ce général ne 
réussit pas mieux qu'à son ordinaire; et, après 
six mois d'opérations contre Torstenson et Kônigs- 
marck, vers la fin de l'année, » ce grand construc- 
teur d'armées à. détruire ' » rentrait en Bohême, 
n'ayant conservé de ses troupes qu'une escorte 
d'un millier d'hommes, et de son matériel qu'une 
cave bien garnie. Il fallait remédier à cet échec-, 
les Suédois reparaissant au cœur de l'Allemagne, 
tous les alliés ou sujets de l'Empereur devaient 
concourir aux mesures que commandait cette 
situation nouvelle. Gleen, Hatzfeld furent rap- 
pelés, et l'armée de Mercy, qui n*avait jamais 
été rétablie, fut encore affaiblie et ramenée en 
arrière. 

1. 1 Tantua exercituum perdendoram artiTes •■ 

[PuTeodOTr.) 



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LOUIS DE BOURBON. 405 

Cette défaite de Gallas par les Suédois, succé- 
dant aux conquêtes du duc d'Aiiguien, ouvrait des 
horizons nouveaux : a Entre la puissance de 
Torstenson et la nostre, écrivait Espenan de Philis- 
bourg, il se forme une rencontre si avantageuse, 
que je ne ci-oy pas qu'on la veuille laisser eschap- 
per; jamais la fortune n'a regardé la France d'un 
ceil si favorable » '. C'est bien ce que pensaient et 
Mercy et Turenne : le premier, qui prit immédiate- 
ment la route du sud-est, le second, qui se dis- 
posa h traverser le Rhin pour se rapprocher du 
théâtre probable des opérations futures', et surtout 
pour décider les Suédois et les Hessois à faire jonc- 
tion avec lui. Il comptait ainsi réunir une masse 
de troupes dans la vallée du Main et la porter plus 
loin, sur le Tauber, dans une position centrale 
d'oît il pourrait tenir en échec les diverses armées 
impériales, s'il ne parvenait à les attaquer séparé- 
ment. Malgré les plaintes des ritmestres, qui pré- 
tendaient n'avoir pas eu le temps de rétablir leurs 
escadrons, il rassembla ses qu^tiers au mois de 
mars, quitta Spire et passa le Rhin avec six mille 
fantassins, cinq raille cavaliers et quinze bouches 
à feu. Dépassant Pforzheim, Il rencontra l'avant- 
garde de Mercy, qui lui laissa occuper sans combat 

1. S4 janvier leiS. A. C. 

t. Il était encore à Mayence le 31 janvier. 



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WS LES PRINCES DE CONDË. 

Stuttgart, Swabish-Hall, Mergenlheim, et se retira 

au delà du Tauber. 
MercjaDiprerd TuTcnne n'alla pas plus loin; il était bien posté 
i icngenihefin Dour attirer à lui tous nos alliés et couvrir la Hesse 

(MuKBdal). , 

G nul lA». en conservant ses communications avec Philis- 
bourg. D'ailleurs, ses officiers aflirmaient que leurs 
chevaux ne pouvaient supporter une plus longue 
oiarche avant d'avoir été soumis, comme tous les 
ans, au régime du vert et des saignées. Le vieil 
esprit des Weymariens se réveillait ; ils devenaient 
pressants et incommodes ; leurs réclamations 
avaient toute l'apparence d'une injonction. Le ma- 
réchal, craignant de les pousser à bout, fit halte 
et dissémina ses quartiers beaucoup plus qu'il 
n'était prudent de le faire au point où il était par- 
venu. Sans se faire voir, Mercy n'avait pas cessé 
d'obsei-ver son adversaire; il se garda bien de 
troubler ta quiétude de Turenne et se prépara sans 
bruit h profiter de la disposition vicieuse de l'année 
française. Les Suédois étaient loin encore, incer- 
tains s'ils appuieraient Ragotski ou Turenne; les 
troupes impériales se ralliaient; l'électeur de Ba- 
vière, ayant vu ses propositions froidement ac- 
cueillies par la France, demandait de nouveaux 
sacrifices à ses sujets, quelques secours à l'Empe- 
reur, et attendait d'Italie trois ou quatre régiments 
recrutés par le condottiere Gildehasi. Dès que 



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LOUIS DE BOURBON. UT 

Mercy eut reçu des renforts, il tomba inopinément 
sur la tête des quartiers de Turenne. 

A la première alerte, les cantonnemeuts furent 
levés, et toutes les troupes franco -weymariennes 
se portèrent sur le front. S'engageant les unes 
après les autres contre un ennemi rassemblé en 
ordre de bataille, elles furent successivement bat^ 
tues. L'infanterie se débanda; la cavalerie résista 
davantage; mais, à la fm de la journée, il ne restait 
à Turenne que deux régiments de chevau-légers 
avec lesquels il repassa le Main et se jeta dans la 
. Hesse, 0(1 il fut rejoint par une partie des fuyards; 
il avait laissé aux mains de l'ennemi beaucoup de 
prisonniers, douze cents chevaux, un grand nombre 
de drapeaux et d'étendards, tout le canon et le 
bagage. 

De longues années plus tard, un jeune étourdi 
demandait h. Turenne, comblé de gloire : « Mon- 
seigneur, comment avez-vous perdu la bataille 
de Mariendal? — Par ma faute. Monsieur, » ré- 
pondit le maréchal. La sincérité de Turenne allait 
un peu loin; il n'était pas responsable des exi- 
gences des Weymariens; ce n'était pas sans regret 
et sans résistance qu'il avait disséminé ses canton- 
nements ; mais Napoléon a signalé la véritable 
erreur : n'avoir pas indiqué un point de rassemble- 
ment en arrière du front, ce qui eût permis non 



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108 LES PRINCES DE CONDË. 

pas peut-être d'arracher la victoire h. Mercy, mais 
d'empêcher la déroute. Le trait de génie fut de 
donner k la retraite la valeur d'un avantage stra- 
tégique, en ralliant l'armée dans la Hesse, sur le 
flanc du vainqueur, au point où les secours pou- 
vaient affluer, et d'aiiêter par ce seul mouvement 
les progrès de l'ennemi. Le retour aux ponts du 
Rhin eût amené les Bavarois sur ce fleuve ; le rallie- 
ment en Hesse les retenait en Franconie; Phiiis- 
bourg, bien occupé, assurait les communications, 
et c'est après ce revers inattendu que l'on put 
comprendre toute l'importance de cette conquête. 
am piwiuii L'effet de la bataille de Mariendal, que les Alle- 

pM la tuUflle da . , - , , . , 

MiTiendii. mands appellent Mergentheim * , fut considérable 

' OHrwdoon*» , 

nuducd-ADgiiien. en Europc, et plus vivement ressenti en France 
qu'ailleurs; on n'aperçut pas tout d'abord com- 

t. Pourquoi les Français ont-ils donoé h Hergenlheim If 
nom de Mariontlial (par corruption Mariendal) ? Esl-ce la vallée 
même du Taulier qui s'appelait alore ainsi? Ni veia Mergen- 
theim, ni un peu plus au sud vers le champ de bataille, la 
carie n'indique aucun vallon portant le nom de Uarie. Notons 
seulement que l'armée bavaroise avait été mise la veille sous 
la protection de la Vierge, et que son cri pendant le combat a 
dû être : Saiicta Maria. 

La balaillo paraît avoir été lis-rée à environ trois lieues et 
demie au sud de Blergenllieim, entre HuIGngen, sur la Jagst, 
aRlucnt du Xeckar, au sud-ouest; Nicderstetten, sur la Vor- 
bach, aniuent du Tauber, à l'est; Bartenstein, au sud, et 
Adohhausen au nord. Turenne réunit ses quartiers â Herbst- 
hauscn, à environ doux lieues sud de Nergentheim. 



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LOU]S DE BOURBON. «W 

bien le maréchal avait su atténuer les conséquences 
du désastre, et l'on jugea qu'il y avait lieu de le 
secourir immédiatement. Comme l'année précé- 
dente, lorsque Mercy vint canonner Fribourg, on 
décida que le duc d'Anguien marcherait avec les 
troupes de Champagne au secours de l'armée 
d'Allemagne dont il prendrait le commandement 
en chef. M. le Duc voulut en informer Turenne lui- 
même, et l'assurer de son affectueuse sympathie. 
Turenne-i qui croyait pouvoir se passer de cette 
assistance et trouver des ressources suffisantes 
dans le concours de nos allies, qui surtout ne s'at- 
tendait pas k se voir de nouveau relégué au second 
plan, répondit un peu froidement: « Je n'ai jamais 
douté que vous ne me fissiez l'honneur de prendre 
part au malheur qui m'est arrivé, de quoi je vous 
ai une obligation sensible. M. de Marsîn, qui s'est 
trouvé icy et sçait le détail de toutes choses, ira 
au-devant de vous jusqu'à. Saverne'... ». 

i. TureoDe àM.le Duc, au camp de..., 15 juin 16i5.À. C. 



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CHAPITRE Vil 



Eut et premiâre destinstfOD de l'armdo de H. le Duc &d printcmpt 
de ICiS. Mort do Mag«lolU. — H. lo Dac ptiMele RhJD. TamuMi 
DiKTche yen lui. Les deux «rmées se rénDÎuent. le 3 JuSlebi 
Ladenbourg. — Opération» de l'ârmic (rançsise et de Finnit 
b&Tsroiio oa Souabe et eo Fruiconie. Retraite de Kfinigmurà. 
— M. le Duc devant Nûrdlingen. Hercy h Alterhcim (3 aoAtj. — 
Disposition des troupes do Uercy. Reconnaisuncc du dac d'An- 
guiea. — Formation de combat de l'armée frantaise. — Bataille de 
• NoHiDgne,!! (Allerheim). Les Français attaquent le tillage et 
sont repoussés. Mort de Mercy. — Défaite du maréchal de Gn- 
mnnt el do Chabot. '-- Avantagede Turenneila gauche.— M. le 
Duc conduit les Hesaoii i, l'alUuiue d'Allertieim et emporte le 
village. Moureincnt tournant de Turennc. Victoire achevée dan 
la nuit. —Fin do la campagne. Maladie de H. lo Duc; «on retoor 
en Franco (oclobre 1Qt5). — L'armée bavaroise et HorCf. — Pin 
de l'armée ncymarienne. — Résumé des trois premiiret campa- 
gnes du duc d'Ancien. 

4t„ et La distribution des armées françaises pour la 

"^S^r^r campagne de 16/l5 était à peu près la même que 
\ les années précédentes. Entre les deux grands 
Î^M^ commandements, — Monsieur qui continuait lente- 
*"■ ment la conquête des places maritimes de Flandre, 



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LOUIS DE BOURBON. tll 

Turennedont nous venons de suivre les mouvements 
en Allemagne, — on retrouve les mêmes corps 
détaxîhés : celui de Gassion, appelé h se mouvoir 
dans l'orbite de l'armée de Monsieur, celui de Vil- 
leroy un peu en arrière; pnis, entre Sarre et Mo- 
selle, celui du duc d'Ânguien qui devait être d'en- 
viron neuf mille hommes, sans compter les troupes 
de Magalolti retenues ailleurs ; car ce brave Italien 
avait été ramené en Lorraine pour reprendre le 
blocus de La Hotte et mettre fm au trouble que 
les coupe-jarrets réunis dans ce nid d'aigle répan- 
daient en Champagne et sur toutes les lignes de 
communication. 

La principale mission de M. le duc d'Anguien 
semblait être encore la prise de Trêves; l'honneur 
du Roi était engagé à. l'occupation de cette place'. 
Par une de ces anomalies que l'histoire met 
souvent sous nos yeux, la France, qui, dans la 
guerre de Trente ans, fut le champion des li- 
bertés proteslantes, s'était d'abord mêlée h. la 
lutte pour défendre un prélat contre la puissance 
catholique par excellence, l'Espagne. Depuis près 
de dix ans, l'archevêque-électeur était captif et ses 
places occupées par des garnisons espagnoles. 

1 . L'enDemi ne doutait point que Trêves ne fût l'objecliT du 
duc d'Anguien ; Beck l'écrivait à Piccoloniini dès les premiers 
jours de l'année, C. P. 



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413 LES PRINCES DE CONDË. 

C'était au nom du prince prisonnier que Magalotti 
et autres avaient chassé de plusieurs petites villes 
les garnisons étrangères ; c'était pour remettre leur 
souverain dans ses Etats que les bourgeois de Trêves 
avaient fait des ouvertures aux généraux français. 
Or la situation venait de changer; dans les premiers 
jours de 1645, l'Empereur, délivrant l'élecleur, 
l'avait renvoyé dans ses États. « La fermeté de ce 
prince a fait naufrage au port, écrivait Hazarin à 
M. le Bue* ; il a comme abandonné l'attachement 
de cette couronne par l'acceptation qu'il a faite de 
la paix de Prague * h . Trêves nous était donc plus 
fermé que jamais, et le siège de cette place deman- 
dait un corps assez nombreux ; il fallait attendre 
qu'un succès obtenu par Magalotti permît de joindre 
ses troupes à celles qui se réunissaient entre Châlons 
et Verdun. Mais Magalotti fut mortellement blessé 
au moment ou il allait, au dire de Mazario*, 
entrer victorieusement dans La Motte. La lelire 



1. Si juiD. A. C. 

s. L'année 1645 n'était pas achevée que, par uae dernière 
ëvolulion, l'élecleur s'était de nouveau ■ attaché h cette caa- 
ronne n. Au mois de novembre, Turenne rétablit le ( bon 
vieillard » dans Trêves. (Coligny-Saligny k M. te Duc;TrèTei, 
30 novembre. — Articles accordés entre M. l'électeur de Tré«es 
et H. le maréchal de Turenne, S9 novembre 1645. — A. C-|- 

3. Le 16 juin, Magalotti écrivait à H. le Duc que le succès 
paraissait assuré. A. C. 



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LOUIS DE BOURBON. 113 

OÙ le cardinal annonce cet accident à M. le Duc 
respire une sincère émotion : « Ce pauvre gentil- 
homme avoit assés bien servy pour ne finir pas 
sy malheureusement la veille d'avoir beaucoup de 
gloire par la prise de la place qu'il attaquoit... 11 
vit encore et avec une constance extraordinaire, 
parle du siège, donne des ordres et m'envoye 
des compliments comme si de rien n'estoit. On 
me dict qu'il ne passera pas deux jours. C'est une 
perte que je regrette infmiment. 11 avoit de grandes 
parties et se fust rendu capable de bien servir le 
Roy i> '. Lorsque M. le Duc reçut cette nouvelle, 
d'autres événements avaient fait renoncer aux en- 
treprises sur la Sarre ; mais cet accident, prolon- 
geant le siège de La Motte, diminuait le nombre 
des régiments & conduire en Allemagne. 

Dès te mois de mars ', Anguien s'était rendu en 
. Champagne; mais, n'y trouvant pas de troupes, n'y 
recevant pas d'instructions, il regagna la ct^itale, 
pour tâcher d'obtenir les unes et presser l'expédi- 
tion des autres. Après six semaines d'attente inu- 
tile, se décida h. qiutter de nouveau Paris, où bien 
des motifs !e retenaient. Tous ses amis étaient en 
liesse, et les brillants mariages qui allaient se suc- 



1. 84, «juin. A. C. 

t. Ainanld ii H. le Duc, it mars 16i5. A. C. 



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414 LES PRINCES DE CONDÉ. 

céder étaient en grande partie son œuvre : Coligny ' 
épousait la bellu Boutteville; Chabot' avait obtenu 
la main de l'héritière des Rohan, et l'union de 
Montausier ' avec Julie d'Angennes allait se con- 
clure, sans parler du mariage clandestin du prince 
palatin avec Anne de Gonzague *. Mais M. le Duc 
sentait que sa présence était nécessaire à son 
quartier général. Il était à Châlons vers la mi- 
mai et y trouva pas mal de désordres, u L'in- 
fanterie est pitoyable, écrîvait-il h. Mazarin"; j'ay 
réformé près de trente compagnies et cassé les 
capitaines. » Anguien se plaignait aussi de la 
pratique des gouverneurs de places, qui embau- 
chaient les soldats des régiments actifs pour com- 
pléter leurs garnisons. Mazarin loua la sévérité 
du prince, blâma la conduite des gouverneurs. 

annonça des renforts pour ie mois d'août, 

promit des fonds sans fixer la date de l'envoi, 

et le secrétaire d'état Le Tellier, après avoir fait 

1 . Le mariage du futur duc de Châtillon, Gaspard de Coli- 
gny, avec Isabelle de Hontmoroncy, M confirmé eojuinieiS. 
(Madame la Princesse à H. le Duc. A. C.) 

3. Hmri de Gbabot ^ousa la duchesse de Rcdiaii le 6 Juin 
1645. 

3. Charles de Sainte-Haure épousa Julie d'Angennes le 3jnil- 
let 4645. (Dalmas â H. le Duc. A. C.) 

4. Anoe de Gonzague épousa Edouard, prince palatin, le 
Si avril 164S. 

5. S juin 1645. C. P. 



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LOUIS DE BOURBON. 415 

le tableau des levées pour lesquelles on avait 
traité, autorisa M. le Duc adonner sur son crédit 

des gratifications qui lui seraient remboursées 

plus tard. Pour le moment, pas un sou, pas un 
homme. Au travers de cet échange habituel de ré- 
clamations et de promesses, survint l'ordre de mar- 
cher au secours de Turenne. Quelques régiments, 
plus vieux que les autres de quelques mois et can- 
tonnés plus à l'est vers Pont-à-Mousson, furent aus- 
sitôt dirigés sur le Rhin ; Marchin en avait le com- 
mandement. Arrivé dans le courant de juin à. Phi- 
lisbourg, il y laissa ses troupes pour aller recevoir 
les instructions de Turenne. C'est ainsi que, le 
19, il assistait au conseil de guerre réuni par le 
maréchal qui le renvoya au duc d'Anguien '. 

Les instructions du Roi, datées du 2/l mai, près- u. i» duc 
crivaient à M. le Duc de ne pas dessiner son mou- ■^^, m«chi 
vement d'une façon trop nette et trop prompte, LBid^™*» 
mais de prendre d'atwrd position entre Metz et "«ïj^ 
Verdun pour détourner l'attention des généraux * "^•''»»"^- 
ennemis, le duc Charles, Lamboy, Beck, Gleen, et 
assurer quelques jours de tranquillité aux troupes 
laissées devant La Motte. Après cette halte, il 
devait marcher immédiatement sur le Rhin. Tu- 
renne, d'Erlacb et autres avaient ordre de venir 

4. Voy. p. i49. Harcbin à H. le Duc : diverses lellres du 
40 «vril an 19 juin. A. C. Il avait pasaé la Moselle le 1S mai. 



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ilO LES PRINCES DE CONDÉ. 

conférer avec lui à. Philisbourç; ils étudieraienl 
ensemble les moyens d'assurer la jonction de nos 
armées avec celles de Hesse et de Suède, puis de 
reprendre quelques petites places situées entre le 
Rhin et le Neckar, en protégeant contre toute agres- 
sion ou incursion les villes et le territoire que nous 
occupions sur la rive gauche du grand fleuve. 
Quant à. chercher le corps h. corps avec l'armée de 
Hercy, à menacer par une marche hardie les Etats 
du duc de Bavière ou ceux de l'Empereur, les 
instructions n'en disaient mot, et cependant on y 
lisait : a M. le Duc sait bien aller jusqu'à l'impos- 
sible. » 11 faut le reconnaître, on se faisait ou on 
voulait se faire d'étranges illusions à Paris : on 
affectait de dire que, « sans nul aide des Suédois 
ny Hessiens, S. A. pouvoit tout entreprendre en 
Allemagne et qu'elle ne trouveroit nulle résis- 
tance i> '. M. le Duc avait eu beau écrire et répéter 
que, s'il n'était fortiflé d'infanterie et de bonne in- 
fanterie, il ne pourrait entreprendre aucune con- 
quête sérieuse ; on loi répondait par des promesses; 
et , en descendant au fond des choses , il découvrit 
que ces troupes annoncées étaient des Irlandais qui 
n'avaient pas quitté leur lie, des paysans du Limou- 
sin et des Gévennes qui n'étaient pas enrôlés'. 

1. LechevalierdeRivièrebH. lo Duc, 10 juittet<6i5. A. C. 

2. Le même à M. le Duc, <6 juillet, et pastim, A. C. 



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LOUIS DE BODRBON. U7 

Ainsi abandonné à lui-inême, à ses seules inspi- 
rations, h ses seules ressources, il étonna la 
cour par la fermeté avec laquelle il maintint son 
infanterie dans le devoir : « Jamais on n'auroit 
cru que vous eussiez pu faire passer le Rhin à 
6,000 hommes de pied » '. Après être resté 
enire Verdun et Metz du 5 au 20 juin, il s'était 
arrêté le 22 à Saveme, oii il eut un long entre- 
tien avec d'Erlach', et, vers la fm du mois, il 
avait traversé le fleuve h Spire. Nous retrou- 
vons auprès de lui : d'abord le même lieutenant 
général, reparaissant sous un nom nouveau et 
devenu duc de Gramont par la mort de son père; 
puis les maréchaux de camp La.Moussaye, Cha- 
bot, Âmauld qui conduisait sa cavalerie, Marchin 
qui lui avait porté à. Saveme des nouvelles de 
Turenne; enlîn de nouveaux promus. Ta vannes, 
un ancien compagnon, Bellenave, officier de grande 
espérance, Vautorle, homme utile, employé tantôt 
k la conduite des troupes, tantôt aux missions ad- 
ministratives ; Saint- Martin avait très rapidement 
organisé l'équipage d'artillerie ; l'intendant Cham- 



1 . Le Tellier à H. le Duc, il juillet. A. C. 

S. M. le Duc élait le 5 juin à Verdun, le 14 k Hattonchatel, 

à la poinl« des collines qui dominent la Woëvre, sur l'une des 

routes de VerduD à Metz; la 16 à Magny près MeU, le 18 à 

Metzmftme, etle tt à Saveme. (CorrospoodancedeM. leDuc.) 

n. 27 



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«18 LSS PRINCES DE CONDË. 

plâtreux et le commissaire des vivres Tyran occu- 
paient les mêmes fonctions que l'année précé- 
dente. De Strasbourg, Tracy dirigeait sur Phi- 
lisbourg et Spire des bateaux chargés de blé, de 
munitions de guerre et de souliers'. Cette année 
comptait en tout douze à treize mille hommes dont 
six à sept mille cavaliers. 

Turenne était déjà plus fort qu'on n'aurait pu 
l'espérer; outre les ralliés de Mariendal, il avait 
par son habile retraite décidé la landgrave* à 
placer sous ses ordres la très bonne petite armée 
de Geiso ; et Torstenson, en s'éloignant avec le 
gros des Suédois pour marcher vers les E^ts 
héréditaires de l'Autriche et donner la main h. 
Ragotski, avait détaché Kônigsnmrck * avec quatre 
mille hommes qui rejoignirent les Français. 
Ceux-ci s'avancèrent aussitôt, et Mercy dut re- 
noncer & ses projets sur la Hesse pour se retran- 
cher h. Damm, près d'Aschaffenbourg. A ce mo- 
ment, Turenne, ayant reçu l'ordre de faire sa 
jonction avec le duc d'Anguien, revînt par Hanau 
vers le Rhin. L'objet de cette marche n'échappa 

*. Tracy à M. le Duc. Strasbourg, 49 juin. A. C. 

>. Cette princesse était de la maison de Hanau et coasim 
germaine de Tuienne. 

3. Konigsmarck (Jean-Oiristophe, comte de), né en 1600, 
iuât entré en 1 630 au service de Gostave-Adolphe. 



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LOUIS DE BODRBON. 410 

pas il la vigilance du général bavarois, qui demanda 
des renforts pour barrer la roule. Mais Turenne 
le devança, e(, remontant la vallée, rencontra le 
prince, le 2 juillet, b. Ladenbourg, sur le Neckar'. 
La première entrevue des deux généraux en chef 
fut cordiale, sinon alTectueuBe. Turenne ne laissa 
percer aucun étonnement de se retrouver sous les 
ordres de M. le Duc; dorant toute la campagne, 
il lui obéit avec une loyauté parfaite, et fut traité 
par le prince avec la déférence que justifiaient 
une haute situation et un mérite déjà si bien établi. 

L'armée de la France, ainsi concentrée le 2 juil- upéniiau de 
let, présentait un effectif de vingt-huit mille hommes '™d« r«™6l" 
avec vingt-sept bouches à feu. Deux jours plus m ^«b^'^ «> 
tard (ù juillet), Gleen, arrivant par un long cîr- ^SSl*' 
cuit de l'électorat de Trêves, rejoignait les Bavarois ''' '"'°'*'°""''- 
auprès de Miltenberg, sur le Main, et ce contingent 
portait l'armée de l'Empire h vingt mille hommes, 
sous le commandement supérieur du feld-maréchal 
François de Mercy. Décidé & disputer vigoureuse- 
ment le succès h. un adversaire dont il connaissait 
l'audace, mais résolu aussi h. n'engager ou à 
n'accepter le combat que sur un terrain- qu'il 
aurait lui-même choisi et disposé, Mercy, par 
une marche rapide, s'avança jusqu'à Gundelsheim, 

(. Près ManheiiD. 



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420 LES PHIMCBB DE CONDÉ. 

sur la rive droite du Neckar, prêt à secourir Hwl- 
brono, point stratégique important, qui pouvait 
bien être le premier objectif de l'ennemi. 

Déjà les Freuiçais étaient h. Heidelbei^ ; après 
un court séjour, Anguien remonta le Neckar par 
la rive gauche, enleva Wimpfen* (8 juillet), et, 
passant sur la rive droite, s'arrêta tout auprès, à 
Neuenstadt; puis, négligeant Heilbronn, il s'en- 
fonça dans l'est, franchit les vingt lieues qui le 
séparaient du Tauber, et assiégea Rothenbourg, oîi 
il entra le IS juillet. 

Un grave incident était survenu au moment ou 
M. le Duc avait quitté la vallée du Neckar. La 
jonction des troupes françaises avec l'armée sué- 
doise, même avec une fraction de cette armée, 
était un problème dont on poursuivait depuis long- 
temps la solution ; utile au point de vue militaire, 
elle semblait devoir exercer une influence con- 
sidérable sur la politique générale et les négo- 
ciations!; ^"^ marquait, comme on disait alors, 
l'union d'intérêts entre les deux couronnes. Ce 
point de vue n'avait pas échappé à Mazarin : 
Kônigsmarck n'ayant fwt espérer qu'une coopéra- 
tion h courte échéance, le cardinal avait bien recom- 
mandé au duc d'Anguien de « lui persuader une 

1 . Deux lieues au nord d'Heilbroan. 



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LOOIS DE B0DR60K. 431 

jonction de plus longue durée » . Mais, dès que le 
général suédois s'aperçut que le prince comp- 
tait agir avec une indépendance complète et sans 
subordonner ses opérations aux fantaisies ou 
aux arrière-pensées des alliés, il témoigna haute- 
ment sa mauvaise humeur, affectant une allure 
altière dont le généralissime français n'était pas 
homme à s'accommoder. Après plusieurs discus- 
sions assez vives, M. le Duc donna fièrement & 
Konigsmarck congé de partir avec ses troupes. 
Cette séparation n'enlevant pas aux Français la 
supériorité numérique, M. le Duc pensait, non 
sans raison, que le concours de ces quatre mille 
hommes serait payé bien cher s'il retenait au- 
près de lui un lieutenant insubordonné, toujours 
prêt h mettre le marché h la main et peut-être dis- 
posé & se retirer au moment le plus critique. 
Cependant Mercy n'avait essayé de disputera M. le 
Duc ni te passage du Neckar ni la conquête de 
Rothenboui^. Pénétrant avec sa perspicacité ordi- 
naire le vrai projet de son adversaire, comprenant 
qu'il voulait atteindre la Bavière au cœur, il réso- 
lut de le devancer sur le Danube, de le retarder en 
garnissant les places qui étaient sur le chemin, ou 
de l'arrêter par un combat s'il trouvait le lieu et 
l'heure. Détachant un millier d'hommes avec Creuz 
et BeltÎD pour occuper Dinkelsbvihl et Nôrdiingen, 



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ttl LES PRINCES DE COMDÉ. 

il suivit ces deux colonels à travers la Souabe, 
passa le 10 h. Hall et fit halte ' aux confins de 
la Franconie. 

11 avait deviné juste. Après avoir mis Rothen- 
boui^ en état de défense, le duc d'Anguien avait 
pris la direction du sud et remontait la vallée de 
ta Sulzach. Mercy marcha deux lieues au sud- 
ouest pour se trouver* en présence des Français 
|l"août). Un cours d'eau, des étangs, des bois 
lacilitaient diverses combinaisons d'attaque et de 
défense dont les généraux semblèrent disposés i 
profiter pour s'aborder; mais, après avoir échangé 
quelques coups de canon avec l'ennemi, M. le 
Duc rappela sa cavalerie, qui s'était un moment 
engagée, fit demi-tour, et, au bout de deux heures, 
s'arrêta devant Dinkelsbûhl, qu'il fit mine d'assié- 
ger. Mercy se rapprocha et prit position à Sinn- 
bronn '. Tenant peu h. conquérir de petites places, 
ayant eu pour but principal d'attirer son adver- 
saire hors de sa ligne d'opérations, soit pour 
l'amener sur un terrain où les Français pourraient 
employer leur cavalerie, soit pour le devancer sur 
le Danube, Aiiguien leva promptement le siège et 
marcha sur Nôrdlingen. 

1. Sur la Sutzacb, à Feuchtwang. 

S. A Dilmvang. 

3. TroU kilomètres est de DioLelsbUbl. 



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LODIS DE fiODRBON. 4» 

Cette ville a conservé jusqu'à nos jours son u. ■« duc de*ui 

NdrdUiigea. 

enceinte ou plutôt sa vieille muraille, percée de umj 

■ i AiloAaim 

meurtrières, et flanquée par des tours qui sem- (sutt). 
blent moins redoutables que pittoresques. Elle est 
dominée au sud par de gros mamelons au profil 
accentué, théâtre de la défaite des Suédois en 163&. 
A l'est se développe une vaste plaine ondulée, 
aujourd'hui admirablement cultivée et couverte de 
beaux villages , peuplée de paysans heureux et 
courtns. Son aspect, en 16i5, ne devait pas être 
le même : depuis dix ans, elle avait été souvent 
dévastée par la guerre; déjà cependant elle pré- 
sentait par sa fertilité un véritable contraste avec 
ta région que les armées venaient de parcourir; 
mais sur bien des points, les roseaux, i-eparais- 
sant encore maintenant au milieu des céréales, 
trahissent l'ancien état des champs et signalent 
un terrain qui devait être alors peu praticable; les 
méandres de l'Eger, de la Wômitz et de leurs 
affluents gênaient la circulation. Divisées en une 
foule de petits bras, ces deux rivières arrosent 
des prairies marécageuses et parfois difficiles h. 
franchir. Après avoir coulé presque parallèlement, 
elles se rapprochent vers l'extrémité sud-est de 
la plaine oii l'Eger se réunit à la W&mitz, qui, 
continuant de serpenter dans une vallée encais- 
sée, va rejoindre le Danube & Donauw5rth. Un 



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431 LES PRINCES DB COnofi. 

peu au-dessus de ce confluent, le terrain présente 
une disposition singulière et k laquelle se rat- 
tachent quelques légendes : au milieu des ondu- 
lations de la plaine, des hauteurs isolées, jalon- 
nées par le village d'Atlerheim, semblent sot- 
tir du sol pour barrer la route qui conduit aa 
Danube. 

Dans la matinée du 3 août, Anguien s'arrêta au 
nord-est de Nordlingen, sur l'Eger, entre Wallers- 
tein et Deiningen. Son camp était à peine (racé; 
on dételait les voitures de bagages ; tous, fatigués 
par de longues marches au milieu d'un pays tour- 
menté, boisé, se préparaient au repos, comptant 
bien se refaire, et trouver dans la ville assez impor- 
tante qui paraissait une proie assurée, les res- 
sources dont ils étaient privés depuis plusieurs 
jours. Il pouvait être onze heures du matin, 
lorsque deux ou trois prisonniers amenés par 
les éclaJreurs informèrent le général en chef que 
Mercy était établi k trois lieues environ, et qu'il se 
retranchait. 

A peine le duc d'Anguien a-t-il recueilli ce ren- 
seignement qu'il monte è. cheval pour aller recon- 
naître la position de l'ennemi. Turenne, Gramonl, 
quelques officiers et une petite escorte l'accompa- 
gnent. En partant, il laisse l'ordre de faire manger 
hommes et chevaux, et que chacun se tienne prêt 



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LOOIS DB BOURBON. 415 

h. marcher dans une heure. Bientôt les généraux 
français aperçoivent le clocher d'AIlerheim et se 
trouvent en face d'une position bordée d'un côté 
par la Wômitz, de l'autre par l'Eger. Orientée 
du nord au sud et sur un développement d'environ 
1,500 mètres ^, elle est encadrée, au nord, par un 
gros mamelon, le Wenneberg; au sud, elle se ter- 
mine h. une hauteur circulaire surmontée d'un 
solide château' ; un peu en arrière de cette petite 
forteresse, une colline aussi isolée et aussi haute, 
le Spitzberg, domine le passage de l'Eger. Au 
centre de ta position, entre le Wenneberg et le 
Schloss, à peu près à. égale distance de l'un et de 
l'autre, le village d'Allerheim, placé en saillant, 
s'élève sur un mamelon de moindre relief qui pré- 
sente vers l'ouest, c'est-à-dire vers Nôrdlingen, un 
glacis naturel oii rien ne protège l'assaillant 
contre les feux des défenseurs du bourg ; de bons 
murs enveloppent les jardins el les maisons; au 
sommet, l'église massive et l'épaisse muraille qui 
entoure le cimetière semblent construites pour ser- 
vir de réduit. Une crête assez haute pour cacher 
ses défenseurs, assez basse pour permettre & 
ceux-ci de la franchir rapidement en ligne de ba- 

< . En laissant en dehors les sommets du Schloss et du Wen- 
neberg. 
S. La porte et quelques tours subsistent encore aujourd'hui. 



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iS6 LES PRINCES DE COMDÉ. 

I&ille et de charger l'assaillant, formait comme 
une courtine entre AUerheim et le Wennebeiç. 
Un vallon, dont le niveau assez égal est légère- 
ment inférieur h. celui de cette courtine naturelle, 
sépare le village du cliâteau; des troupes peu- 
vent y rester masquées et en sortir déployées. 
Sur tout le terrain que nous venons de décrire, 
les ondulations étaient couvertes de récoltes. 
Devant le front nord du village, comme entre ce- 
lui-ci et le château, s'étendait un tapis de ver- 
dure où l'eau circulait dans de petits canaux très 
aptes à. gêner les mouvements de l'assaillant. 
Ainsi, un front d'environ 1,500 mètres en forme 
de redan à. angle très obtus, ou plutôt de tracé 
bastionné composé de trois bastions et de deux 
courtines, avec un double réduit au sud-est facile 
à garnir d'artillerie pour battre les principales 
attaques ; au centre, un saillant très solide, admi- 
rablement disposé pour la résistance; un front 
d'attaque très restreint ; des obstacles naturels 
placés de façon k ralentir, h. troubler l'assaillant 
sans empêcher les défenseurs de prendre rapide- 
ment l'offensive : telle était la position que Mercy 
avait saisie au passage et que depuis plusieurs 
heures il s'appliquait h perfectionner. Ici, point de 
reliefs excessifs, ni de ces écarts commandés par le 
terrain, comme h Fribourg. La proportitm est par- 



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LOUIS DB BOORBOK. 431 

faite ; tout peut être groupé ; rien ne manque. On 
iToit se trouver devant un de ces plans de conven- 
tioa inventés pour une démonstration de tactique. 
Les lieux sont propices h. l'emploi des diiïérentes 
armes, au dispositif des échelons d'artillerie, au 
débouché de la cavalerie, & la sûreté, & la cohésion 
de l'inlonterie. 

Mercy avait quitté Sinnbronn en même^temps Dùpoiiiion 
qu'Anguien s'éloignait de Dinkelsbûhl. Au milieu uercf. 



d'une nuit obscure, lea deux armées 
côtoyées, presque touchées sans le savoir, en tra- 
versuit l'épaisse forêt d'CËLtingen, massif de col- 
lines boisées d'où sort l'Eger. Puis, tandis que 
les Français marchaient vers Nôrdlingen, les Bava- 
rois avaient incliné h. l'est, prenant la route de 
Donauwôrlh, et, le 3 août, bien avant le jour, 
Mercy avait arrêté ses troupes auprès d'Allerheim. 
Comme ses voitures d'outils suivaient toujours 
son avant-garde, il n'avait pas perdu une minute 
depuis son arrivée pour ébaucher partout la forti- 
fication de son front ; les maisons d'Allerheim 
avaient été crénelées ; des épaulements, des flèches, 
quelques art>res renversés se mêlaient aux murs 
des jardins; un régiment tenait le cimetière et 
l'église ; de nombreux mousquetaires garnissaient 
les approches. Derrière le village, sept magnifiques 
régiments, formant une ligne de bataillons en 



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iSS LES PRINCES DB C0ND£. 

masse, prêts à se jeter sur l'ennemi s'il réus- 
sissait & y pénétrer ; auprès de celte inlantnie, 
six escadrons, pour ta dégager au besoin ou 1'^ 
puyer dans une reprise d'offensive. 

A l'aile droite, Gleen avec son année : d&u 
bataillons et quelques pièces d'artillerie occupant 
le Wennebei^, dont la crête est surmontée d'un 
pan^et ; dix-sept escadrons d'Impériaux rangés 
sur deux lignes derrière la courtine naturelle qui 
réunit le Wenneberg au bourg. A l'aile gauche, 
la cavalerie de Bavière, commandée par Jean de 
Wirtti et déployée entre le village et le cb&teau 
d'Allerheim; bien qu'en terrain plat, elle est à 
peu près cachée à. l'assaillant par la disposition 
des lieux. Le ch&teau, point d'appui très solide, 
est armé d'artillerie et gardé par des mousque- 
taires; un autre échelon d'artillerie est placé au 
Spitzberg et quelques pièces auprès du village. 
Ainsi les vingt-huit bouches à feu de Mercy 
battaient toutes les approches. En somme, il y 
avait là dix-sept h. dix-huit mille hommes réparfis 
en dix bataillons, huit au centre, deux h. la droite; 
et trente-neuf escadrons, dix-sept à la droite, six 
au centre, seize à la gauche. 

En découvrant ta position d'Allerheim, les géné- 
raux français ne pouvaient pas apprécier dans le 
détail la répartition des troupes ennemies ; mais 



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LOCIS DE BOURBON. 429 

le site, la terre remuée sur certains points, des 
travailleurs ou des vedettes aperçus çk et là, 
tout l'aspect leur rendait compte de l'obstacle 
qu'ils avuent devant eux et de la façon dont il se- 
rait défendu. La reconnaissance ne fut point trou- 
blée, elle était périlleuse ; Tétat-major français se 
tenait groupé auprès de huit ou dix pruniers qui ne 
devaient guère le dissimuler; l'escorte était faible, 
l'année loin ; quel coup de filet pour les chevau- 
légers de Jean de Wirth, s'ils avaient fait meil- 
leure garde ! Turenne estima qu'une attaque avait 
peu de chances de succès, mais le duc d'An- 
guien fut d'un autre avis et envoya aux troupes 
Tordre de le rejoindre sans délai. Deux jours plus 
tôt, il s'était déjà retiré devant Mercy en position ; 
il ne se souciait pas de recommencer. Les Suédois 
venaient de le quitter, et il avait eu quelque peine 
à retenir les Hessois ; s'il tardait, ceux-ci ne man- 
queraient pas de suivre l'exemple de leurs alliés 
et l'armée française resterait en péril. Mercy, d'ail- 
leurs, arrivé dans la nuit près d'AIIerheioi, n'avait 
pas encore eu le temps de compléter ses retran- 
chements et peut-être n'était-il pas préparé à rece- 
voir un assaut immédiat. Dès qu'on prenait le parti 
de combattre, il fallait le faire tout de suite. 

M. le Duc résolut d'aborder la position de front, Fo™»ti«iid« 
en donnant à son mouvement offensif le caractère rumécfnnçuw. 



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m LES PRINCES DE COUDÉ. 

d'une attaque centrale; car il était impossible de 
faire avancer les ailes tant qu'on n'aurait pas éteint 
ou détourné le feu de rinfanterie qui occupùt le 
village'. A cet effet, voici comme il disposa son 
armée : les deux ailes exclusivemuit composées 
de cavalerie ; la weymarienne à la gauche, douze 
escadrons, dont sept ~ en première ligne; celle de 
Champagne h. la droite, dix escadrons, dont m 
en première ligne. Le centre, qui avait pour point 
de direction le clocher d'AIlerheim, était formé de 
dix bataillons, dont sept en première ligne, sou- 
tenus par cinq escadrons de gendarmes et che- 
vau-légers. Deux échelons d'artillerie devaient 
se placer entre le centre et les ailes, moins pour 
répondre au canon ennemi que pour faciliter l'at- 
taque du village. L'ordre tactique, les intervalles 
étaient les mêmes qu'ti Rocroy. L'étendue du front 
(moins de 3,000 mètres), ta nature du terrain et 

i . Au premier abord, il semble que H. le Duc aurait pu, par 
une marche de flanc hors de la portée du canon, se placer le 
dos il l'Eger, attaquer le Spitzberg et le château en menaçanl 
la ligDe de retraite de l'ennemi. Mais il eât été trop resserré 
par le cours de l'Eger pour exécuter cette manœuvre; d'ail- 
leurs, HerC)- pouvait toujours soutenir sa gauche sans dégarnir 
son Tront, eu tenant la corde de l'arc décrit par l'armée Graii- 
caise. De quelque c6té que celle-ci se présentât, le féld-nuré- 
chai bavarois retrouvait, pour arrâtor son adversaire, un ter- 
rain disposé comme celui où il avait établi sa ligne de ba- 
taille. 



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LOUIS DB BOORBON. 411 

le caractère probable du combat qui allait s'enga- 
ger, avaient permis de donner h. la réserve une im- 
portance qu'elle n'avait pas dans la journée du 
t9 mai 1643, Placée assez en arrière pour n'être 
pas attirée trop promptement sur le Ihé&tre de 
l'action et pour échapper k la contagion du dés- 
ordre, cette réserve, ou troisième ligne, compre- 
nait deux corps distincts : i" à gauche, l'armée 
hessoise, véritable troupe d'élite, commandée par 
le général-major comte de Geiso, homme froid, 
solide, d'expérience et de bon jugement, — six ba- 
taillons et douze escadrons ', déployés derrière les 
Weymariens et présentant un front plus étendu 
vers la gauche ; 2* en face de l'intervalle qui sépa- 
rait la droite du centre , quatre bataillons et six 
escadrons français aux ordres du chevalier de Cha- 
bot, un des brillants compagnons de M. le Duc. 
Turenne était chargé de l'mle gauche et n'avait 
voulu garder auprès de lui que les ofTiciers weyma^ 
riens, si exercés et si habiles h. conduire leur cava- 
lerie, bien qu'il fût privé cette fois du concours de 
Rosen, le plus entendu de tous, fait prisonnier h. 
Mariendal. Le peu d'infanterie qui lui restait était 
réuni à celle de Champagne. Le maréchal de Gra- 

1 . Deux des régimenls de cavalerie de Turenne, conduite 
par le colonel Oheim, avaient été détachés auprès de Geiso. 
Le jeune landgrave de Hesse était ii la tête de son régimeoC. 



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d« ' Norlingue 
«ttaquent Le iU 



438 LES PRINCES DE CONDÉ. 

mont, secondé par Arnauld le Carabin, devait com- 
mander l'aile droite. Tavannes conduisait les gen- 
darmes ; Saint-Martin dirigeait l'artillerie. La 
u bataille », c'est-à-dire rinlanterie du centre, 
était aux ordres des maréchaux de camp Mardiin 
et Bellenave, ce dernier détaché de l'armée de Tu- 
renne. C'est là que M. le Duc prit place ; tout in- 
diquait, en effet, que là serait l'action décisive. Ou- 
tre ses nombreux aides de camp, le prince garda 
auprès de lui le maréchal de camp La Houssaye, 
qui, plus que tout autre, était en état de lui senir 
de second. 

Chastellux, maréchal de bataille, avait précédé 
' les troupes, et reçu les ordres du général en chef; 
. il était de jour; c'était à lui de tracer la ligne de 
déploiement et de reconnaître les points de direc- 
tion à indiquer aux diverses colonnes qui , parties 
du camp devant Nôrdlingen, s'avançaient à travers 
la plaine. Une escarmouche s'engagea entre son 
escorte et quelques cavaliers ennemis appuyés par 
le feu des piquets d'infanterie ; cette échaulTourée 
coûta la vie à ce brave officier, qui avait si miracu- 
leusement échappé à la mort dans la terrible jour- 
née du Josephsberg. Castelnau prit la place de 
Chastellux, et le déploiement s'acheva un peu 
avant quatre heures de l'après-midi; l'enDenii 
avait replié ses postes et ne se montrait pas. 



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LOUIS DE BOURBO». t33 

Le combat commença, comme il avait été con- 
venu, par l'attaque du village. Il fut ouvert par 
l'artillerie; maïs alors, encore plus qu'aujour- 
d'hui, il était diilicile de régler le tir, surtout 
lorsqu'on mettait Boudainement en batterie ; aussi 
notre canon fit-il peu d'effet, et fut-i) fort maltraité 
par rartillerie ennemie. 

Cependant Marchin conduit les mousquetaires à 
travers le terrain découvert, sous un feu meurtrier, 
aborde les jardins, y pénètre. Le duc d'Anguien 
le fait soutenir par quatre bataillons dont deux, 
appuyés par les escadrons de Tavannes, essayent 
de contourner le village. On s'empare de la plu- 
part des maisons; mais le combat est devenu 
confus ; ta cavalerie recule et cherche un abri ; 
l'infanterie, disséminée, n'avance plus; Marchin 
est grièvement blessé. La Moussaye amène un 
premier secours; Anguien le suit; toutes les 
troupes du centre sont aux mains. Â tout prix, 
M. le Duc veut déloger l'ennemi du réduit qu'il 
n'a pas lâché et se rendre maitre de,la position 
qui paraît être la clef du champ de bataille. 

Mercy est loin d'avoir encore engagé tous ses 
bataillons; il conserve quatre régiments déployés 
et retranchés derrière le clocher d'Atlerheim. Lui- 
même est au sommet de la crête, calme, indif- 
férent au danger; aucun des détails de l'action 



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434 LE3 PRINCES DE CONDË. 

ne lui échappe, il attend le moment^. Dès qu'il 
voit le duc d'Anguien se jeter sur le village avec 
tout ce qui lui reste d'infanterie, un éclair de 
joie anime son visage : u Ces Français sont fous, 
s'écrie-t-il ; à nous la victoire ! > et il ordonne 
une charge générale. 

La fortune se montre d'abord favorable aux 
Français ; mais bientôt Bellenave est frappé à 
mort; La Moussaye et Castelnau sont hors de com- 
bat. Le duc d'Anguien n'a plus d'aides de camp 
auprès de lui ; son cheval est tué ; on le remonte 
il grand'peine, meurtri et contusionné. 11 sonble 
qu'un élan de colère et de douleur entraine les 
Bavarois; les Français sont partout repoussés, 
rejetés hors du village, et les débris de nos dis 
bataillons traversent en désordre le vallon qui les 
sépare du rideau où ils s'étaient déployés... puis la 
poursuite cesse et l'ennemi s'arrête comme saisi de 
stupeur. 

C'est que Uercy est tué ; une balle lui a 
enlevé la viotoire et la vie. En le voyant tomber, 



1. Nous n'acceptons pas la légende qui bit figurer Heny 
coinplélement ivre sur le champ de bataille, buvant quanoie 
verres de vin de suite au moment de l'attaque d'Allertteim, 
embrassant sa femme en présence de l'armée, etc. Le caractère 
de Hercy, toute sa conduite durant la journée font justice de 
ces fables inventées longtemps q)rès les événements. 



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LOUIS DE BODRBON. 435 

tes soldats, avides de vengeance, ont senti gran- 
dir leur courage; mais, Jaîssés sans direction, 
ils ne dépassent pas les murailles qu'ils ont re- 
conquises et qui deviennent le terme de leur 
succès. 

Que se passait -il aux deux ailes oh l'action otuoe 
devait s'engager dès que le mouvement central deci>it»t. 
serait prononcé? A la droite, tandis que le maré- 
chal de Gramont forme ses lignes et donne ses 
ordres aux mestres de camp, Amauld reconnaît 
le terrain sur lequel nos escadrons vont s'avan- 
cer et où l'on est & peu près certain d'en venir aux 
mains, quoiqu'on n'ait pas encore découvert la posi- 
tion exacte de la cavalerie ennemie. Amauld avait 
beaucoup de service, du sang-froid, de la téna- 
cité; mais il n'était pas toujours clairvoyant, et, 
comme il avait déjà eu quelques mauvaises chances 
& la guerre, il se déflaitde lui-même. Ce terrain si 
vert qui s'étendait devant lui, ces petits ruisseaux, 
que le soleil faisait briller au milieu du gazon, le 
préoccupaient. Il poussa son cheval dont les pieds 
parurent s'enfoncer; se croyant en lace d'un marais 
infranchissable, il chercha plus à droite et crut 
trouver un passage ferme, b<en qu'étroit comme 
une sorte de défilé. 

Brave, spirituel, mais étourdi, Gramont accepte 
ce rapport sans le vérifier, fait rompre sa première 



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«0 LES PRINCES DE CONDÉ. 

ligne pour appuyer h droite, passer le défilé el 
se déployer au delà. Son attention est détournée 
par le Teu des mousquetaires qui, répandus dans 
les jardins d'AIlerheim, ont déjà abattu des 
hommes et des chevaux ; aussi le maréchal a-t-il 
demandé à la réserve un secours d'infanterie. 
Deux régiments, a Fabert* » et « Wall-lrlandais » *, 
venaient de le rejoindre, lorsque soudain la cava- 
lerie ennemie sort en bataille du vallon qui sépare 
le ch&teaii du village, et tombe au galop sur nos 
escadrons marchant par le flanc. Fabert et Walt> 
Irlandais u ne branlent pas et font h. bout tou- 
chant une si furieuse décharge, qu'elle ouvre un 
trou dans les rangs ennemis » *. Mais ceux-ci se 
resserrent; les chevîui- légers français sont déjà 
dispersés; Gramont est blessé, démonté et pris 
au milieu des bataillons enfoncés ; tout fuit, une 
sorte d'instinct pousse la cohue vers le camp où 
sont les bagages. 

Ce fut un grand bonheur; car les Bavarois 
s'acharnèrent à la poursuite. Jean de Wirth main- 

1. AoeieD régimeot du cardinal de la Valette, dwaé > 
Fabert le 10 janvier 4644. 

t. Le meslre de camp, Robert Wall, Irlandais comme sa 
troupe, et récemmeDt nomma, conduisait le régiment. Très 
brave officier et de bonne noblesse, il fiit tué & Rethel ea 
1661. 

3. Mémoirei de GramonL 



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LODIS DE BOURBON. 437 

tint un moment sa seconde ligne pour l'opposer 
aux escadrons de Chabot, qui essayait de remé* 
dier au désordre inopiné de l'aile droite; mais» 
gênés par les fuyards et vigoureusement chaînés, 
nos cavaliers suivirent le torrent. Ce qui restait 
d'infanterie française à la réserve ne fit guère 
meilleure contenance : Chabot eut fort affaire h 
en rallier les débris derrière la ligne des Hessois, 
où il fut rejoint par Âmauld et quelques autres. 
Jean de Wirth n'a plus qu'une pensée, gagner 
le camp de l'ennemi et faire récolte de rançons; 
aveuglé par la cupidité, par l'espoir de ramasser 
un riche butin et nombre d'oflîciers, il néglige le 
corps intact de Geiso, et reprend la poursuite avec 
ses chevau-Iégers. 

A l'aile gauche des Français, le combat avait . 
un caractère difl'érent. Aussitôt l'action engagée 
dans le village, Turenne manœuvrait. Tandis que 
sa première ligne s'avance en obliquant légère- 
ment & droite, il porte sa seconde ligne h. gauche 
jusqu'au pied de la pente escarpée duWennebei^, 
oii il la tient h couvert du feu des fusiliers et de 
l'artillerie placés sur le faite. Bientôt le tumulte 
général, le grondement de la mousqueterie re- 
doublant, le bruit et la fumée enveloppant les 
maisons et l'église, lui apprennent que toute l'in- 
fanterie des deux années est aux prises. Sans se 



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U8 LSS PBINCBS DE COKDË. 

laisser ralentir (par les coups de canon et de 
mousquet qui prennent sa troupe d'écharpe, il 
gravit résolument le talus qui s'étend entre le 
Wenneberg et Allerheim, aborde et repousse la 
cavalerie de Gleen; mais les cuirassiers de l'Em- 
pereur n'étaient pas hommes à Iftcher pied au pre- 
mier choc; leurs escadrons de soutien chariot 
les cavaliers de Turenne et les ramènent au bas 
du talus. A son tour, la seconde ligne des Wey- 
mariens, si heureusement postée, tombe sur le 
flanc des Impériaux et les arrête. Des deux parts 
chacun revient b. sa première position. Turenne 
était blessé, mais légèrement; il avait perdu peu 
de monde et sa troupe était moins ébranlée que 
celle de Gleen. A ce moment, les Français sortaient 
en désordre du village, la cavalerie de Cham- 
pagne était en fuite, et le duc d'Anguien rejoignait 
Turenne. 
M. la Duc II est déjà bien tard, six heures sont passées; 

HiDdiiit IM Un- 

>o<i 1 l'aïuqua les chances ne semblent pas favorables et I aspect 

d'AUethoiin 

etgmponeu du champ de bataille nest pas encourageant. 
1. Faut-il employer la fin du jour h. dégager ce qui 
reste de l'armée ou à. tenter un suprême effort pour 
essayer de vaincre? C'est ce dernier parti que M. le 
Duc a déjâi pris. Il expédie h. Geîso l'ordre de 
réunir les douze escadrons du colonel Oheim à la 
cavalerie weymarienne, et de faire avancer les 



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LODIS DE BOURBON. UQ 

six bataillons hessois en obliquant à droite. Cha- 
bot appuiera ces troupes fraîches avec ce qu'on 
a pu rallier de celles de Champagne. M. le Duc 
est à côté de Turenne : il marche contre Gleen 
avec toute sa cavalerie; un feu croisé de mous- 
queterie accueille ce mouvement oITensif. Anguien 
a son second cheval tué sous lui ; on est déjà aux 
mains lorsqu'il est remonté ; il s'aperçoit que les 
Bavarois sont toujours immobiles ; le Dieu des ba- 
tailles lui inspire une de ces résolutions héroïques 
qui renversent le destin d'une journée. Jugeant 
que Turenne est en mesure avec ses escadrons de 
rompre ceux de l'ennemi, il ordonne h. l'infanterie 
un changement de front oblique face à droite, 
et, se jetant h. sa tête, il la conduit h. l'attaque 
d'Allerheim. Une partie de ses gens y pénètre, 
l'autre enveloppe le village sans se laisser arrêter 
par l'artillerie du Schloss et du Spitzberg. La 
résistance est vigoureuse, mais mal ordonnée : 
Ruischenberg, qui a pria la place de llercy, n'a 
pas encore pu reformer ses troupes; les Français 
gagnent du terrain; les Bavarois sont débordés, 
essayent de se rallier dans le cimetière et autour 
de l'église, où ils espèrent tenir jusqu'à ce que 
l'obscurité les protège ; peut-être Jean de Wirth 
va-t-îl revenir les dégager. 

Cependant Turenne a défait les cuirassiers de 



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440 LES PRINCES DE CONDË. 

l'Empereur; Gleen est prisonnier. La pente inté- 
rieure du Wenneberg est d'accès facile : toomés, 
entourés par quelques escadrons, les mousque- 
taires du régiment Rouyer', qui occupent le faite 
de. la montagne, ont dû se rendre, et le gros de 
la cavalerie victorieuse, faisant face à droite, me- 
nace les derrières de l'infanterie bavaroise qui a 
pris le clocher d'Allerheim pour point de rallie- 
ment. La nuit qui commence est presque aussi 
claire que le jour. Jean de Wirth, enfm averti, est 
revenu à la hâte; quelques chevau-légers le re- 
joignent au moment où il s'arrête auprès du 
Schloss. Un suprême assaut de l'infanterie fran- 
çaise et une charge de la cavalerie weymarienDe 
ont décidé de la bataille sans mettre comptË- 
tement fm au combat; h une heure du matin, 
Turenne, achevant son mouvement tournant, 
faisait mettre bas les armes au régiment Gilde- 
hasi, qui était resté le dernier près de l'église'. 
Déjii Jean de Wirth avait ordonné la retraite sur 
Donauwôrth; dès que le château fut évacué, la 
cavalerie rassemblée *, lui-même prit la direction 



t. Ruiacbeobe^ i Piccolomini, Si août. A. A. 

S. Ibidem. 

3. Ce ralliemeDt se fit à Harbourg, à roi-cbeitun mire Al- 
terbeim et DoDauworth, qui est i. environ vingt Uornètres 
d'Alleriieim. (lean de Wirth à Baizfeld, 8 août. A. A.) 



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LODIS DE BOURBON. 411 

de cette fplace. Harassés, épuisés dé faim et de 
fatigue, et comme étourdis de leur succès, les 
Français se rallièrent auprès du village d' AUerheim. 

Deux heures de repos suflîrent à Turenne; au pm 
point du jour, il était avec trois cents chevaux u>i>die 
devant Donauwôrth, où il trouva quelques barri- Mn^usa' 
cades; s'étant assuré que les débris de l'infanterie («tt.bre'îôte.) 
bavaroise repassaient le Danube et prenaient la 
route d'Ingoistadt, le maréchal rejoignit le duc 
d'Anguien ' . Celui-ci faisait recueillir les trophées 
de la victoire, victoire si complète et si chèrement 
achetée. Outre trois mille morts, l'ennemi avait 
abandonné au vainqueur' quinze canons, quarante 
étendards et deux mille prisonniers, parmi les- 
quels le général Gleen, le duc de Holstein, au 
servicede l'Empereur, les colonels bavarois Rouyer, 
Eolb, Eiller. Dans l'après-midi du k, l'armée 
française rentra dans son camp devant Nôrdlingen. 
Jean de Wirth n'avait pas même eu la consola^ 

i. Jean de Wirth, avec sa cavalerie, resta ou revint peu 
aprô» à DoDauwSrth ; sod quartier géDéral y était du 8 au 
SO août (A. A.) — DonauwoTth est enveloppé par une sorte 
de bras mort(du Danube, et forme comme une tête de pont 
snr la rive gauche du grand bras. 11 y avait là quelques re- 
tranchements du temps du roi Gustave. Ingolstadt, devenu 
de nos jours une forteresse de premier ordre, avait déjà alors 
une assez bonne enceinte. En y venant de Donauworth par la 
rire droite, on repasse le Danube à Neubourg. 



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us LES PRINCES DE CONOÉ. 

tion de piller nos bagages; les mousquetaires du 
régiment a Margrave' », de garde au camp et 
embusqués parmi les voitures, avaient repoussé 
les chevau-légers bavarois. Nôrdlingen fut somme 
et se rendit après un simulacre de défense. On y 
trouva des ressources importantes; M. le Duc 
remît la place en état, y installa une petite garnison 
et arrêta ses plans pour la fin de la campagne. 11 
avait atteint son but : l'armée bavaroise était hors 
de combat, et tout faisait prévoir que bientôt 
Maximilien, se retirant de la lutte, abandonnerait 
le parti de l'Empereur pour conserver les avan- 
tages qu'il croyait s'être déjà assurés; il semblait 
inutile de le pousser aux résolutions extrêmes; 
d'ailleurs, l'état de l'armée, la difTicutté presque 
insurmontable de pourvoir à la solde et aux sub- 
sistances ne peimettaient pas de s'éloigner davan- 
tage de la base d'opérations. Tous les officiers 
généraux, y compris Anguien etTurenne, avaient 
été touchés par le feu de l'ennemi ; Bellenave et 
Chastellux étaient tués^ Marchin et Casteinau 
grièvement blessés. Même désorganisation dans 
l'état-major : presque tous les officiers avaient 
disparu, entre autres Lanquetot, Grémonville ', 

1 . Margrave de Bade. 

3. De la famille nonnande des Brete), et, comme Lanqneloli 
parent de madame de Motte ville. 



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LOUIS DE BODRBON. U3 

La Châtre, l'homme au « bon billet n, qui, dé- 
pouillé de sa charge de colonel général des Suisses, 
avait voulu faire cette campagne comme n volon- 
taire » ' , — Marsan , et le plus brillant de tous, 
Pisani, fils de la marquise de Bambouillet, dont 
la mort suivit ainsi de quelques jours le mariage 
de sa sœur. La cavalerie de Gramont avait laissé 
entre les mains des Bavarois plusieurs officiers 
supérieurs'. Quoique fori malmenée, elle avait 
essuyé peu de pertes et se rétablissait prompte- 
ment, brûlant de réparer l'outrage qu'elle avait 
reçu. Celle de Turenne était fière de son succès, 
et comptait pour peu de chose les hommes et 

1. « Ahl le bon billet qu'a La Châtre! i disait NÎDon en 
parlant de certaioe promesse écrite qu'elle avait laissée entre 
sas mains. — Edme de la Châtre, marquis de Naocay, l'uu 
des chefs des Importants, enveloppé dans la disgrâce du doc 
de Beaurort. 11 ne fut pas tué sur la place. Blessé et pris sans 
avoir été reconnu, il paya la rançon d'un chevau-léger el 
mourut de ses blessures en arrivant à Pbilisbourg. 11 a laissé 
des Mémoires. 

S. Parmi lesquels Cbambord, commandant le régiment Ha- 
larin. — Chambord (Guillaume de la Boissière de], né en 4609, 
avait tapissé l'église de Chambord d'étendards par lui eolevés 
sur le champ de bataille; fait prisonnier à Tbionville ((639), 
■prte avoir montré une grande vaillance, il suit le parti du 
comte de Soissons (1611 } et sort de France. Nommé ii son retour 
capitaine de la première compagnie et major du riment de 
cavalerie Maiarin (16i3); raestre de camp- lieutenant du même 
régiment (16ti); maréchal de camp [1646], tué à Lens en 1648. 



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U4 LES PRINCES DE CONDÉ. 

les chevaux qui lui manquaient. En somme, la 
situation de la cavalerie était satisfaisante; mais 
l'infanterie était aussi ruinée qu'après Fribourg : 
deux à trois mille hommes restés sur le champ 
de bataille; dans les seuls régiments d'Angnieo 
et de Conti, vingt-^ept capitaines hors de com- 
bat, presque tout le cadre. M. le Duc pensa 
que la conquête d'un solide établissement sur le 
Neckar couronnerait bien la campagne et donne- 
rait, pour l'année suivante, le moyen de reprendre 
les opérations contre les armées de l'Empire. 
Dans ce but, il résolut de conserver un ou deux 
postes avancés en Franconie et de s'emparer de 
Heilbronn, pour y laisser Turenne lorsque lui- 
même repasserait !e Rhin. Après avoir muni 
Nôrdlingen, il revint devant Dinkelsbûhl, qui se 
rendit le 24 août, et regagna le Neckar. 

Les travaux du siège de Heilbronn comjnenç&ient 
lorsque te prince fut saisi d'une maladie violente 
qui mit ses jours en péril. Il fallut l'emporter h. 
Philisbourg sur un brancard; Gramont, rentrant 
de captivité, se chargea de l'escorte. Ce bon 
compagnon n'avait fait qu'un court séjour chez les 
ennemis; arraché, non sans peine, h. la fureur des 
serviteurs de Mercy, il avait été fort doucement 
traité par Maximilien, qui l'avait aussitôt échangé 
contre Gleen. Dès que Gramont vit M. le Duc ea 



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LOUIS DE BOURBON. US 

sûreté et à peu près hors de danger, il se h&(a 
de rejoindre l'année, très fier et liés pressé d'ea 
partager le commandement avec Turenne et de 
pouvoir dire dans ses lettres : « M. de Turenne 
et moi, nous avons résolu... etc... » Aussi brava- 
t4l les périls que déjà présentait le retour de 
Philisbourg à Heilbronn : « Mon passage sera un 
peu gaillard, écrivaitril le â septembre*, ayant 
14 grandes lieues de marche et les ennemys en 
estant advertis. J 'espère pourtant ne pas revoir In- 
golstadt cette année. » En effet, les partisans 
remplissaient déjà le pays tout autour du camp 
français, et une nouvelle armée impériale, com- 
mandée par l'archiduc Léopold, s'avançait h. tra- 
vers la Souabe. Bientôt survint le moment où, 
comme les années précédentes, il fallait reconduire 
en France les troupes détachées de l'armée de 
Champagne. Le Roi l'ordonnait; k l'exception de 
quelques soldats empruntés aux corps d'infanterie 
et de trois régiments de cavalerie, les troupes ame- 
nées par M. le Duc devaient retourner dans le 
royaume sous ta conduite de Gramont. 

Restée seule, affaiblie, ne pouvant compter long- 
temps sur le concours des Hessois, l'armée d'Alle- 
magne était hors d'état de prendre et surtout de 

4. De Philisbourg. C. F. 



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tu LES PRINCES DE CONDÉ. 

conserver Heilbronn. La saison rigoureuse a{q)ro> 
chaît; après avoir assuré la liberté de ses mouve- 
ments par une courte marche en avant, Turenoe 
rentrait à Phitisbourg avec ses troupes ; Gramont 
repassait les Vosges avec les siennes. Presque 
au même moment, le duc d'Ânguien, voyageant 
à petites journées, arrivait à Paris; son visage 
amaigri, p&li, sa tête rasée (il avait fallu lui 
couper les cheveux pendant sa fièvre chaude)' 

1 . Cette télé si belle et si bonne, 

Pour qui la déesse Belloone 
A toujours eu tant de respect, 
Vient de recevoir un échec; 
D'un barbier la main trop osée 
De son ornement l'a privée. 
Dis-nous pourquoi Dieu l'a permis, 
Va qu'il parolt de ses amis; 
Je crois, mbi qui ne suis pas béte, 
Que Dieu ne veut pas que la tête 
Du plus grand des guerriers 
Soit couverte que de lauriers. 

(Bussy à Lenet; au camp de Heilbronn, 14 septembre 4 6iG). 
— Bussy avait remplacé Mauvilly dans le commandenwat dea 
gendarmes de Condé; mais il ne put assister k la bataille et 
avait rejoint le duc d'Angoien le SI août h Philisbourg. Selon 
lui IMéntoiret), Heilbronn, investi le 3 septembre et fort peu 
pressé, aurait capitulé le tS; les Français y seraient entrés le 
14 et en seraient sortis le 1S. Bussy était témoin oculaire; 
toutefois ces deux dernières dates paraissent bien rapfoo- 
diées. Heilmann, Labarde (De rebut gallicù), toujours si 



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LOUIS DB BOURBOH. 



causèrent une douloureuse impression aux nom- 
breux amis qui vinrent le voir. 



La bataille de « Norlingue u est la dernière que 
les Français aient livrée en Allemagne avant la 
paix de Westphalie. Â défaut de résultats maté- 
riels, elle eut une valeur politique considérable, et 
les contemporains, les négociateurs, les souverains 
ue s'y méprirent pas ; la chaleur avec laquelle la 
reine de Suède adressa au duc d'Ânguien ses féli- 
citations, désaveu implicite de Kônigsmarck, en 
témoignesu0isamment.On ne conserva ni Nôrdlin- 
gen, ni Dinkelsbûhl; cela importait peu; les alliés 
de la France étîtient sauvés, et la Bavière désar- 
mée; tout l'équilibre des forces qui soutenaient 
l'Autriche et sa cause était ébranlé. Déjà Maximilien 
avait failli traiter l'année précédente; cette fois, 
Iwsqu'il vit les coureurs français h Donauwôrlh, 
tandis que les débris de son armée rentraient sans 
chef dans ses États, son anxiété devint poignante; 
il fit appeler aussitôt le maréchal de Gramont, que 
la fortune de la guerre venait de mettre entre ses 

exact, disent que le âhg» de Heilbronn fiit levé; Turenne, 
acteur priodpal, dit qne le siège ne fut pas mâme commencé 
IMémofrei). 



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418 LES PRINCES DE CONDÉ. 

mains, le combla de prévenances qu'on n'avait pas 
alors Thabitude de prodiguer aux prisonniers, et 
le renvoya chargé de messages pacifiques. Mais 
u Bavière » était surveillé : les conseillers de 
l'Empereur se hâtèrent de le couvrir d'une pro- 
tection qui resseniblait fort à une contrainte ; et 
ce concours imposé amena la dévastation de pro- 
vinces que le fléau de la guerre avait jusqu'alors 
épargnées, attira les Français aux portes de Munich 
et faillit coûter à l'électeur les résultats acquis par 
sa persévérauce et son habileté. Maximilien a joué 
un rôle plus considérable que ne le comporlfùent 
les dimensions et les ressources de ses États. Il 
fut profond poUlique, ferme dans les revers; il a 
créé, il a sauvé l'Allemagne du sud. L'instru- 
ment de sa grandeur fut l'armée qu'il mit sur pied, 
qu'il maintint, renforça, sans jamais la comman- 
der, mais qu'il sut placer en bonnes mains ; elle 
devint la meilleure de toutes celles qui surgirent 
en quelque sorte du sol de l'Allemagne pendant 
cette longue période de guerres, sans excepter 
les Weymariens. L'électeur comprit que ce puis- 
sant levier avait été brisé à Nôrdiingen et ne son- 
gea pas & donner de successeur à Mercy. Appliqué 
aux détails, Ruisctienberg menait bien l'infanterie 
sur le terrain; c'était tout ce qu'on pouvait lui 
demander. Lapierre, Winterscheid , Rouyer ne 



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LOUIS DE BOURBON. UO 

devaient pas dépasser le grade de maréchal de 
camp. Jean de Wirth avait une aptitude plus éten- 
due : audacieux, adroit, excellant à. conduire ce 
qu'on appelle aujourd'hui les raids, mais d'une 
rapacité insatiable, sans élévation dans l'esprit ni 
dans le cœur, n'envisageant la guerre qu'au point 
de vue du pillage; il finit par trahir l'électeur 
qui l'avait comblé de ses bienfaits et voulut vendre 
ses troupes à un autre souverain*. Maximilien se 
défiait-il déjà de lui? En tout cas, le commande- 
ment supérieur fut remis à un feld-maréclial autri- 
chien. L'armée de Bavière, absorbée par celle de 
l'Empereur, n'eut, pour un temps, qu'une exis- 



t. L'Empereur (juillet 1647). — Avant de consommer sa 
trahison, Jean de Wirth s'était appliqué à miner la discipline, 
si fennoment maintenue par Mercy, proiëgeant, encourageant le 
désordre et le pillage; mais il n'eut pas le temps d'éteindre 
complètement chez ses soldats le sentiment de l'honneur; 
quand ceux-ci s'aperçurent qu'il les conduisait à l'infamie, tous 
restèrent Gdèies à l'élucieur, et le général, parjure dut se sauver 
seul avec le colonel Sporck, son principal complice. — Celui-ci, 
fils d'un pauvre habitant des environs de Paderborn , avait 
garde »» pourceaux pendant son enfance. Enrôlé dans l'armée 
bavaroise comme dragon, il s'éleva par s i bravoure jusqu'au 
grade de colonel; plus tard, il commanda la cavalerie impé- 
riale. — Jean de Wirth, ayant eu sok biens confisqués par 
Maximilien, fut aussi dédommagé par l'Empereur, qui lui créa 
un apanage en Bohême, où il mourut (6 septembre ie5î). Sa 
condition était obscure; son nom était celui d'un village 
de la Gueidre où il était né, Jan van Wert (nous avons suivi 



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450 LES PRINCES DE COXDÉ. 

tence nominale, et sembla disparaître avec le 
glorieux soldat qui l'avait si souvent menée i. la 
victoire. 

Mercy ne saurait être confondu parmi les chefs 
de bandes, les pillards, les ambitieux sans frein, 
' les rêveurs de souverainetés qui ont dévasté l'Alle- 
magne pendant trente ans. Ce général, « que le 
prince de Condé et le vigilant Turenne n'ont jamais 
surpris dans un mouvement irrégulier, et à qui ils 
ont rendu ce grand témoignage que jamais il 
n'avoit perdu un seul moment favorable, ni man- 
qué de prévenir leurs desseins, comme s'il eust 
assisté à. leurs conseils » ', ce général n'occupe 
pas dans l'histoire la place que lui assignent son 

l'orthographe généralement adoptée en FraDce). On le ren- 
fonlro pour la première fois à la bataille de Prague (4610). 
Obéra tvvachtn]ei3(«r au service de Bavière en 1630, succès^- 
vemcnt colouel du régiment d'infanterie Salis (Grisonâ) et 
d'un rùgiment de dragons, il reçut en 163i la patente de feld- 
maréi-lial-tieutenant et, le 31 mai 1643, celle de général de 1« 
cnvalcrie. — Les Parisiens en avaient eu grand'peur quand il 
passa la Somme avec ses rettres en 1636; et, lorsqu'il vint à 
Paris prisonnier trois ans plus tard, on s'engoua de lui; pen- 
dant quelques mois, il n'y avait pas de belle fôto si on n'y pré- 
sentait Jean de Wirlli; le cardinal do Richelieu Qt jouer JfiraMe 
pour lui, et les dames s'amusaient à le voir fumer, mâcher cl 
priser du tabac, chose fort nouvelle alors, — S.i captivité fut 
longue; il fut échangé contre le maréchal de HomenISit. 
— On l'a beaucoup cliansonné. 
1 . Bossuet. Or. fan. de LouU de Bourbon. 



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LOUIS DE BOURBON. -4M 

caractère et son mérite. L'homme qui a conduit les 
attaques de Ttittlingen et de Mergentheim, organisé 
ta résistance à Fribourg, retiré ses troupes du 
défilé de Saint-Peter, improvisé la défense d'AI- 
lerheim, combiné les opérations exécutées par les 
Bavarois en 1643, 1644 et 1645, aurait dû figu- 
rer parmi les capitaines illustres dont Napoléon a 
dressé la liste. Pourquoi est-il si peu connu, si 
froidement loué? Serait-ce parce qu'il était étran- 
ger par l'origine et par la langue aux troupes qu'il 
commandait? ou parce qu'il a disparu dans une 
bataille gagnée par son adversaire? Il semble 
avoir été vite oublié. — Le maréchal de Gramont, 
ramené prisonnier du champ de bataille, marchant 
la nuit entre deux cavaliers, au milieu d'un nuage 
de poussière, et entraîné par le flot des fuyards, 
suivait de l'œil une méchante carriole dont il se 
trouvait successivement éloigné ou rapproché par 
le flux et le reflax de la cohue. Dans un de ces 
va-et-vient, il dépasse l'humble voiture, se re- 
tourne : n Tout d'un coup je vis cet homme, qui, 
cinq ou six heures plus tôt, faisait trembler 
l'Allemagne, exposé tout nu, le ventre à la lune, 
dans un chariot de vivandier, gardé par deux 
p ■ » — Mercy repose ignoré sous une dalle de 

A . Mémoiret de Gramonl. 



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4&2 LES PRINCES DE CONDË. 

pierre dans une des églises d'Ingolstadt, sans 
avoir les honneurs d'une statue^. 



' Coïncidence remarquable : l'armée que nous 
avons vue passer des mains du duc Bemhardt dans 
celles de Guébriant disparut presque en même 
temps que l'armée de Mercy ; ta charge du Wen- 
neberg fut son dernier coup d'éclat. La cavalerie 
weymarienne avait survécu à. l'infanterie capitulée 
que, depuis quelque temps déjà, on n'essayait plus 
de reformer ; ces vieux soldats, conduits par des 
officiers éprouvés, restaient vaillants dans les com- 
bats, incomparables dans les reconnaissances et la 
petite guerre ; mais ils avaient aussi conservé les 
vic-es des mercenaires, l'avidité, les exigences, les 
défaillances du dévouement. Un instant ils sem- 
blèrent régénérés par la terrible leçon deTûttlingen, 
et, grâce au tact de Turenne, les combats de 16&& 

t. La légende veut que Meicy ait été enterré à Allerfaeim 
uvec ces mots : 



Nous avons vaioement cherché la trace de cette dalle ; maif , 
à Ingolstadt, dans l'église de Notre-Dame, nous avons lu l'in- 
scriplion insignifiante tracée sur la pierre qui recouvre réell»- 
ment lo corps de Mercy. 



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LOOIS DE BOORBON. 453 

ne mirent en lumière que leurs brillantes qua- 
lités. Si le mauv&is esprit reparut k la veille de 
Mariendal, ia conduite fut excellente dans cette 
journée, brillante k « Norlingue », et la cavalerie 
weymarienne revint de cette bataille fière et comme 
gonflée des éloges qui lui avaient été justement ac- 
cordés. On vit presque aussitôt revivre les préten- 
tions indépendantes, la tendance à. s'alTranchir des 
liens delà discipline. Turenne était à peine rentré 
h. Pbilisbourg au mois d'octobre 16&5, qu'il voulut 
aller retirer le gros canon laissé à Wimpfen et me- 
nacé par l'archiduc. L'armée prit les armes, mais 
les Weymariens refusèrent de monter à. cheval. 
Turenne n'avait le moyen ni de les contraindre ni 
de les punir; il renonça k son opération et te canon 
fut perdu. Aucun incident ne marqua la campagne 
de 16&6; lorsqu'elle fut terminée et que l'armée 
s'établit sur le Rhin, Mazarin, jugeant que les af- 
faires d'Allemagne se dénoueraient sans que les 
Suédois eussent besoin du concours de la France, 
presoivit k Turenne de conduire son armée en 
Flandre. Le maréchal prévit l'orage ; ses observa- 
tions n'ayant pas été accueillies, il se mit en me- 
sure d'exécuter l'ordre. Arrivés au pied de la monta- 
gne de Saveme, les Weymariens déclarèrent que, 
leur paye étant en retard, ils quittaient le service 
de laFrance; ils reprirent aussitôt larouteduRhin. 



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m LES PRINCES DE CONDË. 

Rosen, que nous avons vu, en novembre i6/i3, 
mauvms sei-vileur, jaioux, poussant la négligence 
volontaire presque jusqu'à. la trahison, puis re- 
trouvé, en juin et août 16&fi, chef de cavalerie 
audacieux, clairvoyant, habile, était redevenu 
fourbe et déloyal. Tous ses mauvais instincts, la 
cupidité, l'envie, la perfidie, se réveillèrent; il 
était l'âme et le chef du complot ; mais il voulut 
donner le change à Turenne, lui faisant dire qu'il 
était entraîné et qu'il essayerait de ramener ses 
camarades et ses vieux cavaliers dans le devoir. 
Réduit à l'impuissance par cette défection, Turenne 
suivit la trace des Weymariens avec ses autres 
troupes ; déjà ceux-ci avaient franchi le Rhin 
sur des bateaux, lorsque le maréchal atteignit 
la rive du fleuve. Il arrêta son infanterie, passa 
sur la rive droite, et, rejoignant les insurgés, 
marcha au milieu d'eux, seul, avec quelques aides 
de camp. Rosen renouvela ses protestations, réunit 
les officiers ; Turenne leur parla, fut écouté avec 
respect, sans obtenir aucune réponse. On se remit 
en route. Le maréchal s'aperçut qu'on pensait à 
s'assurer de sa personne, mais brava le péril el 
continua de cheminer parmi tes mutins, conser- 
vant son sang-froid el guettant l'occasion. Les 
Weymariens cherchaient à. rejoindre les Suédois 
et n'osaient se lancer dans la vallée du Main, 



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LO(J[S DE BOURBON. 455 

craignant d'y rencontrer les Impériaux ; ils remon- 
tèrent la rive du Rhin et s'arrêtèrent assez près 
de Philisbourg : Turenne avait trouvé l'occasion. 
La nuit, il envoya prendre cent mousquetaires à 
Philisbourg, enveloppa le quartier de Rosen, le fit 
enlever et transporter dans la citadelle française. 
Au point du jour, il appela les chefs de corps, leur 
annonça que Rosen était en prison, leur promit un 
plein pardon, le payement de la solde arriérée et 
un traitement équitable. Les colonels se soumirent 
et s'efforcèrent de rallier leurs hommes autour du 
maréchal. Tous les officiers u jusqu'aux caporaux 
inclusivement n et bon nombre de soldats imitèrent 
cet exemple; d'autres, persévérant dans la muti- 
nerie, élurent de nouveaux chefs et marchèrent aus- 
sitôt vers l'est. Turenne les suivit deux jours escorté 
par ceux-lîi même qu'il venait de ramener dans le 
devoir; il avait pris un tel ascendant sur eux, qu'ar- 
rivé au Tauber, il les décida à charger leurs cama- 
rades. Trois cents de ceux-ci furent tués ; trois cents, 
faits prisonniers, reprirent parti en France; huit à 
neuf cents seulement purent rejoindre l'armée de 
Suède et se mirent à la solde de cette couronne. 
Lesrégiments weymariens furent remaniés et incop 
pores dans l'armée française, oEi ils continuèrent de 
servir, mais sans former de corps séparé, sans dis- 
tinction, sans conditions particulières d'existence; 



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4S0 LKS PRINCES DE CONDÉ. 

Rosen lui-même deviotlieutenant général et gouver- 
neur d'Alsace. L'armée du duc Bemhardt avait 
cessé d'exister en même temps que celle de Mercy. 



De toutes les actions du grand Condé, il n'en 
est pas de plus audacieuse que l'attaque des bau- 
' teurs d'AUerheim défendues par un capitaine tel 
que Mercy. On ne sait qu'admirer le plus, de l'ins- 
piration généreuse qui assura la victoire au premier 
ou de l'habileté du second amenant son adversaire 
h. l'assaillir au milieu d'une fortification naturelle 
rencontrée sur le chemin. Si l'intelligence de Jean 
de Wirlh avait été éclairée par la flamme du génie, 
il eût renouvelé la manœuvre qui donna à Condé 
son premier triomphe, et la plaine de Nordiingen 
eût peut-être vu la revanche de Rocroy. 

Dans cette journée, la fortune se montre alterna- 
tivement avare ou prodigue de ses faveurs envers 
le duc d'Anguien. Un accident imprévu lui enlève 
son aile droite; les régiments venus avec lui de 
Champagne sont presque anéantis; les généraux 
qui l'ont suivi, les aides de camp qui l'accom- 
pagnent sont tous tués ou mis hors de combat ; è. 
la nuit tombante, après un engagement meurtrier 
de trois heures, il ne lui reste plus que les 



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LOUIS DE BOUHBOK. 1S7 

troupes étrangères, une armée qui n'est pas la 
sienne. C'est alors qu'il put saisir au vol la double 
faveur de la fortune qui lui laissait Turenne et qui 
frappait Mercy. Ce dernier coup de la Providence 
ne lui était pas encore révélé , mais en quelques 
secondes la lumière se fait dans son esprit : tan- 
dis que son méthodique lieutenant est aux prises. 
il se met & la tête des Hessois et gagne la bataille. 
Bien des généraux, même expérimentés et habiles, 
eussent conservé cette dernière réserve pour aasU' 
rer la retraite; le vrai capitaine l'engagea pour 
assurer la victoire. Peut-^tre lui eût-elle échappé 
s'il n'avait trouvé la vertu d'un second chez 
Turenne, et dans l'infanterie hessoise des qualités 
militaires de premier ordre. On peut dire que la 
gloire du succès appartient au duc d'Anguien et 
que les honneurs de la journée sont partagés entre 
l'infanterie hessoise et la cavalerie weymarienne, 
Geiso et Turenne. » J'ai ouï dire à nostre grand 
Prince qu'à, la journée de Norlingue, ce qui l'as- 
seuroit du succès, c'est qu'il connoissoit M. de 
Turenne, dont l'habileté consommée n'avoit besoin 
d'aucun ordre pour faire tout ce qu'il falloit n'. 
Nous ne saurions quitter la plaine de Nôrdlin- 
gen, où s'adiève la première série des victoires de 

1 Bossuet. Or. fun. de iMiiit de Bourbon. 



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458 LES PRINCES DE CONDË. 

Condé, sans embrasser dans une sorte de vue gé- 
nérale ces trois campagnes de 16ftâ, i6&Aetl6Ji5, 
sans montrer au lecteur le lien qui les unit, tout 
en faisant ressortir les caractères particuliers de 
chacune. 

Débutant à vingt et un ans dans le commande- 
ment, le duc d'Anguien reçoit la mission la plus 
difficile qui puisse être confiée à un général : rame- 
ner la victoire sous les drapeaux d'une armée 
vaincue ; et, trois années de suite, isur des thé&tres 
différents, avec d'autres troupes, la même tâche lui 
est assignée. Rocroy fut un coup de tonnerre ; le 
rôle de la cavalerie y fut prépondérant, et cepen- 
dant l'infanterie française sortit de cette bataille 
relevée et comme régénérée. Tout fumant encore de 
la chaleur du comt>at, le jeune vainqueur conserve 
la sûreté de son jugement ; il conçoit le plan d'une 
opération difficile et considérable : sans s'arrêter 
aux conseils de ses amis ni aux résistances de 
la cour, il attaque Thionville sur la Moselle. Dans 
ce siège, il montre un talent d'ingénieur égal au 
grand sens stratégique et h. la dextérité tactique 
qui ont assuré le succès du premier jour. Thion- 
ville pris, toutes les places ennemies de la Sarre 
et de la Moselle sont menacées, Beclt et le duc 
Charles restent isolés, séparés de la grande ar- 
mée espagnole des Pays-Bas. « Le secours d'Al- 



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LOUIS DE BOURBOM. ttfl 

lemagne » ne fut qu'un épisode qui lit ressortir 
l'autorité que le prince avait conquise sur ses 
soldats; sans qu'il pût le prévoir, cette conduite 
de troupes devint pour lui une précieuse recon- 
naissance, une préparation aux campagnes sui- 
vantes. 

L'année 1644 trouve M . le Duc dans une sorte 
de disgrâce. Tandis que les vieux régiments de 
Rocroy sont réunis près de la mer du Nord sous 
les ordres de Monsieur, toutes les ressources dis- 
ponibles sont consacrées h, reconstituer l'armée 
d'Allemagne, dont les débris, rejetés en Alsace, se 
reforment sous la direction d'un nouveau chef des- 
tiné à faire presque oublier celui qu'il a remplacé. 
M. le Duc doit rassembler sur la Meuse des troupes 
toutes neuves, d'origines diverses, et constituer 
un corps qui semble ne devoir être que le satellite 
de groupes plus nombreux. Appelé à exécuter des 
opérations d'ordre secondaire, il y mettait l'appli- 
cation, le bon sens, l'habileté dont il avait fait 
preuve l'année précédente, lorsqu'il vit subite- 
ment son horizon s'agrandir. L'armée d'Alle- 
magne est arrêtée impuissante devant le plus 
redoutable des ennemis de la France ; l'Alsace est 
menacée; M. le Duc reçoit l'ordre de passer le 
Rhin à Brisach. Dans cette marche comme dans 
les opérations qui vont suivre, il emploie, pour 



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m LES PRI^iCES DE COTfDÉ. 

assurer les subsistances, la solde, le service des 
convois, des procédés nouveaux qui lui permettent 
d'imprimer ii ses mouvements une rapidité jus- 
qu'alors inconnue, tout en allégeant les charges 
des peuples que l'intérêt de la France lui com- 
mandait de ménager. Après les chocs du mois 
d'août iGkh, la situation du duc d'Anguien n'était 
pas sans analogie avec celle où il se trouvait l'été 
précédent : même époque de l'année, même fatigue 
du soldat. L'ennemi s'était retiré plus loin; mais 
l'avantage avait été bien plus contesté. 

La grande gloire du duc d'Anguien, c'est le parti 
qu'il tira de ces combats indécis ; c'est la résolu- 
tion qu'il prit après chacun, conservant l'initiative, 
réduisant Mercy h. un aveu d'impuissance; c'est 
d'avoir fait la sourde oreille à tous les avis des 
hommes h. vue courte; c'est d'avoir négligé de 
reprendre Fribourg pour se saisir du Rhin. S'il 
n'avait pas enlevé Phitisbourg, occupé Mayence, 
Worms, Spire, Germersheim, lAndau, les diffi- 
cultés des campagnes suivantes eussent été insur- 
montables. Enfin il montra un véritable génie 
politique : sa conduite, aussi adroite qu'humaine, 
produisit dans l'esprit des peuples un change- 
ment qui, plus encore que ses conquêtes, troubla 
les conseillers de l'Empereiu- et faillit amener la 
conclusion immédiate de la paix. Les avantages 



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LOUIS DE BOURBON. 4«L 

obtenus par les Suédois semblaient devoir préci- 
piter ce résultat; déjà Turenne s'avançait le long 
du Main pour porter les derniers coups : l'échec 
de Mariendal remit tout en question. 

Au printemps de 16/|5, M. le Duc était de nou- 
veau relégué entre la Marne et la Meuse, reprenant 
la tâche pénible de reconstituer des troupes ruinées, 
toujours destiné, semblait-il, à, un rôle sans impor* 
tance, loi^que la défaite de Turenne le rappela sur 
le Rhin. Il est tard, le temps presse, l'inaction 
amènera la dissolution rapide de notre armée com- 
posée d'éléments plus disparates que jamais, tan- 
dis que chaque jour voit augmenter le nombre et 
la cohésion des ennemis conduits par le premier 
capitaine de l'Empire. M. le Duc va droit au but; 
c'est au cœur qu'il veut frapper; c'est Munich qui 
est son point de direction. Mais il lutte avec un 
rude jouteur. Les deux généraux s'avancent, se 
suivent, se rapprochent ou s'écartent, comme s'ils 
marchaient sur les cases d'un échiquier. Enfin 
Mercy, admirablement posté, croit avoir barré à 
son adversaire l'accès du Danube : la mort le 
frapp»; il emporte dans la tombe le dernier espoù- 
des Bavarois. 

Certes, il fallait être audacieux pour livrer ba- 
taille il un tel général, à de telles troupes ainsi 
retranchées ; pour conduire âi l'assaut une armée 



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«s LES PRI.NCES t>E CONDË. 

bigarrée, mélange d'étrangers et de régiments tout 
neufs, séparée de sa base d'opérations par soixante 
lieues d'un pays épuisé. Quelles eussent été les 
conséquences du désastre que le génie du duc 
d'Anguien épargna à la France? 

Les annales de la guerre ne présentent rien 
d'analogue à ces trois campagnes consécutives, 
fécondes en résultats que n'obscurcit aucun revers '; 
si, h. chaque printemps, tout change, les lieux, les 
hommes, adversaires ou compagnons, on retrouve 
partout, dans la conduite des opérations, certains 
traits bien marqués : prévoyance dans la prépara- 
tion à la guerre, vigilance dans le commande- 
ment, conception simple, nette, judicieuse, exé- 
cution précise des combinaisons stratégiques; 
suprême habileté à varier les évolutions tactiques, 
audace , ténacité , inspiration soudaine et puis- 
sante pendant l'action; justesse d'esprit, décision 
prompte, hauteur de vues politiques pour confirmer 

1- On est généralement frappé du faible effectif des armées 
qui ont accompli de -si grandes actions; mais ces eflectifs, leEs 
qu'ils sont indiqués dans les pages qu'on vient de lire, d« 
comprennent que les combaltants do l'infanterie et do la cava- 
lerie, soit, dans la langue moderne, les t baïonnettes > et le» 
« sabres a. 11 n'y faut chercher ni le personnel de l'artillerie, 
ni les armes spéciales, génie, pontonniers, ni les troupes d'ad- 
minislralion, le train des équipages, les inQrmiers, condiic- 
teurs de cliovaux el voitures, et*;., ce qui représenle au moins 
le tiers de l'eiToctif dans une u situation b coolempo raine. — 



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LOniS DE BOURBON. 163 

la victoire et lui faire porter ses fruits. Il est rare 
de trouver toutes ces parties réunies, une applica- 
tion aussi suivie et aussi égale de facultés si 
grandes et si diverses. On peut reprocher h. Louis 
de Bourbon son ardeur, son impatience d'en venir 
aux mains, le mépris des obstacles naturels, une 
disposition trop constante à prendre, comme on dit, 
le taureau par les cornes. A chaque bataille, sa té- 
mérité semble augmenter et la moisson d'hommes 
est plus abondante. Aurait-il pu à un moindre prix 
écraser l'infanterie espagnole et en finir avec les 
Bavarois? Qui oserait le dire? Quelques efforts 
qu'il demandât aux troupes, il leur inspira dès le 
premier jour une confiance qui ne fit que croître. 
Jamais général n'a obtenu de ses soldats un 
plus grand dévouement et de pareils sacrifices. 
Au moment où il venait d'échapper h la mort qui 
avait tout frappé autour de lui, il faillit succomber 
aux fatigues de la guerre. La fièvre épargna sa vie; 

L'année de Hontenotte n'était guère plus nombreuse que celle 
de Rocroy; le rapport de la cavalerie à l'inranterie n'était pas 
le mêtne. — Le nombre complique la difficulté du commande- 
ment, mais ne la crée pas. L'accroissement du nombre, la 
transformation de l'armement, la rapidité des communications, 
sont des coefficients considérables, et qui modifient la valeur 
des données rondamentales de toute combinaison strat^quc 
ou tactique, sans les supprimer ni les changer. — Comme 
D0U9 n'écrivons pas un traité d'art militaire, nous nous abstien- 
drons d'entrer dans de plus amples dévolopperaents. 



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4U LES PRINCES DE CONDË. 

peut-être lui enleva-t-etle une partie des succès 
qu'il pouvait se promettre après la défaite de 
Mercy; mîds le coup n'en était pas moins porté. 
Les armées de la coalition austro-espagnole étaient 
divisées en deux tronçons, l'un acculé à la mer du 
Nord, l'autre rejeté au fond de l'Allemagne, sans 
pouvoir plus se joindre. Trois ans plus tard, tandis 
que les Suédois avec leur énergique âprelé, 
Turenne avec son génie stratégique, recueillaient 
en Bohême et en Bavière les derniers fruits de la 
journée de « Norlingue », Condé terminïiil son 
œuvre sur le théâtre de ses premiers exploits. Nous 
le verrons a achever les restes u des vieux tercîos 
dïins les plaines de Lens, enlevant ainsi tout appui 
à ceux qui essayaient encore de prolonger la 
guerre. C'est h. ses victoires qu'on dut la paix ; et, 
comme d'Avaux l'avait prédit en 1644, c'est lui 
qui , du pommeau de son épée, scella le traité de 
Westphalie. 



FIX DU QUATBIËHB VOLVItE. 



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PIECES 



DOCUMENTS INÉDITS' 



KOTB Sun LE REUT DE LA NOCSSATB, CELUI DB \ 

■BCBSHCHBS DB M. CANOVAS DB CASTILLO, DU GÉNdBAL 



Sans songer à placer ici la liste un peu longue des ouvrages 
ou recueils que nous avons consultés pour raconter les pre- 
mières caiup^;n es de Condé, nous devons au lecteur quelques 
eiplicsiions sur deux récits inconnus ou mal connus jusqu'à 
une époque récente, et qui nous ont été particulièrement 
utiles. 

L'un est ta relation des campagnes de Rocroy et de Fri- 
boui^, par le marquis de La Moussaye, qui n'a jamais été mise 

ir pUce ici. Saut d« uni 
Qt lufâBamo^eDt ^it conoaltro, ne Ë^urent 



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166 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

au jour que mutilée et tronquée '. Or les arcliives de Condé 
contiennent un exemplaire manuscrit de celle relation oii l'on 
trouve des détails et des jugements qui ne fièrent dan^ 
aucune édition imprimée ; )e fond mCme du récil est souvent 
dilTérent. Ce qui donne à ce manuscrit une valeur particulière, 
c'est qu'il porte quelques corrections autographes de la main 
du Grand Condé. La Moussaye a donc écrit en quelque sorte 
sous la dictée de son général en chef ; on comprend quelle 
importance prennent alors les épisodes et les jugements qu'on 
y peut lire; aussi toutes les Tois que le lecteur rencontrera le 
nom de La Moussaye à c^té d'une citation, il pourra croire 
qu'il entend l'opinion du duc d'Anguien lui-même. 

L'autre document est le récit espagnol de la campagne de 
4643 en Flandre, récit officiel, mais réservé au roi et à son 
conseil '. Tous les ans, Vincart, attaché au gouvernement des 
Pays-Bas comme a secrétaire des avis secrets de guerre >, 
adressait au roi son souverain une relation très détaillée de la 
campagne qui venait de finir. C'était une manière de rapport 
écrit dans le cabinet du capitaine-général. Plusieurs de ns 
relations ont été successivement publiées de nos jours. Celle 
de 1643, ignorée plus longtemps que les autres', a Touroi à 
H. Canovas de Castillo quelques-uns des éléments de l'Essai' 
dont nous parlons page i2 (t. IV). Dans son récit, Vinearl < 
surtout en vue la justiQcalion, peut-être même la glorificalion 

1. Relation det campagnii it Uonstlj' It dyic d'Cnjuim j>rndtml la «■- 
n^ 1643 Et 1644, par Mtnaieur te man/uU dt La Sloutsaye. — La promit 
«dilion {laTS) est dédiée t ■ Son AlLeiu Séréoisiims Utinseignsor le duc 
d'Enguien i (Hand-Julee). 

S. RrlaciBii de loi Jliaeiot de tiu armai de S. M- C çottmait 

for.... D. Franeiieo de Krio eapilan-feneral de lot eUadai de Flaih 

des de la «mpuna di 16iH, dtHgIda a S. M. fer /tun Antonio l'incarl. 

8. BUfl > éli Imprimée i Uadrid en 1880 dîna le 1» ToLume <tei> Daev- 
ffien.'oi intdiloi para la hiileria de Erpaia. — On > rstniivé pumi la 
minuicriti da 1* Bibllolhèque nslionslB, i Patii, un eiemplaire de celle nli- 
tionadreiiécilateine Anned'Aatrichs par Vlneirt lu[-m«ma, qni uebiilMn 
aam >du> le pieudon jnio de Cardinool. 

4. Del prtnelphi y j|n que tmo la tuprtmaela mttUar de bu Etpaialti. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. «17 

de àon Francisco Melo ; aussi lui arrive-[-il d'interverlir l'ordre 
des incidents, parfois d'en changer le caractère; mais il donne 
dos relise ignements précis, remplit bien des lacunes, i^laîrcit 
des obscurilés, fait ressortir les erreurs volontaires ou involon- 
taires qui peuvent se rencontrer ailleurs. En conférant co texte 
avec les dépêches ou lettres conservées dans les dépôts publics 
ei les archives particulières, comme avec les nombreuses rela- 
tions imprimées en France ou ailleurs, sans recourir à nos 
propres conjectures, nous espérons être arrivé aussi près que 
posable de la vérité. 

Il nous reste à parler de deux ouvrages allemands, et par 
conséquent peu connus en Franco, auxquels nous avons parfois 
fait allusion au cours de notre récit : i' l'important travail du 
major Heilmann (aujourd'hui généraUmajor) sur l'armée bava- 
roise et sur la part qu'elle a prise aux guerres de 1!>06à465<, 
particulièrement sur les campagnes de i 6i3, 1 644 et 1 649. Ces 
trois volumes^ contiennent une foule de documents originaux, 
de dépêches et de pièces authentiques. L'aulour comprend 
bien, juge bien, raconte claireroeut; il est souvent passionoé, 
sans jamais 6lre volontairement inexact. 

t" Le mémoire deM. Lufft sur les combats devant Fribourg'. 
Un peu chargée de développements superflus, de discussions 
subtiles qui nuisent à la clarté du récit et dont l'auteur lire 
des déductions excessives, la brochure de M. Lufft contient des 
dôtails intéressants et desrense^emenls utiles sur le terrain. 
H. Charvériat, à qui on doit une boune bisloiro de la guerre 
de Trente ans, a donné en français, avec quelques rociiQca- 
tioos, une analyse de la brochure de M. Luflt. 

Enfia nous ne pouvons passer entièrement sous silence les 



I. KriegigaMehlf von Bayrrn, Pianiin, Pfulz und Seliwabm. von 
1S06titlaS1. — DU FtldiinàT Baytrn in denJahrtn 4943, iSII und tBtS, 
kittrr dnt Befthlen da Ftld-Variehallt Franz Frrihirrn TonMrrcs. 

a. Die Sehlael-UH bti Frtibuts im Auj/oM IBfl, von Awgait Lufl, Re/ie- 
utKtfDtrteior. — Frtibtirç, ISSi. 



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t6B PIÈCES ET DOCUMENTS. 

savantes recherches de H. Chéniel', ainsi que les intéressâmes 
DOtices que lo capitaiDe Honleznn et le lieutenaot Boule ont 
consacrées h la baUille de Rocruy. 



NOTE SVn LES BATAILLES DE TI1I0NVILLE (4639], LA IIiIRFÉë 
(4641), HOMNECOUBT (16iî). 

TliionTiUiulsaB). 

Sur lo soir de la bataille d'Ivry, on vint annoncer k Henri t\' 
la mort d'un de ses plus braves officiers, François de Pas : 
B Ventre Saint-Gris! s'écria le Roi; j'en suis fâché; la Tsce 
est bonne. N'y en a-t-il plus ? n — i Sire, la veuve est grosse b 
[c'était Madeleine de la Fayette). — i Eh bien, le ventre aun 
la pension, a La race était bonne en effet; dix de Pas en deni 
âéclus furent tués sur le champ de bataille. Le pension accor- 
dée par le roi Henri permît à la veuve d'élever son fils, Ha- 
nassès de Pas, marquis de Feuquiéres, qui devint lieutenini 
général, mais fut malheureux à la guerre el mourut de S€« 
blessures en 1639. Il venait d'investir Thionville, lorsqu'il fut 
surpris et attaqué par Piccolomini (7 juin] ; par point d'hon- 
neur, il accepta le combat sur un terrain désavantageux, contre 
g(Hi sentiment et malgré une grande infériorité numérique 
(8,000 hommeâ d'infanterie et j,600 chevaux contre 14,000 hom- 
mes et 6,000 clievaux), presque pas de canons, elle peu qu'il 
y avait si mal placés, qu'ils ne Grcnt peur qu'aux nôtres. Les 
troupes engagées successivement ne tinrent nulle part ; < Pi- 
cardie 1 plia comme les autres; <• Navarre ■ montra plus de 

la Lonii XIV. — /liHoin it 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 469 

fermeté, mais fut immédiatement écrasé; la supériorité tlu feu 
de l'infanterie ennemie fut décisive ; notre cavalerie ne se 
battit pas ; ce fut une déroute. Les ordres de Feuquières furent 
trop tardifs on ne furent pas exécutés ; il fut pris couvert de 
blessures. Sainl^Paul, maréchal de camp, se fit tuer vaillam- 
ment; l'autre maréçfaal de camp, Grancey, accusé d'avoir 
montré peu d'entrain, fiit mis à la Bastille, ainsi que le mestre 
de camp général de la cavalerie Praslin, qui se St tuer l'année 
suivante; Gnmcey devint maréchal de France. Antoine de Pas, 
marquis de Feuquières, petit-fils de Manassès, a laissé des 
mémoires militaires qui ne sont pas sans valeur. 



La UirUe (ISIl). 

A la Marfée, devant Sedan, il y ent moins de confusion et 
quelques épisodes honorables pour nos troupes; mais le 
désastre fut presque aussi complet. 

Le 5 juillet 1641, les alliés (Espagnols-Impériaux], comman- 
dés par Lamboy, venant du Luxembourg, après avoir logé à 
Pouru-aux-Bois et Pouru-Saint-Remy, descendent le long de 
la Chiers et s'établissent entre Bazeilles et Sedan. Les Français, 
commandés par le maréchal de Châtillon, occupaient le loge- 
ment de Rémilly; la Meuse séparait les deux armées. Cette 
fois le nombre était pour nous ;iS,000 contre 10,000). 

Le G juillet, l'armée française s'ébranle vers huit heures du 
matin; l'infanlerie sur deux colonnes, chacune ayant sa bri- 
gade de cavalerie, le canon en tète avec > Piémont i, sous 
une pluie battante, à travers les terres détrempées. L'ennemi 
avait déjà pasé la Ueuse, occupait les hauteurs au sud-est 
du bois de la Marfée. Piémont s'avance vaillammant, ayant 
ses arquebusiers par groupes devant lui et sur ses (lancs, 
couvrant de feu un grand front; il arrête le mouvement offen- 
sif des ennemis; mais la cavalerie de l'aile droite fuit après un 
léger engagement, celle de la gauche sans même entrer en 



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«0 PIÈCES ET DOCDMENTS. 

ligne. Piémont est écrasé, son mestre de camp est tné, le reste 
de l'infanterie suit le mquvement de retraite de la cavalerie. 
Fabert prend lesgendarmes delà Reine et deHonsienr, charge 
à leur tête; le retour offensif de cette poignée d'hommes 
(jjO maîtres] produit un grand effet; mais ils ne sont pas 
ËOutenus. Châtillon court de tous les côtés sans pouvoir rallier 
personne; la débandade devient générale; on ne s'arrête qu'à 
Relhel où arrivaient plusieurs régiments de renfort. La mort 
du comte de Soissons et la prompte soumission du duc de 
Bouillon atténuèrent les résultais politiques du désastre de la 
Marfée; mais l'année française de Flandre se trouva paraly- 
sée; celle de Lamboy devintlibre; Aire nous fut enlevée; sans 
la maladie du cardinal-infant, les Espagnols auraient pu re- 
prendre Arras. 



En 164!, don Francisco Melo était entré en campagne de 
bonne heure avec 20,000 hommes d'infanterie et 40,000 che- 
vaux. Il avait relevé l'esprit de son armée qui s'était un peu 
endormie pendant la dernière année de commandement du 
cardinal-infant. Ses premières opérations furent vivement me- 
nées. llenlevaLens en ('eux jours sans faire de circonvallation : 
a Lens a été rendue avec une lâcheté inouïe s '. La Bassée 
était mieux garnie et la place plus forte; il y eut plusieurs 
sorties vigoureuses; Melo avait fait une circonvallation. Lo 
comte d'Harcourt, commandant l'armée de Picardie, et le maré- 
chal de Guîche celle de Champagne, se mirent ensemble pour 
secourir la Bassée. (Juaiid ils approcht'renC, Melo rangea son 
armée en bataille dans ses lignes; les généraux français se 
retirèrent sans avoir rien tenté. 

La Bassée se rend, et les généraux français, considérant la 
campagne comme terminée, se séparent. Les « rebelles • bol- 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 471 

landais rentrent en campagne. Helo fait un gros déiactienient 
pour les observer, simule une dislocation de ses troupes, les 
rassemble habilement et Trappe un malin aus retrancbements 
du maréchal de Guiche, établi près du Catelet, adossé a 
l'Escaut, sa gauche appuyée à l'abbaye d'Honnecourt (36 mai) . 

Beck entre dans nos lignes par un bois qu'on croyait impé- 
nétrable. 11 était mestre de camp général et conduisait la 
gaucho, où était le gros des troupes ; son attaque, poussée avec 
beaucoup d'ardeur, fut décisive. Cependant, les régiments 
italiens Delli-Ponti et Slrozzi, ainsi que la cavalerie wallonne du 
comte de Bucquoy, furent mis en pleine déroute par un retour 
offensif du comte de Guiche. 

Ce fut la fermeté des t«rcios de Villalva et de Volandta, et 
du régiment a prince de Ligne n, qui arrêta les Fran(.'ais. 

Lorsque la droite espagnole s'engagea, l'action était décidée 
il la gauche. Cette aile avait à enlever des Telranchements dont 
le tercio d'Albuquerque fut chassé trois fois par ce u bizarro 
regimienlo ■, Piémont, que soutenait a Rambures •>. Il fallut 
tourner et écraser ces deux régiments. La débandade devint 
alors générale. Les Français perdirent 3,000 hommes, pris, 
tués ou noyés, 10 pièces de canon, et beaucoup de drapeaux, 
entre autres la cornette blanche, insigne de commandement du 
maréchal. Parmi les prisonniers, on remarquait Bantzau, Les- 
chelle, La Feuillade, Boquelaure, etc. 11 y avait aussi des 
prêtres et des femmes. Guicbe avait montré peu de jugement 
en livrant bataille, la rivière a dos. Leschelle lui avait conseillé 
de la repasser quand il était temps. Il essaya de réparer son 
étourderio par sa valeur; la plaisanterie des a éperons à la 
Guiche n était injuste. 

Melo ne put tirer aucun fruit de son éclatante victoire ; après 
avoir paradé devant deux ou trois petites places dont les gou- 
verneurs ne se laissèrent pas intimider par une simple dé- 
monstration, il fut appelé vers te Rhin par la puissante diver- 
sion de Guébritmt. Créé grand d'Espagne et marquis de Tor de 



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KS PIÈCES ET DOCUMENTS. 

I.aguna, mais n'ayant pu empêcher la joncdondesWeymariens 
et des Hollandais, il revint sur ses pas pour s'opposer aux 
desseins qu'il supposait à d'Harcourt. 11 fit de nombreux d^ 
tachemenls, des marches et contremarches, enleva dans le 
Boulonnais quelques chât«anx qui furent repris aussitôt et 
Unit par mettre ses troupes en quartiers d'hiver (novembre). 
Nous n'ajouterons aucun commentaire à ce rapide réaum^ 
des trois batailles. H suffit pour éclairer le lecteur sur les 
antécédents de l'armi^e dont le duc d'Auguien aUût prendre 
le commandement. 



LIVBE IV. CHAPITRE 1 

ATril-md 1848.] 



M. LE DUC A MltZAKIN. 

Parit, 14 anU I04S. 

Monsieur, j'envoie à M' de la Vrillière ' une lettre que M'dn 
llatlier m'a escrite, par laquelle vous verres le mauvais estât 
des ennemis et la difficulté que les Escossois de la garde TiHit 
de passer apprès Picardie. Je vous suplie les vouloir raire 
r^ler par le Roy, parce qu'ils parlent de demander leur congé 
si on ne leur accorde ce qu'ils demandent. Je partiray demiin 
et seray à Amiens dans trois jonrs. 

Je vous prie me continuer vostre amitié et croire que je 
suis, Monsieur, vostre très humble serviteur. A. N. 



1. tooii Pbeljpïïui, Sr Ils L» VrilUè», le 



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PIÈCES ET DOCOMENTS. 



LE UÀBBGDAL DS GDICHE A U. LE DUC. 



Ayant apris l'arrivée de Voslre Altesso à Amiens, je n'ay 
point voulu manquer de luy renouveller les asseurancos de 
mon très humble service, encores quejecroye bien que vous 
me faytes bien l'honeur de n'en point eslre en doute. Despuis 
les dernières nouvelles que j'ay envoyées à M' de Gassion, 
celles que je resois des enemys sont si confuses qu'il est 
impossible d'assuoir aucun fondement quy puisse fayre juger 
de leur desseing; ilz font des magasins par toutes leurs villes, 
et les douze sotz qu'ilz donnent aux paysans qu'ilz ont enrollé 
leur sont punctuèlement payes ; toutes leurs troupes ont ordre 
de se tenir prestes pour marcher au premier eomandement, 
mais jusques à ceste heure ilz n'ont point pris de randés-vous 
général. Dans le tamps que je seray en coste ville, je ne man- 
queray de vous tenir adverty de tout ce que j'aprendray, par- 
ticulièrement du lieu et du temps où ilz se métront ensemble, 
quy est, je pense, ce quy importe davantage, et ce qu'ilz 
peuvent fayre dans trois jours pour marcher où ilz l'auront 
résolu ; car pour le reste, ï moins d'estre du conseil de don 
Francisco deHello, il est difficille d'y rien pénétrer; sependant 
je Fais travailler h. ceste place avec tout le soing et la diligence 
possible et suis avec toute sorte de respect et de pus.'^ian. . . . 
A. C. 



Aussytost que j'apris l'arrivée de Vostre Altesse à Amiens, 
je ne manquay point de luy randre conte par une de mes lettres 
de ce que j'aprenoia des enemys; ce que je puis maintenant 
vous dire est que rien ne bouge encores, quoyque très cer- 
taynement ilz ayent tontes leurs troupes prestes et en bon 



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«4 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

estât cl de très grands pripsratirs pour ud desseing couâdé- 
rable. Si je dois cro^Te les advis qu'on me donne de tous 
cosiés, c'est ceste place qu'ilz regardent, et ce quy deTroit 
donner cesle croyance est que leurs magasins sont tournés de 
ce coâté icy. 

Mais, pour dire la véryté, c« sera une entreprise bien grande 
à eux et à laquelle je me persuade qu'ilz auront grande poyne 
à réussir. L'on me mande qu'ilz font leur conte ou d'avoir 
fait une circonvalation en peu de temps, après quoy il serait 
assés ditlicille de les dénicher, ou de donner un combat géné- 
ral, s'imaginant que les troupes ne sont pas si fortes que 
j'espère qu'elles seront. Quoy qu'il en soit, Monseigneur, il 
faut bienlost que leur dosseing paroisse, car autrement je voy 
les afl^yros du Roy en estât d'entreprendre sur eus au lieu 
d'estre sur la deflensive, et Yostre Altesse se peut asseurer 
que je ne manqueray pas, tant que je seray icy, de la tenir 
advertye Ken pnnctuellement do toutes choses, et que je 
n'aurois jaraays de plus grande joyeque celle de luy obéyr en 
quelque bonne occasion dans laquelle je tascherois k mériter 
la part qu'il vous a pieu me promeitre dans l'honneur de vostn: 
bien veu illance. . . . 

J'espère que le comte de Toulonjon vous fayra voir eo sa 
personne une aussy plaisante figure que V. A. en aye enciwes 
veu, quy, ju m'assure, aura contentement de voir certains 
roupeloos qu'il fait fayre a son cheval Cabesa de more, animal 
plus fameux que défunte Polinymphe, qui soit en gloyre. 
A. G. 

M. LK DDC A V. DB GHAVIGKT, I COItSBtLLIBB DD ROT 
■M SES CONSEILS BT SBCBSTIIRB DE SES COmiBKDE- 
MBKTS B. 

Amfani. StiTiilKHI. 

Desputs que je suis arivé icy, j'ay rec«u plusieurs lettres 
des gouverneurs des places frontières qui m'ont touts asseuré 



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PIÈCES ET DOCCHENTS. in 

que les eunemis ne braolent point encore. Dès ce que je 
scauray quelque chose de leurs dessains, je vous en informeray 
aussytost. Je vous prie d'asseurer Sa Majesté de la passion 
que j'ay de Iny rendre cette campagne quelque service qui luy 
soit aggrëable et de l'entière soumission que j'ay k touttes ses 
volontés. Je vous prie aussy de m'envoier le chifre que vous 
sçavés, et croire qu'il n'y a personne qui souhaille plus vostre 
amitié que moy ; je vous la demende de tout mon cœur. . . . 
Je vous supplie d'asseurer M' le cardinal Mazarin de mon 
service et le faire souvenir qu'il m'a prorois son amitié. 
C. P. 



U. LE nVC A SON PERE. 

Amians, SI arril 18)3. 

J'ay esté extrêmement en peine de n'avoir point seeu de 
nouvelles de vous despuis mon deîipart de Parus ; tout le monde 
m'asseure icy que la Boyne est régente, Monsieur lieulenent 
général, vous chef du conseil, et que les aultres ministres 
demeurent dens leurs charges; vous ne devés pas douter du 
plaisir et de la joie que j'en ay. Nous sommes icy assés oisifs 
et il n'y a point encor de nouvelles que les ennemis doivent 
entreprendre. Nous avons logé despuis mon arivée louttes les 
trouppes dens les places fermées, soit pour empeacher qu'elles 
ne se desbandassent, soit aussy pour ompeschur la ruine du 
péb; elles sont pourlent dispersées en sorte que, si les enne- 
mis se mettent ensemble, elle seront en trois jour» prestes 
pour marcher à eus. M' de La Vriliére me mende qu'il a donné 
ë Bonneau touttes les expéditions que je luy ay demendées; 
je n'en ay pourtenl receues aucunes qne l'instruction du Roy 
que j'ay receue par nn courier exprès; je vous supplie de 
commender h Bonneau de me les envoier au plustost. Si vous 
votiliés dire un mot pour qu'on nous envoiât la monstre 



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476 PIÈCES ET DOCOMBNTS. 

promptement, vous ro'obligeriés beaucoup. Je voas supplie 
me fhire scavoir vos ordres sur tout. . . . 

... Je ne scay si je dois escrire à la Royne la joie que j'af 
de c« qui s'est pasàë ; je vous supplie de me le mender. . . . 
A. C. 

Amietii, eXTrillMI. 

J'ay creu ne pas devoir demeurer plus longtemps sens en- 
voier sçavoir des nouvelles de la sancté du Roy; c'est pour- 
quoy j'envoie Francine à Paris pour recevoir vos ordres li 
dessus et pour ater ï S' Germain, si vous le trenvës appropos; 
il ne véra que ceus que vous jugerés qu'il fouit qu'il voie 
el dira ce que voua luy commenderés. Il n'y a icy aultre nou- 
velle des ennemis, sinon qu'ils sont encore dens leurs quar- 
tiers; on croit qu'ils ne metteront en campagne qu'au coid- 
mencement de l'autre moys ; la pluspart des trouppes de nostre 
armée sont bonnes, mais elles ue le sont pas touttes; nous 
n'avons plus de quoy faire subsister la cavalerie d'Amiens et 
celle d'Abeville que jusque au dernier du moys; c'est pour- 
quoy il est très nécessaire qu'on nous envoie la demi monstre 
qu'on nous a promise. Je ne croy pas que les ennemis soient 
si fors qu'on l'a mandé à la court, et j'ay eu advis qu'ils ne 
seront que quinze à seize mil hommes de pied et sis à sept mil 
chevaus. Je vous supplie, parle retour de Francine, me mander 
si je dais escrire au Roy la première foys que je renvoiray i 
la court, et, si les choses changeoient, si il faudra que j'escrive 
aussy à Monsieur. ... A. C. 

LS MARÉCHAL DR GniCHE A M. LB DDC. 

Arru, U anil 1641 (Hn do IsHn). 

... 1^11 est] biea difficile de pouvoir pénétrer leur desseing 
(des ennemis) ; mab il n'y a guyères personne quy par ces 



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PIÈCES BT DOCUMENTS. 177 

raisons généralles ne juge qu'il n'y a que trois places sur les- 
quelles ilz puissent entreprendre, et que dans la sayson où 
nous sommes, où il n'y a pas une seule berbe, il fout de 
nescessité donner du fouirage h la cavalerie, et pour c«st effect 
avoir une rivyére, sans laquelle il n'est pas posûble d'en venir 
il bout. 

Dans peu de jours l'on sera esclayrcy et j'ay ordre du Roy 
de m'en retourner aussylost que je verray qu'ilz se seront 
attachés ailleurs qu'à Arras. Je ne manquoray sependant de 
vous adverUr de toutes les choses que j'aprendray. . . . 
A.C. 

An», un dtle (um dogle M aTril an mMln; 
U tin nujiquB). 

J'ay des advis encores si incertains qu'on n'v peut Tayre 
aucun fondement; d'un costé H' d'Avesne me conrirme, comme 
Vostre Altesse verra par la copie do sa lettre que je vous en- 
voyé, ses advis que j'eus l'honeur de vous escrire hyer, quy 
sont que les troupes du conte du Buquoy viènent joindre celles 
de don Francisco de Mello; et un party que j'avois envoyé 
tout contre Douay asseure en avoir veu sortir la garnison et 
prendre le chemin de Valentîennes, ce quy a esté conHrnié 6 
l'officier quy le comandoit par des paysans. Demain j'auray 
des nouvelles certaynes, ayant choysy sept eavalliers quy 
sçavent le pays admirablement, gens de cœur et bien montés 
quy ont passé cette nuit les rivyëres, et m'ont promis d'aller 
jusques aux portes de Yalentiennes et m'amencr des prisoniers 
ou se fajre prendre eux-mesmos; car pour Sancy, quy 
m'advertissoit si bien, il est maintenant bors de portée de le 
pouvoir Cayre. Si j'aprens que lesenemys tyrent versl'EscauIt, 
les troupes que Yostre Altesse ordonne quy sortent d'Arras se 
trouveront lundy h Bapaume et je m'en iray à la cour avec un 
désir extresme qu'il plaise à Dieu vous donner toute sorte 
d'heureux et de glorieux succès. 



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J7S PIÈCES ET DOCOHRNTS. 

Je suplie Voslre Altesse de trouver bon que je luy <fie qu'à 
moins d'estre bien informé que les enemys ayent passé l'Escanl, 
il sera très périlleui de laisser celte place avec sy peu de gen$. 
paisqu'une conlTe-marche, de la sorte que leur pays est l'ail. 
n'est pas malaysée, laquelle pourrait causer des suilteslré^ 
fascheuses. Il plairra à Vostre Altesse me fajTe l'honeur dp 
me mander en diligence si elle sera lundy à Ancre, et le^i 
advis que j'auray entre icy et ce temps la je les envoyeray i 
Dourlens ii M' le Chevalier A. C. 

Arru, S4 »ril 1»U, à mlDoiL 

Après la despéche que j'ay fayte à Yostre Altesse ce matin, 
j'ay receu les advis que je vous envoyé, à quoy je n'ay rien a 
adjouter; ik viènent de bonne part ; vous seréspunctuëlemenl, 
comme je vous l'ay mandé, adverty de la marctie des encmys, 
lesquels je voy bien vouloir donner à deviner de tous les 
costés; etilin il faudra voir à quoy aboutiront leurs' Guesges. 
Si Voslre Altesse n'a point envoyé de régiment dans Dourlens, 
je croy absolument nescet-ssyre qu'il luy playse y en metira 
un bon. Lorsqu'on verra le desseing des enemys, vous pourrés 
retirer vos troupes. ... A. C. 

M. LE DDC A cninaNV. 



J'ay receu la lettre que vous ra'avés escritte par La Roussiére' 
et le chifre que voua m'avés envoie; mais j'ay appris par loy 
une obligation que je vous ay queje n'oubliray jamais. J'atlen- 
dois bien de vostre amitié et de vostre générosité quelques 
prouves, mais celle-cy est si considérable que je vous en 
demeuroray ëlemellement obligé; doos disons icy des vens 



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PIÈCES ET DOCDMENTS. «» 

pour la sancté du Roy ; elle est si chère à loutte la France et 
à moy en mou particulier que c'est la moindre chose que je 
luy doive. Je vous prie de m'en mender des nouvelles. . . . 

Je vous supplie do remercier M' le Surinlendent ' de ma 
part de l'honneur qu'il me faict, et l'asseurer do mou ser-~ 
vice. Les ennemis ne sont point encor ensemble e( jo vous 
advertiray de tout ce qu'ils feront. C. P. 



U. LE DUC A IIAZABIN. 



Si je ponvois douter de l'amitié que vous m'avës promise, 
les preuves que vous m'en donnés touts les jours et principale- 
ment cette dernière m'en empescheroit bien et mo (croit passer 
pour ingrat sijerelaTecognoisçois comme jo dois par quelque 
service; mais encor que je n'aie point trouvé d'occasion de 
vous faire paroistre celle que j'ay pour vous, je vous prie de 
croire qu'elle est très forte et que personne au monde ne vous 
honore plus que moy. J'ay dit à touts mes officiers que le Roy 
s'estoit trouvé beaucoup mieus despuis sa communion, ce qui 
aporle unegrande joie à toutte l'armée ; ils tesmoigneiit touU 
une grande passion pour le Roy et pour l'I^stat. 

Les ennemis ne sont point encor ensemble et touts nos 
ad\is sont qu'ils n'y seront qu'à la fio du mois; jo vous adver- 
tiray de tout ce qui se passera, et cependant je vous prie de 
croire que de touttes les personnes qui vous aiment il n'y 
en a point qui soit plus véritablement que moy. . . . 
A.N. 

I. CUndu BaaIhiUi», lurinleDdiinl dei !ininC8>, pèio do Ouvigiiy. 



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PIÈCES ET DOCDMERTS. 



. LB DUC A 80» PÈIB. 



AiBi«D(,«4aTnllM3. 

Si je n'estois trop asseurë de l'amitié que vous avéa poar 
moy Pi si jo no la recognoissois comme je dois, cette Doavolle 
preuve que vous m'en donnés me ta feroit assés pannstrc, et 
je scroi:! lo plus ingrat homme du monde si je manquois â vous 
rendre ce à quoy ma naissance et les obbligatioDS que je voos 
sy m'obligent ; mais je croy que vous avés assés bonne opinitm 
do moy pour croire que je n'y manqueray jamais. J'ay recen 
avec beaucoup do joie ce que me mande M' de La Vrilière de 
la mcillieure sancté du Boy. Je vous conjure de me faire scavoir 
de vos nouvelles le plus souvent qu'il se poura. . . . 

J'oubliois à vous dire qu'il n'y a rien du tout icy de Douveaa 
et que les eonemis ne sont point eocor ensemble. A. C. 

M. LB DUC A HAZARIN. 



J'ay une joie si grande de l'honneur que le Roy a Taict à 
M' du Ilallier de le Taire mareschal de France que je ne 
puis m'empescher de vous la tesmoigner et vous remercier 
dos bons offices que vous lui avés rendus pour cela. C'est ud 
gentilhomme de très grand mërite. Je suis ravy que mes amis 
se trouvent estre les vostres et que vous les obligiës de si 
bonne grâce. Je vous en remercie en mon particulier. . . . 
Les ennemis ne sont point encore hors de leurs quartiers. 
A. K. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



U. LK DUC k SON PEH8. 

Aini<n>, 15 avril 1043. 

J'ay une joie qui ne se peut exprimer de voir H' du 
Halicr mareschal de France ; il me lesmoigne tent d'amitié 
qu'il ne se peut daventage. Si vous voies H' de Chaune à la 
cour et que vous le remerciés des tesmoignages d'affection qu'il 
m'a lesmoigne avoir pour vous et pour rooy, vous le ravirés. 
H' Lepage me mande qu'il n'a receu ordre de fons pour la 
demy monstre de l'armée que peur la cavalerie et pour les 
officiers de l'iafenterie ; il seroit absolument nécessaire de 
l'avoir pour toutte l'inronterie, car aullromcnt cela la desgou- 
tera; et si le malheur que nous apréhendons arivoit, il seroit i 
craindre que, n'mant point d'argent pour les contenter, ils se 
pouroient desbander, au lieu que, leur en donnent, cela les 
contiendroit dans leur devoir. Je vous supplie de m'envoier la 
commission pour mes gardes et foire toucher l'aient à H' Dou- 
jat' ou à quelque aultre à qui vous commenderés de me le 
Taire tenir. Je vous demende pardon de vous importuner, 
mais je sçay bien que vous avés assés de bonté pour le treuver 
bon... A. C. 

H. LB Vire A CHAVtOT. 



Deos l'affliction où je suis de la maladie du Roy, je ne 
pouvois recevoir une nouvelle qui me fût plus aggréable que 
celle que vous m'avés mandée qu'il avoit rescompensé les 
services de H' du Halier du baston de mareschal de France. 
Je luy en ay ce matin porté la nouvelle et la commission. 
Tout est icy au mesme estât qu'il estoit; et, si il se passe 

1. Tréwriw de U. !• Piliica. 



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ig2 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

quelque chose de nouveau, je ne manqueray pas de voui 
donner advis... C. P. 



H. LE DUC A SON' PÈIK. 

AmieBi, SCnnl 1!113. 

La nouvelle qu'uD courier nous vient d'aporter de la guëii- 
SOD du Roy nous resjouit eu un point qui ne se peut dire. J'en- 
voie Spavigny pour en sçavoir des nouvelles asseuré»; 
l'année en est si gaie qu'il ne se peuL pas plus. Nous avons 
plusieurs advis que los ennemis s'assemblenl el qu'ils veulent 
entreprendre sur Aras; je les envoie Coûts à M' de La Vrilîéra. 
J'ay mandé à Louts les quiirtiers où est l'armée de se lenîr 
prêts h marcher au premier jour; et, dès que nous vérons les 
ennemis qui commenceront à marcher, nous irons nous saisir 
du poste d'Ancre sur la rivière qui prent sa sourse â Xiiau- 
mont, au cas qu'ils aillient vers Aras; et, si ils marcbenl veis 
Lendrecy, nous irons du costé de Crévecœur pour voir si il y 
aura lieu de les combalre ou de leur faire lever le si^e. On 
maltraite fort les Suisses de nostre armée; c'est un corps si 
considérable qu'il me semble qu'il serait à propos de les con- 
tenter; je voua prie d'y donner ordre et foire en sorte qu'oD 
observe le tr^té qu'ils ont faict avec M' des Noiers; sens cela 
je prévoy gren désordre on ce corps là, qui l'aporteroit en tooUe 
l'armée. Nosire artillierie n'est point encor preste pour mar- 
cher, et nous avons si peu de chevaus que nous n'en scauriong 
guières mener; si on pouvoit donner quelque ordre pour en 
avoir daventage ou au moins faire haster de partir ceus qui 
ne sont pas arivés, et commender à touts les officiers de l'armée 
qui sont k Paris de se rendre à leurs chargea. Le fonds ponr 
les Iravaus n'est point encor arivé, et, si nous sommes oblige 
à marcher, il est à propos qu'on nous l'envoie... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



H. IB DDC A SON PÉRB. 



Amisiu, 18 avril 1«I3. 

La mauvaise nouvelle qui est venue aujourd'uy de t'extré- 
mté du Roy m'aOige au dernier point et a obligé M' d'Au- 
mont de s'en aler à Paris pour pretter le serment d'une charge 
qu'il a ; ù il a besoin de vostre faveur, vous m'oblîgerés sen- 
siblement de luy faire plaisir; c'est une personne de mérite et 
qui est absolument dens vos intérôts et dens les miens ; it s'en 
est ouvert à moy de si bonne grJre qu'il n'y a aucun lieu d'en 
doulter; si il y a donc quelque chose h me mender, vous le 
ponvéa faire par luy; et cous à qui vous voudrés qu'il parle 
de ma part, vous luy pourés dire, et il le fera très Gdèlemenl; 
il voua représentera aussy touts los intérêts do l'armée... 

H' le marquis de Gesvro m'a prié de vous supplier d'as- 
sister M' de Tresme* dens sa prétention de duc et pair; 
je vous supplie de le faire, car c'est une personne qui m'aime 
extrêmement, et faire sçavoir k H' de Tresme que je vous en 
ay escrit. A. C. 



H' de Hailly, qui est de nos parens*, a eu quelques mau- 
vaises affaires despais cinq ou sis ans; il m'a dit que vous 
luy fesiés l'honneuT de l'aimer et qu'il croioit que vous n'auriée 
pas désagréable que je vous suppliasse de l'assister; je voua 
en supplie donc, et que vous me fassiés l'honneur de croire 
que je suis... A, C. 



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PIËCES ET DOCDHBNTS. 



. LB DUC 1 MAUllN. 



Eavoiant ce gentilhomme sçavoir des nouvelles de la sancté 
du Roy, j'ay créa vous devoir par mesme moient assenrer de 
mon service et vous faire ressouvenir de l'aiDilié que tous 
ra'avés promise. J'escris à M' de La Vrilière touttes les nou- 
velles que j'ay des ennemis ; mais je me trouve icy dans une 
grande peine, c'est que toulte nostre infanterie eslrangère est 
presque révoltée; touts les oiOciers suisses sont a Paris, qui 
sollicitent lo paiement d'un mois de monstre qui leur est dea 
et qu'on ne leur veut présentement paier qu'en assignation. 
Ils ont touts juré de ne point revenir h leurs charges qu'ib 
n'aient eu la satisfaction qu'ils souhailent. J'en ay escrit à If le 
Surintendant; mais je croy que si vous lui eu voulés parler, 
cela fera l'affaire. 

Les Escossois ont esté si mal satisfaits de l'ordre que le Roy 
leur a donné de passer après Picardie, qu'ils s'en sont aies 
touts les oQiciers en corps, sans mon congé, ireuver à Paris 
l'agent d'Ecosse pour remonstrer leurs raisons au Roy. Je croy 
qu'il seroit bien à propos de les renvoier icy, et, pour leur 
donner quelque satisfaction, si on ponvoit envoyer icy cinq 
compagnies de gardes suisses, et leur faire pourtant une ré- 
primande d'avoir quitté le régiment sans congé. 

Je vous prie de juger l'importance de ce que je vous mande 
et de donner quelque satisfaction à ces estrangers. 

On m'a dit que le Roy séparoît l'armée de H' le Grand-Haistre ■ 
en trois corps, et qu'il en devoil venir un de ce costé icy; si 
cela est, on pourra bien augmenter nostre équipage d'artillierie; 
je vous asseure que nous en avons très grand besoin. Je vous 
prie de m'escuser si je vous donne tant de peine; mais, l'iotérét 

I- Lb muéehaJ d« U Usillenla. greod mtitn da rirtiQwia. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 4S5 

du Roy y «slant et le mien particulier, je sgay bieD que vous 
ares assés de zèle povr l'un et assés de bonté pour l'autre 
pour esire bien aise de scavoir tout cela et pour y remesdier. 
Je vous supplie donc de le Taire... A.. N. 



H. LE KDC A SON P^RB. 



J'ay creu que, la maladie du Roy continuant, j'estois obligé 
d'envoier sfavoir des nouvelles de sa sancté; c'est pourquoy 
j'envoie Lescol ' qui Tera et dira tout ce que vous luy coin- 
menderés. Je mende à H' de La Vrilière IouUbs les nouvelles 
que nous avons d\i des ennemis. Je suis icy dens un embaras 
duquel je vous conjure de me vouloir tirer; vous slaves que 
la plus grande force de cette armée consiste dens l'infanterie 
estrangère, et cependent on les traite si mal qu'ils sont toute 
révoltés; louis les capitaines du régiment des gardes e°C03- 
snises s'en sont aies à Paris sens mon congé trouver l'agent 
d'Ecosse pour faire chenger l'ordre qu'on leur a donné ou pour 
demeader leur congé; si on pouvoit envoler cinq compagnies 
des gardes suisses icy, Je croy que cela remédieroit à tout. Les 
oflicieRi suisses sont aussy touts ù Paris pour solliciter un mois 
qui leur est deu, qu'on ne leur veut pas paier comtemt. J'en 
ay escrit i H' le Suriniendent, mais cependent il n'y a point 
d'otGders h ces Irouppes et les soldats ne marcberont pas sens 
eus; je vous conjure d'y faire donner ordre. On m'a mandé 
qu'on séparoit l'armée de Bourgogne en trois corps, dont il y 
en avait un destiné pour celte armée; ey cela est, il faudra 
aussy qu'on sépare les chevaus de l'artillierio et qu'on nous en 
envoie; sy on pouvoit nous les envoler promptemont, cela 
nous feroit grend bien, car nous n'en avons icy que quatre cent. 



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486 PIÈCES BT DOCUMENTS. 

Je voua supplie de CMnmender à Lescot ce qu'il tmi qu'il fasse 
et auprès du Roy et auprès de la Royne, et ce qu'il d<ni <fire 
aus ministres... A. C. 



M' le marquis de Galwande et H' de Crèvecceur, qni 
servent dens cette année, m'ont dit que le Roy avoit par- 
donné à M' de Crèvecœur le père et qu'il esloit nécessaire 
d'un passeport pour son reloui' ; ils m'ont prié de vouâ en 
escrire aGn qu'ils peussent par vostrs moien obtenir celte 
grâce ; ces Uessieurs vous diront toulles les nouvelles de ces 
quartiers... A, C. 

H. LE DUC A HAZAMN. 

CuDpdeUuiilaiDi', 13 mai 1843. 

Sur l'advis que j'ay eu de toulles paris que les ennemis 
aloient à Lendrecies, j'ay mis l'armée ensemble et suis venu 
icy pour voir leur démarche et m'opposer à leurs desseins. Dés 
que j'ay esté arrivé, j'ay enva}'é plusieurs partis a la guerre 
deçi et delà l'Escaut pour avoir nouvelles asseurées des enne- 
mis. L'armée est en très bon estât et la cavalerie n'a jamais 
esté si belle. L'inronterie est assés bonne, et j'espère que quand 
tout sera joJnrl, que nous serons plus forts que les ennemis. 
J'ay mandé à M' d'Ëspenant de se tenir prest è jetter des 
hommes dans Guise ou dans la Capelle, si les ennemis y alloient, 
et » M' le marquis de Gesvres de s'approclier de nostre costé 
pour nous joindre si il en esloil besoin. Je fais toujours suitre 
le régiment des Escossois sur le bord de la Somme, n'aianl 
pas encore ou advis de ce que vous avés faict avec le député 
d'EscDssc-, mandés moy, s'il vous plsist, la dernière résolution 
A. N. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



H. LB DDO k 80^ PEBE. 



Camp do Uaiilairu, ISmii lAU. 

M' Je chevalier de La Valière, mareschal de bataille dens ceUe 
iirmée, vous dira lout ce qui se passe icy et cheus les eonemiB; 
c'est pourquoy je ne vous escrits colle-cy que pour vous dira 
(jue mes yeux sont absolument guéris, et pour vous supplier 
do me continuer l'bonneur de vos bonnes grâces .. 
A. C. 



J'ay receu la lettre que vous m'avés faict l'honneur de 
in'escrire par La Roussière et je ne vous puis dire le desplaisir 
que j'ay de ce que les aflaires de degà ne me permètcnt pas de 
vous obéir si promptement quejelesouhaîtorois; vousscaurés 
que les ennemis no sont qu'à une journée de moy et que 
demain nous serons en présence. J'ay nouvelle de toutes 
parts que leur dessain est d'entrer en France du costé de Ver- 
vins-, ils sont desjâ a Hirson ; juges si mon honneur ne seroit 
pas engagé au dernier point de laisser l'armée dens ccHe con- 
joncture là, outre que je voy une porte générale de touUe 
l'armée si après la mort du Roy je l'abandonne à la veue des 
ennemis, et je no mo voy pas trop en estât de vous servir 
avec un escuier à Paris; si pourtent vous jugés que je sois 
plus en estât de servir l'Estatet vous, tout seul à Paris, qu'icy 
à la teste d'une armée do vingt cinq mil hommes qui touts 
sont bien intentionés, j'abendoneray volontiers touts mes inté- 
n'is d'honneur pour vous rendre le service que vous sou haileriés 
(le moy. Je vous conjure, Monsieur, de considérer Testât auquel 
je suis pour servir le Roy, la Royne et vous, estent k la leste 
de cette armée de laquelle je vous puis respondre tent que j'y 

1- Abbaye de FsTTAquAfl, km taoTCM de la Somme, prâd da SaLDt^iUEitin. 



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488 PIËCES ET DOCUMENTS. 

Beray, et c«luy auquel j'engagaray les choses si je m'en vais, 
puisque H' le mareschal de Lopital (L'Hôpital] m'a dit qu'il 
craignoit fort que les trouppes ne se desbandassent. Je vous 
supplie donc me mender frenchement en cela vostre voloolë 
et si c'est quelque intérest particulier qui vous oblige à cela, 
parce que, vous deveal tout, il u'y arien que je n'engage poor 
vous... A. C. 

H. LB DUC A 1IAIABK4. 

Camp d< Fotgur ' , Ifl mai \tn. 

Il me seroit difficile do vous faire paroistro le desplaisir que 
toutte cette année a de la mort du Roy, et pour mon particulier 
je n'en suis pas consolsble ; mais ce qui est de supportable 
dans ce malUeur, c'est que j'espère que les ennemis de cet 
Estai ne s'en prévaudrent point, et que je vous puis asi«urer 
que cette armée ira droit et contre ceus de dehors et contre 
ccus de dedens, si il y en a d'assés mescbanis pour l'estre. 

Je marche demain à Rocroy, que les ennemis ont assiégé 
despuis hier, et seray là apprès demain. Je vous as-^eure qae 
nous n'asarderons rien mal à propos, mais quo nous ferons 
tout C4) que nous pourrons pour le secourir. Si l'armée de 
Bourgogne n'estoit point desjà occupée et qu'on la voulut faire 
marcher du costé de Thionville, cela leur donneroit grande 
jalousie; et, si nous estions assés malheureus pour ne pas 
leur faire lever lo siège, cela les y obligeroit peut-estre... 
A. N. 

H. LE DUC A GABSIOH. 

Cunp ds Polgn;. IS m»] 1G43. 

Nous avons résolu d'aler camper demain à Bossu, au-delà 
de Rumigny. J'ay ordoné aux trouppes de M' le marquis da 

1. Bnlt kUeinttrs soid-nt dt Tirrini. 



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PIÈCES ET DOCUUEHTS. i8B 

Gesvre de m'y venir Joindre. U Taudra que vous y veniés aussy 
pour de là marcher aux ennemis. Vous laisserés aussy, s'il 
vous plaît, quelque petits partis derrière pour avoir des nou- 
velles... C. P. 

M. LS DUC A SON PÊBB. 

RumlgiiT ■, 17 nui IC43. 

J'avois icy retenu vostre garde pour vous faire sçavoir ce 
qu'auroit faict M' de Gassion. Je vous le renvoie h cet heure 
pour vous aprendre qu'il a jette un secours de cent trente 
hommes choisis dedons Hocroy qui en avoit très bon besoin. 
J'en escris les parlicuiarités à M' Le Teillior qui vous les fera 
voir. Je vous prie do le dire à la Royne ; c'est une très belle 
action ; sens un petit mares, il aureil deffect une partie de l'in- 
fenlerie des ennemis. Je marctio demain Ici avec toulle l'armée 
pour voir ce qui] y aura à faire... A. C. 



ORDRK DB SATAILLB DB L'IHMNTEUB (A HOCROY). 

L'esle droicle de la balaille. 

Picardie, h l'esle droicle. — La Hariae après, et doublera aur 
sa gauche, sur la mesme ligne, à fTOpas. — Persan après, et 
doublera comme dessus. — Premier bataillon de Molondin 
marchera après, et doublera comme dessus. — Second bataillon 
de Holondtn marehera après le premier et doublera comme 
dessus. 

Vervin et la Prée marcheront après, et demeureront soubz 
Picardie et la Marine, k 300 pas en la seconde ligne. — Vidame 
marchera & la queue de Vervin et doublera sur sa gauche à 
170 pas. — Premier bataillon de Waleville marchera après 

1. XuBigB;, ATdannH, lUkilomilni ds Rocrojr. 



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490 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

Vidame et doublera sur aa gauche à 170 pas. — Les Escossoù 
se mettront en bataille sur la gauche de Wateville. 



L'esie gauche. 

Piedmont marchera à l'esle gauche. — Rambures après, et 
doublera sur la droitte à 170 pas sur mesme front. — Bour- 
donna et Biscaras marcheront après et doubleront comisf 
dessus. 

Bussy et Guiche demeureront en bataille à 300 pas au des- 
soubz de l'intervalle de Piedmont et Rambures, en la seconde 
ligne. — Brézé et Langoron doubleront à la droitte de Bos-iy 
et Guiche à no pas. — Rolle marchera après Brëzé et doublna 
à droitte à <T0 pas. 

Corps de réserve. 

Harcourt, Aubeterre et Gesvres marcheront h la leste du 
corps de reserve et deraeuroront en bataille à 400 pas soubi 
l'intervalle de Vidame et premier bataillon de Wateville. — 
Second bataillon de Wateville marchera après, et doublera sur 
leur gauche à 300 pas pour soustenir son premier bataillon. — 
Les Royaux marcheront après et doubleront à gauche a pareille 
dislance. (Original A. C.) 



U. LE DUC A MAZAIItN. 



J 'ay envoyé M' de La Houssaie à la cour pour porter la nomelle 
au Roy du gain de cette bataille. Je sçay que vous prenfe lent 
de part en ce qui me touche pour en estre bien aise. Aussi je 
m'adresse àvouspourvou:^ supplier de vouloir faire recognoiîire 
les services que M' de Gassion a rendus en caste occasion d'une 
chaîne de mareschal de l-'rance. Je vous puis asseurer qve le 



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PIËCBS ET DOCDHENTS. 491 

principal honneur de ce combat luy est den. Vons m'obligeras 
sensiblement de le servir en ce rencontra... 

. . . Tourville tous dira tout ce qni s'est passé en ceste 
occasion et je tous en enverray les particularités an premier 
jour... A. N. 



SO m»i 1B48. 

Mon cher anfan, je suis si troublée d'avoir apris le péril où 
vous aTés été que je ne say que vous dire, et la joie que j'ay 
ausi du bonheur que vous avés eu d'avoir randu un servise 
si iroportan à la Rèno me transporte do telle sorte, que je ne 
vous puis dire quelle est ma joie et de se qu'il a pieu à Dieu 
voua avoir conservé; randês luy an bien grâse do tout vostre 
coeur, et ne soyéa jamés ingrat de se bien que vous avës resu 
de sa bonté, et ayés soin de vostre santé. La Rêne m'a con- 
mandé de vous dire que sa joie du gein de la bataille est 
ogmanlée de se que a'et vous qui luy avés randu se servise ; 
elle vous asure de sa bonne voulonlé, et moy que je vous éme 
plus que ma vie... A. C. 

BSPENAIt A y. LE PBIXCE. 

Camp de Rocroj.ao nuii l(M3 

Vostre Altesse a desjK seu la nouvelle de ia plus glorieuse 
et de la plus senglante bataille quy se soyt donnée il y a long- 
temps, et comme l'extrême valeur do nostro général a tiré trois 
ou quatre fois la victoyre d'entre les mains des ennemis; nostre 
aille gauche étoit eiitiéremant rompue, loua ceux quy la cou- 
mandoiont mors, prisonniers, oti hors de combat, nostre canon 
tourné contre roumesme ; jamais incertitude ne fut plus grande 
que celle dont nous a sortis cette générositté dont je viens de 



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«H PIECES ET DOCOHKNTS. 

parier. Nostre aille droitte a toujours vaincu, animée da la 
présancaet des grandes actions de Monseigneur le Duc; H' de 
Gassion y a mieus faict que je ne vous sauroia dire, et I'od 
do>t à la cavalerie qu'il coumandoyt le bonheur d'une join- 
née sy avantageuse. Ce que je trouve de plus beau, de fhn 
gloheus, et de plus remarquable, c'est que nostre général n'a 
pas pris plus de vanité ai conseu de meilleure opinion de luy- 
mesme qu'il en avoyt la veille, d'une action sy belle et sy im- 
portantte. Je lesse, Monseigneur, à ceus qui vont vers Vostre 
Altesse k lluy conter le détail de toutle chosse, et m'arestré 
seullemant à luy dire que le plus grand bonbeur quy me sojl 
jamais arivé est celuy de la satisfaction que Uonseigneur k 
Duc m'a tesmoygné de mes actions dans cptle journée, que je 
iBi^oiB comme un coumencemant et comme un petit acbemine- 
mant h la recougnoissance de tant d'obligations dont je \oiii 
suis redevable, ne doutant point que cette dernière rancontre 
n'eccitte vostre bonté en mon endroit, qui n'a jamais eu besoin 
de rien qui dépandist de moy pour me combler de bonne Tor- 
tune. Je supplie Son Altesse me continuer l'honneur de sa pro- 
tection et de SOS bonnes grasses... A. C. 

■AltAUK LA PEINCESSB A H. LB DUC 



Mon cher fils, j'étés si antourée de monde can lecourier de 
M' de Longueville est parti, que je ne vous ay peu écrire el 
ausi que je vous avés écrit par le courier de M' Masarem. Je 
ne vons puis dire combien vostre bonheur donne de joie à tout 
le monde; mon logis ne désamplit poin; il n'i a que N'de 
Vandosme et ses anfans qui ne me sont poin venus voir, mes 
ils ont veu M' vostre père. A se que l'on m'a dit, la Rêne a 
for bien resu U' de Tourville et elle tuy a ditque H' deGasioo 
sera maréchal de Franse pour l'amour de vous, mes qu'il 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. itt 

boit ataïube la fem de la campagne, parseque l'on perdroit 
H' de Turène ï qui elle ne l'a promis can «e tamps \h. le sub 
an pêne de Ee que Tourville m'a dit que voua étiés un peu 
Uésé k la jambe;je tous prie de ne poin négliger sèiebléeure 
de peur qae le mal ne deviène plus gran. N'oubliée pas à bien 
remersier Dieu de la giise qu'il vous a fêle. Asurés vous de 
mon amitié, mon cher anfan , et me conservés la vostre... 
A. C. 

TOkBNNK A U. LB DUC. 

Poik, SI mai 1B43. 

Comme vous devés attendre moins de moi que d'un autre 
des compliments recercbés sur le gain de la bataille qae vous 
avés donnée, ansd devés vous estre assuré que personne du 
monde n'en a une plus véritable joie, volant que j'ai raison 
d'estre conGrmé en une extraordinaire estime de vous, u<hi 
pas par le bonheur qui vous est arrivé, nuûa par la bonne 
conduite et le sens froid que vous avés eu en toute cette 
action; foites moy l'himneur. Monseigneur, de me continuer 
celui de vostre amitié... A. C. 



LB IIABQUIS nB GBSTBBS A UAZAHIN. 



J'ay tous les desplaisirs d'estre parti de Paris sans recevoir 
l'honneur des commandements de V. Ë.; j'attendis jusques à 
ce soir pour avoir cet honneur. La de&àite des anemis par 
Monsieur le Duc fera peut-estre changer les dessains que on 
■voit pris. J'anvoye ce coomer porter cette lettre à Y. Ë. Je 
la suplie de me vouloir toujours protéger et faire que on ne 
me este pas une des troupes que on m'a donné; car ai on 
m'en diroinnoit quelques-unes, je demeurerois en estât de ne 



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4H PIÈCES ET DOCUMENTS. 

pouvoir rien faire de considérable, au lieu que si on me permet 
d'agir du costé de cette frontière, Je donneray moym à Uon- 
aienr le Duc, en attirant une partie des forces qui restenl ani 
anemis, de pouvoir profiter de sa victoire, et, dès que il senit 
attaché à une place ou à quelque dessain considérable, je le 
pourois aller joindre s'il le désiroit. Le blocus de La Uolle est 
à cette heure en toute seureté; c'est pourquoy, si V. È. me 
pouvoit faire donner encore un des régiments de cavalterie qui 
sont lii, au heu de Bouillon que l'on m'a osté, elle m'obligooit, 
afin que je puisse avoir deux mille chevaux effectib ; avec cela 
je pourois entreprendre ce que je voudrois du costé de la 
Meuse où il n'y a pas ud anemi présentement... A. E- 



U. LB DUC A SON PERI. 

Camp de Rqmign;, tt m 

Dens ce combat le S' de Merle, capiiaino au r 
Rembures, est mort ; il a un frère dens ce mesme rëgiioeot 
qui se nomme Lair, qui est fort brave et qui m'est recom- 
mendé par une personne que j'affectione eitrAmement; je voa.< 
supplie de luy vouloir faire donner sa compagnie... A. C, 

LE MARQUIS DE CESVRK8 A U LE DDC. 



i'ay yen M' de Toulongeon qui m'a conté toutes les pa^ 
ticuliarités de la bataiUie que V. A. a gagnée. Jepuisasseuier 
V. A. qu'elle n'a point de serviteur à qui cet avantage sur les 
anemis aporte plus de joye que à moy ; j'eusse soubaitté esire 
en ce péîs cy ; j'aurois esté volontaire auprès de la pwsaane 
de V. A. et la servir comme le moindre de ses domestiques; 
j'espère que la campagne ne se passera pas que je n'aye l'hoo- 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. ' 496 

neur de faire quelque chose sous ses commandemeos. Hou- 
sieur le Prince a tellement obligé mon père daDS les derniers 
moraans de la vie du Roy que, outre l'inclinalion et l'obliga- 
tion que j'ay d'estre serviteur de V. A-, nous devons loule 
nostre vie estre attachés aux intérâts de sa maison. Je serois 
allé trouver V. A. ausitoat que j'ay esté arrivé et recevoir ses 
commandement; mais, n'i aiant personne Icy pour recevoir et 
donner cartier aux troupes qui doivent arriver, j'ay créa que 
V. A. aymeroit mieux que Je fusse icy pour mettre plustost 
toutes chouses en estât de la servir : c'est la plus forte passion 
que j'aye au monde... A. C. 



H. [^ DUC A SON PëRB. 

CàEDp de BumigDr, SB toti 1S43 («u mutin). 

Je vous ay desjii escrit par Tonrville pour vous supplier do 
vouloir faire recognoislra les services de M' de GassioD de la 
charge de marescbal de France. Je vous en conjure encor et 
vous supplie très humblement de considérer qu'on en a faict 
d'sultres qui n'avoient pas gaigné des bataillies si avantageuses 
que celle icy ; il est vray qu'il no commendoit pas l'armée, mais 
il a si bien gervy que je vous advoue luy devoir une grande 
partie de l'honneur que j'ay eu; ce sera de plus une créature 
que vous ferés et qui nous poura bien servir utilement en des 
rencontres... 

J'envoie à la Iloyne les drapeaus que nous avons pris sur 
les ennemis et vous envoie la relation de ce qui s'est passé ; 
je votis supplie de la luy faire voir si vous le jugés à propos et 
de la faire imprimer. Nous partons demain pour entrer luody 
dens le péTs ennemy du costé de Bruxelles, pour voir si l'es- 
ponvenle est si grande qu'on le dit et pour voir si les peuples 
ne se voudroient point révolter; si on a quelque dessain de 



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t9e PIÈCES BT DOCUMENTS. 

siège en teste, pendent que noua irons voir cela et si nosut 
dessain ne réussit pas, on peut envoier l'année de M' le mv- 
quig de Gesvres investir la place que l'on voudra, et à mon 
retour, si je ne faicts rien, je l'iray assiéger; mais il faudra 
pourvoir a touttes les choses qui sont nécessaires en nu siègs. 
J'ay laissé !b régiment d'Obterre (Aulwterre) dens Hocroï; 
mais le gouvameur est un si pauvre bomme et a si mal def- 
fendu SB place que j'appréhande bien que quend je seny de 
quelque aultre costé, les ennemis, quoyqu'hora d'estat d'f nen 
faire, ne l'embarassent fort si ils y reviennent; c'est pomum 
une des meillieures places de France et c'est une chose pitoiajble 
de la voir entre les mains de cet bomme là; je voua crajnre 
d'y faire pourvoir. La compagnie de la Laque, dens le r^ 
ment de la Marine, estent vaquente par la mort dudit S' de La 
Laque, je vous supplie de la vouloir faire demander à la Royae 
pour le S'' de Durban, liôulenaDt au mesme régiment. Il y a 
aussy une charge de capitaine apointé vacante àens le r^imeoi 
de Piémond, je vous supplie de la vouloir faire donner au 
S* de Pradelie qui a très bien servy en ce combat. Nous iraoâ 
perdu plusieurs officiers dens les viens régimens dens ce com- 
bat, et il se treuvo plusieurs lieuteoents qui monleroat aiu 
compagnies, et plusieurs enseignes ans Iteuleuences, et plusieuis 
aultres enseignes qui ont esté tuési si bien qu'il n'y aun 
quazy plus d'enseignes dens les vieus régimens, parceque le 
Roy les a supprimés par mort ; cela aportem sens doutte ao 
très notable praejudice aus affaires de la guerre, parceque 11 
force de ses régiments là ne consiste qu'aus officiers. J'avoue 
qu'on a bien faict de les casser aus nouveaus, parceque do y 
fesoit de grondes friponeries; mais si on les vouloit resUbhr 
aus vieus, cela seroit fort nécessaire, et j'apporterais grand 
soin que les capitaines n'y missent que des braves gens ; je 
vous supplie me faire faire responce sur tout cela... A.C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



Camp da V 



H' le chevaËer de Rivière, qui est fort de mes amis et 
qui est de la mesme affaire que M' de Miossens , s'en aleal 
à Paris pour tascber d'obtenir sa grasse', J'ay creu estre 
obligé de vous tasmoigner qu'il a gervy en la bataillie de Rocroy 
très dignement et qu'il y a faict de très belles actions ; je croy 
que cela avec ses services passés méritent bien qu'on oublie 
sa faute, mais outre cela Je vous supplie de considérer qu'il est 
Tort de mes amis et qu'il vaut beaucoup; je vous conjure donc 
de vous emploier pour luy... 

. Nous voicy à cet liourc maislres de h campagne et il n'y a 
qnazy rien que nous ne puissions entreprendre. J'ay faict faire 
à Guise pour vingt et un jours de pain et nous Talons prendre 
aujourd'ny pour entrer dens le pé'ts ennemy ; oo nous asseure 
qu'ils n'ont encor peu ralié leurs trouppes, ce qui me faict 
espérer que nous peurons y faire quelque chose ; si nous n'y 
pouvons réussir et qu'on veuillie faire un siège, il faudra, s'il 
vous plaît, commender à H' le marquis de Gesvres d'aler in- 
vestir la place qu'on voudra attaquer et j'y reviendray aussj'- 
tost; maiâ auparavent faudra donner ordre ii des magazins de 
vivres et de munitious. La Barre, lieutenenl de l'artillierie, a 
esté tué et H' le Grand-Haistre n'a plus d'employ; si vous le 
priés de m'envoier un nomé S' Martin, vous m'obligeriés 
extrêmement. Je vous coqjure de vous ressouvenir de M' de 
Gassion... A. C. 

I. La ch*T*]l« da Riritra rsniil •]« ta baïus liée U. d< Vaué. Lb> u- 

eandi éuiant VUludiy al Mloaieiu, ami) intimaa, ta qui a'amptcbs pu 
UicHUDa 3« tnar ion adTemlca. — Fnnïoii-Aiiiuijeii d'Albisi, baron da 
UiouHu, fui Ini-minia lue aa du*l en 1B7E. 11 éuit fitia de Ctur-Fhibi» 
d'Albral, qui fui miridial da Ptinca, at d'Alaiuidte-Frui[ai) d'Albral 
(tt. da PODi). qui. an 1644, éponu Aona Pouiurt du VigaaD, madamoiiallg 
da Fm. dapuii dn<:liHia de Kichaliea, et imur da Hartbe de Vigeuu 

IT. 33 



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PIËCBS ET DOCUMENTS. 



M. LB DUC A HIXAKIN. 



J'aj' donné ordre h U' le marquis de Gesvreâ de s'avancer 
du costë de Guise avec ses trouppes pour nous soutenir si 
nous en avons besoin ou pour investiç la place que vous 
voudrés qu'on attaque. C'esl donc à vous à luy donner les 
ordres lii-dessus. Je luy ay lessé un chiffre aGn que nous 
puissions avoir des nouvelles l'un de l'autre. Uandés moy en 
chiffre ce que vous auras résolu et tachés de faire entreprendre 
quelque chose aus Uolandois ; car on auroit beau jeu apprès 
cola. Je vous ay trop d'obhgation de l'honneur que vous me 
faittes de prendre tant do part au bonheur qui m'est arrivé; je- 
vous puis asseurer que je vous en ay une obligation très par- 
ticulière. Vous sçavés à quel poinlje faits profession d'estre de 
vos amis... A. N. 



Nous avons creu, apprès un combat comme celuy que nous 
avons gaignë, ne devoir pas demeurer plus longtemps sans 
user des fruits de nostre victoire. C'est pourquoy noua nous 
sommes résolus d'entrer dens le péïs ennemy et cependant 
vous envoier quelques propositions par M" de Cboby et de 
La YaUère, que je vous prie d'entendre et d'y faire cesponce. 
A. N. 

H. LB DDC A SON PÈHB. 



J'ay prié H" de Cboisy et de La Valière d'aler k Paris pour 
faire quelques propositions. Je vous supplie très bumblemenl 
de les entendre; et, ù on résout de foire ce que nous pn>- 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. «99 

posons, y alaot de mon honneur comme il y va, je vous sup- 
plie de donner ordre qu'il ne nous manque oy vivres ny 
munitions ; en ce cas la Boui^ogne nous pouia bieo servir et 
vous m'obligerés sensiblement de donner un ordre en ce pffis 
là de faire tout ce quileur sera commendé parH^deChoisy... 
A. C. 

LE HABQUIS DE GESVHES A UAZABIN. 

ReiDU, SI oui 1043. 

U' Le Basie' s'en allant à la court, je l'ay prié de voir 
V. Ë. et Iny dire Testât des affaires de deçà et ce que je peux 
faire du costé du Luxambourc. Si on me permet d'agir, je 
pouroy faire des Chouses très considérables pour peu que on 
voulusl rortifier le corps que j'ay, et en Testât qu'il est je ne 
laise pas de vivre au dépans des annemis, les ambarasser et 
donner moyen à Monsieur 1« Duc de profiter de sa victoire. 
Je remés à M' Le Rasle à dire ii V. É. le particulier de 
mes dessains; il me promet de venir passer cette campagne 
auprès de moy si on Ta agréable ; c'est une personne de haut 
mérite et expérience et que je souhaiterois fort avoir. 

Je suplic V. É. d'arapescher que on ne me osle pas une des 
troupes que on m'a donné. Je me réjouis de scavoir que V. Ë. 
a toute sorte de satisfaction; Elle n'a point de plus Tidel ser- 
viteur que moy... A. N. 

tl. LE PRINCE A M. I.B DUC. 



HoD Gis, je croy que vous ne doutés pas de ma joie de 
l'honneur et gloire qu'avésaquise; Dieu soit béni; reconnolssés 

1. iDgiotenr ^riAramaot blM>4 m lièga de ThioaTÎHa. 



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500 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

de luy vostre victoire et bonheur. H' de Gasaion anroil desjï 
ce qu'avés demandé pour luy, mais la conùdâralioii de U' de 
Turenne arreste un peu; j'espèie que l'un et l'antrq auront 
bientost le baston, la Reine y est 1res disposée, et je liens li 
chose bientost certaine. — Je feray imprimer la relation. — On 
envoie Bcavoir vostre avis de ce que fera l'année avant qae 
vous rien ordonner, et celuy de H' le marescba! de L'Hospiul. 
M' d'Angoulesme, à son défaut, va pour vostre lieutenant géné- 
ral. Je parleray du gouverneur de Rocroy et de la compagnie de 
la Laque et du restablissement des enseignes aux viens ré^- 
mens et du S' de Pradelles. — Je vais poursuivre i vous Taire 
donner de l'aient par le Roy, sinon je vous en envoiray... 
A. c' 



K. LB DDC A SON PBHB. 



Le comte de Quincé s'en aient ï la court, j'ay creu esire 
obligé de vous tesmoigner comme il sert icy très bien ; si il a 
besoin de vous, je vous prie de le servir; c'est un Tort bon 
garson et qui est de mes amis... 

... Je vous conjure d'achever l'affaire de H' de Gassion, 
car il n'y a pas moien d'attendre jusques h la fin de la cam- 
pagne pour bien des raisons que vous-mesmes pouvés vous 
imaginer 

Le sieur de Ronssière, aide de camp dens cetfe armée, t 
sorvy très bien à ta bataillie et mesme y aété blessé; je vous 
supplie, si il vaque quelque compagnie dens un vious régi- 
ment, de la luy faire avoir,.... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



LB DUC DB LOnCDBVILLX A II 



Je TOUS renvoyé le S* du Pay ' . Ayant anjourd'uy parlé à la 
Reyne de l'affaire de H' de Gassion avec la challeur que vous 
m'ordonniés , la Reyne m'a donne charge de tous assurer 
qu'elle se souviendroit de la prière que vous luy en aviés faille; 
et m'ayant dit que pour te présant il ne se pouvoit et qu'il y 
avoit beaucoup de prétaudans comme M' de Turènes, marquis 
de La Force, d'Arpajon et oltres, je luy ay dit que tous ces 
Messieurs ayans les mesmes prélantions et y ayant de plus W le 
mareschal de L'Hospiial, on n'a pas laissé de fère H" les ma- 
rcscbaus de ûnébriant et de La Hotte ; elle m'a dit que c'estoit 
H' de Noyers, pour Tère M' de La Motte, sans lequel M' de Gué- 
briaDt n'eust pas esté fait; je luy ay dit que je voudrois,dB 
bon cœur qu'il y eust cinquante mareschaus de France, pour- 
veu que chascua d'eus le fût pour avoir contribué comme a 
fait M' de Gassion b gaigner une battaille aussy grande et 
avantageuse que celle que vous avés gaignée et pour laquelle 
vous luy demaDdéa pour toutle gr^ce celle-là poar M' deGassion, 
dont les services et le méritte le randent très digne; sur cella 
elle m'a encores dit que je vous assurasse qu'elle s'en sou- 
viendroit. Je voy que cella va i la fin de la campaigne. Tour- 
ville l'en pressera encores demain pour en avoir parolle plus 
précise s'il se peut. Elle m'a encores fait espérer pour H' de 
Sirot, mais nulle promesse expresse ; les choses sont tousjours 
incerlènes, pas un n'estant assuré ny de demeurer ny d'estre 
chassé ; ainsy chascun est dans la crainte et aussy dans quelque 
sorte d'espéranœ. Vous aurés sceu comme on vous envoyé 
H'd'Angoulesme; je doutte fort qu'à cause de son âge et de 
ses inconimodittës il vous puisse fort soullager, mais vous le 

1. Ocnlilhomina de U. la Duc. 



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;.02 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

trauverés fort complaisanl et presque toujours de l'aiii du 
deniier quy luy parle. La Revue l'a fort entretenu, à ce quej'ay 
apris, et on m'a dit qu'elle a désiré que ce fùl luy quy iWaS 
oprès de vous. M' voslre père m'a dit avoir proposé et désine 
H' de Chastillon; jesouhétois fort ou H' de CbastilloQ ouJI'de 
Turènes, et, b y vous déviés fère siège, M' de La Meilleraye, 
W de Ransau croiioit que Douay estoîl une ville fort intpw- 
tanlo et facille; d'ollres parloyenl de Thionville; mon sraii- 
mant serait bien, s'il estoit possible, de prendre une place, loui 
le rest«, d'entrer dans le pais ennemy, n'estant pas un sy graoi 
fruit; mais je ne désirerois pas que vous enlreprissiés rien 
qu'il ne deust vous réussir; c'est pourquoy, devant que savoir 
vos santimans et Cit que vous estimés pouvoir fore, je ae pro- 
pose rien. Vos drapeaus ont resjouy tout Paris et vous devi^ 
avoir une joye démesurée d'avoir fait ce qu'il y a eu de plus 
beau depuis tuutte cette guerre et de ce que le principal bon- 
neur en est deu à vostre personne; je n'y trouve rien à sou- 
hétoT. Je vous informeray èi tous momans de ce quy se pas- 

H' do Beauvais ' est le seul puissant jusques à cette heurr 
et paroist maintenir non seulement les antiens ministres, mais 
Fillaudie (?) et Le Gras'. H"" d'Ottefort (Hauteforl) est venue, 
quy tesmoigno disposition pour se lier à SI"" voslre mère el 
vostre seur... A, C. 



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PIÈGES ET DOCUMENTS. 



L II. LB DUC. 



Mon cousin, vous aurôs veu par la letlre que voua aura 
rendue vostre gentilhomme, qui m'apporta de vostre part la 
nouvelle de vostre victoire, le contentement que j'en ay receu 
par l'intorost du service du Roy, Monsieur mon fils, ol celuy 
de la gloire que vous en avés acquise; les drapeaux que vous 
m'avés envoyés sont en si bon nombre qu'ils en Tont bonne 
oy ; pour vous tout dire en un mot, je ne m'en puis assés 
resjouir selon mon désir; ce que j'en ay dict h ma cousine la 
Princesse n'est que peu pour le sentiment que j'en ay. Je 
crois que vous aurés bien voullu faire cognoistre à M' de Gas- 
sion ce que je vous ay escrit do la bonne volonté que j'ay pour 
luy; il se doibt asseurer qu'elle ne diminuera poinct ol que ses 
services me seront tousjours on trcs particulière considéra- 
tion, estant appuies d'une si favorable recommandation que la 
vosire; je ne permettray qu'elle !uy demeure inu tille, pour 
vous asseurer tousjours davantage de la part que vous avés 
dans l'affection de celle qui est véritablement vostre bonne et 
bien aCTectionnée cousine. A.. C. 



U. LB DUC k SON PEBB. 



Je vous escrivis il y a quelques jours pour faire avoir une 
charge do capitaine apointé au rëgimont de Piémont au S' de 
Pradelle, capitaine au mesme régiment ; je vous prie d'en avoir 
soin. Il y en a une aullre vacante au mesme régiment; si 



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su PIÈCES ET DOCUMENTS. 

VOUS la pouvés faire avoir au S' de Laleu , voua m'oblîgerës 

extrâmemeai... 

Je vous suis inGnimeot obligé de l'honneur que vous m'avés 
faict de me tesmoigner tent de joie du bonheur qui m'est 
arivé. Je n'ay jamab doulté que vous oe services H' de Gas- 
sion en ce que vous pourés, sçachant qu'il est fort de mes 
amis; mais je ne vous puis celer que cela m'afflige fort de voir 
qu'on faict à la court si peu de comte de mes services et des 
siens que, ne deraendent autre rescompensa que celle-là, je 
voie qu'on me la refuse; je vous asseure que cela me rebute 
fort. Pilsjean vous dira touttea nouvelles; mais je vous supplie 
de me faire donner les charges que je vous ay demandées, 
car aullrement toulle l'armée croira que je suis fort impuis- 
sant de servir mes amis ou que je ne me mets guière en peine 
de leurs intérêts. Si M' de Turenne empesche M' de Gassion 
d'estre mareschal de France , je croy qu'ils méritent assés touts 
deus pour l'estre; pour moy, Monsieur, je ne seray jamais 
content que cela ne soit; je l'altens de vous... A. C 

M. LB PBINCB A M. LB DOC. 



Mon fils, je favoriseray de tout mon pouvoir le cbevaher 
de Rivière comme le désirés; l'affaire de H' de Gassion esi 
infaillible, mais le seul respec de M' de Turenne la retarde 
jusques à la fin de la campagne; ils seront tous dans ce qu'ib 
désirent et à mesme jour; mais H' do Turenne sera le pre- 
mier. La Reine vous donne !4,000 livres pour paicr vos 
despansses extraordinaires ; je vous prie paierloiaumant contant 
ce. que devës ; le reste est à vostre disposition. M' le chevaUer 
de La Vahère s'en retourne; il vous monstrera un mémoire 
que je luy ay donné... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



H. D HOCQUINCOUKT* A H. DB BBADTAIS I 
EN SES CONSEILS >. 



J'ay esté conlraiDt de vous donner advis que Monsieur le 
duc d'Anguien m'a envoyé en cesle ville tous les principaux 
prisonniers quy ont esté pris k la bataille de Boqueroy, e', 
croiant qu'ils ne feraient que passer sans séjourner, jo m'estois 
éfoTcé de les faire subsister jusque h présent par mon cn'dy; 
mais, voiant qu'ils y demeurent, j'ay esté contraint do vous 
snptier. Monsieur, d'en dire ung mot !i la Royne que je ne 
puis plus leur xionner de coy vivre. Ces gens icy ne sont pas 
comme soldats que l'on a envoyés en plusieurs villes, 3u([uek 
l'on ne donne que du pain de munition, bierre et fromage; 
mais ceux icy ce sont tous colonels, moslres de camp espagnols, 
almaiis et bovalons [wallons], et le reste capitaines et officiera. 
Il y a aussy quatre hommes de grande considération, le lieute- 
nant général de l'artillerye * , ung de la maison de Tolède 
d'Espagne, le frère du prince de Simay* (Chimay), le comte 
de Rœolx frère, et nng Aimant qui est frère du conte d'Am- 
medey (Embden) et de Haull-Frîze '. Je vous ay envoyé le roUe 
que ferez voir à la Reyne, car la plus grande partye sont 
Espagnols. Ce quy m'empÉche le plus est que ma garnison est 
foible et en Tault une partye à la garde de ces prisonniers. C'est 
pourquoy, Monsienr, je voussupUe faire résoudre ceste affaire. . 
D. G. 

1. Clurlw da Honehr, maïqaij d'Hocqulscourt, né an 1599, KonrstiKur 
d< Piron». tlonldidiat at Sors, mactchal da France la 5 juTiar 1631, ticc- 
rai do CoUlogoa an leSS, paiu (1S54) an leniFa d'Bapigna, et tut tué la 
IS JDÎD IS58, an iligs da Dunkarque, Hontma d'aiprit, tiiNc canct&ia, psi- 
HMiiuga tnan coniia, dont le nom laTÙndi» unTent. 

<. Don Diago de Stnda. 

1. Le comte da Bsaumont. 

4. Jean, comte d'OtlfriH at do Ritbatg. 



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PIÈCES ET DOC0HEHT8. 



PABKBT À HAZABIM. 



J'envoie a Vostre Ëminence un mémoire de l'infanlerie qni 
esl eschapée du combat de Rocrof , lequel l'on m'a asseuié 
cstre vërilable. 

Nombre de soldais de l'armée deffaicle i, Rocroy, qui sodi 
eschapés eL qui ensuite ont esté rassemblés et mis dans le corps 
que conduit le général Beck; à Phillippe ville s'est trouvé :. 

Espagnols 4 600 

Italiens 1700 

Gens ramassés des nations. . 4Î00 

à Narour : 

Gens rama.«sés 1 !00 

de blessés 1960 

TotaJ. . . 7660 hommes. 

Le duc d'Albuquerque, général de la cavalerie, arriva ï Ptû- 
lippevillo avant huit heures du matin; pour cela il fallut partir 
de bonne heure et aller \-isto. 

Le 30' may le comte d'Isembourg estolt encore à QarieDKmt 
si mal de ses blessures que l'on n'avoit osé le transporter 
Jusquea à Nainur, lieu de son gouvernement... A. N. 



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PIECES ET DOCUMENTS. 



l PIOPOS DB ROCROV. REPONSK A QUBLQDES 



Dans un extrait dB ce récit publié par la Revue des Deux 
JUondet on lisait : " Alburquerqiie, entraîne par les Tuyards, 
arrivait a Philippeville le 19 mai dès huit heures du matin; 
il a dû partir de bonne heure cl aller vite, » ajoutait Fabert 
en donnant ce renaeignement à Mazarin (Sedan, 31 mai. A. y.]. 
— Comme, dans le récit de Vincart, Alburquen|ue ne reparaît 
plus à partir du moment où il a àié forcé de se replier derrière 
l'inranterie, tandis que son lieutenant général, don luan de 
Vivero, continue d'agir et de charger, nous avions accepté la 
version de Fabert, homme véridique, bienveillant, et génÉralo- 
uient bien informé de ce qui se passait près de lui. Toutefois, 
comme dans cette circonstance le gouverneur de Sedan a pu 
être trompé par quelque faui rapport, nous avons modifié ce 
passage, n'ayant aucune raison de faire planer un doute sur la 
valeur personnelle du duc d'Alburquerque. 

D'autres rectiGcations à faire nous ont été signalées d'Es- 
pagne. Après un examen approfondi, nous n'avons pas cm 
pouvoir les admettre, si ce n'est pour corriger quelques fautes 
dans l'imprcssioD des noms propres. — En elTet, on nous 
reproche i 

1" D'avoir confondu Paul-Bernard Fontaine, tué en 1643 à 
Rocroy, avec Pedro Enriqnez de Acevedo, comte de Fuentes, 
mOTt à Milan en 1610, tandis que nous avons consacré une 
note spéciale au redressement de cette erreur génëfalement 
accréditée (voir p, iS); 

I* De n'avoir pas suivi littéralement le récit de Vincart. 
Noos nous sommes expliqués à cet égard (p. lii et p. 467); 

3' D'avoir placé Fontaine k la tête de la phalange espagnole 



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SOS PIÈCES ET DOCUMENTS. 

au momeDt où elle fut enfoncée. Noua disons le conlnire (voir 
p. 446); 

Enfin, d'avoir accepté le lémoignage de Faberl en ce qui 
regarde le duc d'Alburquerque ; c'est ce qui fait l'objel ôb 
cette noie. Quant aux autres critiques qui nous sont adresBdN 
d'Espagne, il ne nous a pas été possible de leur donner on 
corps, n'ayant pu saisir aucune formule précise sous un dé- 
lugie d'épiOiètes. D'ailleurs, nous croyoas avoir rendu ï l'année 
espagnole de Rocroy et k aea chefs une éclatante justifc; dois 
en avons parlé, non seulement avec respect, mais avec adnù- 
ration. 



LIVRE IV, CHAPITRES II ET III. 

JalD-aaTtmbre IIU3. 



On m'a tant fait la gnerre de ne vous avoir pas envoie bin 
de compliment sur la bataille que vous avés gagnée, que ]'*■ 
creu estre obligé à celui-ci avant que de m'en aller en Italie; 
parlant cette sepmaine pour cela et ayant envoie tous mu 
gens devant, j'ai esté obligé de faire faire ce voiage auprès de 
vous par un gentilhomme de mon frère; Je dois revenir dès 
que la campagne sera finie et je mène assés peu de tn)iq)es 
en ce païs lii. J'espère et suis assuré de retrouver icy V. A. 



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l>l£CliS ET DOCUMENTS. SO» 

l'hiver procbain, aussi peu enorgueilli de ses victoires qu'elle 
l'estoit de beaucoup de boones calités que l'on louoit en lui; 
je m'estimerai bien glorieux si elle me fait l'honneur de 
continuer h avoir tousjours quelque estime pour moi, ayant 
une inclination très forte à l'honorer très parraitemenl et 
estant fort vivement louché de tout le bien que j'entens dire 
d'elle. On ne sçait plus icy ce que c'est de se proumener et 
on ne bouge du Louvre tout le jour, autant ceux qui y ont 
aBaie que ceux qui s'en passeroient bien. Je manderai à V. A. 
des nouvelles d'Italie... A. C. 



Puii, S JDiD l«4S. 

Non Bis, celle-cy respondra ans deus voatres que m'a ren- 
dues M' Figean (Filsjean); J'ay fait pourvoir à tout ce qu'avés 
désiré et spécialement aus mcostres des troupes nouvelles qui 
vous vont de divers costés. Si vous vous hasardes comme vous 
&ites avec des fatigues inouïes , vous ne vivres pas longtemps ; 
conservés vostre santé et ménagés vostre courage ; vous avés 
assés d'honneur aquis; marchés bride en main. On est icy 
encores irrésolu de ce que l'on vous commandera ; vous avés 
presque obtenu toustes les chaiges qu'avés demandées. Pour 
M' de Ga.ssion, son afaire est faite; mais la considération de 
H* de Turenne la fait retarder ii la Gn de la campagne; néant- 
moins sur ce fondement mandés moy voslrc volonté. M' de 
Turenne ne peut estre mareschal de France qu'à la fin do la 
campagne pour plusieurs raisons d'Estat que je ne vous puis 
eecrire; il prêtent l'estre le mesme jour que Gassion, maii 
de l'ealre le premier, et s'opose formellement que Gassion le 
soit auparavant; mandés moy si nonobstant cela je soliciteray 
pour faire Gassion dès à présent devant luy, qui est d'acort 
avec la Reine d'attandre la fin de la campagne ; si vous lu 



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510 PIÈCBS ET DOCUMENTS. 

Toulés, je le solicitera;', et faudra en ce cas qu'en escri\'iés ï 1« 
Reine et à Monsieur avec grande passion ; mais en ce cas vous 
désobligerés pour jamais H' de Turenue; je feray, sacbant 

vostre responsse, ce qu'il vous plaira; avisés y bien Se 

monstres pas touste ceste lettre à H' Gassion, mais ditUeloy 
le sens. A. C. 

LE TBLUEB A M. LB DUC. 

Fuit, 5 jaiD 1641. 

Vous aurez sceu par la coppie de t'instmction qui a esté 
envoiée à Monsieur le marquis de Gesvres, que Monsieur le 
chevalier do La Vallière vous a deub rendre, la résolution de 
la Royne sur ce que Monsieur de Choisy a repréa«ité ï Sa 
Majesté de vostre part; mais parceque Messieurs de Gesvres 
el de Choisy ont depuis représenté beaucoup de choses qai 
rendent l'exécution du desseing du Chenet fort difficile, Sadicie 
Majesté m'a commandé de vous faire la despesche cy-joincteâ 
laquelle je ne puis adjouster que les asseurances de mes obéis- 
sances, que je vous supplie très humblement de vouUoir ^- 
gréer... A. C. 

H. LB FMNCB 1 K. LB bOC. 

Puia. Bjiin IMt. 

Mon fils, je suis en grand' peine d'avoir de vos nouvelles, 
n'en aiant receu aucunne despuis le retour de M' Figean. £d 
l'honneur de Dieu, conservés vous et n'hasardés rien; tous 
avés assés d'honneur, el vous fatiguée trop el vostre personne 
et l'armée... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



Uon Cûa, j'ay receu voslre lettre par H' deCarapeU; la 
Reine alland vos reaponsses pour prendre une dernière réso- 
luliCHi de ce qu'aurés à faire. Je vous envoie les huit mille escus 
que te Roy vous a donnés; je vous prie paior sur le champ 
V09 debtes loiaument et bien mesnager le surplus; et quoy- 
que vos libéralités soient bonnes, n'en Taites que do modérées, 
ne donnant dis pistolles où il n'en faut qn'une; c'est ce que 
j'ay h VOUS mander pour ce coup..,. 

Je viens de recevoir vosire chifre; j'en parleray ■■ la Reine. 
Vostre dessain est bien haut, car d'un mois vous ne pouvés 
avoir canon, munitions ny outils, qu'il faut amener de Bour- 
gongne... A. G. 

tl. LB DUC A SON PÈRE. 

Uanb«Dg«, 7JDinlM3. 

J'ay receu la lettre que vous m'avés faict l'honueur de 
m'escrire après le dospart de Tourville; je ne vous sçaurois 
assés remercier des sentiments que vous avés pour moy ; auasy 
vous pnis-je asseurer que vous ro'estes plus cher que ma 
propre vie. L'affaire de W de Gassion m'est de si grande im- 
portence que je suis obligé de la presser; et le plus grand 
plaisir que vous me puissiés faire, c'est de la faire acbever 
promptement; il m'a dit qu'il ne se sousioit pas de l'estre 
après H' de Turène, mais qu'il ne pouvoit attendre la an 
de la campagne, et que le moindre malheur ou chengement 
pooroit rompre son affaire ; et je l'ay trouvé si désespéré de 
ce que cela ne s'achève pobt, que, si cela ne se faict, je ne 
sçay ce qu'il fera. Je luy sy proposé un expédiant qui est que 
vous m'envoiassiés ses provisions et que on ne tes datle- 
roit qu'après celles de H' de Toréne, ou bien qu'on dateroit 



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Sli PJËCES ET DOCDHEHTS. 

celles de H' de Tarenne devant les bennes et que je les gnar- 
derois; cependent je vous conjura de me les envoier parle 
retour de Tourville ou de ce courier ; toutte l'armée, qui le 
soahaitte, est en attente de voir si j'auray le crédit de laire 
cette affaire là; jugés si cela ne m'est pas bien importent; et 
quent mesme je n'aurois pas toutte l'affection poar Al' de 
Gassion que je dois avoir, il m'importe que les gens de guerre 
puissent voir que je puis rect^noistre les services qu'ils 
me rendent; lent i a, j'y suis engagé et d'honneur et d'amidé 
et d'inlérest, et ne puis différer daventage. Je vous conjure de 
le faire... 

M' Le Teillier vous dira comme l'exécution des propositions 
de H' deRaosault (RanlzauJ est impossible; c'est pourquof je 
vous supplie de m'assisler dens mon premier dessain où je 
marche en diligence. A. C. 



LS TRLUEB À M LK DVC. 



Enfin la Boyne a déférti i. vos advis louchant le siège du 
Chenet, ainsy que H. de Campels vous dira plus particulière- 
ment, outre ce que vous verrez par les despesches cy-joiuctes; 
je vons asseure que de ce costé cy vous ne manquerez de lien 
du tout; je seray solliciteur biensoigneuz de tout ce que vons 
désirarez... A. C. 

». LE DUC A SON PÈRB. 

Cuip da llMibngi, B Juin 1M3. 

Je ne vous pois celer le mescontenlemeni que j'ay de me 
voir traité à la court de mesme façon que si je n'avais re&da 
aucun service; premièrement, on ne m'at accordé pas ane des 
choses que j'ay demendées, et je voy qu'on tascbe par ce 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 513 

moien de me descréditer panny les gens de guerre. J'avoU 
prié la Royne de faire M' de Gassion marescbal de France 
et je voy qu'il en esl aussy esliùgné que le premier jour; 
j'avois demendé la charge de mareschal de camp pour M' de 
Sirot, quelques compagnies pour des officiers qui avoient 
bien servf, et qu'on remit les enseignes des vieus régiments. 
J'avois creu tûuttes ces choses seures, et les avois promises à 
ces messieurs la, el ils voient que je ne leur tiens point parole ; 
jugés de l'importence de tout cela; et si vous m'aimes, comme 
je n'en dois pas dontler après les preuves que j'en ay, faictes 
moy avoir satisfaction, car aultrement je vous advoue que je 
ne poarois pas me consoler et que je ne s^ay à quoy je me 
poorois résoudre. Outre cela, j'avois proposé un dessain k la 
court, qu'on avoit apreuvé, et on avoit envoie ordre h H' le 
marquis de Gesvre d'y aler, et moy je luy avois mandé, et il 
n'en a rien faict ; cependent j'ay subsisté les vint jours que 
j'ai ois promis dens le péïs ennemy, et, estent an bout de mes 
vivres, je me suis mis en marche pour aler à ce lieu où vous 
sçavés; je vous conjure da faire donner ordre au marquis de 
Gesvres de me venir joindre, car j'entreprendray la chose, et 
j'espère y réussir, pourveu que vous m'assistiés... 

... Je vous conjure aussy de vous souvenir de H' d'Ëspenan; 
il a â bira faict en cette occasion qu'on y peut rien adjouter ; 
jo scay que vous l'aimés assés pour aggréer la prière que je 
vous en faicts. A. C. 

H. LB ncG E A LA naïKE RÉSENTB, ukKE DIT BOT, 
MA SOUVBBAINK DAUB ■ *. 

Cunp da Uanbeoga, Sjnin 1S43. 

Madame, 
Je m'avance en toutte diligence pour exécuter le dessain 
que j'ay povposé à Voslre Majesté et qu'elle a appreuvé. 11 eût 

1. Catte tattn toi upprln** p« W. I* Plinca. 



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5t« PIÈCES BT DOCUMENTS. 

esté bien nécessaire que M* le marquis de Gesrres s'i lût 
aussy advencé suivent dos instructions et les lettrée que je 
luy en avois escritles; et, bien qu'il ne l'aye point faici, je ne 
laisse pas de suivre mon premier project, espérant que Vostre 
Majesté m'asistera de toutCes les cboae§ nécessaires pour 
venir à bout d'un dessain qui est si adventageus au bien de 
vostre estât. 

Au surplus, Madame, j'avois supplié Vostre Majesté de le- 
cognoistre les services de M* de Gassion d'un baston de mares- 
chalde France, et desjàtouttA l'année le croioitasseuré, et de ré- 
compenser quelques aul très officiers, qui avoient bien aervy, de 
quelques petittes charges i maintenent, les choses n'aiant pas 
succédé suivent la prière que je vous en avois faicte et leurs 
prétentions, je suis obligé de dire à Vostre Majesté que Je 
trouve les esprits des principans che& si Tort aigris et aliAMS, 
que si Vostre Miyesté ne leur donne cette satisfaction, à peine 
oserés-je an respondre. Pour moy. Madame, je ne vens pa» 
croire que mes services aient mérité quelque chose; néanmdns, 
si Vostre Majesté les a en quelque considération, je la supplie 
très humblement de ne point différer daventage à m'accorder 
la grâce que je luy demende en faveur de IT de Gassion 
et de ces aultres officiers, vous asseurent que je n'abuseray 
jamais de la bonté que Vostre Mqesté aura pour moy et que 
je seray toutte ma vie, Madame, vostre très humble, tris 
obéissant et très fidelle serviteur et subject. A, C. 

H. LK DDC A SON Pàu. 

UtiiètM, 14 JoiD 1813. 

Je vous suis infiniment obligé du soin que vous avës pris 
de m'envoier de l'argent. J'escria k H' Le Teillier tontUfi 
choses, qui vous en informera ; j'espère, avec l'aide de Dieu, 
que nous réussirons dons nostre dessain; enGn vous estes 



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PIÈCES ET DOCCHENTS. 615 

asBeord qae ions y périrons ou que nous en viendrons b bout, 
pooTveu que vous nous veuilliâs assister puissamuit. Je vous 
coqjura encor une fois d'achever l'affaire de H' de Gassion, 
puisque elle m'importe de tout. J'ay laissé H' d'Obeterre (d'Au- 
beterre) dens Rocroy avec son régiment ; si on n'est pas satisfaict 
du gouverneur, comme je croy qu'on ne le doit pas estre, vous 
ponriés faire tomber ce gouvernement là entre ses mains, et 
ce seroit une place entièrement b tous et à moy ; si il ne 
fault donner que quelque petiUe rescompence, il le fera; je 
vous prie d'y songer et de le servir en cette affaire. La Rous- 
sie vous dira tout... A. G. 



Von arrivée en cette ville tout à la nuict me servira d'ex- 
cuse si j'emprunte une autre main* pour vous faire une prière 
en faveur du S' fianatin, premier cappitaine et major du régi- 
ment des gardes cscossoises, pour le payement d'une pension 
qui luy a esté donnée en considération des bons services qu'il 
a rendus en diverses occasions ; ce que je faictz d'autant plus 
volontiers que je le recognoîs estre un homme qui mérite d'estre 
conservé pour maintenir ledict corps d'Escossois en estât de 
bien servir; vous en sorés sollicitté de sapart, et je vous sup- 
plie d'agréer la recommandation que je vous faictz de ses 
inléresU... A. G. 



W le Vidame' s'en vat à la court pour des afbires 
qtd luy importent extrêmement; il m'a tesmoigné un attache- 
ment extraordinaire, et V de Chaune anssy; je vous conjure 

1. Li Mtn «M icritB pu Giiud. 

<■ Emil-LoaU d'Albert, TiiUma d'Amiiiu, Mm da connAUbl* ât 
Lnyiw*. iejiat dac ds duulnsi pu inceaMioii d« «oa fin sd IMS- ICorl 
<■ ISjg. Son lAglmoit fignnil 1 ttoeioj. 



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M6 PIÈCES ET DOCUMENTS 

de le servir en ce qu'il souhaitera de vous, et de luy tesmoigoer 

que je vous en ay escrit... A- C. 



H. LB PBIKCB A ■ 



Puit, 10 Juin 1C43. 



Hon flls, vous verres par le retour de M^ de TourviUe ce 
que j'ay peu obtenir en l'affaire de H' de Gassion ; je croy* que 
H' le cardinal Hasarin, qui vous y a seni, vons mandera b 
pûne que j'i ay eue. Enfin elle est faite et asaeurée, et H' de 
(jassion a grand si^et d'estre conunt, et vous est fort obligé, 
et ne doit point s'impatienter pour le peu de temps qu'il a ft 
Hltandre. 

Je serviray H' le Vidante et VC de Channes de tout mon 
pouvoir; j'ay dit audit S' Vidame vostre recommandation ; il 
est retourné vous trouver. 

Agseurés H' d'Espenan de mon érection ; il vous sera très 
utille en vostre siège, car il s'i entand fort bien. 

J'ay suprimé la lestre qu'escriviës à la Reine par M' de 
Tourville, avec l'avis de M'deLoogueville; elle esloit capable 
de gaster vos affaires; vous allés on peu bien visie et prenés 
trop les affaires k cœur. 

Je m'estonne que vous m'escrivéa pour changer le gouver- 
neur de Rocroy; on ne va pas icy si viste et vous ferés bien 
de ne pas entreprendre telles affaires qui vous réussiroîenl 

Reste vostre gi^e, auquel vous ne manquerés de rien; mais 
Dieu veuille qu'il vous réussisse ; icy l'on admire qu'aies vooln 
entreprendre un si grand dessain pour hasarder en une ailre- 
prise si dificile vostre honneur aqnis, qui mérîtoit, non dv 
vent, mais des rescompensses solides, c'est i dire un gouvn^ 
neraeot que l'on m'a promis pour vous il y a longtemps. Bref, 
Thionville est uneafEiiire de vostre teste, contre mon avis, que 



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PIRCBS ET DOCUMENTS. 617 

j'ay coossentie et bit résoudre pour vous contaDter et dod par 
raison j avisés y bien, car il faut y réussir à quelque pris que 
ce soit. Je vous prie pEder ce qu'avés emprunté ; modérés vos 
despansses, et soies libéral eD prince connoissanl, non en 
homme aaoa considération ; mon seul but est vo^re eslablisse- 
meni eoMe, et, s'il plaist à Dieu qui vous a donné esprit et 
coura)^, il augmentera par l'aage et eipérience des gens et 
des choses vostre jugement, pour vous faire dësirar asprement 
ce qui vous peut mettre en éternelle considératioa et pour 
désirer le reste avec modération, sans passion; c'est ce que 
j'ay k voos escrire... A. C. 



LE MARQnS DB aBsvai 



J'ay rendu conte à V. Ë. de ce qui s'estoit passé b raon 
arrivée devant Thiooville et comme j'avois esté assés heureux 
pour trouver la place despourveue d'hommes, n'i aiant que les 
trois compagnies de la garnison ordinaire et cent hommes de 
plus, cela oe fesaut pas plus de sept cens hommes; des pri- 
sonniers que j'ay m'en assurent, et les avis que en a H' Lam- 
bert se raportent k cela. J'ay demeuré troii jours tout seul; 
après cela M' le Duc est arrivé et M' d'A.umont aussi, que il 
aroit destachë par un antre chemain; et il vous poura mander 
que, quant il est arrivé, je luy ay respondu que il n'est pas 
entré un seul homme de pié dans la place depuis mon arrivée. 
Enfin parés la diversion et nous Tortifiés un peu d'infanterie; 
toutes chouses seront ea fort boneslat. M.IeDuc a désiré que 
je Iny remelte entre les mains les deux régimens de Grancé ; 
celuy d'infanterie fesoit mille hommes. L'ordre du Roy estoit 
que il m'en devoil donner deux autres; jen'anay point encore 
eu; je n'ause pas l'en presser, comme aussi de me redonner 
le régiment d'Harcourt cavallerie et ceux d'infanterie de Lan- 



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MS PIËCES ET DOGDHENTS. 

geron, Biscarat, «t les Royanx qui sont du corps d'année doni 
le Roy m'a fïiict l'bonneur de me donoer le commandemeot. 
Je suplie V. É., qui me faict Ittonneiu' de me aimer, de 
vouloir considérer cela, et, si je ne puis ravoirces troupes, de 
m'en faire redonner d'autres, car autrement je serois trèe 
foyble et il me faust faire une attaque du costé de mon cartier, 
et il semble que il est bieujnsteque,pui8seque j'ulaconduicte 
de celle eolrepTise cl ta peine jusqnes icy, que on me mette en 
estai d'y aqnéiir quelque honneur et que le corps que j'ay soit 
considérable. V te Duc m'a faict l'honneur de me d(»nerle 
cartier principal après le sien, et qui sera à la teste ; je tâcheray 
à mériter le baston de marescbal de France si les anemis m'at- 
taquent. 11 n'est entré un seul homme de pié depuis qae j'ay 
investi la place jusques & l'arrivée de M' le Duc ; il Ëiust espérer 
toutes chouses de sou courage et de sa conduicle. On m'assure 
que il presse toujouis pour faire eslre M' de Gassion maresclial 
de France; J'ay tant de confiance en la bonté de la Beine que 
je ne crois pas que elle k veullie faire devant moy qui suis 
plus antien dans le service. Je suplie V. Ë. de faire que on 
me donne encore deux mille hommes de pié, car je n'en ay 
guière pas plus de deux mille cinc cens. Si je pouvois espérer 
d'avoir dans mon corps le r^:iment de Vostre Ëminance, je 
aerois fort heureux, et V. É. ne le scauroil donner à personne 
qni soit plus parfaictoment son serrilenr... C. P. 



M. tE DtIC A SOK pHe. 

Cunp dsTiDl ThioDTille, SI jnio 1S43. 

Je VOUS suis inlinimentobligé de l'honoenr que vous m'%\'6s 
faict de faire résoudre l'af^ïre de H' de Gassion; je vous 
asseure que elle me (ouchoit très fort; vousvousresouvieodrés, 
s'il vous plait, de faire souvenir à la Royne dens le temps 
qu'elle me l'a promise. Le S'Campols vous dira Testai auquel 



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PItCBS ET DOCUMENTS. 919 

oous eommes icy, qui est ht mon ad^'is meilUeur (pourven que 
vous nous envoies promptemeot de l'argent) que vous ne vous 
l'imaginés... A. C 



CDEBftlANT A H. LE DUC. 

Waldafaal. «IjuinlMS. 

J'ay receu le SI au soir la testre du S' de La Plaine en date 
du 16' juin, qu'il m'a mandé m'avfflr escriple par ordre de 
V. A. Aujourd'huy, 22" au matin du raeame, j'ay recou nne 
dépesche du Roy en date du S* juin, quy m'a esté rendue par 
H*' le marquis de Montausier, par laquelle j'appreas, comme 
j'ay aussy Taict par la lestre dudict sieur de La Plaine, que 
Voslre Altesse esloit en résolution de s'aUacher au siège de 
Thionville, et par ainsy de tenniner aussy glorieusement ceste 
campagne que V. A. l'a commencée. Je croy, Monsigneur, 
que ne pouvant contribuer par l'exécnlion des commandomeolz 
de V. A. ce que je dézirerois pour faire réussir son ' desseing, 
qu'elle jugera que je ne puis rien entreprendre quy le pnisse 
favoriser davantage, que de prendre ma marche avecq c«ste 
armée vers le lac do Constansse, quy, estant le droict chemin 
de la Bavière, attirera sans double l'armée entière de la Ligue 
avec celle du duc Charles, quy est présentement général de 
l'unne et de l'aultre ; troi^i prisonniers que j'ay eus ai^ourd'huy 
disent qu'ilz font toulz enssemble 14,000 hommes, tant à pied 
qn'à cheval. S'il- s'en détachoit quelque partie, ce que j'om- 
pescheray de tout mon pouvoir, je ne manqueray pas d'en 
donner advis à V. A. par eau, et descendant le Rhin jusqaes 
à Brisack, de la h Saverne, à Vicq ' et à Helz, ce quy sera 
très i^ompt sy V. A. a agréable de commander aux gouver- 
neurs de Vicq et Saveme de faire diliigensse pour luy envoyer 

1. Tk->at-S«illB, 1 >!e kilomtttei d« Chllain-Silini . 



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h» PIËCBS ET DOCUHBMS. 

les paquetz qny viendront d'AllemagDe;je donneray l«l ofdn 
jnsqaes là qu'il n'y buts aulcim msnqaeiDent, non pins qui 
me faire tenir celles dont il plaira à V. A. de m'honorer; sy 
je suis sy heureus pour qu'elles m'apportent quelqu'un de ms 
commande ment7, je les o^écuteray avec tant de seing et de 
diJligensse que j'espère, Honsigneur, que vous me feréi 
l'honneur de croire qu'homme du monde ne penlt estre avec 
plus de respect et de vérité que Je seray toulte ma \ 



TL'RKNNE A 1 



A. C. 



Lym, «I jnio IMt. 



Comme je partis de Paris, on m'assura que vous ailliés assiéger 
Thionville; jeo'en ay eu auquune nouvelle depuis cela. Y. A. 
sgaiL bien ta part que je prendrai tousjours li c« que les choses 
luy réussissent aussi glorieusement qu'elles ont commencé. Je 
suis depuis quelques jours à Lion afln de faire haster l'argeni 
que l'on doit envoler en Italie, tA toutes les troupes sont ea 
quartier; je me donnerai l'honneur de \ous oacrire de ce pi'is 
là, et en reviendrai certainement à la fin de la campagne, ce 
qui ne m'est pas une petite joie de vous pouvoir asseurer cet 
hiver de la continuation de mon service... A. C 

H. LK PBIMCE A oiaAao. 



Monsieur Girart, je ne puis assés admirer la brieTvelë de 
vos lettres, lesquelles ne m'aprennent nulles particularités de 
vos affaires; et si par celles de quelques valets je n'avois apris 
qu'il a entré cinq cens hommes par le quartier de H'' de 
Granssay, qui n'a rien fait qui vaille, je ne scaurois que les 
mots graves de la vostre, conlenans secours de quelque iaîaa- 



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flÈCES ET DOCUMENTS. SU 

terie. MoD fils devoit l'avoir escrit et mellre la faute sur qui 
elle eat. Dieu conserve sa santé et prospère son siège ; ce sont 
mes désirs, que j'espèr« avec plus d'ardeur que je ne les crois. 
J'ay receu une de ses lettres poor ua major escosaois; je 
l'aideray k mou possible. Je me rec(»nmaDde à H' de Monstreuil 
(lemédecio]; j'ay receu sa lettre... A. C. 



M. LE OnC A SO.N PtBB. 

CuDp i]<TuL Tbioofilk, M juin 1641. 

Nostre siège est au mesme estât qu'il estoit la deraière (âa 
que je me suis doiuié l'honneur de vous escrire ; nostre cir- 
cumvalation s'avance extrêmement et j'espère qu'elle sera 
bientost fermée, mais non pas dans Testât de soutenir un 
puissant effort; quant cela sera, et si nous ap|irenons que 
les ennemis ne viennent point !i nous, j'envoiray de la cavalerie 
il M'd'Angouiesme ; mais, pour de l'in fente rie, nous ne scaurions 
luy en eavoier; et si vous pouvés nous faire venir celle de La 
Hotte, vous m'obligeriés fort, car je la cray fort inutile en ce 
lieu là, et on pouroit envoler la cavalerie à M' d'Angoulesme. 
Je vous conjure de faire haster la monstre qu'on m'a promise, 
car aultrement nos officiers n'auront pas un sol, aiant desjà 
faict au3 soldats l'avance de celte qu'ils touchent présente- 
ment; si on peut faire donner de l'aient pour les recreues, 
il est nécessaire de le faire promtcment, ou bien de faire faire 
quelques nouvelles levées, car vous sçavés que dens un si^e 
les trouppee se despérissent beaucoup; je vous conjure de 
songer en cela et d'en voir l'importence pour vous et pour 
moy. Dès que H' de Sirot seraarivé, je feray partir deus ceiit 
chevaus de vivres et aulent d'artillierie pour aler trenver 
H* d'Angoulesme. Je vous prie de nous assister, et de mon 
coslé je vous responds en ce cas de la place; elle est fort 
bonne, mais il n'y a que mille hommes deilens et il y en fault 



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522 PIÈCES ET D0CDHENT5. 

plus de deos mille. B«c est tou^oura auprès de Luxembourg, 
qui atlent des trouppes; je oe scay si il osera bazarder quelque 
effort, maJB il Tault que ce soit i force ouverle ; car pour les 
petitâ secours, nos ligues sout deqb en estât de les eu empes- 
cher. Je croy que vous aurés appris la blessure du pauvre H' de 
Tavaaes', ce neserarieu; ce fut ï uoe sortie que fireot les 
ennemis, où il les repousa et y fit des merveillies; on m'as- 
seure qu'il ne sera point estropié. Pour les oiareschaus de camp, 
je vous prie qu'on ne nous en envoie plus, et, quant W de 
Sirot sera srivé, je vous mandway ceus que nous aurons de 
trop el vous les (erés retourner; noua sommes icy assés en>- 
barassés pour eus, et H' de Grancé m'a de^jà demandé soa 
congé à cauâo de H' de Gesvres ; je ne sçay comme il fera 
quant la tranchée sera ouverte, car il sera tout seul à son 
attaque, et à la mienne j'en auray cinq ou sis; il seroit b<ni 
de régler cela, car cela fgict enrager touts tes aultres et le 
service ne se faict pas... A. C. 



M. LE DUC A HAIAHtN. 

Cunp dtTfuit ThionTiUs, U jniD IMS. 

Puisque je suis persuadé que vous ne doutés pas de l'amitié 
que je vous ay promise, je ne m'amuseray pas à vous faire 
des complimenta, les croyant fort inutiles entre vous et moy. 
Nostre siège va fort bien et nostre circumvallation est fort 
advancée. Dès que elle sera achevée parfaictement, j'envoiray 
de la cavalerie à M' d'Angoulesme; car pour de l'infanterie je 
vous en demande, bien loing de vous en pouvoir donner. Si 
celle de La Hotte est inutile, comme je croy, je vous prie de 
nous l'envoier, et j'envoiray la cavalerie à IF d'Angouleane. 
Je vous prie de songer aus recrues ou nouvelles levées promple- 

I. Sut I«s TsTingn, loic (orne m, p. 314. 



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PIECES ET DOCUMENTS. S33 

ment; car cela est absolument nécessaire, et è une aultre 
monstre; car sans cela nooa ne scauriong rien faire, et avec 
cela j'espère que le Roy sera bientost maistre de ThionriUe; 
il n'y a que rail hommes dedeos; mais la place est fort bonne. 
Je vous conjure de ne nous envoler plus de mareschaus de 
camp; autrement ce sera une confusion insuportable. il fant 
aussy rëgler si il n'entrera point de mareschaus de camp à 
l'attaque de M' de Gesvres. 

. Je vous supplie d'avoir soin de mon honneur en ra'assistant 
deschoses nécessaires... A. E. 



U. LB FBINCE A H. LB Dl'C. 

fuit, «s Juin 1S43. 

Hou fils, on a pourveu à tousle vostre iustruclion et mé- 
moire, et l'on me promet que ne raanquerés de ritin. On s'est 
icy fort estonnâ que n'aies mandé la faute de cens qui ont 
laissé entrer le secours, afin que l'on ne vous en impute rien ; 
prenés garde h vous, on vous craint et envie, et, ^ vous soup- 
çonnés quelqu'un qui vous serve mal, mandés le moy. Je vous 
léray deschaiger de mareschaus de camp et les envoler ï 
M' d'Angoulesme; It^ls que déslrerés, escrivés le moy, et vous 
gardés de trahison. Je ne songe qu'à vostre siège et h vous; 
ne vons hasardés point sans raison ny ne vous fatigués pas 
sans cause; si vous prenés la place, ce vous est un beur 
extrême et le bien de vostre fortune, sinon ce vous sera un 
grand malheur d'avoir entrepris ce siège ; si vous prenés ceste 
ville b, mettes y Espeoan dedans, et n'en parlés b perssonne 
que sur le champ en le mandant !i la Reine. A. C. 

Psrii, tS Juin 1«3. 

Mon Sis, je viens de recevoir vostre lettre dn 16' juin par 
le Courier de H' Le Tellier, et à propos ; H' de Cession partant 



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6S1 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

d'icy, vous recevrés par luy mes responases, que je luy avoU 
jâ données, à celles du S' de Campels et à celles de ce courier 
de M' Le Teliier. 

Vous avës raison de garder vosln infanterie, car voiu n'en 
avés pas trop. Pour celle de La HoUe, quorqu'on tous l'ait 
refusée par ce que le Roy vous escrit, c'a esté moy malade de 
la gravelle, que j'ay encores, et absant du conseil, où je re- 
toumeray, s'il plaist i. Dieu, jeudy prochain r juillet, et f^ay 
tous mes éforts pour vous la faire envoler. 

Vous aurés l'argent de la monstre en mesme instant, sans 
tarder, qu'aurés envoie une reveue signée de commissaires, 
bien exactement faite; envoies la donc en poste, et dèe le 
lendemain l'argent partira. Pour les recrcuos on n'en v«ia 
pas faire, mats on fait sis rëgimons nouveans; sur tons H' de 
Vitry en fait un qui sera fort bon, à mon a^'is, et bientost 
prest. M' de La MeiJleraie n'aprouve nullement qu'aies entre- 
pris ce siège; Dieu vous prospérera s'il luy plaist; ne vous 
fatigués ny hasardés sans raison ; ce dessain qu'avés seul fait, 
contre mon avis, me met en de continuelles peines. Pour vos 
mareschaus de camp, mandés moy cens que vonlés qui s'en 
aillent, je le procureray; atlandant, il me semble qu'en devës 
envoler les deus ou trois derniers Ji l'attaque delI'dcGrancéi, 
et retenir à la vostre M" de Gassion, d'Espenan, La Ferlé et 
d'Anmont. A. C. 

H. LS DOC A SON PÈkB. 

CommaDcemsnl de JuiUel lt43. 

Le malheur estant arivé au pauvre Francine d'avoir esté ou 
tué ou prisonnier, et n'aiant point receu les lettres qu'il portoit, 

1. il. le Prince M trompe, ot dil annuy pour Ourm; Qit.oc9j n'mit 
pu d'Mtaqnei il s'r m *T*il que dam, celle de M. I« Doc et celle de Oee- 
vrei. 11 ett «ni qnt Oriocej était 1 l'Mlique de Oenra*. 



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PI&CES ET DOCUMENTS. 9S9 

ni meame cellea de Campels, je vou9 envoie ce conrier en 
toutte diligence pour sçavoir de vous les choses qu'il me por- 
toit : je vous supplie donc de me les mander en diligence, et 
de dire h Rossignol qu'il m'envoie le chifire que me porloit 
Praocine. Je vous supplie d'envoier ordre aus trouppes de La 
Moite de me venir joindre et me mander si on leur aura 
un voie... 

Si plail à Dieu de nous assister, j'espère que nous serons 
bientost maistros de cette place; nous ouvrirons demin la 
trenchée. A. C. 



Pour mander à T. A. des nouvelles d'ici, je lui dirai que 
nous arrivasmes avaut-hierauprësdAlexandrieel avons trouvé 
dedans cinq cents chevaux avec peu d'infanterie et beaucoup 
d'babilans et de païsans réfugiés. La circonvallation de la place 
servit plus grande que celle d'Arras et nous n'avons pas plus 
de huict mille [hommes^ de pied, de sorte que dès le soir que 
l'on arriva on trouva qu'il n'i avoit nulle raison de l'assi^er, 
outre que le lendemain au soir il y eotra deux on trois cents 
cbevavx Bans inTanterie, du mesme cosié de la rivière que 
j'eatois; et, sans prétendre faire excuse de cela, je vous aanire 
qu« j'aurois à garder, pour enpescher le secours, deux lieues 
de France d'une plaine toute rase. Je ferai icy une snplication 
très bumble i V. A. d'une des choses du monde de quoi elle 
peut le plus m'obliger, qui est que M' le conte de la Seronelle, 
gouverneur de Testât de Milan , m'a mandé qu'il changeroit 
V Marsin contre le conte Garcies que voua avés pris à la 
bataille de Bocroix, qu'il vous pleust vouloir le demander 
pour cela avant l'eschange des autres. H' Marsin est une per- 
sonne à qui j'ai une obligation très particuliaire, ce qui me 
bit voua en snplier très humblement, et qu'il vous plaise me 



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ISS PIÈCES ET OOCUHSNTS. 

continuer l'honneur de vostre amitié et de vos bonnes gricea. 

On nons assure icy que les ti-encbées sont ouvertes devant 
Thionville; il n'i a pas un de vos serviteurs qui vous souhaite 
avec tant de pasion que je Tais une bonne issue de cesie entre- 
prise. A. C. 

BBAUBBGARD A V. LK nDC. 

Cuwl-in-Hiine, 7 jutUM 1043. 

Les troupes de Madame la princesse de Uesse, qui font parties 
de l'armée que commande ll<»i»eur le maréchal de Guébriant, 
aiant fait rencontre en leur retour de quelques gens du duc 
Charles el pris son bagage, vaisselle d'argent et chancellerie, 
entre plusieurs papi^s on a trouvé an duplicata d'une lettre 
de Francisco de Melos ï l'Empereur, laquelle ladite princesse 
m'a fait communiquer, résidant icy de la part du 8oy auprès 
d'elle. En voicy une copie que j'envoye à Vostre Altesse, et 
ajousteray qu'il y a peu d'apparence que ledit Melos obtienne 
ce secours, les affaires de l'Empereur estant manlfesleotent sur 
la deffensive contre les Suédois et les troupes de ceste prin- 
cesse, qui projette de faire une conjonction de forces avec le 
^néral-major Konigsmarc, suédois, lequel n'est qu'à dix on 
douze lieues d'icy, dont je oe muiqoeray de donner advis i 
V. A' ausBytost que J'en sçauray U résolution. L'armée sué- 
doise est tousjours en Moravie, près d'Olmutz qui les rappru- 
viande. Gallas est aussy au mesme pafs, ft Prin, sans rien 
tenter, ce qui donne l'esponvante aux Impériaux, de aorte que 
l'Empereur par tous ses pa% a commandé de lever le quin- 
ziesme de ceux qui sont capables de servir à la guerre. Si 
j'apprens que ma lettre, que j'adresse au maître de poste k 
Strasbourg, soil arrivée et mise entre vos mains, je continoe- 
''«y-. A. C. 



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PIÈCES ET DOCUUENTS. 5!7 

U. LE DUC A SON PKHE. 

Cimp dannt ThionTJLU, B joillat 1643. 

Je vous avois mandé que Frandne estait mon ou prisonier, 
mais il n'a eslé que prisonier, et Bec me l'a reavoié auasytost; 
les ennemis o'imt point veu ses lettres et il a eu le loisir do 
les jetter; il m'a dit en gros ce qu'elles contiennent. J'envoie 
un mémoire à IT Le Teillier des choses qui nous sont néces- 
saires e t de ce qui s'est passé icy. H' de Monbas vous dira 
comme quoy noua ouvrîmes hier la trenchée sans perte d'aucun 
homme; ce commencement nous Tsict biea espérer de la fin; 
nos lignes s'advancent et seront bientoat en estât de ne rien 
plus craindre; j'espère que, pourreu que vous nous vouliés 
envoier les Irouppes de La Hotte et t'infenterie que tous nous 
avés promise et l'argent des travaus et celuy de la monstre, 
que dens sis semeines je rendray bon conte de cotte place icy; 
mais il fondra prendre garde è un retour de campagne comme 
k Haire'... 

... Je vous supplib d'assister M' de Honbas dans une affaire 
que son père a à la court. A. C. 

SmiBBIANT À M. LU DUC. 

Cunp d'Bngan, 10 Juillet 164S. 

J'ay recen la lettre qu'il a pieu è Vostre Altesse me faire 
l'honneur de m'eecrire du 27 juin; j'espère qu'elle aura à pré- 
sent receu deux des miennes que je me suis donné l'honneur 
de Iny escrire depuis que j'ay sceu qu'elle avoit pris la résolu- 
ûm de bir« le siège de Thionville; par icelles, Honsîgneur, 
j'informois Vostre Altesse de Testât des afbires de deci, comme 

1. Vob tom* m, p. us. 



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638 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

j'avois marché avecq l'arinée do Roy en bauU du Rhin, comme 
j'avois attiré a moy l'armée entière de Bavière, Torte, selon le 
rapport de toutz les prisonniers, de plus de ^t mille hommes, 
moytié cavallerye et l'aultre ioffentene; celle du duc Cbaries, 
de huict régimentz de cavallerye forU de deux mille reyties 
et de quatre régimenlz d'intrenterye d'environ quinze' catU 
hommes, et quatre régimentz impériauli, trois k pied, un k 
cheval, celuy-cyde 60Ohommes,ceuU-4ïde1tà1i0O; comme 
les bleds n'estant poinct encore menrs, j'avois esté obligé de 
m'arester icy pour tirer de la Suisse la subsistansse de l'année. 
D^Qis,Monsigneur, tes trouppes hessienne8,que j'avois ou avecq 
moy, s'en retournant 'a leur pays, ont rencontré le duc Cbaries 
aupprès de Heydelberg, quy revenoit de Salbrick (Saarbriick) 
à l'armée de Bavière, oat batu sa compagnie de gardes et pris 
quelques mutetz qu'il avoit. Les prisonniers que j'ay eu byer 
et aujourd'huy des ennemj-sm'asseursnti qu'il est arivé à leur 
camp, je prens résolutiea de m'advansser au delà d'Uberlingen 
pour donner aultant plus de Jalousie de son pays aa duc de 
Bavière, et ainsy empescber qu'il ne consente qu'anlcunes 
trouppes puissent estre détachées pour descendre le Rhin; 
j'ay desjà escript au général-major Koaismarc, suédois, qaj 
est avecq des trouppes dans la Welteravye', d'y avoir l'œil, 
et priay Madame la lantgnff de Hesse de ne pas laisser les 
siennes dans ceste saison inutiles ; et partant, Honsigneur, je 
ne croy pas que rien puisse estre envoyé d'Allemagne contre 
V. A. Au cas que l'armée entière de Bavière entrepiisl d'y 
marcher, quy seroit contre toutte raison de gneire et contre 
les maximes ordinaires dudict duc, je ne manqueray pas de la 
suivre de sy près qu'elle sera bien obligée d'avoir plustost 
Mgard â moy qu'à aulcun aultre desseing; que sy ledîct duc 
Charles seul vonloit se détacher avecq ses trouppes, ne pouvanl 



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PIÈCES ET DOCUHENTS. 5Î0 

meDOT avecq aoy gnères plus de 3 mille hommes quy ne 
potiroieDt d6ionaaiBUÎre>rqa'apprèskcirconvalletioD eotièm- 
ment achevée, je ne croy pas que Vostre Altesse jugeast 
k propos que je quilasse l'année de Bavière, quy pouroil cepao- 
danl se joindre à l'impérislle et eossemble ruyner la suédoise 
en Bobéme; j'atlendray pourtant sur cela les commandement! 
de T. A. que j'exécuteray tousjours avecq plus de respect'et 
de promptitude qu'homme du monde, et ne manqneray point 
cepandant de la tenir advertye de tout ce quy se passera en 
ces quartiers, ne dézirant rien plus passionnément que de 
pouvoir Ceamoigner par mes très humbles services que personne 
ne peult estre avecq plus de vérité et de souoiission... 
A. C. 

M. LB nue A BON pIirb. 

Cunp d*T«ot ThloBiille, li joilIM 1043. 

J'envoie è M' Le Teillier l'eitret de nos troupes; il est vray 
que je n'en ay pas fatct une reveue bien exacte, parceqn'il oe 
se pouvoit, et qu'outre cela tes trouppes ont si bien servy et 
ont esté si mal traittées qu'il est misonable de leur faire quel- 
que advantage; mais à vous, à qui je ne veus rien celer, je 
vous diray la vérité; nous sommes icy effectivement quatorze 
mil hommes de pied et sept mil chevaus, sens conter les offi- 
ciers, seifens et valets; jugés si il ne fault pas bien paier ce 
que je demande; je vous supplie donc. Monsieur, de faire 
^re le fonds sur le pied que je demande & M' Le Teillier et 
l'envoier promptement ; nos travaus sont si grands et les tran- 
chées coûtent si fort que l'argent y vat extrêmement viste ; je 
croy que le lont coûtera bien quatre cent mil francs et nous 
n'en avons encor receus que cent mil francs d'un costé, 
quatre ving de l'autre, et ving mil cscuds do l'aallre ; je vous 
suf^lie de donner ordre qu'on nous envoie le surplus en 
IV. 3t 



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930 PI&CES ET DOCUMENTS. 

posle, s'il se petit, parceque, si on ne paie comient, od ne 
trouvera pas des travaillieurs. Hoosieur de La Bourelîe * vou» 
dira l'eslat da siège qui val admirablement bien; j'attens avec 
irapaUence les trouppes de La Motle... 

... Nostre canon tirera spprès demain matin ; nous ne sommes 
qu'à deus ceot pas de la contrescarpe. A. C. 

Camp dtruit ThianTlUe, 18 Jallkt ISU. 

Les régiments suisses qui sont dans cette armée, eslanl à ta 
fin de leur paiemoat, m'ont prié de vous escrire pour les Elire 
paier ; ils servent si bien, et entre aullres le r^iment de Ho- 
londin, que je ne pois leur refuser cette prière. Je vous asseure 
que le plus grand service que je relira dens cette armée de 
l'infenterie, c'est de leurs corps. Je vous conjure donc de les 
servir puissameut et leur tesmoignerque jevousenayescriL.. 
A. C. 



J'ay commeudé & M' Girard de vous faire sçavoir nos né- 
cessités ; je vous conjure de nous assister au plustost ; nos 
travaus s'adveucent extrêmement et le plus heureusement du 
monde; ,nous n'avons pas encor perdu cent hommes tués oa 
blessés, et si j'espère que oous nous logerons demain sur la 
contrescarpe ou que nous en irons bien près. Ce soir, le régi- 
ment de W le cardinal Mazarin a gaigné un petit travail que les 
ennemia avoient faict devant le glacis de la contrescarpe, qni 
estoit très bien palisadé, et y a faict on logement ; il' de Gas- 
sion commendoit la trenchée. Nous emportimes tussy der- 
nièrement, au jour de M' d'Aumont, Picardie et laMariue estant 

1. OsDigi<> d« Ouiiord, comta d* la Bourelia, apiliÎDe de onloia 
■n laSV. MTgent ds bituUs i Leni, muéclul di camp en lOSl, lieuWaiBl 
g4n«nl an lOTÏ, moR an t<9S. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. G31 

de garde, un moulin qu'ils avoient fortiQé et palUadé ; et l'aianl 
gaignë, ils sortirent enviroo trois cent hommes, mais ils rureni 
fort vigoureusement repousses. M' d'Espenant sert niiraculeuse- 
moDt bien el certènement c'est le meillieur homme de siège que 
je ccgnoisse. Du costé de H' de Gesvre la treachée est aussy 
avancée pour le moins que du nosCre, et j'espère que demain 
il sera ou dessus la contrescarpe, ou bien assés près pour y 
estre apprës demain; hier il attaqua un travail qui est â la 
pointe de la contrescarpe pareil au nostre, avec le régiment 
de La Melleraie, qu'il a faict quitter ans ennemis, mais il ne 
s'i peut loger. Aujourd'uy H' d'Andelot', avec le régiment de 
Grancé et celuy d'Harcourt, a faict le logement. Nous avons 
ce soir eu deus hommes blessés qui m'affligent au dernier 
point : c'est un nomé Le Raale, ingénieur, qui a esté blessé b 
l'espaule, et uu nomé Ferseval, aussy ingénieur, qui a esté 
blessé à la cuisse ; c'est un garson qui avoit mené jusque icy 
Dostre tranchée, et certènement c'est l'homme du monde qui 
a le plus contribué à l'avancement de ce siège ; je vous conjure 
de faire quelque chose pour luy, ou une compagnie dans un 
vieus régiment ou une pention, car je luy ay grande obliga- 
tioD. J'avois dict à H' Girart de vous supplier de m'envoier de 
l'argent, ne croient pas vous pouvoir escrire, parceque je 
m'en alois faire faire ce logement; mais, â cet heure qu'il est 
faict, je suis revenu pour vous en supplier; je vous conjure 
donc par l'amitié que vous avés pour moy de m'en envoter 
au plustost, puisque sens cela on ne peut rien faire; nous 
n'avons point encor receu les cent mille francs ; je les attends 
avec impatiances; je vous supplie de faire faire fonds jusque 
à quatre cent mille on tout et me les faire venir en poste; et, 
si cela n'est pas prest, vous m'obligerés sensiblement de m'en 



I. Oupud tV ds OolisDT poiU i* Dam da maïqnl* d'Andelot Juqa'i la 
ogrt de «n Hra atné, IiUnnce <•« ColigDj (SI mal ISM). U damt duc dt 
ChïtiUoaeo lS4e. 



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S3t PIÈCES ET DOCUMENTS. 

eDvoierda vostre une soinroe considérable; eafin, Monsieur, 
jugés que de ih des|)ent tout mon honneur. 

Vous aurés sceula mort du i>anvre Francinequi m'alDigeau 
dernier point ; il y a icy deus ou trois fort faonestes gentis- 
bommesqui a'ofl^nt à me aerviransaplace; je croy que vous 
Ireuverés bon que j'en prègneun, parceque Hultrementmones- 
cttrie sedespériroit; j'enferay donc le chois et puis je le vous 
manderay... A. C, 

M. Lï DUC A H. DB LANBEBT « GODVEBXBUK POOB LE BOT 
DBS VII.LB ET aTADELLE OB METZ ». 



Je prie H' de Lambert de deslivrer à Villeneuve les cinq 
cent boulets à canon qu'on luy a demandé, lequel les fen 
partir incontinant, luy promettant de les faire remplacer an 
plus tost-, il donnera ordre pour nos convois, tant de VerduD 
que de Tout, et pour cela je luy laisse les régiments de la 
Ferté-Imbault et de Chambres, ansqueb il ordonnera ce qu'ils 
auront à faire pour la seuretté de nos dits convois; il scaim 
ai l'argent est arivé à Verdun ou k Toul, et, 'au cas qu'il y 
soit, il le fera venir en toutte diligence... 

Je prie H' de Lambwt de me Caire trenver de l'argent à 
Mets à quelque pris que ce soit; il m'obligera seosiblemenl, 
et je luy suis caution du remplacement de la somme qui me 
fera pretler et je le prie de le faire promptement. C. P. 

». LK DDC A SON PËBE. 

Cimp d«T*iit TUoniUla, ISjoillgl IMa. 

Le sieur de PerseTal, ingénieor, a si bien servy en ce siège, 
etmesme y a esté blessé, que je me sens obligé de retognoislic 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 533 

ces services ; il vaque présenloment une compagnie dans le 
régiment de Piedmont par la mort du sieur de Monslreuil, 
capitaine audit r^:imeat ; je vous supplie la luy faire avoir et 
m'eovoier la commission au plostost; vous m'obligerés sen- 
siblement... A. C. 



If. LB PBINCB A K. LB DDC. 

Pitil, lSjuill<IIS43. 

Hwa flis, les couches de voatre femme, que j'atans d'beure 
k aoire, m'obligeront bientost à vous envoler un gentilhomme 
en qui je me Geray, qui vous dira de mes nouvelles et de la 

Ne vous esposéâ point en périls inulilles et ne me causés 
pas la mort ou une vie languissante s'il vous arrivoit accident ; 
serves Dieu, confessés vous souvent, oies tous les jours la 
messe, serves d'exemple à l'armée de dévotion au S' Sacrement, 
le visitant souvent quand il est exposé... On vous envoie vostre 
demie monstre à plus près selon vostre désir; faut pourtant 
que fociés contenter les troupes de raison et que mesnagiés 
vos aCbires; il y a icypeu d'argent; on fait estât de cent mille 
escus pour les travaus; on dit que chaquun y fait profit, et 
que vous paies avec profusion le double de ce qu'il faut. 

Si vous pouvés envoler quelque cavallerie à H' d'Àugon- 
lesrae, foites le; car on le désire fort icy. On h contenté les 
Suisses; on vous envoie infanterie nouvelle; et mes soins 
n'obmettront rien k vous faire secoarir. Bref prenés Thionville 
et soies en santé et ne vous souciés de rien ; si vous la prenés, 
mettes Espenan dedans, mais que nul ne le sache que ce ne 
eoit fait; j'ay sceu qu'avés fait parler à la Reine par H' de 
Colllgoy (Maurice] de M' de Chastheauneuf; je vous prie que 
je sache ce que faîtes dire avant que l'on parle... A. C. 



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PIÈCES ET DOCDMENTS. 



H. LB DUC A UAEARIN. 

Camp deianlTliiiHiiillc.SOiuilt*! 1043. 

Je recois tous les jours tant de preuves de vostre amitié qne 
ce (esmoiguage dernier que vous me readés ne roe sniprent 
point et me faict vous parler TrandieiDent d'une chose que je 
souhaite. Vous apprendrés par H' de fioigency le bon estât de 
ce siège, et comme quoy nous fismes avant^er le logemenl 
sur la contrescarpe; cela me faict bien espérer de sa prise, 
mesme dans peu, si bieo que je croy qu'il est bien k propos 
de songer ii y mettre \m gouverneur. J'ay veu dans les places 
que M' de La Meilleraie et d'autres ont prises, qu'on consi- 
déroit Tort ceus qu'ils nommoieni pour le gouvernement. 
J'espère qu'en ce rencontre la Dope aura assés de bonté poor 
moy pour ne me pas refuser cette grice tà, et principalement, 
Monsieur, si vous nous voulés servir; j'ay trop de preuves de 
vostre amitié pour en douter. Tout ce que j'appréhende en 
œtte affaire là, c'est que l'affaire ne soit traversée par W mon 
père, on par Honsieur, ou par d'autres qui en voudroient 
nommer. C'est pourquoy je vous en escris et â ST de Longue- 
ville aussy pour voua prier de voir ensemble les moiens de 
me pouvoir faire avoir contentement en ce rencontre, sans que 
cela puisse choquer personne. Si la Royne me faict cette 
grAce là de vouloir jetter les yeux sur celuy que je luy nom- 
meray, je la supplie très humblement le vouloir donner à H' de 
Harolles. C'est un fort brave gentiltiomme à qui le fea Roy 
avoit promis le premier vaquant. Je crois qu'il est assés cogna 
de vous sans que je vous en doive mander ses autres bonnes 
qualités, outre qu'il est fort de mes amis, le vous supplie donc 
tenir la chose secrette et n'en parler qu'à M' de Longuevilte 
el à la Royne. Si elle me veut faire cette grâce là, j'envoiray 
une lettre à H' de Longueville, qu'on luy préseolera, dans la- 
quelle je lay en parlemy. J'envoiray aussy une lettre pour 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 539 

H' mon père et une pour Monsieur i ITde LongueviUe, qu'on 
lay présentera si on le jnge à propoa. Je croy l'affaire ai juste 
qu'on ne me la refusera pas, et la Royoe a tant de bonté pour 
moy que j'espèie qu'elle sera bien aise de m'obliger en ce 
rencontre. Pourtant j'attens cela de vous particulièrement. 
Vous m'obligerés donc, Hongieur, de me mander franchement 
la volonté de la Royne, et, au cas que je sois assés malheureus 
pour estre refuse, je vous supplie de le tenir secret et m'en 
mander Eranchement la vérité. J'espère que cela ne sera 

Nous n'avons point encor receu le fonds qu'on nous avoii 
mandé qu'on nous envoioit pour les travaus. Je vous conjure 
le faire presser et nous en «ivoier un nouveau parceque nous 
avons extrêmement travaillé. 

J'envoie <000 chevaus effectifs à H' d'Angonlesme. Je man- 
derois bien quinze cent, et ils s'y treuveroient avec les valets ; 
mais j'enlens hommes de combat des meilleurs de l'armée. Je 
n'a}' osé en envoyer davantage parceque nous sommes obligés 
à faire de grandes gardes, de grands convois eilremement 
éloignés, et que je ae croy pas que les ennemis soient où vous 
le croies, et vous verres les advis que j'ay eu de Sedan et 
d'Hollande qui disent le contraire; outre que j'espère que 
Thionville sera asaés toet pris pour leur aler faire lever un 
siège si ils entreprennent un ; je tiendray pourtant encor des 
troupes prestes à marcher au cas que H' d'Angoulesme me les 
demande. A. E. 



M. LB DOC A SON PEBB. 

Camp denni ThlonTiUs, St> julllel 1643. 

J'ay receu ordre de vous par ItC de Campels de ne point 
m'engager au gouvernement de cette place que je ne seusse 
vostre intention ; mais comme l'afbire presse, j'ay creu estre 



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536 PIECES ET DOCUMENTS, 

obligé de vous li demander et vonssopplier de vouloir aggréer 
d'en faire la demande pour H' de Harolles; c'est un gentil- 
bomme de grand mérite et je vous responds de lay comme de 
moy-niesme ; je voua aura^ une particnlière obligation de birp 
cela poarluy... 

Je vous envoie Lescot pour vous porter les nouvelles du 
logement que nous avons Taict snr la contrescarpe ; il vous mi 
porte touttes les particularités ; tela me Taid bien espérer de la 
prise de celle place. Je vous conjure de nous envoler l'argent 
au plustost. Le bloquns de La Hotte ' est arivé icy, mais le 
renfort n'a pas esté si grand qu'on se l'estoit imaginé; il n'est 
arivé au camp que douze cent hommes de pied et cinq cent 
cbevaus; j'envoie 1000 cbevaus à H' d'Angoulesme, c'est 
tout ce que noua pouvons faire. Je vous conjure, Honsienr, 
de me conserver tonqours l'honneur de vostre amitié... 
A. C. 

CimpdaYnDITbioiiTiUo, U Juillat 1U3. 

H' le marquis de Lenoncourt, gouverneur de Clermont et 
de Mouy, estant mort aqjonrd'uy d'un coup de mousquet qu'il 
a receu dans la tranchée, j'ay creu estre obhgé, par l'unilié 
que j'ay pour M' d'Auroont, de vous supplier de le considà«r 
en ce rencontre et luy faire avoir ses gouvernements; c'est 
une obligation très sensible que je vous auray... A. C. 

LA RBINE KÉOENTB A M. LE DUC. 

Puii, K juillet Ua. 

Mon cousin, j'auray tousjours grand contentement de gra- 
tifier r«ux que vous me tesmoignerés le mériter; leS'dePer- 
seval estant do celte condition, je luy ay volontiers accordé 

I. Cott-l-dite l«t Ironpn qoi Uoquiùnt La Motto. 



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PIËCBS ET DOCUMENTS. 537 

la compagnie de Teu Honlreul, comme je crois que voua l'aurés 
xe\i; au surplus Je oe vous puis dire la joye que je ressens 
du récit que le S' Lescot dous feit hier malin du bou estât du 
siège de ThioDville-, il vous dira que le Roy Monsieur mon 
fils prit tel plaisir â consulter le plan qui luy feit veoir, qu'il 
ne le voulut jamais quitter et l'emporta dans sa chambre où il 
le garde; je m'asseure que vous ne serés non plus fasché de 
l'y veoir à vostre retour qne moy de vous pouvoir asseurer 
t que par lettres de la vérité avec laquelle je suis 
Vostre bonne et bien affectionnée cousine. A. C. 



H. LK PRINCE à H. LE VtIC. 

Patii, sajaniel 1S43. 

N<»i fils, j'aïaus de vos nouvelles avec impaliance, surtout 
sur vostre résolution toucbanl le gouvernement de Thionville; 
je vous prie vous bien conserver, et après la prise de Thion- 
ville n'entreprenés rien que bien focile comme Sirque (Sierck), 
Longoui (LoDgwy] et autres petits lieus aua environs sans 
vous esloigner, aGn de pouvoir secourir la France si l'ennemi 
y entre, el mesmes venir icy no tour demander la juste et 
promise rescompensse devoa travans; je vous recommande 
mon cousin de Laval, présent porteur; faites en cas... 
A.C. 

U. LB DUC A HAZABIN. 

Camp davuit ThloiiTiUe, «9 jnillel 1613. 

J'ay receu la lettre que vous m'avés faict la faveur de m'escrire, 
par laquelle je voy que vous ne vous contentés pas des mille 
cbevans qne j'ay envoie à M' d'Angoulesme et que vous sou- 
haitteriés que j'en envolasse encor davantage. Jugés, par l'amitié 
que vous sçavés que j'ay pour vous, si je ne suis pas bien 



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53B PIËGES ET DOCUMENTS. 

fasché de ne vous pouvoir donoer si promplenmit ce conleo- 
temeot. Premièrement vous açavéa qne nous n'avons pas eu 
cavalerie légère dens le camp plus de cinq mille cbevaus pré- 
sentement, et Je vous envoie le de&tail de nos gardes et 
escortes par lesquèles vous jngerés de la fatigue des trocppes 
et de l'impossibilité d'en envoler davantage. Je vous envoie 
une lettre de Bec par laquelle vous verres qu'il espère seconrir 
la place et qu'il attent du secours. Je vous envoie t'exiret 
d'une lettre qu'on m'escrit, par laquelle vous verrée qu'il vient 
des trouppes d'Allemagne. De plus j'espère que la place sen 
assés lost prise, comme vous en ponvés juger par la prise de 
la demie lune et le passage du fossé, que les ennemis ne seront 
pas en estât d'avoir faict de grands pn^jès auparavoit; et 
pour lors je dellacheray tel corps qne vous jngerés nécessaire 
et mesme je m'i en iray si vous le jugés II propos. Je vous 
supplie me mander vos sentiments Ut-dessus et de ce que vous 
estes d'avis que je fasse apprès la prise de la place. Je vous 
supplie do considërer mes raisons et faire trouver bon il la 
Royne de ce que je diffère & envoior cette cavalerie jusque il 
la prise do la place, qui sera dans peu, avec l'aide de Dieu. 

Je vous a^ois escrit d'une ailïdre de laquelle vous ne m'avés 
point encor faict response touchant cette place icy. Je vous 
conjure me mander ce que vous auréa faict lâ-dessus et si la 
Royne aura eu la bonté de m'accorder la grâce que je luy 
demaudois. Pardonnes moy, je vous prie, lapeineque je voas 
donne et faictes moy la faveur de croire que, de touls cens qui 
font profession d'estre de vos amis, il n'y en a point qui soit 
plus véritablement que moy... 

Nous n'avons icy qu'un sergent de bataille; si vous vouliés 
en faire avoir une charge à M' de Mauvilly, qui est icy, et m'en 
envoîer le brevet, vous m'obligeriés extrêmement. C. F 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



H. LB ntc t s 



Camp devint Thionvilla, N juillet IA43. 



J'eDVoie le S' dn Fa)' à la court pour porter nouvelles de la 
prise de la demie lune qui Tul emportëo hier au soir le plus 
benrensement du inonde et sens perte de pas un officier; nos 
poDS pour les baslions s'advaucent et nous y attacherons ce 
soir les mineqfs. Je vous supplie nous faire envoler les cent 
miUe trancs en diligence. H' de Gassiou eoleva hier uo régi- 
ment de cavalerie walonne auprès de Luxembourg, prit 
force prisoniers, en tua beaucoup et amena cent cbevaus de 
batlin ; touts les prisoniers asseurent qu'ils attendent secours 
d'Allemagne. Nous avons hier pris un espion qui portoit une 
lettre au gouverneur, dont je vous envoie coppie ; H' Girard 
la deschifra avec le chifre que nous a envoie Rossignol. J'ay 
ven la lettre que vous avés escritte â M' Girard, par laquelle 
je voy que vous désapreuvés le chois que j'ay faict de M' de 
HaroUe pour le gouvernement de Thionville; ce m'est une 
chose bien faschense de voir que j'aie si peu de fruit des périls 
ausquels je me suis exposé et des fatigues que j'ay euees, que 
je n'aie pas le crédit qu'ont eu touts les généraus qui ont 
esté auparavant moy; je vous avoue que cela m'aflige et que 
j'espère que la Royne aura assés de bonté pour ne me le pas 
refuser, pourveu que vous ne l'empeschiés pas, et je ne com- 
preDS point par quelle raison vous le voudriés faire, puisque 
aiant dans cette place une personne à moy, vous en pouHés 
disposer comme si elle estoit b vous; je suis très fasché, avant 
m'estre engagé h NaroUes, de n'avoir point creu qn'Espenan 
y songât, car c'est une personne que j'aime et que j'estime 
extrêmement ; mais aiant desjb un aultre gonvernemenl, je ne 
pouvois pas deviner qu'il songât en celuy-cy; enfin je suis 
engagé à M' de Harolles, et, si la Royne ne me l'accorde, je 



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m PIÈCES ET DOCOHENTS. 

croy que je n'ay plus qu'affaire à l'armée, et je me donnenns 
bieu en vain touUosles fatigues que je me donne, si je n'enes- 
pérois aucun Trait. Je vous supplie ne m'estre point contraire 
en cela... A. C. 

W. LE PIINGE A M. LB DQC. 

mu. 90 jDillel 1«4*. 

Hon nia, La Roussîère vous porte la nouvelle de l'benrens 
acoucbement de vostre femme qui a eu un beau garsson; celi 
vous doit faire connoistre quelle est la puissance de Dieu, 
duquel faut admirer la providence; je vous prie de croire ce 
que ledit La Roussière vous dira de ma part. 

La Reine a donné la Lorraine, Nancy et Cterm«it à H' de 
La Ferlé-Sénetaire ; j'ay fait mon possible et pour H' d'Aumont 
et pour H' d'Andelot, mais leurs couriers ne sont arrivés l'un 
que sis heures après celuy de H'deGesvres, et l'autre un jovr 
entier. .. A. C, 

PERRAULT A AIRARD. 

Paiii, 30 julUtt 1B4S. 

Vous appreodrés par H' de La Roussière l'heureux accouche- 
ment de Madame la Duchesse, qui arriva hier entre sept et 
huicl lieures du soir, et produisit un très beau garçon ; c'est 
une merveille que de la grandeur de cet enfant, veu la petitesse 
de la mère, et les médecins qui l'ont assisté l'admirent et ne 
sont pas moins estonnéa, pour la mesme raison, de la facilité 
de cet accouchement qui a esté telle que vous diriée que cette 
Itetite n'a jamais faict autre chose. II n'est pas crmable combiee 
cet événement a produict de mouvements diSérents dans Paris 
et surtout dans la cour, où il change la face des a^res les 
plus importantes du Royaume. 

S. A. a receu vostre despéche du Si* de ce mois et a esté 



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PIÈCES ET OOCCMBNTS. Sil 

fort aise de sçavoir l'arrivée de Larrei, lequel noua attendons 
enquores si l'argent comptant voua presse. 

Dieu veuille coodutre à benreuse Bd vostre siège. S. A. en 
est dans des impatiences eitrâmes, non pas tant pour l'entre- 
prise, -de laquelle elle ne faict pas de double, comme de la 
personne de Honseignenr le Duc, l'accident de M^ de Lenoa- 
court luy causant des appréhentions qui ne sont pas imagi- 
nables. 

H' du Plessia-BesancoD, qui est i Douay pour l'escbange de 
quelques prisonniers, nous mande que Mellos est k Gand, et 
toutes les nouvelles de Flandres portent qu'il ne peult aller à 
Thionville; néanmoings il ne fault pas s'endormir là-dessus. 

S. A. a len avec plaisir la lettre latine que vous lut avés 
envoyée, et n'a jamais doublé que les ministres du roy d'Es- 
pagne ne fissent de grands eflbrtz pour sauver celte place. 

M' de La Roussière informera Slonseigneur le Duc de Testât 
des affaires de la cour. 

Les charges de H' de Lenoncourt furent hier données & H' de 
La Perté-Séoelerre, lequel se professe grand serviteur de Mon- 
seigDear le Duc et proteste loy avoir de grandes obligations; 
il a tenu à peu que H' d'Andelot n'aye eu le gouvernement de 
Clermont, et cela auroit esté, comme je croy, sans la ren- 
contre de Tbionville qui a un peu embrouillé la demande de 
l'autre; S. A. luy a rendu tout bon office, et avec grande 
aSéctiOQ, accause de se conversion. 

Despuis le despart de M' de Lescof, S. A. et M' de Longue- 
ville ont advisé que, sans attendre la response de Monseigneur 
le Doc, il ialloit dès k présent se déclarer pour le gouvernemenl 
de TMonville, de craincia que l'on no s'engageast icy, où les 
aKôres se font d'une eatrange façoa ; de sorte que l'on en a 
parié à la Reyne et tiré parolle d'elle pour H' d'Isspenan ou 
pour H' de MaroUes ; la question sera maintenant de scavoir 
lequel des deux ce sera ; c'est h Honseignenr le Duc de prendre 
ses Bsseurances de la part dudit sieur de lUaroUes. 



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543 PIËCES BT DOCDHENTS. 

Je vous envoyé uoe copie du mémoire envoyé par W l'am- 
bassadeur de Rome d'une nouvelle promotion de cardinaux ; 
le pauvre W de Besuvais, pour lequel on avoit eacript de 
France, se trouve par b bien reculé, comme il l'est à présent 
des affaires, au prix de ce qu'il l'a esté pendant les quinze 
jours premiers de la Régence, qu'il estoît le tout poiseant, et 
s'est laissé foibtement empiéter... A. C. 



OUEBBIANT A K. LE DUC. 



Par les dernières que je me suis donné IboDoeur d'escrire 
à Vostre Altesse du camp d'Engen, elle aura veu comme je 
me disposois de marcher plus avant ; le Iroisiesme jour j'arivay 
à Salmansweiler où je lenconiray l'arière-garde de l'enuemy 
quy avoit deejà pris te debvant; je la fis charger par dncq 
escadrons de cavallerye, quy eeloit ce que j'avois d'arivéi 
mais comm'elle estoit dans des montagnes, favorisée de sou 
inffenterye, je ne peuls avoir aulcun advantage sur elle, de 
sorte que l'enuemy eust la commodité de se loger au passage 
de Harckdorif, et par ainsy m'empescha de pouvoir continaer 
mon desseing, ce quy m'obligea de me tourner vers le Necker 
et d'essayer en passant de me rendre mestre de Rottweîl; 
mais l'ennemy y estant arivé vint heures apprès moy, je descui- 
dys la dicte rivière en intention de me poster à Uorb ou Ro- 
lenburg. N'y ayant pas trouvé les bleds encore meurs, el 
loultes les petites villes de la campagne vydes. Je me suis 
trouvé dans une nécessité assés grande de pain ; et, comme tes 
nouvelles trouppes que j'ay dans l'armée ne sont pas accou- 
tumées à de telles incommodités, je me sois résolu de me 
l<^r dans ceste vallée pour donner temps aux tms et aulx 
aulirea de se ponrveoir pour quelques jours. Cependant, Hod- 
signeur, Vostre Altesse peult s'asseurer que toutte l'année de 



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PIËCBS ET DOCDHENTS. 543 

Bavière avecq les trouppes du duc Charles et quatre régimentz 
impëriaulx soat encore ensemble, et qu'il n'y a pas apparensse 
qu'ilz ayent aulcune intention de se séparer. Je De manqueray 
d'aulcun seing pour les en empescber jusques i ce que Vostre 
Altesse aye paracbevé sod siège... A. C. 



H. LB DDC À SON PEBB. 

Cunp daTant ThlooTllIe, S laùt 1S43. 

J'envoie le sieur du Boquet pour vous donner advis c<»nme 
quay la brècbe a este faicte et comme nous sommes logés sur- 
les bastions ; il vous en dira les particularités mieua que per- ' 
sonne, puisqu'il a esté preesent k tout. Je voua prie me mander 
ce qu'on sonhaitte que je Tasse apprès la prise de cette place 
et ù on veut que j'envoie des troupes fa H' d'Angoulesroe ou 
non... A. C. 

G&SSIO?! A HAZAnm. 

Cunp daiaot ThiODTills, E loAt IMI. 

Puisqu'il a pieu à Vostre Ëminence d'agréer que je portasse 
en cour la nouvelle de la prise decoste place, je ne manqueray 
de partir dès que les troupes du Roy y seront entrées, M' le 
duc d'Auguien ayant trouvé bon que je fisse ce voyage, tant 
pour ce suject que pour rendre conte à la Royne de Testât de 
ceste armée et recevoir les ordres de Sa Majesté pour tout le 
reste de la campagne. J'espère partir au plustosl parcequ'il n'y 
a point d'apparence que ceste place puisse encore tenir deux 
fois vingt et quatre heures, les deux bastions estants desjà 
ooverU et les mineurs atUcbés de nouveau au milieu de la 
brècbe pour faire sauter les retranchements que les ennemis 
ont faits au derrière ; le gouverneur a esté sommé de la rendre ; 
il a respondu qu'il falloist qu'il en conférast avec son conseil 



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M PIÈCES ET DOCDHBNTS. 

de guerre et qu'après il fairoit responce- Voilà Testât de b 
vbose; dès que j'en vemy la fin, je partiray en poste pour 
rendre conte de tout à Voslre Ëmineace, la su[^iant trê» 
hamblement cependant de vouloir faire resaouTeoir la Boyne 
de la grâce que Sa Hqeslé m'a accordée, espérant qu'avec 
l'appuy de Voslre Ëmioence elle ne diOërera plus à me la 
donner en eCTect. J'aUands tout de vostre protection comme 
Vostre Ëminence peust tout altandre de mes services... 
C. P. 



H. LE PBINCB A H. tB DUC. 



Mon fils, j'ay receu voslre lettre par du Fay; je me resjouis 
bien Tort de la prise de la demie lune et de l'espérance qu'avês 
d'avoir bientost Thion ville j je voua asseure qu'allant à la chaffie 
à Livry, ainssi qu'aurés veu par la lettre que Lescot vous a 
portée, je laissay la charge h U' de LoDgue^'Ule de parler à 
la Reine et à M' le cardinal Masarin, leur nommant, selon 
l'avis dudit S' de Longueville, les S" d'Espenan et HaroUes 
pour gouverneurs de Thionville, à son chois; ne doutés pas 
que vos prières ne soient exaucées et ce sera Harolles qui 
sera ciioîsy, puisqu'il a une sœur â la Reine ', et que M' du 
Fargis, qui est ù Monsieur, est son oncle * ; vous ne faites rien 
que je n'aie deviné de préférer un homme de nouveau conneu 
de vous è un viel ami et duquel les services dans vostre siège 
sont incomparables; je vous asseure que je ne prétaas ny n'ay 
rien prétendu de vos conquestos que pour vous, car pour moy 
je suis contant et ne désire rien; ainssi vous verres bien par 
les lettres qu'aurés rcceues par Lescot, que j'ay le tout laissé 



1. UadalEine-Claire du I^noncourt. 

t. La pire do marquii da UaroUea, AnbiiM de LanoitciMit, >nit ^m* 
lluie d'Angamin, aUe d* Philippe, HiiniMir du Vmi^t. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 515 

CD voitK disposition pour y meltre vos créalures imaginaires. 
Dieu veuiUe tous bien conseiller, vous en avés besoin; mais 
que ne prenés vous un escuierT [U'eDéit le tel qu'il vous plaira, 
poun'eu qu'il soit bon calholiquo; je vov bien qu'attendes 
que l'on vous en choisisse un icy, mais j'aime mieus que le 
choisissiés sans recommandation d'aucun. Vos cent mille francs 
derniers des travaua voua sont envoies par les mains du tré- 
sorier de l'extraordinaire avec la monstre; je Ucheray à vous 
envoier le mémoire de M' Le Tellier là-dessus; quand auré:' 
achevé la monstre, vous aurés les 40,000 livres par vous deman- 
dées pour suplément de monstre. Ainssi je vous ay servi à 
soabait, mais au moins paies H' de Longueville ; enfin ne jettes 
pas l'argent par les fenestres, jamais n'y en eut moins... 
A. G. 



Mon fils, la mort de M' le marquis de Gesvres m'a extrême- 
ment Kché, et la blessure de M' Gassion aussi; je luy envoie 
le chirui^en qu'avés désiré. Je prie Dieu que je puisse avoir 
de bonnes nouvelles de vostre siège, mais surtout de vostre 
perssonne; conservés vous, je vous en prie; aies recours à 
Dieu et me donnés souvent de vos nouvelles. Nos ennemis 
meurent de regret do vos prospérités et se réjouissent dès qu'il 
vient de mauvaises nouvelles de vous. Dieu vous conservera 
s'il luy plaist... Je vous prie caresser le gentilhomme de 
M' le mareschal de Brésé ; il se donne tout à vous ; ils vous 
seront fort utîlles, croies moy... Vostre femme et vostre (ils se 
portent bien ; il vous ressemble et est le plus beau du monde; 
faut obéir Ji Dieu. A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



M. LE DUC A HAZAB1N. 



Camp darunt Thionnlln, S aotl IMS. 

le vous ODVoie lea articles de ThioDville et le chevalier de 
BoidauRn (Bois-Daupbin) pour vous diro les particularités de 
tout ce qui s'est passé. Je vous piie de me donner promple- 
ment vos advis sur ce que Je feray. Touts ceus que j'ay sont 
que les trouppes de don Francisco de Melos viennent icy et 
Asfeld (Hatzfeld) avec cinq ou sis mille hommes; tout cela joint 
avec Bec feroit un corps bien considérable. C'est ï vous aultres 
il voir ce que je pourois faire en ce rancontre et me le mander. 
Je vas travailler incessament ï la réparation des brèches, lem- 
placement des munitions tant de guerre que de bouche, et 
rasement des lignes. Je vous supplie nous envoier de l'argenl 
pour cela ; je vous supplie aussy de m'envoier la commission 
pour M' de Marolles... C. P. 



L'amitié que vous m'avés tesmoignée ot la part que rons 
avés en ce siège icy me faict juger que vous avés receu de la 
joie de la prise. Je vous ay desjà mandé la capitulation, mais 
je ciroy vous devoir mander la prise afin que vous songiës à 
me donner mes instructions touchant ce que je dois faire pré- 
sentement. On travaillie aus réparations de la place et au rase- 
ment des lignes. J'establiray demain la garnison. Il sera néces- 
saire que vous envoies la commission à H' de Marolles promple- 
ment et aussy ordre pour faire un régiment pour mettre la 
dedens; il le fera fort bon et cela soulagera d'aulent de troubles 
qu'il faudroit mettre dans la place, qui certènement est la plus 
belle que j'aie jamais vcue. Je vous envoie Testât des moni- 
tions do guerre et de Imuche qui s'i sont treuvées. Je \'oas 
avés prié de vouloir Taire H' de Mauvilly mareschal de balaillie, 



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' PIÈCES ET DOCUMENTS. 547 

mais je o'ay point receu lihdessus respODce de vous; je voua 
prie me la vouloir faire et m'accorder cela pour luy; c'est une 
personne de mérite et que j'aime. Si tous voulés aussy faire 
donner la charge de lieutenent-de-roy d'icy k H' de Campeld, 
vous m'obligarés extrêmement; je la luy ay promise et je le 
mettray lousjours dans la place en attendent la commission... 
C. P. 

A M. LE me. 



Ce que j'ay contribue ï faire résoudre le siège de Thionville 
fait la moindre part de la joye que je resseus de l'beureux 
succez de cette entreprise. L'utilité qui en doit revenir à cet 
Estât et la gloire qui vous en revient sont les principales causes 
du contentement que j'en recois. Quant à ce second, vous le 
croirez facilement si vous vous souvenez des véritables pro- 
testations que je vous ay faites, qu'après les intérâtz de Leurs 
Heueslés je u'avois point de plus grande passion que pour les 
voslres' 

... Depuis avoir egcril la présente, le chevalier de Bois- 
Dauphin nous a apporté la capitulation de Tbionville, c'est à 
dire l'acbèvement de la joye que nous avions de sa future 
reddition. Les avis que vous avez de la marche de Hatxfelt et 
de celle de don Francisco de Melos vers le Luxembourg ne 
sont pas conformes aux nostres, qui portent que l'un estoit plus 
ocupé qu'il ne vouloit à Cologne et que l'autre estoit le 8° de 
ce mois k Gand, d'où il estoit plus rf>ligé d'observer les des- 
seins du prince d'Orange, que de venir entreprendre quelque 
chose pour la considération de Thionville. C'est pourquoy 
j'estime que les forces qui s'assembleront contre nous auront 

■à pablié pu II. Chénial ^Ltllm de ifeiarfn, I, 



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SIS PIÈCES ET DOCUMENTS. 

une autre viâée, soit qu'elle soit défensive ou offensive, do 
costé de nos frontières. C'est à quoy je m'asseure. Monsieur, 
que vous ne mauquerei point de prendre soigneusement garde 
et surtout que vous serez fort ret«nu à donner congé aus 
officiers, dont l'absence atlireroit infailliblement te desbande- 
menl des soldats et la dissipation de l'armée. La bonté que 
vous avez pour moy et la passion que j'ay pour vous me fool 
espérer que vous ne trouverez pas mauvaise la liberté que je 
prens de vous dire ainsi mes sentimens. Je me remets de 
plusieurs autres choses à la dëposche de M' Le Tellier que nous 
avons dressée conjointement. Vous recevrez avec elle les expé- 
ditions du gouvernement de Thionville pour M' de MaroUes, 
ainsi que vous l'avez désiré. Je vous diray enfin que je n'ay 
pu m'empesclier de vous envoyer le gentilhomme qui vous 
rendra la présente, pour vous lâsmoigner plus particulièrenient 
le contentement que j'ay pour l'amour de vous de la prise 
de Thionville. A. C. 



■I. LE DOC i SO^f PEBR. 

Cunp de ThiDOTillt, 13 Mbl MUS. 

Le sieur de Grignant ' s'en aient à Paris, j'ay creu eslre 
obligé par [a bonté de son régiment et par l'amitié qu'ils oot 
pour moy et par le mérite do sa personne de vous recommender 
ses intérêts; le sien est d'avoir une pention comme en ODt 
(outs les lieutenents coronels des vieus régiments, et celuy du 
régiment est de ne pas perdre le rang de vieus r^iment qve 
le feu roy leur avoit donné. Je vous prie donc de le servir en 
l'un et l'autre... A. C. 



I. Looh OancboT d'Adhimi 
ifgimBnt d'Adhémaj, mtrâcïi 
pin dD e*Bdn da midama de 



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PitCES ET DOCtIHEXT?. 540 

». LB PIINGE A U. LE DUC. 

Pui*, 18 >a«t 1S43. 

HoD fîb, les lettres que m'a aportées le S' de Beslebat ', et 
despuU celle que m'a donnée le S' chevalier de Boisdaufin, qui 
m'a apOTté ta capitulation, m'ont causé une joie que je ne puis 
concevoir. Remerciés Dieu de vos bons succès sans vous or- 
gueillir; vous tenés tout de sa main. Vous recevrés par les 
mains de M' le cardinal Masarin, qui voua les envoie, les pro- 
visions de M' de Harollos ; c'est l'œuvre de vos mains ; je prie 
Dieu que vous en demeuriés bien content ; le pauvre M'' d'Es- 
pcnan demeurera seul sans la rescompensse deue à ses mâiiles, 
ils en ont peu d'esgals ; je prie Dieu luy donner patience. Pour 
moy, quoyque vos résolutions soient oracles, je ne lairray de 
vous donner deus conseils : l'un, de n'entreprendre de œste 
campagne, quoy que l'on vous dise, aucun siège considérable: 
l'autre, que si vous n'avés asteurcs un gouvernement avec un 
solide establissement, vous estes ruiné pour jamais; voslre 
réputation et vos services parlent pour vous, et trop tarder 
pert tout. Tbionville, que l'on baille à HaroUes et qui se rendra 
par la pais, et l'oBce de mareschal de France qu'aura U'Gassion, 
qu'il mérite, quoyque par vostre faveur, ne sont rien de solide 
pour vous ; songes y et m'en mandés vos avis et ce que trouvés 
bon de foire asieures, et si voua voulés aller avec l'armée, après 
avoir avec tout loisir mis ordre à Tbionville, en toustes les 
petites places voisines, comme Cirq (Sierck),Longoui [Long^^-y], 
Malatour* et antres de ceslo nature, ou bien, si avant celu 

1. Vwutin (LHtrti pHbUu* par M. Ckinut) icrit B«l»bst; U. le Ptinco 
et IL U Duc hiiiraiit BeUebil ou Beilebei. Le meiugat doot il «1 li iDuvenl 
qneilioD <Uiii !« d«p«chM de 1S48 et 1S44 n'«*t-il pai l'ilde de camp Belle- 
bat. doilMsS jdllMlSlS. O^uion innonce li mort deianl Maidick (A. C.)f 
— Le nom de Meabil Mail port* alon pii Hannlt de LHoipitil, qei «Uil 
■mi do duc de Namoun et fui coamillcr au pirlamsnt eu 1BS3. 

9. Uin-b-Touc. 1 14 kiLamiliei de Uelz. 



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HA PIËCRS ET DOCUMENTS. 

vous voulés venir faire un tour à la court, je m'en remclâ à 
voslre prudence. J'escris le surplus à M' Girard ; voiéâ sa lettre 
et y mettes ordre... A C. 

H. LB PRINCE A GIRARD. 



Monsieur Girart, j'escris à mon fils ma joie de sa prospérilé; 
je luy donne mes conseils (il leg suivra s'il veust] sur ce qu'il 
doil faire asteures. S'Use résout â venir icy, je désire fort que 
soies de la partie. Je me recommande au père Heusnier; J'ay 
receu vos lettres de H" de Bèltdiat et BoisdauGn. On envoie 
à mon Sis pour MaroUes les provisions de Thionville ; c'est 
une grande joie ciiés Monsieur qu'il aie eu ce gouvernement; 
hier M' du Fargis, qui est à luy, soHcitoit cbés V Le Tellier 
son expédition qu'il m'a voulu envoier, mais que j'ay renvmée 
& M' le cardinal Hasarin qui l'envoie à mon fils. Ledit Marolks 
est propre neveu de mondit S' du Fai^, et frère d'ane 
fille de la Reine que M' le marquis d'Espoisses recherche en 
mai'iage '. 

J'attans La Roussièra avec impatience et sub estonné que 
mon fils ne m'aie rien escrit sur l'acouchement de sa femme 
et de son Sis; c'est le plus bel enfant du monde et une béné- 
diction de Dieu incomparable ; faut l'en remercier, en lùen 
user, et airoer sa femme qui est bonne, vertueuse, et hrtt qui 
luy donnera de très beaus enfans; elle a eu la fièvre, un mot 
de la main de son mari la guérira. 

La fin de ma lettre c'est l'ai^enl; on dit icy qne mon fils ne 
l'espargne pas... A. C. 

e nurquïi d'BipoliaVi 
1< BrancM, doc da VilUn. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



H. LB PRINCK A U. LB DUC. 



Pui>, 14 aofti Ifria. 

Mon fils, je vous ay dès hier escrit par ce mesme porteur; 
vous verres ma lettre ; je u'ay rien à vous mander, sinon que 
je suis ravi qu'aies escrit à vostre femme; vostre fils est très 
beau et vous ressemble, eClesparans se réuniront tous II vous, 
el en France nulle autre alianc« n'est si bonne, croies moy; 
quiquonque vous parlera autrement vous trompe. Vous aurés 
receu les lettres du gouvernement comme vous avés voulu, et 
|>ermissioa de venir icy; veoés quand le jugera à propos, et 
en résolution d'avoir rescompensse solide, ou vous ne Taures 
jamais, et caressés les gens de H' le duc de Brésé, et l'asseurés 
de vostre protection; rien au monde ne vous est si important. 
J'ay entrelenn La Roussière et Tourville; gardés vous des 
HaleuTs; tout est en jalouùe de vous; la Reine seule et M' le 
cardinal Masarin monstrent joie de vos prospérités; pour moy, 
je vous dis, tout despant de vostre conduite... A. C, 



Camp de Thionvllls, 15 lOAt 1S43. 

Je vous envoie Testât de la garnison que j'ay mise dens 
Thionville, et vous prie de faire pourvoir promplement à son 
entretien et à la levée d'un régiment de SO compagnies pour 
M' de Harolles et d'un de dis pour M' de (^mpels. Je viens 
d'avoir advis que don Francisco de Mêles s'approche de deçà ; 
il passe aussy des trouppes d'Allemagne, et le duc de Lorreine 
s'advance. J'ay escrit à M' de Guébriant pour sçavoir de ces 
nouvelles et ce qu'il prêtent faire. J'ay pris jour avec M' d'An- 
goulesme pour le voir et nous entretenir de ce que nous pourons 
faire; je vous en doneray incontinent advis; cependent je faicts 



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bit PIÈCES ET DOCUMENTS. 

Iravaillier incessament aus brèches et au rasemetit des lignes. 
aQn d'esire au plus tost libre d'agir suivant co qu'où ann 
résolu. Je croy estre oblif^ de vous tesmoiguer avec quelle 
affection et capacité H' d'Espenan a servy dans se siège; cer- 
lènemenl il y a si fort contribué que je ne tous s^aurois as^ 
dire l'obligation que je luy en ay; je vous supplie me vouloir 
aider à faire recognoistre so.s servif«s en luy fesant avoir un 
brevet ou promesse d'estre faicl chevalier de l'ordre à la pre- 
mière proinossion ; c'est une marque d'honneur qu'il snuhaitte 
et que vous m'obligerés de luy procurer ; je voua supplie donc 
en vouloir parler à la Royne avec affection... A. C. 



II. LE Dl'G A MONSIEUB. 

(.'omp de ThiDDTilla, IS MAI IM3. 

Le S' de HaseroUes ' vous dira Testât auquel nous sommes 
et celuy des ennemis. J'ay pris jour avec H' d'Augoulesme 
pour nous entretenir tou<^enl ce que nous Jugerons importenl 
pour le service du Roy ; je ne manqueray de vous en inrramer 
aussytost pour recevoir là-dessus vos ordres. H' d'Espenan a 
» bien servy cette campagne et à la bataillie et pendent ce 
siège, qu'il mérite bien que vous songiés a recognoistre ses 
services par quelque marque d'honneur; j'ay prié H' mon père 
de vous en parler ; je vous Supplie do l'obliger en ce rencontre, 
puisque je prens très grande part en ce qui le touche. Je vous 
conjure aussy, Monseigneur, de me continuer l'honoeur de 
vos bonnes grâces , puisque je suis avec inclination et res- 
pect... A. C. 

1. Luu'l du Pai, maréchal de camp an 1618. 



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PIÈCES ET DOCUHEHTS. ^3 

H. LE UU^ A MAZAHIN. 

UetI, IS tout ISI3. 

J'oâtois venu en œtte ville, suivant ce que je voua avois 
maDdé, pour ni'entretenir avec SI' d'Angoulesme des choses 
que nous esiimerions k propos de faire pour le service du Roy ; 
mab les gouttes l'aianls pris là-dessus, il n'a pou s'y- randro 
et m'a envoie M' de Quincô pour scavoir mes résolutions. Nous 
nous sommes donc touts assemblés icy avec H' de Ransault, 
et touts d'un commun avis avons jugé et résolu qu'il faloit 
diligenter la réparation des brèches et le rasement des lignes 
en sorte que dans sis ou sept Jours nous puissions partir pour 
aler visiter Bec auprès de Luiambourg et l'obliger à se retirer 
ou à s'enfermer dans une place, et cepondent prendre Cire 
(Sierck), et puis voir si on pouroit eslablir quelques trouppes 
en quartier sur la rivière do Sare, et au retour prendre Loogouy ; 
le tout au cas qu'il n'arive point aus enemisd'aultreetronppes 
que celles qu'ils ont. Cela estant, je ponrois après cela m'en 
aler à Paris donner un peu ordre à mes affaires, desquèles je 
vous supplie d'avoir soing en mon absence et à mes intérêts. 

Si nous prenons Cire et que vous vouliés nous envoior Bo- 
jency, je seray. ravy qu'il en aie le gouvernement; c'est un 
fort brave garson, et que vous forés bien si vous l'obligés en 
ce rencontre. Suivant ce que vous m'aviés mandé, j'avoia mis 
la gûamison dans Thionville et y avois estably M' de Harolles 
pour gouverneur et le sieur de Campels pour lioutenaot-de- 
roy; despuis j'ay receu une lettre du Itoy par laquelle il me 
mande qu'il a donné cette lieutenance à La Plaine; cependent 
l'autre est en exercice par mon ordre. Je vous prie de vouloir 
faire changer cela, car ce seroit me faire un espèce d'affront 
de desposséder celuy que j'y ay mis; c'est un très brave 
gentilhomme. Pour La Plaine, il est vray qu'il mérilte cela et 
quelque chose déplus; maison treuvera bien moien de l'obliger 



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5H PIÈCES ET DOCUUENTS. 

eo quelque anltre chose; Perseval avoit uue pentiou de deu$ 
mil francs ; si vous la luy voulés faire avoir, vous in'<ritiligerés. 
Je vous rends mil grftces du brevet de M' de llarolles et de 
celuy de H' de Hauvilly. Je vous conjure, Housieur, de me 
continuer l'amitiâ que vous me portés et je vous asseure que 
vous treuverés en moy un amy très fîdelle et que Je vous femy 
paroislre en louttes occasions que je suis dans vos intérêts 
tout àfaici... G. P. 



M. LB DUC A SON PÈIB. 

Meli, 19 août Ift43. 

J'ay receu la letlre que vous m'avôs faict l'honneur de 
m'escrire par H' du Soquet et vous suis inGniment oblige des 
tesmoignages que vous me donnés de vostre amitié. Je vous 
diray. Monsieur, pour responce à ce que vous me mandés, 
que je souhaitterois avec passion pouvoir m'an retourner auprès 
de vous dès k cet heure ; mais je croy que je ne le puis pas 
encor faire avec honneur ny mesme pour le bien du service ; 
ce sera pourtant le plus lost que je pouray. J'escris à M' La 
Teltier le résultat du conseil que nous avons tenu icy; il vous 
le communiquera ; et moy, aussylost que je le pouiay, je par- 
liray pour me randre aupprès de vous... A. G. 



UUI^BUNT A H. LS DUC. 

Cmip d« WillrtsU, 1» uU IM3. 

J'ay receu la lestre qu'il a pieu il Vostre Aliesse me Eure 
l'honneur de m'escrire, et appris par icelle avecq un estresnoe 
contentement la prise de Thionville. C'est la plus glwiense 
suilEe de prospéiités qui se soit encore veue et que je prie 
Dieu de continuer très longuement à V. A. — Elle aura veu 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. îiSà 

par la dernière que je me suis donné l'honneur de luy escrire 
les nouvelles que j'av ois de la séparation du duc Cliartes d'avecq 
les Bavarois, et comme l'on m'asseuroit qu'il passeroil le Rhin. 
Depuis j'ay bien eu toutle certitude de leur séparation, mais 
non dn passage du Rtûn, quy m'a Taict aussy retarder jusques 
icy de m'advansser en deçii, comme j'ay fsict depuis trois 
jours. Sy les Bavarois eussent entrepris de marcher contre 
Vostre Allesse, je la supplie très humblement de croire que 
je n'anrois pas manqué de me trouver en lieu d'exécuter ses 
commandemenlz i^us tosl qu'ils n'auroient sceu s'opposer b ses 
desseings; mais ilz n'ont pas seulement tesmoigné en avoir la 
penssée et se sont Tort plainte de ce que le duc Charles les 
quitloit. Puisque V. A. me l'a commandé, je luy envoyé M' de 
Rocqueservière, général-major de l'armée du Roy, très bien in- 
Tormë des aETaires de deçà. Sy, sur la relation qu'il aura l'hon- 
neur de luy en fayre, Vostre Altesse a agréable de faire un 
desseing et de me commander ce qu'elle voudra que j'y Tace, 
je ne manqueray pas d'apporter toulz mes soings pour exécuter 
ses conunandementz.,. A. C. 

M. LE DUC A SOIS PÈHB. 

Thionville, W >oat 1B43. 

M' le Vidasme m'a dit qu'on les persécutoit à la court dessus 
le gouvernement de Picardie; vous slaves. Monsieur, que 
c'est une maison qui vous est toute aquise et b moy aussy ; 
je vous prie les vouloir obliger en ce rencontre... A. C. 



M. LB PBI.-4CI A H. LE DUC. 



Hon lits, vous aprendrés par le S' de Tourville toustes nou- 
velles, sur quoy avec vostre prudence ordinaire vous prendrés 



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B56 PIÈCES ET DOCUMENTS, 

vos l'ésolutioDs. M' d'Espenan aura quelque jour besoin dv 
vous en quelque dkose plus impoitsnie que le cordon bleu; 
c'est pourquoy je Teray ceate affaire là pour luy avec fadlilé. 
réservant vostre recommandation pour une meilleure. 

Je Teray pour le S' de Grignao ce que je pounré; je feray 
pour les Suisses ce que je . pourré. J'ay sceu avec desplaisir 
que, dès que Lescot a esté morl, selon la justice voos n'avez 
pas donné â Desroches la lieutenance de vos gardes; elle est 
à luy de droit et de justice; il est gentilhomme de bon lieu 
et fort vaillant, nourri de ma main, et recommandé de moy; 
je croy que La Crois ou tout autre qui la demanderait s'en re- 
pentiroit, car, puisque c'est chose deue, on ne peut l'oster 
sansafront à Desrocbes'. Je vous prie que d'avoir esté donné 
de ma main ne luy nuise près de vous. Vous poavés dtoisir 
un escuier et un ensseigne des gardes tels qu'il vous plaira, 
pourveu que catholiques; il est bien vray qu'il faudra un 
escuier et une escuirie pour un homme de vaingt mille Uvtk 
de rente, si en prenés un de ceste estofe. Tourville vous dira 
le reste... A. C. 

OUÉBaiANT A M. L8 DL'C. 

Camp do Willilall, M auat IMS. 

Ayant eu advbdeM'do Bourdonné que les demiàres leatres 
que je m'estois douné l'honneur d'escrire à Voslre Altesse 
avoienl esté prises par les ennemys et qu'elle endéziroitscavoir 
le contenu, je vous diray, Monsigneur, que par icelles je 
donnois advis à V. A. de la séparation duducCbaiies d'avecq 
les Bavarois, que Je creignois que ce Tust en intention dépasser 
le Rhin et de se joindre aux Espagnols sur la Hoielle pour 
aller apprés contre V. A., qu'aussytost que j'en serais bien 
asseuré je m'advansserois à l'instant sur le Rhin, et y ferots 

I. Unrochct ramplafi LeKOl. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. N>7 

bsatir un pont pour y attendre les commaDdemenlz de V. A., 
(jue j'exécuterois punctuellement , soit en luy menant les dix 
vieiilx régimentz de cavallerj'e de ceste armée, soit l'année 
entière sy elle jugeoit en avoir twsoing et qu'elle me le com- 
mandast. V. A. sçaura de N' de Rocqneservières l'eslat dos 
affaires de deçà depuis qu'il en est party, et comme j'ay desjï 
trouvé les ennemys au posta que je voulois occuper, et la ré- 
solution que i'ay prise, attendant son retour d'aupprès de 
V. A. et des nouvelles de la cour où j'envoye demain M' de 
Tracy. Sy V. A. commandoit à W de Rocqueservtèrcs de s'y 
en aller avecq quelqu'un des siens, ilz s'y rencontreroienttout/. 
enssemble... A. C. 



M. LB PHIKCB A GIRABO. 



Monsieur Girart, je vous renvoie, pour rendre à mon Tils, 
les m)is lettres par luy escrites en faveur de M' d'Espenan 
pour l'ordre du S' Esprit ; j'ay fait ceste affaire sans donner ses 
lettres, réservant pour luy la recommandation de mon fils en 
chose de plus grande importance ; monstres cocy à M' d'Espenan 
et l'asseurés de mon service; je le prie de me continuer et à 
mon Rb son afection , nonobstant le juste sujet qu'il a du 
contraire. Dittes h Savigny que je suis ravi qu'il soit capi- 
taine. Je suis bien aise que H' de Uauvilly soit en brevet sei^ 
gent de bataille ; on avoit voulu avoir cela sans m'en parler ; 
mais H' Le Tnllier s'est moqué de ceste poursuite que l'on 
faisoit en desceu de moy, jusques h ce qu'il m'en aie eu parlé. 
Je guis très marri de la mort de Cbimpagne. J'ay receu une 
lettre de mon fils en faveur du frère de M' de Perseval. Donnés 
ma lettre à M' d'E^nan... A. C. 



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55» PIÈCES ET DOCUMENTS. 

BECK A M. LE DDC. 

LuiemtKHug, 13 aoU IftIS. 

Je voids, par celle qu'il plaist à V. A. nt'escrire en date du 
jour d'hier, qu'elle se formalise sur l'advîs qu'elle dicl ê\oa 
que je faisoia refus de renvoyer les soldatz suisses taita pri- 
sonnière par nos parties, menaçant de faire le mesme traicte- 
ment à tous les prisonniers quy sont en son pouvoir de la 
batlaille de Rocroix, comme aussy ceuU quy sont à pr^seol 
aoubz ma chai^ ; à quoy je serais très mary de donner le 
moindre subject, croyant que, si V. A. estoit informée de mon 
procédé envers les prisonniers, eUe en auroit une aultre meil- 
leure opinion, l'asseurant que je ne permects en nulle fofon, 
moings voudroiâ-je moy-mesme, commettre la moindre incivi- 
lité contre la régule de la guerre, n'en ayant encores jusque» 
astbeures refusé de renvoyer le moindre prisonnier de ceuli 
qui sont venuz en mon pouvoir, pour leur rançon ordinaire ou 
bien en eschange. Des Suisses, il ne se trouve entre tous les 
prisonniers que j'ay icy qu'un garson, lequel, quand il plain 
ti V. A. envoyerquérirlesditsaultres prisonniers, je renvoyerav 
aussy; et si j'avois des Suisses, il me semble qu'avecq bonne 
et juste raison je pourrois faire refus de les renvoyer, ne 
doublant que V. A. sçayt très bien les concordais, qu'il y a 
encores depuis n'a guerres renouveliez entre les cantons des 
Suisses, la maison d'Austriche, et le Roy mon maislre, que 
«eulx quy servent à la courronne de France n'ayent i porter 
armes ny servir hors du royaume de France; il est bien vra; 
qu'il y a eu quelques-uns quy se sont venuï rendre, et aulcnns 
faicts prisonniers, lesqueh ont désiré de retourner chez euli. 
donton leur a donné saure-conduict et toute assistance, croyant 
la générosité de V. A. (elle, qu'elle ne voudra permectrv que 
sur un sinistre rapport on traicte pis les prisonniers de In bal- 
tailte qn'Uz ne sont desjà , dont ilz fÏHit assez des plaioctef . et 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 609 

espère qu'elle mettra tel ordre qu'ilz ne seront Iraiclez autre- 
roeal que plus de qustire mille que j'ay eu en mon pouvoir au 
secours de ThioDville en l'an 1639, comme aossy l'année passée 
à HOQcourt (Honnecourt) ; mais pour ce que V. A. me dict de 
ceulx qny sont soubz ma charge, elle en usera comme pour un 
meilleur elle trouvera convenir, et pour moy je n'ay autre 
désir que de me conformer i tout ce que la civilité de la guerre 
pennette... A. C. 

H. LE PRINCE A H. LE nUC. 

Siinl-Uinr, M iiiiftl 1S13. 

Hon Bis, j'ay receu vostre lellre du 19" aoust sur laquelle 
je n'ay rien du tout ï vous respondre, attendant de vous voir 
bientost, sans quoy je prévoy que vos affaires iront mal, que 
vos services seront peu reconneus, vos alliés et amis, comme 
H' de Brésé et de Cliaune, mal traités, et vos ennemis avancés ; 
je m'opose autant que je puis et propose h H' le cardinal Hasarin, 
qui tesmoigne vous vouloir servir, vos solides intérests; mais 
tout cela, sans vostre présence et une pourssuite pressée par 
vous et une généreuse oposition â l'avancement de nos enne- 
mis et conservation de nos parons et amis, ne servira de rien ; 
voies la lettre que j'escris h H' Girart et en faites ce.qu'il vous 
plaira 



J'avois escril celle de l'autre part hier à S' Maur, d'où estant 
revenu aujourd'liuy j'ay apris le résultat de vostre conseil, sur 
quoy je me remets à vostrejngementde faire ce qu'il vous plaira 
selon que verres les occasions, vous mettant quatre clioses 
devant les yeus : la première, de bien finir et n'entreprendre 
plostost rien que d'hasarder chose qui ne vous réus-isse pas ; 
la 2*, que, si vous n'avés rescompensse solide de vos services 



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500 PIËCKS ET DOCUMENTS. 

bientost, vous coures fortune de ne rien avoir; la 3*, que mu 
ennemis pressent leurs affaires que voslre présence troublera 
bien fort; la i', de ne pas abandonuer par vostre absence vos 
alliés et amis que l'on attaque ouvertement. J'adjouste que 
vostre beau-frère • a pris sis vaisseaua ennemis don[ il y en a 
trois Dunquerquois , et a pris tousies les munitions que l'oa 
nienoit à Roses: je feray valoir ce service tant que je ponrré. 
Je suis ravi de la bonne lettre qu'avéa escrit à vostre femme; 
Dieu vous bénira de l'aimer, car elle est bonne; vostre Bis 
vous ressemble bien fort et vous serés ravi de le voir. Conser- 
vés vostre perssonne et vostre santé; Dieu veuille vous pro- 
téger dnng tant de périls, et icy contre mille eovieas qui ne 
landoDtqu'â vous perdre. A. C. 



V. LB DUC A BOy PEBB. 



Je viens d'apprendre avec un regret eitrCme que la blesseure 
de U' de Gassion vat fort mal et mesme qu'il court risque de 
mourir; je vous supplie en ce cas vouloir faire avoir sa cbai;ge* 
â M' d'Aumont; c'est une personne qui le méritle et de pins 
qui est mon amy au dernier point; si vous le serves en ce ren- 
conlre, je vous en seray très sensiblement obligé... A. C. 

H. I.B DUC A MAZAHIN. 



H' de La Trousse ' vous dira l'esut de touttes choses et les 
résolutions que nous avons prises avec H'' d'Angoulesme, Testât 

I. L'tmir*! ATmiod, duc di Bréié. 

>. Oiiinii iTiil Is llauteitncs Kéaénls de Tounini?. 

3. L« mtrquit da )■ Trouns éuit colonel de Li Uirina (TOir psge ST>. 



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PIECES ET DOCUMENTS. 561 

des ennemis et celay de nostre armée. J'ay receu des lettres 
de H' de Guébriaot pir lesquelles il me mande avoir dessain 
de passer le Rbein ; je croy que cela seroit très préjudiciable au 
service du Roy en Allemagne, parce que les Bavarois demeur»- 
roient libres ou d'aler ii TorleasoD, ou de jmseï en deçà, ce 
(|ui ruinerait absolument l'Alsace ; je croy que, pour remédier 
k cela, il seroit appropos, par le moîen des embassadeurs de 
Suède et de Madame la Landgrave, faire que les trouppes de 
Conismar (Ki>nigsmarck) et celles de Hesse s'approchent du 
Hein pour divertir les forces de Bavière, pendent que par la 
prise de Cire (Sierck) et Longouy (Longwy) nous pourons 
appeler celles deLoraineen deçà; r«la estant, je ra'asseure 
que H' de GnébrianI sera assés fort pour entrer dens leur péïs 
et essaier d'establir ses quartiers d'hiver; pour moy, je tascheray 
de faire subsister les trouppes le plus longtemps que je poiiray 
dans le péïs ennemy et vous manderay très souvent de mes 
nouvelles. Je vous conjure cependeat d'avoir soin de me bien 
maintenir aus bonnes grâces de la Boyne, qui e^t la seule 
chose an monde que je soubaitte. Je vous recommande aussy 
les intérêts de M' de La Trousse, et vous supplie de vouloir 
faire recognoistre ses services d'une charge de marescbal de 
camp. Si vous voulés aussy envoler icy M' de Nannoutier 

(Noirmouliers), j'en seray bien aise 

M' de Paluan m'a prié de treuver bon qu'il demandit un ré- 
giment de cavalerie à la Royne; je croy qu'on ne peut luy 
refuser et je vous asseure qu'il le fera très beau. Nous avMis 
dans l'armée deus compagnies qui sont b H" de Courtomer 
qu'on luy poura donner; elles ne sont dans aucun régi- 
ment. Si j'osois encor vous supplier de faire quelque chose 
pour Paluan, je le ferois de tout mon cœur; vous sçavés son 
méritle, et il est fort voslre serviteur, mais outre cela il est 
fort mon amy. C. P. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



U. LK ptUXCB Jl 



Mon fils, j'ay receu 4 de vos lettres des t3, iO, Si et 13. Je 
feray ce que je pourré pour l'araire de M' de Nouveau que me 
recommeDdés au conseil. Jo travaille à celle de M' de Chosoe 
[Chaulnes] et de M' le Vidame, son fils, comme je dois, mais 
elle va mal. Le courier de H' d'Aumont avec vostre lettre 
du !8 est arrivé longtemps devant celuy de M' d'Espenan ny 
Yostre lettre du S4. Geste lieutenance de TonraiDe est desjt 
demandée par 10 hommes; je ne Isîrray d'en parler pour 
U' d'£spenan, mais J'en ay mauvaise espérance; Fourilles', 
qui l'a demandée, y a bonne part. J'ay fait et feray pour 
H' d'Aumont ce que je pourré, si U' Gassion meurt; je ne vous 
asseure de rien; force gens poursuivent cesle cfaai^. Je ne 
vous puis dire mon désespoir si M' de Gaston meurt; c'est 
une perte inesUmable pour la France, mats surtout pour vous 
et pour moy. S'il ^-it, asseurés le de mon service... Icy tout 
le monde fait ses affaires, hors vous; songes y sérieusement. 
A. C. 

GCiBRIÀNT A M. LE DtC. 

SnlBfn, 1 Kptanbn IMS. 

Yostre Altesse m'ayant faict l'honneur de me faire bien par- 
ticulièrement sçavoir, par M' de Rocqueservières, â quoy elle 
avoit résolu d'occuper à présent son armée, et m' estant trouvé 
obligé de repasser le Rhin avecq celle-cy, j'ay creu que je ne 
debvcns pas Urder davantage ii en donner advis à Vostre At- 
teste; et comme sans un grand secours, et que je recogoois 

QTllle*, pin de Pourillei tut > 



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PIËCES ET DOCUMENTS. b63 

bien qu'il sera Irès difficile de m'envoyer, il ne me sera poînct 
possible de pousser un puissant ennemy, favorisé de touttes 
SPS plasses, et quy reçoit lousjours quelque nouveau secours 
d'hommes ou de chevauls pour remonter ses retires, j'ay prié 
M' de Tracy d'en aller rendre compte à la Beyne et à Messieurs 
les ministres, et de me rapporter le plus promptement qu'il se 
poura les ordres de Sa Majesté. S'ilz estoient, Monsigneur, de 
m'approcber de Voslre Altesse, je m'estimerois très heureux 
de tuy pouvoir lesmoigner, par mes respectz et mon obéissance, 
la vérité des asseuransses que mon cousin de Tourville a 
dODDées k VostreAltes.se de mes très humbles services... 
A. C. 

H. LE duc: a son pèHB. 



J'envoie Rabateliëre h Paris porter nouvelle de la prise du 
Urc-, c'est une place absolument mauvaise et qui ne se peut 
quasy deffendre; je croy qu'il seroit bien appropos de la raser; 
si on le veut à la cour, je vous prie de m'en donner l'ordre. 
Il vous dira ce que nous alons faire. J'ay laissé le régiment de 
Colas (Kolbass] dans Ciic, attendent les ordres de la court; si 
on veut le garder, il fauJt donner ordre à la subsistance de ce 
régiment... A. G. 

H. LE PKINCB A M. LE UltC '. 

Paris, 1 icplambra lOIS. 

Mon nis, le S' de Bellebat vous aprendra [ousles les nou- 
velles de ta court et aussi des miennes ; je vous prie le croire. 
Je prie Dieu de bénir vos volages, vos dessains et vos conseils 

1. ■ A mon Hli, Montiem 1* duc d'Angaien, géDénl de l'armée du Rojr, oli 



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Mi PIÈCES ET DOCUMENTS. 

ol conseillers; pour inoy, je vous désire icvpour vosiotérests; 
vous Terés ce qu'il vous plaira. On ne parie icy que de vos 
prodigalités, profusions et Jibérallités iunlillea; faudrait avant 
cela paier H' de Longueville. Dieu vous veuille inspirer de 
solides penssées, non des vanités sans profit', jngés de tont 
par l'intérest de cens qui le Tout faire, qui ne s'oublient pas 
icy en leurs voiages, et auprès devousjecrob qu'ils en feront 
de mesme... A. C. 

H. LE PBINCB A GIRÀIID. 

Paiji, 7 Mplwnbn 1(43. 

Monsieur Girart, j'escris à mon fils et n'ay rien à vous 
mander, sinon que son aident ne durera guères; c'est un 
goufre de prodigalité et vanité inouïe; maudits les conseillers 
qui en sont cause. Au moini qu'on paie il' de Longueville. 
Tourville est fort libéral du bien d'autray ; gare les Normans. 

J'ay rocuu la vostre du 30* aoust; je n'ay rien à vous y 
respondre sur le si^et de Campels, car on veust miinteDir La 
Pleine. Jo baise tes mains & H' Gassion ; je prie Dieu le guérir 
bieniost, et Salvert * aussi, h. qui je me recommande. Dittes > 
H' Gassion que H' de Turenne revient bientost avec congé ; 
ainssi ils seront bientost tous deus maroschaus de ^aore. 
A. C 



J'envoie H' d'Espenan devant pour avoir l'honneur de vous 
voir et vous entretenir 'de quelque chose qui m'importe aa 
dernier point; je vous supplie d'en avoir soin... A, C. 

I. OCBcindn guiei do M. la Dae. 



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PIÈCES ET DOCOHENTS. 



LA MOOSSATK A H. LE D 



Parii, Npiembre ISU. 

J'ay (roavé icy les uhoses sy changées que j'aurois bien de 
la peioe à inslruire V. A. de lout ; mais je luy diray seulemeut 
(|ue tODS vos eomplimens ont esté receus i merveille. La Reine 
m'a tesraoygné des sentimens d'amitié très grands pour vous, 
et M' le cardinal Masarin m'a donné led dernières ajseurances 
de liaison à vos intérêts et m'a coulé touttes les intrigues de 
l'assasinat qu'on luy vouloit faire ; je luy a fait les offres que 
V. A. m'avait commandé, à quoy il a respondu avec toutes les 
apparances imaginables de franchise. Bref, Alonseigneur, j'ay 
trouvé tout porté icy h vous recevoir comme vous le sauriés 
dé^rer; il n'y a que le passage des trouppesen Alemagnequi 
leur faici souhaiter le séjour de V. A. encore pour quelque 
temps à l'armée. J'ay représenté b H. lecardinal Masarin toutes 
les difficultés qu'il y a là-dessus. Je croy que nous aurons 
bicntost icy quelqu'un exprès de vostre part pour parler de 
cela. Au reste, Monseigneur, vous avés acquis icy des servi- 
teurs que vous n'avés jamais veus, et mille personnes qui 
m'estoient inconnues viennent me faire des eomplimens pour 
vous comme vos créatures. Comme j'escrivois ceste lettre, on 
m'a dit qu'Espenan estait arrivé de vostre part; je le suis aie 
trouver, et il m'a apris que V. A. vient ; cela réjouira bien du 
monde; je n'ay eu loisir que de l'entretenir un moment. M^'le 
Prince vous renvoyé Laré et m'a dit qu'il vous mandoil lestât 
de tontes choses; mais je m'advanceray une journée pour vous 
dire mille choses que j'ay apprises, qui ne seront point inu- 
liles... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



LE TELLIEH À 1 



La Royne, ayaDl apphus par le retour de U' de La Houssaie 
que V. A. avoit résolu de mettre les troupes en quartier pour 
puis après prendre le temps de faire un tour à la cour, m'a 
commandé de vous envoyer ce courrier en diligence pour tous 
rendre sa despesche cy-joincte par laquelle vous congnoistrez 
combien Sa Majesté peut avoir à cœur le voyage qui vons a 
esté proposé par M' de Tracy ; et en vérité. Monseigneur, noui: 
n'aurons pas moyen de nous prévaloir des advantages que V. A. 
a acquis h cet Estât par vos grandes actions pendant c«tte 
campagne, sy oa ne restablist la réputation des armes du Roy 
enAUemagne, oùlos choses sont considérées par loutle l'Europe 
beaucoup plus qu'elles ne sont aillieurs, et où on va com- 
mencer la négotiaiion de la paix dans laquelle les forces que 
nous aurons sur pied de ce cost^ là seront les meilleures rai- 
sons dont se pourront servir Messieurs les Plénipotentiaires 
pour persuader les Espagnolz de consentir k une paix raison- 
nable. Je désire que vostre voiage soit comblé de toulte sorte 
de bonheur... A. C. 

u'auhont a m. lb duc. 

SapUmbn tSI3. 

La quantité do couriers qui ont assés hautement desdaré le 
voiage de Vostre Altesse en Allemagne fait que les trouppes 
n'en douptent plus, et je les i voi résolues ; il n'i a qu'une diffi- 
culté, laquelle vous jugés bien, qui est une borible nécessilé 

1, Cstls IMn n'a pu ttn temÎM 1 H, 1« Duc qa'iprïa non irrités 1 Pirit 
(Voie fam» IV, pagei Stl-ltS, ot U noM de la pags îte). Rappaloni qa'an 
no r«tn>uTe pti ici pliisinn piècea dont loi ditea ei païugei «HnlteL* uni 
roproduiU dui 1< [«ite. 



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PIECES ET DOCUMENTS. 5ST 

parmi les officiers, eljecroi, moienentqne Vostre Altesse leur 
fece dooer un peu d'aide, que Iou3 irons guaiment; en mon 
particulier, si Vostre Altesse a jetlé les ieiis sur moi pour 
avoir l'honeur d'en estre, elle scait Testât auquel je suis après 
une assés rude campagne pour la despance; néanmoias, si le 
Roy ne m'aide, il faudra que la Tame et les frères contribuent 
pour vostre service à ce que je puisse tesmoigner combien... 
A. C. 

K. LE DUC K SON PÈRB. 

B«T, S octobre 1543. 

Je suis arivé en cette ville le i' da ce mois en très bonne 
sancté, Dieu mercy; j'y ay treuvé les troappes assés bieo dis- 
posées à faire le volage. Nous commencerons nostre marche 
jeudy et j'espère qu'elle sera plus courte que nous ne l'espé- 
rions. Je vous supplie de presser la dernière demy monstre 
queMoDsieurlecardinalUazarinm'apromise pour mes trouppes, 
et faire en sorte qu'on me l'envoie icy devant mon despart ; 
'je vous supplie aussy me faire envoier les ordres pour les 
quartiers d'hiver; je ne maoqueray pas, Monsieur, incontinent 
que cecy sera acbevé, de me rendre auprès de vous... 
A. C. 



Je vous envoie le S' de Campels pour vous donner advis du 
passage des trouppes destinées pour l'Allemagne en Alsace 
au meillieur estai du monde; j'ay chargé AI' de Choisy d'en 
envoier les extrés â la court, par lesquels vous recognoistrés 
que je n'ay pas peu apporté de soin à les minlenir. Je suis 
venu jusque icy pour résoudre avec H' de Guébrian le passage 
du Rhin :J'es{>ère que ce sera bientost; cependent j'ay laissé 
U' d'Espenan à l'armée avec ordre de marcher du costé du 



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H« PIÈCES ET DOCUMENTS. 

Basigoy, et moy je l'iray rejoindre an plus tost. Je veus prie 
de nous envoier nostre demy montre an plus lest à Langre oa 
à Cliaumoat et nos quartiers; cela faict, je m'en relourneny à 
Paris incontinent; je vous conjure. Monsieur, de me cooserrer 
l'boDneur de vos bonnes grâces... A. C. 



J'envoie Tourville vous porter advis du passage des troupjtes 
delà le Rhein au meillieur estât du monde; les ennemis se 
rclrandient, qui est une marque qu'ils se seorent bien infé- 
rieurs; j'espère dans douze ou treise jours an plus tard avoir 
riionneur d'eslre auprès de vous; je remets k Tourville de vous 
dire les particularités de nostre voiage 

Je viens d'avoir advis que lo général major Rose, despuis le 
passage du Hhein, a deffaict deus régiments aus ennemis; mais 
je ne vous le donne pas encor pour bien asseuré. On nous 
asseure aussy que Conismarc(Kooigsn]arck), suédois, a deffaict 
le général Cracau (?), impérial, entièrement et qu'il l'a pris 
prisonier... A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



LIVRE IV, CHAPITBES IV ET V. 

Décïinbn 1M3. — Aolkl 1044. 



Cognois^nt cette armée comme vous faites, il suftit de vous 
dire que, de dix brigades, quatre sont entièrement perdues 
dans Rotweil; pour la cavallerie, outre les trois rég[imenU] 
qui ont este battus avec Rose, deux ont beaucoup pâti à cette 
retraite ; ils ont sauvé touts quelques chevaux de bagage, mais 
pas un chariot; pour des cavallierâ, il ni en a que peu parmi 
les ennemis, que j'espère de ravoir. Pour l'armée de H' de 
Ransau, les ennemis ont Tait prendre parti il toute l'infanterie], 
de sorte qu'il n'i aura à racheter que les hauts officiers, dont 
chaque génénl des ennemis a pris sa part; celui que j'ai en- 
voie pour en savoir des nouvelles n'est pas encores de retour. 
Tout l'équipage d'artillerie de la vielle armée est aussi eniière- 
ment pris; ce qu'il y a de meillieur est qu'il y rest« beaucoup 
de cavalliers à pied, que J'espère que l'on remettra; quand on 
est ioy, on ne sçauroil parler que de ces choses là. Je vous 
suplie très humblement, Monseigneur, de me continuer 1 hon- 
neur de vostre souvenir et de vostre amitié 

J'ai renvoie ii' de Leschelle, n'i ayaitt point de place dans 
<!elle armée pour lui. Je vous suplie très humblement do 



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570 PIECES ET DOCCHENTS. 

voubtr continuer k prendre soin de lui comme vous avés eu 
la bonté de commencer. A. C. 



. LB DUO A MAZABIN, 



Les trois cent chevaus d'artiltierio doivent ariver demain, 
qui seront emploies selon le deslail dont M' de Lescbelle porte 
le mémoire. Les trouppes sont belles et en estât de senir; 
H' de Loschelle vous en dira le nocabre. La prompte jonctioD 
de H' de Marsin semble la cboso la plus nécessaire que noos 
aions â faire, soit pour ce qu'elle renforcera nostro armée et 
la mettra plus en estât de pouvoir entreprendre qu'elle n'est, 
soit aussy pour empesclier que ces trouppes là nedespérisseni; 
mais, comme olle est nécessaire, elle est aussy extrêmement 
difficile îi cause de la longue marche qu'il nous faudra entre- 
prendre par de continuels de&ilés sens se pouvoir passer de 
quelque canon, de beaucoup de charois de vivres et de quel- 
ques charettes de bagage, qu'on ne se peut empescher de 
laisser mener ans officiers pour porter de quoy manger; des 
ennemis assés considérables postés desjà sur le chemin, comme 
vous verres par les lettres de M' Faber, et qui se doutlent de 
notre dessin, pour ce qu'ils s^'avent que nous ne sommes pas 
en estât d'entreprendre rien de considérable sur leurs places, 
et que les trouppes de M*' de Marcin n'ont pas esté levées pour 
demeurer à Hastric et qu'elles ne doivent pas aler joindre les 
Essiens {troupes de HesseJ. C'est à vous à juger si c'est le 
lùen du service que j'entreprenne celte affaire on Testât où je 
suis, ou bien si je dois estre renforcé, parcequ'en tout je 
suivray vos sentiments. 

Je faits avertir M' de Marcin par quatre différentes voies 
de nostre résolution [je vous envoie la copie de la lettre 
que je luy escris),el le prie, comme vous verres, de me 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. S7l 

donner ses avis et me meDder jusque où il peut venir sens 
moy- et jusque où il veult que jo m'avence ; car je voy bien 
qu'il fault quejente résolve à pousser tout ce que jo treuveray 
devent moy. 

Le dessin que nous avions eu de divertir les trouppes des 
ennemis a eu l'efTecl qu'on pouvoit soubaitler, puisque la per- 
sonne de Bec, les régiments dont je vous ay desjii mandé It- 
nom, les trouppes de H' de Loreine et quelqueunes de celles 
d'Asfeld sont arestées tout court en Luxembourg et sur la 
Mozelle dens l'incerlitude de ce que jo dois entreprendre; et. 
pour fortifier leur jalousie, j'ay envoie à Mets faire préparer 
un pont de battcaus dont ils seront incontinent avertis, afin 
de ne pas attirer si tost sur moy les trouppes qui sont sur la 
Mozelle, quend je commenraray ma marche pour aler à M' de 
Harcin, quoyque l'esl oigne ment de H' de Turenne leur oslo 
beaucoup d'inquiétude pour Trèvo et Luxembourg. 

M' do Lescbelle, qui a esté avec des trouppes sur les lieus, 
vous dira le chemin qu'il fauR que je fasse pour ma marche; 
j'espère que nous en aurons bon succès; du moins je vous puis 
asseurer qu'il n'y a personne icy qui n'y aporto louts ses 
soins; pour mov, vous croies bien que je ne m'y espar- 
gneray pas. 

Vous m'aviés donné les régiments de Boury et Sirot pour 
servir avec moy ; mais comme je leur ay envoie ordre de 
marcher, on ne les a pa's trouvés au lieu ou vous m'aviés dit 
qu'ils seroienC, et on m'a dit qu'iLi esloient aies servir avec 
M'' d'Elbeuf. Cela m'a un peu surpris, parcequ'on ne m'en 
avoil point averti et parccque je n'y voiois pas grande néces- 
sité. Je croy qu'ils eussent servi aussi utilement icy que là. Le 
régiment de Chambres, qui est à S' Miel (Slihiel), est si prè* 
de nous que j'ay de la peine à croire qu'on le veuillie envoler 
servir sillieurs. Si vous avés dessin de nous fortifier, il peut 
nous joindre en trois heures. 

J'ay vcu voslre riment, duquel touttes les compagnies 



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bT2 PIÈCES ET DOCDMBNTS. 

n'estoient pasencor arivées et qui esbnt pourteot de plus de 
seize cent hommes, sens les officiers, aussi bons que deos les 
guardes; vous devés en estre très salisfaict, et je tous asseuie 
<iue c'est le meillieur régiment qu'à jamais j'aie veu. Je croy 
que si vous leur tesmoigniés en avoir satisfaction, cela leur 
donneroit eocor plus de courage de continuer i bien servir. 

Je vous prie de songer à nous envoio' promptement la 
monstre, et que le fonds soit complet, parceque les Irouppes 
sont fort bonnes. C. P. 



J'ay receu par le S' de Lcechelle la lettre que vous m'avés 
escritle; pour ce qui concerne noslre jonction avec H'' de 
Harcin, aussitost que vostre régiment et celuy du Havre seront 
arivés, nousl'enlreprendroas et j'espère que nous y réussirons. 
Les ennemis sont au mettme estât et dans les mesmes postes 
qu'ils estoient; c'est pourquoy j'espère qu'avec les tronppes 
que vous m'envoies et celles de X' de Fabert, k qui j'ay escrit 
aujourd'uy pour les assembler et pour me donner ses avis sur 
ma marche, que nous serons en estât de ne nous engager pas 
mal à propos. 

La manière avec laquelle vous m'escrivés, louchant ce que 
je vous demandoJs vos sentiments sur ma marche, est si obli- 
genle, que je vous advoue qu'il ne s'y peut rien adjouter. Aussi 
vous puis-je asseurer que je ne doutlois pas de vos boones 
volontés pour moy, et vous m'aviés donné de^à trop de preuves 
de vostre affocLion sens qu'il fût nécessaire que vous m'en 
donassiés cette dernière marque. 

Je ne vous puis dire la joie que j'ay eue quand j'ay sceu 
i[ue vous m'envoies vostre régiment. Celuy que j'ay de^a avec 
moy me donne lent de satisfaction que j'espère en recevoir 
de celuy qui vient infiniment. Le régiment de Chambres esi 
fort bon et j'espère que celuy du Havre le sera aussy. Je vous 



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PIECES ET DOCUMENTS. 573 

supjtlie de leur ordoner de se haster de me venir joindre; 
car je n'alens plus qu'eus pour marcher. 

Le malheur qui esl arivé en Catalogne m'afflige au dernier 
point et pour l'intérest de la France et pour le desplaisir que 
je voy que vous en recevrés; je vous avoue que cela m'a sur- 
pris, veu les efTors que vous aviés faict cette année pour celte 
armée; j'espère que les bons ordres que vous me mandés que 
vous avés donnés Ift-dessus empescheront les suittes qui en 
pouroient ariver; vous avés admirablement bien faict d'y en- 
voier le régiment de Champagne, et il faudrait que je fusse 
bien dérésonable pour y trouver rien à redire. 

Je vous suis bien oldiligé des nouvelles que vous me man- 
dées de l'entreprise de Graveline et encor bien plus de la con- 
fience que vous me tesmoignés là-dessns; je vous prie de 
croire que je scauray fort bien guarder ce secret et que je 
n'en ay parlé ny n'en parleray qu'à M' le mareschal de Guiche. 
J'auray touts les soins de l'armée ausquels je suis obligé, et 
encor plus s'il se peut pour vostre satisfaction. Je souhaitte de 
tout mon cœur que tout aillie bien aillieurs ; mais, si quelque 
accident arivoit, vous nous treuverés lousjours en estât de 
bien servir, et moy très disposé à vous tesmoigner en touttes 
sortes de rencontres que je suis vostre très humble serviteur. 

... J'oubliois il vous supplier de vouloir nous faire ordoner 
quelque fonds pour les travaus. Je s^ay bien vostre disette et 
aussy le peu que nous sommes obligés de faire ; mais enfin il 
est bon d'avoir lousjours de quoy attaquer quelque château, de 
quoy faire un retranchement et mille aullres choses comme 
cela. 

J'ay sceu que le régiment de Guy [suisse) refusoit d'aler 
en Alemagne : M' Le Teillier me tesmoigne qu'on apréande 
quelque chose pour Rocroy ; si vous l'y vouliés envoler, il y 
seroit très utile; pourlent ce n'est qu'un advis que je vous 
donne et non pas une prière. C. 1*. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



M. LE DUC AU tiVC PE LO.SGOEriLLB. 

Venlnn, 8juiD 1814. 
Je VOUS renvoie vostre gentilhomme avec la lettre pour Ma- 
dame la Contcsse [de Soissons]. Je viens de recevpir une Icllro 
que vous m'avés esorille, par laquelle vous me mandés la 
nneillieuTe sanctë de ma sœur; vous ne doutlés pas de la joie 
que j'en ay; je vous conjure, Monsieur, de m'en mander souvent 
des nouvelles; j'envoiray demain matin un de mes laquais par 
lequel je vous supplie de m'escrire. Vous me ferés bien l'hon- 
near de Taire donner ma lettre â Madame la Contesse par un 
do vos gentishommes, comme si il estoit à moy. J'escris aussy 
tt Madame de Rohan; je vous supplie aussy que ce gentil- 
homme luy dise que c'est moy qui l'envoie Ik tout exprès, el 
que je suis fort en peine de son mal ; mon laquais me rapor- 
lera mes responces. Je suis ravy que vous aies recognu dens 
l'entretien que vous avés eu avec M' de Mazarin qu'il vous obli- 
gera si vous le pressés; je suis d'avis que, puisque cela est, que 
vous ne perdiés point de lems de luy parler de vos intérêts; 
la conjoncture est à cet heure assés favorable; les malheurs 
do Catalogne et lo siège de Graveline l'embarassent ; i! ne vous 
voudra pas désobliger-, outre cela, il me tesmoigne par touttes 
les lettres qu'il ni'escrit une amitié 1res grande. Pour l'abaïe 
de vostre lillie, c'est une chose è quoy je me cognois Tort m^ 
diocremenl; c'est pourquoy vous me dispenserés de vous en 
donner mon avis ; vous estes sur les lieus, et vous scavés la 
conséquence de l'une et de l'autre; je ne voy pas, par louttes 
les choses qu'on m'a dittes de Paris , que le siège de Grave- 
line aillie trop bien ; je vous supplie de m'en mander des nou- 
velles. J'attons icy les régiments do Mazarin et de Chambre de 
cavalerie, et ceus du Havre et de Fabert d'infanterie ; après 
cela, quand j'auray eu nouvelle de Harcin, je marcheray pour 
l'aler joindre ; j'auray un peu plus do trois mil chevaus et sis 



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PIÈCES ET DOCOMENTS. S75 

à sept mil hommes de fàé; ma marche sera fort grande, parce 
qu'il faudra que j'aillie le recevoir proche de Ma8lric(Maëstricht] ; 
aullTement les ennemis le pourotent laillier en pièces devent 
qu'il m'eût joint. Les ennemis ont bien sis mil hommes de pié 
et prés de quatre mil chevaus; le pé'j's par où je dois passer 
est fascheus et plein de deffilés; c'est pourquoy ils pouront 
peut-estre tascher à nous empescber le passage; mais nos 
trouppes sont bonnes et nous mènerons peu de bagage; je 
vous prie que cecy soit secret. 

Je vous supplie d'asseurer Hademoyselle de Fors ' de mon 
très humble service. C. P. 



U FERTB-SBNNETBRRK A H. LB DUC. 

Nincy, lOjuiD 1644. 

Le pauvre frère d'Aumont m'a tosmoigné comme Yosiro 
Altesse avoit eu la bonté de se souvenir de moy. Je la puis 
asseurer que rien ne m'est plus cher que cet advantago duquel 
je me rendre digne toutle ma vie par mes diéissances très 
hnmbles. 

Je receu hier à minuit une lètre de M' le mareschal de 
Turesne, par laquelle il me mandoit qu'ensuite de son pas- 
sage du Rin avec loutle sa cavalerie, H' Roze, qui mènent 
son advan-garde conpozée de set régimens, tomba samedy 
à midy dans lu quartier de Cosalky, quy commando le régi- 
ment de Trucmiller*, où il y avoil de plus trois conpagniea de 
Crouatles. Le village s'apeloit EfTing ', où Guaspar de Mercy, 
quy commandoit les troupes advancées, ayant eu ad^is, par un 



!. TructmOtler, colonel bi 



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676 PIÈCES ET DOCDUEMS. 

tronpeUe qu'il avMt en sauve guardo, qu'il y avoit un pariy 
d'enviroD sine cent chevaiis quy marchoit dans le Schwariz- 
wald, avoit fet monter les régimens à cheval et donné ordre 
aux dragoDS de Wolf, qui n'estoil qu'à un quart de lieue de 
là, de venir au quartier d'BSing (HUfingaii]. Sur cette anlr«- 
fette M' de Roze y est arivé, quy fit charger le régiment de 
Trucmueler par trois esquadroos qui roopirent et talièrent en 
pièce les annemis; et les dragons de Wolf ayant à l'instant 
paru, Boze commanda au régiment du marquis de Baden de 
les aler charger; mes, estantdeus cent pas des annemis, il s'en- 
fuit sans tirer un coup de pistolet; ce que voyant Roze, il ala 
Iny-mesme avec son vieus régioiant et celuy de Tracy, et les 
chai^ sy h propos, c'est-à-dire aprèa la descbarge qu'il avoii 
Tel sur le régiment de Bade, qu'il les ronpit. Le combat fut 
très peu opiniâtre, de sorte que ces deus régimens avec les 
trois conpagnies de Cravaltes, quy fezoit plus de dous mille 
chevaus, ont esté apsolument défés ou ronpus. Il y a eu anriron 
trois cent cavaliers tués sur la place et autant de prizonniers 
avec le coulonnel Cozalky, son mi^or, trois capitesnes et quel- 
(|ues officiers, neuf cent chevaus do prins avec set eslandan 
et tout leur baguage généralement. Guaspard de Uercy a esté 
prins; mais il se sauva en donnant sa bource à un reustre 
[relire). 

M'' le mare^clial do Turesne ariva ausytost apresl avecqu? 
le reste do sa cavalerie et y demeura le reste du jour dans \f 
quartier déTbt, ayant, la nuit venue, fet sa retreste très lan- 
ternent, sans que les annemis l'ayent suivy. Nous n'y avons 
perdu que dis ou douze cavaliers ; tous les prizonniers que ces 
régimens tenoient des nostres de Tutelingen [TUttlingen;, quy 
estoient bien au nonbre de sinquante, ont esté deslivrës, et so>- 
sanle autres quy sont venus, despuis le conbat, à Urissac (Bri- 
sach). Sans la lAcheté du régiment de Badeo il ne s'eschapoit 
pas un bomme de ces deus n^gimens. W de Turesne a fet ares- 
t«rlelîeutenant-couronnel et le major du dit régiment. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 57T 

Ne pouvant salisfaire par de plus essantiels services auâ re~ 
connessaoces que je dois à Vostre Altesse, j'é creu luy debvoir 
faire part de cette bonne nouvelle, ta conjurant de me conii- 
nuer celle dans son souvenir qu'elle m'a fet espérer... 
A. C. 



. LE DUC A UAZIHIK. 



J'ay recou la lettre que vous m'avés escritte par Desroches, 
proche de Hésières, où Je m'estois avencë avec l'armée sur 
ce que le S' du Plessis-Besanson m'avait dict de voslre 
part, ie croy que celte marche contribuera lousjours à l'exé- 
cution de nostre dessin et qu'elle poura auter aus ennemis h 
souhson qu'ils en avoient. J'ay encor escnt à Uar$in pour 
sçavoir sa dernière résolution et pour prendre nos mesurs 
ensemble. Les ennemis ne sont pas si foibles qu'on vous l^' 
mande, et certènemenl les trouppes de Loraine se Joi(;ncnt à 
Bec, et quelques-unes de celles d'AsI'eld qui est arivé en per- 
sonne àJulliers. Marsin m'en mendera des nouvelles asseurées 
que je tous Teray sçavoir au plus tost. J'es, ère un bon succl>s 
de nostre entreprise, car nos trouppes sont très bonnes ; vo3(re 
régiment de cavalerie est arivé aujourd'uy [à qui il menque 
une compagnie et une recreue), avec sis cent maistres anssy 
bien faicts et aussy bien montés que j'en aie jamais veu en 
ma vie; il est admirablement beau. Les miens sont fort Lons 
aussy; leâ gendarmes et chevaus légers, entre aultres ceus 
de H' mon père, commendés par Mauvilly, sont extrêmement 
bons. J'ay sis mil hommes de pied et un peu plus de irois mil 
clievaus. Le régiment du Havre n'est point arivé et je n'en 
ay aucune nouvelle; je vous supplie de le vouloir Taire haster 
et de ordoner aux chevaus d'artillierie de venir droit a Mé- 
sières; je ne puis vous dire les obligations que je vous ay 
lï. 37 



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518 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

de l'ogmentation que vous m'en avée faict làire-, je vous 
puu asseurer que nous ne les laisseroos pas ioutiles. J'ay une 
impatience de voir Paloau pour sçavoir ce qu'il nie doit 
dire de voslro part ; je soubaitle que ce soit quelque chose on 
je vous puis faire voir à quel point je me ressens des oblïga- 
tioDS que je vous ay; je vous assenre qu'il n'y a rien que je 
ne fisse pour vous le faire paroltre. J'espère que vous me 
continuerés tousjours vo^tre amitié et que vous ne perdrës 
point d'occasions de lesmoigner i la Rojne que je suis ab- 
solument à elle et que je suis entièrement lié d'amitié avec 
voua. 

On me mande qu'on a point faict de fonds pour les officiers 
généraus de cette année; c'est une chose qui ne s'est jamais 
faicte; je vous conjure de le vouloir ordoner. 

La Hoyne m'a escrit touchent l'afaire da S' de S' Eslienoe 
et me tesmoigne en quelque fagon n'estre pas satisfaicte de 
mon procédé dens cette affaire. 11 fault qu'elle aie esté mal in- 
formée et qu'elle ne sache pas ce que j'ay fiiict ny ce que la 
nilie a dit. Premièrement elle n'a point esté enlevée que de 
son consentement et mesme que par sa prière. Elle ne m'est 
point venu voir par mon ordre, mais de se franche volonté; 
aussytost qu'elle y a esté, je l'ay faict mettre à Verdun chés 
une femme d'honnear et de condition, et j'ay faict entendre 
ses volontés par M' l'Intendent', lequel en rendra comte i 
M' le Premier Praesident pour vous le faire scavoir. Despuis 
la lettre de la Royne, pour luy tesmoigner une entière sou- 
mission et une parfaicte despendence, j'ay dit à H' l'In tendent 
de la mener luy-mesme dens une religion à Mésières ou à 
Charleville, afin que elle fût \ï en lieu où elle peut dire sa 
volonté en liberté. Je vous prie de vouloir faire entendre tout 
cecy à la Boyne et de ne pas permettre que les intérêts par- 
ticuliers de quelques personnes qui sont auprès de la Ro)-ne lui 

I. ChampUtreai, (Ui du premier prMdut Mali. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 579 

^BseDt faire quelque chose (ou en Tesant sortir la fillie de rali- 
gioD, où je l'ay mise, ou eo la remélenl par une autborilé al>- 
solue enlre los majus de ses paren:^) qui puisse empescher 
qu'une affaire, de laquelle je me suis mêlé en entrent dens mon 
gouvernement, ne s'acumodàl pas comme je l'ay aouhaitté. Je 
vous en aurey une très particulière obligation... C. P, 



U«iitrM, 31 juia 1641. 

J'ay receu les lettres desquelles je vous envoie coppie par 
un gentilhomme que le sieur Marcin m'a envoie et ay appris 
par luy la résolution qu'il a prise, comme vous le verres par 
la copie de celle que ledîct sieur de Harcin m'a escritte. 
Suivant ses adris, j'ay résolu de marcher demain avec loutie 
l'armée et m'en vas droit à Luxembourg pour faire la diver- 
sion, que ledict sieur de Harcin souhaiite, et aussy pour voir 
s'il n'y auroit point moien d'y entreprendre quelque chose. 

Je deslacheray M'-d'Espenan avec les r^:imeots do La Cla- 
vière, Chambres, Guiche... et les garnisons de Sedan et Mésières 
pour aler au devant de luy jusqu'à la rivière de Lesche ', où 
se doit faire la jonction ; après cela ils me viendront louts 
trouver auprès de Luxembourg. Si l'accomodement de H' de 
Lorraine se faisoit, on pouroit facilement entreprendre le siège 
de ceste place ; sinon je verray ce qui sera possible et vous 
en donneray promptement advis. Je n'ay aucune correspon- 
dance avec M' de Turenne, ot H' de Roqueservière ne m'est 
point venu trouver. Si il estoJl en estât de pouvoir marcher 
contre Trêves ou du moins détacher quelque corps, ce serait 
un dessain faisable. 

Je vous prie donc de me mander ce que je dois attendre de 
ce costé là et de celuy de H' de Loraine; car, si je n'en dois 
rien attendre, je laisseray les grands dessins et m'altacheray â 

I. L* Lmw, qui » JalU dmni la Utuis (rive droits), *a-deuai de DlDint. 



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6S0 PIECES ET DOCUMENTS. 

leur prendre leurs petitt«s places, qui les ÏDComraoderont 
tousjours. Je remets au sieur du Gatelier ii vous iorormer de 

tout plus paTticulièremeDt 

J'oubliois k vous dire qu'ay donné ordre aus quatre cent 
chevaus d'aitillierie de faire incessamment les voitures de 
louttes les choses nécessaires pour un siège i Mets, Verdun et 
Thionville, En cas de siège vous vous souviendrés d'envoier 
de l'argent pour les travaus, C. P. 



. LE PBINCE A l 



Slon fils, j'ay receu voslro lettre par La Niche. J'ay sceu 
qu'aviés afaire d'un bon cheval : je voua envoie le Horet et 
prie Dieu qu'il soit bon pour vous. Quelque solicitation que je 
face, voslre afaire de Sienay ne finist point, et U' de Thibaut 
ne vient point icy. Jay fait ordonner la monstre des oGciers 
de vostre armée; vous l'aurés dans quinse jours au plus laird, 
h communcer du 1S* may. M' le cardinal Uasarin a leu k la 
Reine une longue lettre devons sur l'affaire de H' deS* Es tienne; 
la Heine veust sçavoir en quel couvent vous l'avés mise pour 
la faii-e là interroger; voies ma lettre à M' Uirart, vous y verres 
les insolences de M' d'Emerj' ■... A. C. 

11. LE DUC A UtZARlN. 

C»nip de Corviij ', S jiiiilM mi4. 

Il est inutile que je vous fasse des compliments; vous me 
tesmoignés trop d'arailié par tout ce que vous dictes pour moy 

1. Ukhfll Pirtlcelli, (ieiu d'Bmerr, couMlear général dei Goancss (jais 
1043-1048), aorten 1950. 



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PIÈCES ET DOCUMENT». 981 

et par krattes vos lettres pour que je ae sois pas persuada que 
vous ne dontlës plus de la mienoe. 

Je vous envoie le chevalier Chabot, qui vous dira nosire 
voiage tout au long, qui a esté très heureus et qui a réussy 
comme je l'avois projeltâ; je suis à cet heure campé entra 
Monzoïi et Sedan sur la rivière de Cbiers, proche Ivoy, où j'at- 
tendraylà de vos nouvelles, si ce D'est que les ennemis passassent 
la Heuse, auquel cas je les suivray et couvriray (ousjours, 
autent que je le pouray, nos frontières. Je croy que c'est là à 
peu près vos intentions pendent te siège de Graveline que je 
faciliteray tousjours de tout mon pouvoir. 

L'appréantion que j'avois qu'en aprochent Longouy, comme 
j'y estois obligé en entrent dans le péïa enoemy, ne donnât 
crainte au duc de Loraine et ne l'obligcit à joindre ses trouppes 
â celles de Bec, m'obligea à escrire par un trompette au gou- 
verneur dudict Longouy, que l'espérance que j'avois du iraitté 
de M' de Loreine m'obligeoit à luy mander que je ne voulois 
point faire de mal à tout ce qui luy apartenoit, jusque i ce que 
le traitté fAt rompu. Cela eut l'effect que je pouvois souhaitter; 
car mon trompette, s'en revenent avec une response, un guide 
et un passeport dudict gouverneur, fui aresté prisonier par 
les ennemis, qui le menèrent ii Bec et qui m all'rai itèrent extrâ- 
memenl le guide lorain ; cela les a brouiilîés extrêmement 
et Bec ne doutte plus que M' de Loraine ne soit d'intelli- 
gense avec nous; despuis ledict gouverneur a receu ordre 
de son maistre de ne faire aucun acte d'ostilité contra les 
François et il m'a mesme envoie prier de faire la mesme 
deffense dans t'armëe et de luy donner deus passeports pour 
deus partis qu'il veult envojer delTaira deus trouppes de 
voleurs ennemis qui courent en France, disent qu'ils sont de 
la garnison de Longouy, et qui sont pourtent de Luxem- 
bourg. Je luy ay accordé tout cela jusque à la ruptura du 
traitté, croiant que cela ne pouvoit nuire et que cela pouvoit 
servir. 



fbiGooglc 



bS8 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

' JeTODSsnisinfinimentobKgédera^biredeH'deS'EMienoe; 

je vous supplie de vouloir continuer. 

Le sieur de Lanquetot^, qni est icy roareschal des 1(^ g^^ 
rai delà cavalerie légère et qui sert avec desseins incroiable', 
m'a prié de vous dire que l'trcbevesché d'Arles aiant esté 
dens sa maison, despuis la mort do dernier arcbevesque en 
est sorti ; il luy reste un frère qui est uoury pour eslre d'e*- 
glise et qui se trenve sens bénéCïses; sy vous luy en vouliés 
procurer un qui fût un peu considérable, vous l'obligeriés in- 
finiment, et moy je prendras une part très grande il l'obliga- 
tion qu'il vous oroit. 

Le sieur de La Clavière', dont vous cf^oissés le mérite, 5« 
treuvent icy le plus antien maistro do camp, se trouve aussy 
commendent la cavalerie ; il a sceu que H' de Vatimon * en avoit 
eu une commï^ion particulière dens l'armée de Monsieur d'Or- 
léans et il souhaitteroit d'estre IraitW de mesme dens celle-c\- ; 
je vous en prie de tout mon cœur. Le chevalier de Chabot a 
un gouvernement en Loreine qui se nomme Rosière' qui est 
Is seule chose qui luy donne à wre; il apréande de le perdre 
an cas que l'accomodement se Tasse, et certes il y a bien de 
l'apparence ; mais si cela est, il est réduit en un eslrange estât, 
si vous n'avés soin de liiy procurer quelque chose de meillicur ; 
on n'a encor rien faicl jamais pour luy; vous sçavés que vous 
m'aviés faict espérer cet hiver que vous l'obligeriés; je vous 
conjure de le vouloir traitter comme il le mérilte et comme 
l'amitié que je lui porte le peut souhaitter. 

J'ay sceu qu'on avoit faict servir, dens l'armée de Monsifwr, 
de mareschaus de camp tout ceus qui en avoieot le brevet ; 
vous m'aviés faict espërerd'Andelot, mais son voiage d'Holende 



1 CIlTitn, mirkhil de 



Mcurihe, iaïkiio 



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PIÈCES ET DOCDHENTS. a«3 

l'en a empe§ché * ; La Moussaie est icy qui, si j'ose le dire, a 
bien plus de serviBes et de mpriUes que pas un des aultres; 
je vous supplie cju'it ne soit pas le seul qui soit il l'armée sens 
servir; vous m'obligerés inSniment. 

il lault que je vous importune eocor d'uoe e^re. mais c'est 
pour Due personne qui Taict profession particulière d'estre 
vostre serviteur; c'est pour M' de Feaquières*; feu H' le Car- 
dinal l'avoit lonsjoare inGniment obligé et vous l'avis aussi 
servy en louts rencontres ; il croit pouvoir prstendre avec 
justice à la lieuienence-de-roy des évescbés de HeU et Toul, 
et je croy que le service du Roy s'y rencontrera ; je vous sup- 
plie le vouloir considérer en ce rencontre et me pardonner si 
je vous romps la leste de tent d'affaires; prenés vous en è la 
facilité que je Ireuve auprès de vous à les faire 

Je ne vous parle point de l'affaire de Stenay; car je sfay 
bien qu'une affaire dont vous vous meslés est faicte. C. P. 

Camp d'AmblemonI, AjuilM 1044. 

La nouvelle de vostre indisposition m'a extrêmement sur* 
pris; j'atlens avec impatience d'en sçavoir des nouvelles; vous 
ne doultéa pas que je ne sois très sensible ii tout ce qui vous 
arive. 

Je mosuislreuvé icydens un embaras touclient vostre régi- 
ment de cavalerie, parceque on n'a envoie fonds que pour orse 
compagnies et qu'il y en a douse, et le fonds ne s'est pas 
treuvé pour toutlcs asâéa grand, la pluspart des compagnies 

1. Oupiri da Colignj éUit en Hollmdn depuis nn moii, t l< prince 

fit» 1. Cat >lii<i qae '!• muiAchil ds ChlliUoa aipliquait 1 U. U Doc 
(Ajaiu IflM; A. C.) 1»iié.>anda iod Hti; atit ce a'éult p«i la irai malir; 

S. Iiuc da Pu, naniuia da PeDqaitrei. mari as ISBS ; fiLi de Uuanti, 
kitolne, l'uUaT doi MimeimUoia 
1* hUiilla de ThiaiiTllla, p. 4a8.) 



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58t PIÈCES KT DOCUMENTS. 

estant plus que ccKnpIeltes; il est a prc^xis que vous y pour- 
voies promptement ; le corps est si bon que voua devés, r» 
roe semble, en prendre un soin très pariiculier; je voBsen 
prie (le tout mon cceur... 

Le lieulenent de l'artilliorie dispute le rang deos cettearmée 
aus sei^ns de bataillie, encor que ceus-cy aient brevet du 
Roy et que les aultres ne l'aient que de M' le Grand-Haitre. 
Je vous supplie do les faire régler. Dans l'armée de Monsieur, 
Conrselles est maresclial de camp'; c'est pourquoy il n'y a 
point de dispute; mais icy les serguns de bataillie disent que, 
commandent aus Irouppes.il estbien difficile que le lieuteoent 
de raitillierio, qui n'y a aucune authorilé, puisse avec dnul 
leur contester le rang dans le conseil. 

Je vous supplie de ordoner à W de La Helleraie de nous 
envoier les cbevaus quand il le poura. C P. 



TUREMNE A HAZARI». 
Aucinipprèi Bchillatult, lljuiUat letl. 
J'avois mandé à Voslre Ëmincnce comme je passois le Rbin 
avec l'armée; je marchay ce jour là tout prosche de celle de 
l'ennemy, et, sans une coniusioD qui se mit dans l'infanterie 
en Iny laissant gagner une émincnce, je crois qu'on aumi 
combalu ou bien obligé les ennemis de lever te siège ; je n'ay 
pas jugé & propos d'attacquer l'eDDcmy depuis cela dans son 
advantage, lequel demeure retranché devant nous et a seule- 
ment deux pièces de canons contre Fribourgb, dont il n'a pas 
encore pris les fauxtwurghs qui ne valent rien. 

1. CddtcsILm (Lonlt-ChulM de CbkinpUig, buon da), Buuécbal daump, 
cité nwrqnii an IW7, Il »v*it icbatt U cbirg* da ligutsnint-gdntnit de 
l'anillerie, qu'il cAda bienlAI i lOo BIi. CeU ce daraiai qui ipouu Maria- 
StdonUdaLanoacoart, Blla da ta aaniaii dallaroUei que la dac d'Angioen 
«Tait intalM ta goaienemaat da TtilonTilla', alla a laiia* daa Mi—alm. 
SainM-Beuis l'appallc • la Hanoa Laicaut du itii< lièda t. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 5SS 

J'ay eserit à V. Ë. par H' Bracbet sur le suject de l'argenl ; 
je la puis asseurer qu'il est entièrement nécessaire que l'on 
donne une iiionâtre à l'armée, car il pourroit y arriver un 
accident dans la cavallerie allemande saos cela ; je dis à V. Ë. 
la chose comme elle est, et non point pour luy faire craindre 
une cbose sans apparence; je suplie V. Ë. de croire que cette 
année icy estmt tout à faici dans la décadence depuîâ leur 
sortie du païs de Julierâ, ayant continuellement Met des pertes 
l'une sur l'autre, et les officiers (encores qu'ils touchent de 
l'argent) ne pouvant se remettre ii moins que d'avoir un bon- 
heur ou une entrée dans quelque païs où il y ave quelque chose. 

L'armée de l'ennemi a une abondance de bagage et de cbe- 
vaux très grande, a ses cinq mois de gages reliiez, et outre 
cela ondonnelescbevauxpourremonter la cavallerie; la chose 
est justement controe Je la dis à V. Ë. pour ce qui est de l'ar- 
mée de Bavière. Les officiers allemands me sont venus trouver 
pour me demander de l'argent, et j'asseure V. É. que l'on ne 
peut pas se passer de leur donner bieatost la monstre, à moins 
de courre danger qu'il n'y arrive quelque désordre. L'armée 
de l'ennemy a tonte l'Allemagne à cette heure pour quartier-, 
et voyant que Torsienson n'y rentre point, cela faict avoir des 
pensées à beaucoup, qui ne peuvent estre eifacées qu'avec un 
bon traie tlemenl. 

L'infanterie que j'ay est toute nouvelle, à quinze cens ou 
deux mille hommes près, et se ruinera en peu de temps; je 
suplie très humblement V. Ë. de vouloir m'en envoyer et 
considérer que les deux dernières demi-monstres que l'on a 
donné à la cavallerie t'ont remis entièrement, ce qu'elle ne 
ponvoit pas faire sans cela, et qu'elles ne moment point en- 
semble il plus de quatre ou cinq mille francs par compagnie; 
outre cela, on a faict une montre; voilà ce que les soldats ont 
touché depuis que je suis dans ce pays; il est vray que le:< 
despeoces qu'il a làllu faire pour l'artillerie et tous tes autres 
frais sont excessives. 



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MO PIECES ET DOCUMENTS. 

Le gouverneur de Hohenlwnel' a rompu la trêve qu'il avoît 
fûct avec les ennemis, et tire hi cette beare sur eux. 

J'ay donné à H' Rosen la lettre de Vostre Ëminenee; il est 
exlremmement satisTaict, et du présent qu'il plsist ï la Royne 
luy faire. 

Je rends grâces très humbles à V. Ë. de ces deux chevaux 
qu'il luy plaist me donner* ; on a une peine nompareille d'en 
recouvrer; cela me viendra extremmeraent à propos; s'il plaist 
à V. Ë. de commander qu'ils viennent par la voye de Nancy, 
ce sera le plus court chemin, et je pourrai les fûn venir 
de )!i. 

Je suis bien obligé h lu bonté de la Reine du souvenir qu'il 
)uy plaist avoir de moy; si V. Ë. veult ordonner à un de ses 
gens de donner cet argent îi M" d'Hervali ', ils me le feront 
tenir sans intérest. 

Je Ss pousser avant-hier la garde de l'cnnemy, à quoy nos 
gens s'engagèrent si fort qu'on y a perdu environ trente-cinq 
hommes ; je crois (|u'il y en est bien demeurrë vingt des enne- 
mis; cette cavallerie y a tesmoigné tant de résolution que cela 
jteut plustosl donner de l'apréhension à l'enneroy que d'bar- 
diesse, M'' d'Aumont y estoil, qui a fort bien faict et réussit 
très bien iuy. M' Taupadel parle toujours de se retirer; j'ay 
mandé ii V. É. ce qu'il demande, qui est sa pention, sou répi- 
menl pour son fils, et quelque argent content qui se monieroit 
à huict ou dtv mille escus ; il est fort incommodé, c'est ta 
seule raison pourquoy il veutl se retirer; il a esté si avant 
quand on a poussé la garde de l'ennemy, qu'il a pensé eslre 
prisonnier. C'est un homme fort hardy et qui se met entière- 
ment hors de soy dans un combat. 

Le passage des ennemis en deçà du Schwartiweld et le si^e 
de Fribourgh faict que je ne peuxpaam'esloigiier,et V. Ê. voit 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 5S7 

bien que je ne peux pas m'avancer du costé qu'elle me mande ; 
si les s^rea peuvent permettre promptement d'envoyer un 
corps de trois ou quatre mil hommes vera Saveme, qui vien- 
droit me joindre, ou descendroit dans le bas du Rhin, cela 
seroit de très grande conséquence ; et, en Testât que les affaires 
sont, l'année de Bavières n'ayant point de secours prest pour 
la joindre, nous pourrions par là avoir un grand advantage sur 
elle, et, suivant que les ailbires iroient par deçà, estant aug- 
mente de ce corps là, on pourroit voir clair de quel costé il 
faudroit tourner ses forces. 

L'ennemy est descendu près de nous en bas de montagnes 
en intention de combattre, et je diray franchement à V. Ë. que 
je n'ay pas jugé b propos de le faire qu'avec nostre avantage, 
car il est très certain que les malheurs précédent ont donné 
quelque appréhension de l'armée de l'ennemy, et un secours 
qui nous viendroit remetiroit toutes nos irouppes en vigueur. 

J'ay sceu de M' de Béringhen la continuation des bontés de 
Vostre Éminence pour moy. Qu'elle s'asseure que le plus 
grand desplaisir que je pourrais recevoir, ce seroit de ne pou- 
voir pas m'en revencher comme je désirerois, et que V. É. 
face un fondement de moy tout à faict ssseurré. 

-Je me tiendray tousjours très honnoré d'aller servir soubs 
M' d'Anguien avec quelque corps que ce puisse estre, et que 
V. Ë. a'asseure que mon intérest particulier ne me sera jamais 
rien à l'esgal du bien du service. 

M' d'Oysonville n'est point du tout propre h exerça- U 
charge de H' de Tracy dans celle armée, outre qu'il ne le 
désireroit pas. 

Il seroit fort à propos que les Irouppes de Madame la land- 
graffine de Hessen et Coninksmarcii s'avançassent du costé 
du Main. 

Je viens d'avoir nouvelles que l'armée de Bavières espère 
quelque secours des trouppes que le duc de Bavières faict 
lever en son pays; il seroit k craindre que, cela leur arrivant, 



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588 PIÈCES ET DOCDHBNTS. 

el ne venant point de secours dans celte année, on ne fusi 
Migé de relascher, c« qui descrieroit toutes les aiTaires... 

Les frais qu'il faut faire pour l'artillerie, le pain et toutes les 
voitures est si excessif qu'on ne peut pas se l'imaginer... 
G. P. 



Amblemoiit. 13 jnmet 1014. 

J'ay instruit Tourville particulièrement de touttes mes pen- 
sées sur ce que nouâ pouvons entreprendre avec les asàs- 
tances que j'espère de vous; il vous dira aussy quentité d'avis 
que j'ay eus des ennemis, qui sont si fort incertins que je ne 
vous en donne pas un pour bien asseuré; je l'ay chargé de me 
reporter lonltesvosrésolutions; je vous puis asseurer que nous 
n'espargnerons rien pour Ime réussir ce que nous enlreprcn- 

Je vous suis infiniment obligé de la fuson que vous avés 
pris l'alTaire S' Estienne et vous jure que je n'y a/ autre in- 
térest que coluy de faire voir dens la province que la Royne ne 
protège pas de petits coquins dens mon gouvernenaent contre 
moy ; dès que les parens auront obéi aus ordres du Boy et que 
la fillie m'aura faict sa déclaration, je la renvoiray a Bbeims. 
Cependent le S' de Rotolin a faict une assés grende insolence 
dens Rbeims et a refusé la porte de la ville à de mes gentis- 
hommes et à de mes guardes que j'y avois envoies avec H' de 
Champlàtreus pour escorter les parens et la fillie, au c-s 
qu'elle vint, et a faict poser des corps de gardes par touttes 
les rues, comme si j'eusse voulu faire en le vor cette fillie; si 
je n'esiois point obligé de demeurer à l'armée, j'eusse bien 
apris ï ce petit seigneur là son devoir; mais puisque j'y dois 
estre, je suis bien aise de vous le mander, afin que vous fas- 
siés cognoitre à ces gens là que la Royne veut que je sms 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 980 

obéy dana un gouvernement qu'elle m'a faict l'honneur de me 
donner, el qu'elle me croit tout à Taict â elle. 

Pour vous. Monsieur, je ne vous puis dire à quel point je 
ressens les obligations que je vous ay; mais j'espère quelque 
jour que je seray assés heureus pour vous faire cognoitre 
comme j'en conserve le ressentiment... C. 1". 



TOUR VILLE A 



J'ay fait ce matin toutes les propositions à Monsieur le car- 
dinal Mazarin que Vostre Altesse m'avoit commandées. Il m'a 
fait voir la coppie du mémoire ' qu'il vous avoit envoyé et 
m'a lesmoigné qu'il remettoit le tout i vostre volonté et qu'il 
esloit vray que, ay voua pouviés prendre Trèvea, ce seroit un 
grand servisse que V. A. rendroit à l'Estat; pour ce qui est 
de la circonvalation, que c'estoit une chose qui n'estoit point 
du tout nécessaire, veu que V. A. n'avoit aucuns ennemys sur 
les bras et que vous n'en auriés point du tout, et par ceste 
raison qu'il ne falloit point do circonvalation. Son Ë. m'a tes- 
moigné que, sy V. A. se pouvoit dépescher de prendre 
Trêves, elle croil qu'après cela l'oo pourroit encores atta- 
quer Luxembourq en vous envoyant l'armée qui est à Gra- 
veline. S. Ë. m'a assuré de l'accommodement de Monsieur 
de Lorraine; ses troupes sont retournées du cosU du Rhin; 
je croy que l'on y envoira Monsieur de Ranseau pour les 
commander avec quelques troupes fransoiaes qu'on luy don~ 
nera encores; laquelle année sera soubz vostre commande- 
ment et prendra les postes que V. A. luy ordonnera. L'on 
envoyé ï V. A. trois centz chevauï pour les vivres; pour les 
chcvaus d'artilerye, l'on ne vous en envoira point qu'après la 



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MO PIÈCES ET DOCUMENTS, 

priao de Graveline; l'on croit icy que la Moselle portera lout. 
Voilà, UoDseigneur, ce que je puis mander pour le préseni 
a Vostre Altesse. J'espère partir mardy ou mercredy d'icy, à 
ce que m'a dit Monsieur le cardinal Hazann. Je m'ea vais tra- 
vailler au\ autres afaires que V. A. m'a commandées, tous 
assurant, Monseigneur, que jamais personne n'exécutera vos 
ordres avec plus de TidéLté que moy... À. C. 



H. LE DUC A MAZARIX. 



J'ay receu par l'arivée du chevalier de Chabot la lettre qu'il 
vous a pieu m'escrire et onsemble touts les ordres de la court 
pour le siège de Trêves; aussytost j'ay despesché H" de 
Champlâtreus et de Chou[^os a Mets pour faire tenir prMes 
tonties les munitions de bouche et de guerre qui nous sont 
nécessaires pour ce siège, et je me dispose à marcher demain. 
J'ay aussy envoie à M' du Ples^s-Besangon pour scavoir les 
dernières résolutions de H' de Lorène. 

Je croy que vous n'ignorés pas que la chose principale nous 
manque, qui est l'agent. Je scay bien que c'est une citose 
très rare après les despeuces espouvantables qu'il vous a falu 
faire celte année; maiâ enfin il nous en fault, et trente mil 
livres qu'on nous envoie ne sont pas suflisantes pour b le- 
vée des charpentiers, paiement des ponts, retrencbements 
des quartiers, de quoy on ne se peut passer, quend bien on 
ne feroit point de circumvallasion (ce que je ne croy pas), et 
aultres pétilles despenceg qu'il nous fault faire avant qu'ouvrir 
la trenchée. Regardés, si il nous fault faire une circumvalla- 
lion, où nous eu serons. 11 est absolument nécessaire anssy de 
nous en envoier pour l'hôpital, si on ne vault laisser mourir 
les blessés sans secours. Il est aussy impossible que Tinn 
puisse faire de son fonds l'avauce qui est nécessaire pour les 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 591 

vivres, puisque d'abord il nous en fault meuer pour tout le 
siège, les convois eslant très difficiles k cause du grand esloi- 
gnement. 

Je vons su{^]ie donc, Monsieur, de pourvoir à toutles ces 
difficultés et de nous envoler, si vouit le pouvés, de l'infeule- 
rie. J'ay creu que vous ne treuveriéa pas mauvais que je 
tirasse de Sedan la compagnie de Gay quy y estoit inutile, à 
ce que m'a dit M' de Pabert. 11 y en a quatre du mesme régi- 
ment à Nancy ausquelles j'ay envoie l'ordre du Roy de me 
venir joindre ; maïs il n'y a point de lettre du Roy pour M' de 
La Ferlé; j'ay peur que cela ne l'empeeche de les faire venir; 
je vous supplie de luy ordoner. 

Je vous suis inliniment cdiligé de touts les tesraoignages d'à- 
mitiâ que vous avés randus au chevalier de Chabot en ma 
considération; je vous conjure de vouloir achever son aBïire. 
M' de Lanqualot vous raod mille grâces, et moy aussy, du 
bénéfice que vous promettes à son frère; vous ne sgauriés 
obliger personne qui vaillie mieus que luy. Puisque M' de Va- 
timon n'a point de commission. M' de La Clavière n'en souhaitto 
point; mais on a donné asseurément un brevet à M' de Vali- 
mon qui le tire ors du pair des mestres de camp et qui luy 
donne l'entrée au conseil; je vons supplie faire la mssme 
chose pour celuy-cy quy vaut infiniment. 

Un a amené icy la métrease de S* Estienne, qui est une 
petitle friponne et qui ne vaut plus de H' de S* Estienne; je 
ne Bcay si, en sis semènes de temps qu'ils ont habité ensemble, 
elle y a trenvé son conte; mais enfin elle se dédit de tout ce 
qu'elle m'avoit dit aultrefoia et dit qu'elle le hait comme un 
diaUe. J'envoie des lettres qui voua justifiront comme il n'en 
a pas tousjours esté de mesme. Cela embarasse pourtent ce 
genlilbomme deos une très fascheuse affaire, si vous n'avés 
la bonté d'obtenir une abolition de la Royne. Je renvoie cette 
fillie k Rheims comme vous le soubaitlés, mais je vous supplie 
de vouloir faire sortir S* Estienne d'affaire, puisque je vous 



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hm PIf:CE8 ET DOCUMENTS. 

engage ma parole que il est innocent et que il n'a rien fiûci 
qne par le consentement de cette petitte fripone. 

Je croioig. Monsieur, que H' de La Housaaie n'aurait pas 
peine k obtenir la faveur que je vous deroendois pour lin', 
puisque M" de Lavardia, de Gandelu, de La Frette et de 
S' Aiftnan ' ont desjk servy; il est vray que le mérite et les 
services de ces messieurs là l'emportent inBniment; mais je 
croy que cela n'est pas bien eiwor scen de tout le monde; si 
ce n'est pas une chose qui choque la Royne absolument, je 
vous supplie de le vouloir bin. 

On m'a dit que H' de Loraine avoit quelques prxtensioDS 
pour le commendement avec mov; je croy que vous et la 
Royne, outre ma considération particulière, ne youdroient pas 
Taire un tort â la maison de Bourbon que le roy d'Espagne ei 
l'Empereur n'ont jamais faict b la maison d'Autriche. C. P. 

LE PLBSSIS- BESANCON A H. LE OUC. 



Tous les advis que j'ay de divers postez, mais particulière- 
ment des gouverneurs de la frontière, portent que H' de Lorayne 
marche pour se joindre aux troupes de Beck à leur passage de 
la Meuse, et ton m'assure d'ailleurs de bonne part que ses 
troupes estoient mercredy dernier à Bastoogne, où il leur 
debvoit faire faire reveue; V. A. véra le mémoire que j'en 
re^oy présantement de H' de Marole. Néanlmoins, Monseigneur, 
comme d'autre cosié les corespondans qui ont accoustumé de 




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1>IECES ET DOCUMENTS. 593 

me donner des nouvelles de M' le duc (Parles me donnent 
advis de ce qu'il fait, aBn que je n'en prenne point l'alarme, 
et qu'il est obligé de faire plusieurs contenances suspectes 
jusquesàcequ'ilaytentièrementconulud avec nous pourn'estre 
pas exposé de tous costez à la fois, Je demeure ferme dans la 
résolution d'attendre icy de ses nouvelles et ne perdre pas 
légèrement l'opinion que je doiln avoir qu'il est bien inlan- 
tionné, ce que je suis d'autant plus obligé de croire qu'on 
m'assure posilivemeat qu'il n'a point touché d'argent des 
ennemis et que je luy porte tout subjet de satisfaction sur 
quelques poiiitz qui demandoient éclaircissement. Un de ceux 
qu'il avoit envoyez à la cour avec moy, qui a esté despesché 
4 jours avant mon départ, luy en a maintenant donné cones- 
sance, et dans demain j'en doibz avoir des nouvelles assurées, 
avec celle du lieu où je le doibz treuver. Cependant, Mon- 
seigneur, j'ay cm qu'il estoit nécessaire que je vous donnasse 
advis de tout, afin que V. A. suspende un peu sa mardie, 
craignant que, s'il estoit vray que Beck et ledit sieur duc 
passassent effectivement la Ueuze, V. A. u'eust à rebrousser 
de trop loing pour les suivre et s'oposer à leurs desseins. 
Aussytost que je véray clair à tout cecy, je ne faudray de 
vous advertir de tout el de faire la mesme cbose à l'égard de 
M' de Turenne, parcequ'il y aura diveises mesures a prendn- 
selon le cours que prendra côte affaire que le seul évènemaot 
peut déterminer, puisque toutes les conjectures sont sy équi- 
voques. Pour moy. Monseigneur, j'ay grand' peyne à croire 
que la concluzion n'en soit bonne, veu les aparances et les 
coooissances que j'ay; j'en souhaite la fin telle qu'il est à dé- 
sirer pour le service du Roy et la gloire de V. A.... 

M' le roareschal de Turenne est à la veue de Fribourg en 
présance des ennemys, essayant de leur couper les vivres e( 
de les attirer it un combat ou de les obliger & une retraite, ce 
qui arivera vraysemblablement en peu de jours. A. C. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



TOURMLLE A H. LB DUC. 



Parts, 19 joillet l«U. 

Je renvoyé La Miche à V. A. , croyant qu'il «st h propos que 
je reste encores icy pour deux ou trois joure. J'ay donné ce 
malin vos lettrée à Monsieur le Cardinal et h meame temps 
liiv ay parlé de l'affaire de Monsieur de Saint-Estienne. 11 m'a 
figuré qu'il en parleroil aujourd'huy a la Reyne et qu'il espéroit 
^e Sa Majesté luy pardonneroit, tellement que je croy que 
ceste afTaire se Tera très assurémenL Monsieur le Cardinal ne 
-tait point de response présentement è V. A., se remettant à 
vous pscrire quand je parliray. 

Je sollicite tout aatiml que je puis pour avoir île l'argent 
pour vos travaux; tout ce que j'ay peu est de faire alimenter 
<le dii mille escus, et l'on m'assure que l'on n'en manquera pas, 
4.'t, qu'envoyant un courrier s'il en faut davantage, l'on en fera 
lenir en diligence. 

Monsieur Arnaud a obtenu par vostre moyen d'aller servir 
de mareschal de camp dans vosLre armée, et partira dans peu 
|H}ur aller recppvoir cinq centz chevaux à Metz que l'on en- 
vove & V. A. de l'année de Monsieur d'Elbeuf, et quarante- 
deux compagnies d'infanterve, qui sont dix d'Albret, vint de 
Jlussigny et douze do Monsieur le duc de Saint-Symon. Ces 
troupes là, selon les apparences, n'arriveront qu'environ le 
disiesme d'aoust; je dis pour l'inranterye, car pour la cavallerse 
elle sera dans peu â Metz. Il n'y a pas d'apparence que cesie 
inranlcrye puisse servir au siège de Trêves; il faudra que 
Vostre Altesse sa serve de celle qu'elle a et do ce qu'elle pourra 
tirer do Mouzon, de Stenay, de Danvillicrs, de Verdun, de 
Thionville. Il y a un ordre que je porleray, sy on ne me le 
donne avant le départ de La Miche, pour prendre à Metz une 
compagnie des gardes suisses et quelques français; l'on espère 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 595 

que tout cela ramasse ensemble fera du moins huit centz 
hommes, oulro cinq ceDtz que Monsieur Faber vous envoyra, 
dont je viens de voua dépescher l'ordre. L'on escrit aussi à 
Monsieur de La Perte de vous envoyer le plus prooteroent qu'il 
pourra les quatre» compagnies de ce régiment suisse qui est 
près de V. A, 

Monsieur le Cardinal souhaitte fort que l'on prenne pronte- 
ment Trêves pour assiéger après Luiambourg, h la dépense 
duquel l'on fournira amplement toutes les choses nécessaires 
et de troupes et d'argent. L'on a escril à Monsieur le Grand- 
Maistre (La Meilleraie) qu'il envoyast à V. A. des ingénieurs 
au plus lost et les officiers nécessaires pour l'artilerye. 

L'estat de la compagnye des carabins de vos gardes et le 
Tons est fait avec Testât de l'armée, mais Monsieur Leclerc 
l'aviHt oublié comme beaucoup d'autres choses. Pour ce qui 
est de l'acre que Monsieur d'Emery avait promise k V, A. 
avant vostre départ, je croy que j'en viendray à bout et que 
jo la feray réussir; c'est ce qui m'arresle icy. J'ay creu qu'il 
valloit mieux rester deux ou trois jours de plus que non pas 
de la mancquer; quoy qui arrive, je ne m'en iray pas sans 
argent. Je porteray avec moy les vint mille ëcus pour les tra- 
vaux et dix mille fraos pour l'hospital, en alondant les autres 
dix qui viendront avec la monstre; j'amèneray un commis- 
saire qui se chargera de cet argent. 

Monsieur de Rotelin est icy en très mauvaise posture et 
particulièrement auprès de Monsieur le Cardinal; je puis as- 
surer V. A. que, sy l'on ne change point d'humeur, le gou- 
vernement de Reims court fortune d'oslro vacant dans peu. 
J'ay creu que V. A. ne seroil pas faschée que j'informasse 
Monsieur le Cardinal partie ulièrement de ceste affaire, quoy- 
qu'il la seust desjk. 

Je croy que V. A. sait bien la mort du marquis de Nangy 
qui a esté tué à Gravetine d'une mousquelade dans la teste. 
Royles de Piedmont a aussy esl^ tué, et le capitaine des gardes 



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WU PlfiCBS ET DOCUMENTS. 

(le tlonsieur le Grand-Haistre, Courleilles, est blessé d'une 
raoïisquetade au travers de la cuisse dont l'on espère guérison... 
A. C. 

LB PLkSSIS-BRSANCO» A H. LB DUC. 



Tant que Je seray icy, je ne inanqueray de vous tenir tous 
les jours averty de lestât des choses et des nouvelles que je 
recevrsy sur le subject de mon voyage. Despuis celle que me 
donnay l'honneur d'escrire hier à V. A., j'ay receudeni lettres 
de la personne de qui j'ay accousturaé d'an recevoir, qui con- 
tinue i m'assurer que M' de Lorayne est encore proclie de la 
Mozelle el que dans demain matin j'en auray la response que 
j'attendz, ce qui estconrorme au billet cy-joini, que j'ay receu 
ce matin de H' de Harolles, et au compte que je faitz du 
temps qu'il a fallv pour le donner au sieur Foumier, secn^ 
taire d'estat dudil sieur duc (quy partyt de Paris 4 jours 
avant raoy] , d'arivor auprès de luy et de m'envoyer icy la nou- 
velle du chemin que j'auray à tenir pour aller où il sera. Je ne 
vuy pas qu'il y ayt encore un retardement concidérable ; k la 
vérité, Monseigneur, passé ce terme, la langueur coniraancera 
de m'eslre suspecte, quoyque j aye grand' peyne à croire qu'il 
soit possible que ledit sieur doc en soit venu sy avant pour 
rompre quand les afTaires sont en sy bon estât de satisfaction 
pour luy, et d'autant moins que je ne puis concevoir â quelle 
Dn il a résisté depuis 3 mois aux continuelles solicitations des 
ennemys pour les assister dans le besoing qu'itz en ont, pour 
ne leur donner contanlemant ny à eux ny à nous, et demeurer 
dans une posture non seulement inulille, mais suspecte aui 
uns et aux autres, sans avoir absolumant conclud ny pris ar- 
Kent de personne. Peu de jours, Monseigneur, expliqueront 
cet énigme; cependant les choses yront en avant en nostre 
faveur, ot il faut de nécessité qu'avant qu'il soit S ou 3 jours 



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PIÈCKB ET DOCUMENTS. .697 

le scandalle secret, qui n'est encores conn que de la pensée, 
devienne pnbliq. 

Les nouvelles que nous avons >cy de M' le mareschal de 
Turenne sont qu'il est lousjours en présance devant l'armée 
de Bavière, laquelle s'est sy bien postée, qu'il est très dîBcile 
de la joindre sy elle ne veut. Le général major Rose n'a pas 
laissé néantmoins de luy déraire enlièrement 600 chevaux. Le 
colonel Canofsqui [Kanowski], qui commande dans Friboni?. 
mande audit sieur maréchal qu'il ne se presse point de le 
secourir, et, qu'encores qu'après 3 assauts les eiinem;-s ayenl 
emporté l'un de ses fauxbourgs, sy le reste Ipur couste autant 
à proportion, il mettra cèle armée hors d'eslat de conserver la 
place après l'avoir prise. Les mesmes nouvelles dizent aussy 
que noBtre armée incomode beaucoup celle des ennemys pour 
les convoys de leurs vivres et qu'elle commance à pastir bien 
Tort. On adjouste encore que Jehan de Vert, s'estant monstre 
avec mil chevaux, a esté poussé de sorte qiTon le croit fort en 
désordre ; mais on n'en scayt pas le délail, l'ordinaire quy a 
porté ces advjs estant party là-dessus. Il faut advouer, Mon- 
seigneur, que c'a esté un coup bien hardy an général Hercy 
de s'engager à ce siège sy près de M' de Turenne; il en faut 
veoirta Bn... A. C. 



TUBENNE A HAZAMN. 

Camp de SchiUiUdl, W jniligt W4. 

Je me suis donné l'honneur d'escrire h Vosiro Éminence il 
y a trois ou quatre jours et luy mandois l'advaotage que l'on 
avoit eu sur une partie des ennemis, qui continuent tousjours 
le si^e de Fribourgh où ils se ruinent beaucoup d'infanterie; 
de sorte qu'il semble qu'il sera plus advantageux ' < de tourner 

1. Lm pMWgn entre gaillomsU Hiit chitM* «t (ndnilt. 



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GM PIÈCES BT DOCUMENTS. 

ses forces sur le Rhin après la prise de Gravelines que si od 
Tust venu dans le commencement de la saison, parceque l'armée 
de Gallas sa trauTsra engagée contra Torstenson; ou bien, 
s'il ne rentre point en Allemagne, elle attaquera apparemeni 
quelque place comn:iBLeipsic,Erfurt ou01mutïs,et commecela 
elle se trouvera « engagée loing du Rhin n, outre que * l'armée 
de Bavière sera diminuée de beaucoup s, estant certain < qu'elle 
esloit de dii-liuit mille hommes quand elle est sortie de ses 
quartiers >; si l'on ne lasche a avec de grandes forces de se 
rendre maLstre du Rhin cette année, les choses s deviendront 
< bien plus difficiles n, car ii ne faull point que l'on se datte 
* de croire que l'Allemagne soit si espuisée »; il est vray 
■ qu'elle n'c^st point si riche qu'elle a esté ; l'Empereur et 
Bavière, demeurans maistres de Souabe, Wirtembert, haut Pala- 
tinat et Franconie, peuvent maintenir de fort belles armées > 
et bien traicttées, sans « qu'ils despensent rien que ce qu'ils 
prendront sur le pays >. 

llfaudroil vquel'annéequeronenvoyeroit vint parSaveme, 
et descendant en Alsace * nous concerterions ensemble » ce 
qui serait u pour le mieux, et qu'elle eust un bon ecquipage 
de vivres et d'artillerie n ; si c'est t M' le duc d'Enguien, je 
luy obéiray comme je dois > ; si c'est une autre t personne i, 
je contribueray « de tout pour me bien accommoder avec luy >. 

« Si on attend dans l'arrière-saison ■, cela sera enlièremenl 
1 inutile n; 'i moins e d'un effort cette année ou d'une grande 
fortune ■, il est certain s que cette armée se diminuera et 
celle de l'ennemy s'augmentera extrêmement », estant certain. 
s faute de quartiers, et aussi dans la mauvaise opinion qu'ils 
prendront des affaires >, voyants qu'il t leur faudra tousjours 
repasser le Rhin s, et qu'ils auront s très grande diCBcultë'de 
se pouvoir maintenir l'hiver i. 

Pour les vivres, on en trouvera en Alsace avec de l'argent, 
et aussi des munitions de guerre, excepté des boulets qu'il 
faudra porter, ■ et envoyer quelqu'un devant ■ pour faire les 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. M» 

achapis nécessaires; n on trouvera aussi à Brisac des « pièces 
d'artillerie en bon estât, mais il fault « mener les chevaux s. 

Si j'eusse esté en autre lieu qu'icy, l'iuiaDterie nouvelle 
n'eust pas peu subsister faute de chariots de vivres; il me 
faudroit au moings deux cents chevaux; il faut faire toutes 
les voitures pour les chevaux que l'on prend dans les villes, 
ce qui couste cxtrômemeot, de sorte qu'il faut que cette armée 
face aveu de l'argent c« que celle desennemis faicl aux despens 
du pays qu'il ont derrière eux. 

M' Rosen envoit un cap^ilaine] qui est avec luy proposer la 
levée d'un rég[iment] de dragons; il ne demande pas tout 
l'argent qu'il fault pour cela; mais en luy avançant deux cent 
pistolles par compagnie et l'asseurant que, le régiment venant 
un peu en bon estât, on l'assisteroit du reste, j'asseure V. È. 
qu'il y mettra plus tost du sien que de mettre celuy du Aoy 
dans sa bource; il sert avec grande affection et mérite bien 
que V. Ë. l'asâeure, par cet homme qu'il envoit, que la Reine 
luy donnera quelque récompense. Il est très nécessaire d'à- 
voir des bons dragons dans cette armée; les ennemis eu ont 
plus de quinze cents, et M' Rose est plus capable de faire 
cette levée que qui ce soit. 

( K' d'Erlach a lesmoigné à Charlevois * qu'il avoit envie de 
se retirer et demandoit combien on avoit donné à des gou- 
verneurs en France; ce n'a esté qu'un discours », qui a néan- 
moins n esté assez avant n . Je crois qu'il n'y a pas de « danger 
de continuer à luy en faire parler sous main >> ; V. Ë. me 
mai^dera ce qu'on voudroil faire pour luy; en ce cas, ce n'est 
pas a une chose k faire esclater o ; à cette heure • personne 
n'en sçait rien ». Je crois qu'il n'y a a personne plus propre 
pour celte charge que H' d'Aumont ; il a toutes les qua- 
litez >. 

Je ne doubte pasqueV.Ë. n'ait donné ordre i une monstre 



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60(1 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

pour cette armée ; je la suplie de croire que cela est tout h 
Taict nécessaire et que les officiers ont employé tout l'argenl 
qu'on leur a donné et ce qu'ils ont pris en Lorayne pour se 
remettre, et qu'ils sont en grande nécessité ; ils m'ont demandé 
si je n'avois point de nouvelles de leur ai^nt; je crois que 
dans peu de temps ils me viendront ti'ouver pour cela. L'année 
de Bavière n'a donné que quatre mois cet hiver et en ^ct 
loucher un à cette heure ; il pourroit y arriver un accident i 
moins que d'avoir bientost de l'argent. 

Je suplie V. É., M' de Tracy quittant, de voaloir avoir icy 
une personne i qui elle su fie pour le maniement des Qnances ; 
car, b raoina d'esviter beaucoup de frais par la commodité des 
quartiers, les parties inopinées qui ne sont point dans les autres 
armées, comme l'achapt de bleds, gages des commis, leurs 
despences dans les villes, les gages des officiers d'artillerie, 
entretien des chevaux, l'achapt des munitions, payement des 
rançons, sont des despences si grandes que cela ne se peut 
pas imi^iner; je ne scaurois encores avoir assez de valets pour 
le peu de chevaux que l'on a pour l'artillerie, et si je m'a»- 
seure qu'il en a cousté plus de hulct cens pistolles; V.Ë. peut 
s'imaginer les autres despeoces à proportion, de sorto que si, 
outre la monstre, on n'envoyé de l'argent pour les parties extra- 
ordinaires, on demeurera enli^ment court... C. P. 



M. LE PaïKCE A M. LB nVC. 

Pini, £1 juillat len. 

Mon fils, vous verres par la lettre que j'escris b V Girart la 
responsse à toustes vos lettres; je fais mon possible pour tout 
ce que désirés. Reste quatre choses à vous escrire : b pre- 
mière, c'est que vous devés demeurer certain que pour vostre 
seul respec M^ de S' Estienne ne sera nullement recherché 
de l'affaire que scavés, et outre aura sa giAce dans quelque 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. Ml 

temps asseurément; la seconde, l'on vous fera raison très 
honorable du marquis de Roielin, et je croy que desjà il serait 
ost^ de sa charge sans H'' le conte de Brienne; c'est un inso- 
lent, faut le chaatier tout de bon, et je vous y assisteray JMS- 
ques au bout, et vous avés un intërest notable do ne luy par- 
donner pas qu'en perdant sa charge, et ne faut nul gouverneur 
à Rliains que les maire et eschevins qu'il faut que Taciés tous 
les ans, lesquels vous doivent aussi demander pardon, car it 
sont en fanto d'avoir obéi au marquis de Rotelin contre vous, 
n'aiant veu nul commandement du Roy ny de la Reine con- 
traire aus vostres qui estes le supérieur; mais ils sont escu- 
sables pourtant, aiant obéy a leur impertinent gouverneur; 
vous en aurés satisfaction. La troisiesme : souvenés vous de 
presser et escrire qu'on achève vostre affaire de Stenay. Pour 
la dernière, vous verres ce que l'on ^ous mande ; on m'a tout 
communiqué et vous avés beaucoub d'obligation â M' le car- 
dinal Hasarin, car on remet le tout à vostre discrétion; néant- 
moins je trouve ce que l'on vous mande fort raisonnable et 
ulille pour vo tre honneur, et, si j'estois en vostre place, je 
ferois sans bag'ge ny délay ce que l'on désire de vous par 
une conrsse, et reviendrois tout à l'heure après vostre effet 
fait, et je vous asseure qu'à vostre retour on vous assistera do 
tout... A. C. 



H. LE DDC A HAIAEIN. 

Cinip d<! Siiot-Lturent, SSJatlIel 1014. 

J'ay en nouvelle aiqourd'uy que l'acco mode ment du duc 
Cbailes est fatct avec les ennemis; mais quoyque toutes les 
apparences y soient, je ne laisse pas de continuer tousjours ma 
marche, ne peuvent y adjouter une entière créance que je 
n'aie nouvelle de H' du Plessis-Besanson ; je m'avanceray 
jusque à Thionville où je seray lundy, et do là je prendray 



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60a PIÈCES ET DOCOMENTS. 

mes mesures pour l'exâcution de noslre dessain, suivent ce qne 
je sc^uray des ennemis; de ^i aussy je vous mandersy nostre 
dernière résolution; je vous demende, Monsieur, la continua- 
tion de l'honneur de voslre amitié, puisque je l'estime au delà 
de toultes choses.,. C. P. 



. M. LB tfVC. 



Je me remets h M' Brachet i» vous dire toules les nouvelle.^ 

d'ici; il s'en va vous trouver en diligence. S'il vous plaisl 
vous avancer à Brisac par le chemin de Saverne, je liens in- 
dubitable que vous combaltrés l'ennemi, estant imposable 
[|u'il se retire, de la façon qu'il est engagé au decè des mon- 
tagnes; il y va du restablissement entier des affaires d'Alle- 
magne, et, s'il vous plaist marcher avec diligence, je ne doule 
point que vous ne faciès la plus glorieuse action du monde... 
A. C. 



Craignant que le bruit de la reddition do Fribourg ne vous 
arreste, j'ai prié M' do Traci de vous faire passer ce mot en 
diligence, par lequel vous apprendrës comme ils ont bit 
trêve; mais leur ay>ini fait dire vostre venue, ils tratneronl 
certainement le traité en longueur et vous donneront tempe 
d'arriver, el selon toutes les apparences on ne peut prévoir 
que la perte de leur armée. 

On m'a mandé que vous sériés aujourd'hui à Saveme, qui 
est une diligence qui me surprent avec beaucoup de joie; je 
vous suplie. Monseigneur, de la vouloir continuer, espéraol 
que ce voiage vous apportera beaucoup de gloire.^. A. C. 



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PIÈCES ET DOCDUENTS. 603 

BB jnillel IS44. 

J'ai recâu ta teltrc qu'il vous a pieu me faire l'honneur 
de m'escrire par H' du BoqueL, et me remets à H' d'A.u- 
moiit do voua informer de toutes choses, espérant qu'encores 
que Fribourg soit rendu vous no laisserés pas de trouver 
moiea de faire quelque chose, a cause du peu de cognoissancc 
que les ennemis ont de vostre marche. Vous Ironverés, Mon- 
seigneur, le canon que vous demandés h Brisac, et aussi du 
pain tout presi. Je m'assure bien que vous ne doutes pas qui- 
personne du monde ne vous rendra plus de respect et d'obéis- 
sance que moi, qui ferai toute ma vie une profession particu- 
liaired'estre... X. C. 



PICCOLOUINl*. 



Ew. tant. Gnaden berkhle 
ich biermit ^horssmblich, dass 
nftcbdeni aviao einkommfn der 
ducd'An^iDimAniugebegrilTca 
gei, daai nuui dinar ia geh&lte- 
nem RMh concludirt, mit der 
Armada in allhiesigeo Poslo lu 
verbleibeD uod des Feindea An- 
kunft ïu erwartea. Nua iat er- 
meller doc d'Anguin, welcKer 
aller GetiDgeoen ausaag nach 
Qbcr 9,000 Hann Blark gevicaea, 
den 2 Juni mit leinem Suceurs 
^u Breyuch aur dièse Seilen 
dcB Rheins herabergaoï^n und 
Bich gleick mit deo Touirenisch 



I. C* r«cit I 



Dcvanl Priboui^, 7 *otlt 1814. 

J'ai rhoaneur d'inlormer très 
humblement Voire Grftce que les 
deniières Douvellea noua ayant 
apprii que le duc d'Anguien était 
en marche, le cenaeil décida de 
maiotenir l'araiée dan» les posi- 
tions qu'elle occupait et d'y at- 
tendre l'ennemi. Le duc d'An- 
guien, qui, d'après les déclara- 
tions des prisonniers, disposait 
de plus de 9,000 hommes, passa 
le Rhin à Brisach, le 2 juin, et 
St immùd internent sa ]onclian 
avec Turenne; le 3. de très 
bonne heure, il occupa l'ancien 
camp de Turenne, situé en Tacc 

Bn«a le 



I pu U<ic7 à l'<lsM«ui < 



it Titjantn. dam la <lépèeb< 



nanwi, aani la avpecDe HannoB le 
Barlire «I publiés par le géuinl 



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604 



PIÈCES ET DOCUMENTS. 



Vtiickcrn ronjung-irt, aurh dea 
3 dito gar leitlich vor Hittap in 
dcm ait Tourrenischen itleich 
ceg^n uns hinOber gclegenen 
Li.ger logirti baM aber d&nmf 
Ut Kr Tourenae mit deu Wey- 
marischen Vfllekern auf der Sei- 
(en nâchst eiaem allen Schlosa 
durch die Dusch Oberein hohen 
Berg und ungebreucht«a VVeg 
lieruadergangen und gegea dem 
llauptquarliei' UfliBuscii ivan- 
lirt; obiwar solcher Berg rail 
KTossen Bàumen meisleiitheils 
aber BuBcheo verhaut gewesen, 
dus nuiD nit vermuUiet, aobald 
durchzokoiniTien niHglich sein 
werde. lo haL er docb mît sol- 
cher HcD^e Volks uad bei sich 
Kehabt vilcn mit llacken verse- 
hen gewesen Bauern, mit gros- 
Bcm Gewalt und Furie anges- 
tOrit und in gar wenig Stand 
Plati ^marht ; lui er anfanga 
mie dem fussvotk, hiaach aach 
mil der Heiterei durehkommeD 
kSnnen. 

Al» «ir nun »)khe de* Fein- 
dea Intention leitlich vermerkt, 
haben wir gleich vier Régi- 
menter lu Fu«i und etlich E*- 
cadrooen lu Pferdt an solch 
Orlh, wo der Feind herausge- 
woIt,ge>etit, RCiDerAnkunllalda 
erwartet; und obiwar, wie ent 
gemeit, der Feind mit grosser 
Furie aut uni angesetil in Mei- 
nnng durcbiudringen, aa hat er 
doch von den Unserigeo lolche 
Resiatani gefUnden, daii solcher 
Rencontre von 5 Uhr Abend die 
ganta Nocbt faindurch bis den 



de noua. Peu après, le maréclul 
se mit en marche i la t£[e de> 
WeymBTiens, du cAlé d'un vieux 
château, et, a travers le* bnis- 
Bons, par des chemins imprati- 
cables, s*avança vers le quartier- 
géaéral d'Uffhausen. La mon- 
tagne était couverte do grands 
arbres et embarrassée d'épai* 
buissons, et l'on ne pouvait 
supposer qu'il fût possible de 
s'y frayer promptement un 
pasitage; néanmoins Turenne 
s'élança avec ardeur à la tCir 
de troupes nombreuses et de 
paysans munis de haches. En 
peu d'heures, un passage fut 
ouvei-ti l'infanterie s'y engagea 
d'abord, la cavalerie la suivit. 



Ayant aperçu à temps Hd- 
tenUon de l'ennemi, nous avons 
aussitôt placé quatre régiments 
d'infanterie et quelques esca- 
drons de cavalerie k l'endroit oA 
il devait déboucher, pour j at- 
tendre sou arrivée. Toujours 
aussi ardent, Turenne nous at- 
taqua avec grande furie pour 
forcer le pasiafte; mais il tronva 
chei nous telle réii^nce, qae 
la lutte se prolongea toute la 
nuit, depuis 5 heures du soir 
Jusqu'à 1 heures du matin, et 
rnSme plus longtemps, au feu 



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P]fiCES ET DOCUMENTS. 



ftodero Horgeo frQh um i Uhr, 
jB Docb llnger, gegen eioander 
mit HuMjuet Bchiessea udïh- 
ntËrlkhcontinuirljUDdderFeiad 
nit ftlleiD ellich Ibbleii wider- 
unib imilckg^iriben , eoudern 
such von den Laserigen dieser 
PIbIi maoutenirt; eÎD Franio- 
sischer Obriater nebeo ellicb 
Fitandricli vom Feind gehngen 
bekomiDen, uDd 3 F&tanleia ero- 
berl worden ; auch der Obrial 
(Uutein lodl geblieben. 

Alsaber oDl^rdessen dur Duca 
d'AnguinmitaeiDemSuccuiideii 
gegca des l'eindes altem Lagur 
verscbuiil B<.-rg uad Trencho- 
mcol, alwa der General W&cbl- 
meîBler von Reuachenberg das 
Commando gefQbrl, lumalen nit 
weui)[Gi' mil sebr grosser Furio 
aD^fallen, iit er zwar da» eral 
uiid andere Habl mit Verlusi 
ab^etriebea worden; vors driltu 
aber bal er sicb einer Scbani 
bemikchtiKt. Dftbera und weil wir 
bewrgt, er mochie un» gar au( 
den RQckeD kommen, babeu wir 
HMiDmtliche Gênerais Perwineo 
farralbaam befonden, den ion 
ReuBcheoberi^ mïtdenenbci sich 
guhabten Vûlkem aucb SiQckun 
mil itutei" Ordnung an un» lu 
liehen, und uns samnitlich anf 
einen uideren hohen Berg 
nichst bei Freiburg, allwo der 
ObriBt Kou>cr mil »cioem Begi- 
meule ecban gewescn und Poato 
i;efaa9i gehabt, m »eiien, wie es 
dann gescbab oboe einig Aler- 
men oder Vorfblgnng des Fein- 
dns. Et- bat sich gleich aucb, 



continu des mousquets. L'en- 
nemi fui repoussa plusieurs foi» 
et le« uûtres se maintinrent 
dans la position : un colonel 
[rançais fnl pris avec quelques 
porta-drapeau j deui petits dra- 
peaux Utmbèreot en uoa mains; 
le colonel Hatiieio esl reeté mort 



Cependant le duc d'Angnien 
avait attaqué avec non moins 
de furie la montagne retran- 
chée, située en face de l'an- 
cien camp de l'ennemi, et le^i 
retrancbemenls où le général 
de Henscheiiberg étail posté. 
Repoussé deux fois avec pertes, 
une troisiàme attaque le reudit 
msltre d'un fort. Craignant que 
l'ennemi ne tombit sur nos 
derrières, tous les |.-éDéraai et 
nous avons jugé prudeot 



eM. • 



Reuschenbc 



!S Lroupei' 
et ses canons, et de nous rendre 
tous sur une bftutc montagne, 
près de Fribourg, où le colonel 






Q fut e 



cuté s«ns que nous ayons 
inquiétés ou poiirsulvis 
l'ennemi. Dès le petit jour 
lui-ci y reconnut nuire prési 
et se rangea en balaîlle en 
de nous, là mime où nous sv 
assis notre camp; mais il 

forte pluie qui tombait, 



été 



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G06 



PIÈCES ET DOCUMENTS. 



Bobald ei recbtTsg wordeo, uod 
recof^Doicirt dau wir aldort Biad 
im FlACbiBDd, wo UDser Lager 
^Btandca, gefsim uds in BalAglift 
);e9tellt; und ielbi|2«D Tap, ob es 
weg:en des eingeblleneD starken 
Regenwetter, oder wammb Ra- 
chat), NichUteatirt; daaumdie 
Weile geben bat, uns loviel in 
sokunerZeit ajch bei lolcbem 
Oblei) WetMr m ireacbirea und 
m verbauCD. Als er nan den 
puien Tag aida gcatanden, bat, 
esdwAn9che[a gebabt,alg wann 
derFeind marchiren uod wîeder 
lurockguhcn woltte; allcln isl 
eiD Reiler vont Sporckhischeii 
Refcimenle aurgttriasen and hin- 
Ober i;«liuren, daraufder Feind 
aich kun wider umgenandl und 
sieh ins site Lager logirt. Wie 
die GeraDgenoQ sagen, bal et 
dem Feind referirl, dasa wir 
Willens ««ren, die Dagage fort- 
luschicken und uns zu retirireni 
darauf er gleich am Horgeo frith 
Résolution jcefassl, uns, wie es 
auch (i^schah, m attaquiren, ta 
Meinung wir wQrden oit Sland 
halte», EOndorn ichoa im Spruai- 
sein und weiten Mclits, aU uns 
lU retiriron, begehren. Hat aber 
soUhen WidersUnd gefunden, 
obwobi er mit soicber Furie als 
Jemalea ao lange aia dieaer Krieg 
nùrhl geacbehen , lu uDt«r- 
scbiedlicb Hahlen, ja bia in die 
Nacbt hineinan una geae(it,da«i 
ihm ein Feldnianchaii $ambt 
Tiel Obrislen aud Officiere neben 
vlelen Todien litienbiicben, dass 
er getrissiicb sobald an uns in 



ponr une autre raison, m qui 
Dous permit de nous r«(ruicber, 
aulaoliiQ'il était possible en ce 
peu d'heures et par un si man- 
vais temps. L'ennemi, qui était 
real^ en plafs toute la journée, 
Bt mine de vouloir se mettre en 
marcbe ponr ae retirer; mais 
un caTaJier du régiment Sporck 
ayant déserté et passé dans ses 
ran^, il l'arrêta court et rcTÎnt 
se loger dana l'ancien camp. 
Ainsi que le disent les prisoo- 
niors, ce transfuge annonça à 
l'ennemi que nous étions décidés 
à eipédier les bagages en avant, 
et i nous retirer; sur quoi ce- 
lui-d résolut de nous attaquM 
le jour suivant; il noua altaqua 
en effet, croyant qu'étant d^â 
en marcbe, nous ne poorrions 
pas rési-ter, et que nons ne 
demanderions paa mieux que 
de noua retirer. Mais, quoiqu'il 
nom ait attaqué à divenes re- 
prises, et même juaqu'à la nuit 
tombante, avec la furie habi- 
tuelle qu'il montre dans cette 
guerre, il trouva telle résis- 
tance qu'il perdit un mankhal 
de camp, bon nombre de colo- 
nels et d'cdBciers tués; il ue 
tentera certainement rien de 
ailût contre nous sur ce terrain ; 
et si aa cavaleril 
de beaucoup i 
natre, une action générale se 
serait engagée, qui nous eilt 
permis, je crois, de l'extermi- 
ner. Pendant la nuit, l'ennemi 
se retira en silence et rentra 
dans son camp; il y est encore 



e n'avait pas été 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



807 



dleeem Poito weiter Nichts teoti- 
ren wOrde; nnd wire er kd Rei- 
lerei uns lo «Urk oit Qberlegen 
^weien.HO w&rees gewUasn eîn 
llaupltctiOD kommcn, und mît 
solchem Feind hoirendljch ein 
End gemkchl ivorden ; wie er 
danu in der N&cht in Aller Siille 
mit UiaUrl&Bsung vielerTodten, 
darunter ein Feldmaracb&ll und 
viel Obrislen eind, aucb SlQck- 
Kugeln,Pu1verundet1ichSclitiii- 
Zeug ÎD sein L*ger, wo er an- 
jetio i>l, iurQckg«ng«i>- 

Wir haben aber aus Hangel 
Rr i lerei mOsieD in nehalten; und 
balder Feind, wiealleGefongene 
(aacb Qberscbickle Trompeter 
und Tambour) referiren, etiicb 
taiiaendantodtennnd geacbïdig- 
IDn eingebOtiL Wir iiaben iwar 
aucb keine Seîden dabei gen- 
ponnen, ■oodernetiiche hundert 
verloren ; allein Ut der meiate 
Schad und Verlust in dem dass 
ein getrouer Diener Sr, Cburf. 
Drl. ala mein Brud'r der Ge- 
neral- Wacht me i «ter, Buch dei' 
Obriit MDbr lodt ^blieben nnd 
viel OQlciereg^quelBcbt worden. 

Sonaten iteht der Feidd in 
sainem gerasitem Posto, ait in 
uDserm gebabt altem Lager, und 
wir g<!^D ihiu alhier. H? bat 
geatem Abends auch angefaiigen 
lu scbanien. aber heute frflh 
om 1 Ubr bat man in aeinem 
lager BoalU Sella geblasen. Wir 
terBchaoïen uns s tarie und beim 
Alierbeiten aU mËglieb; und 



à préeent; il laltaait aur te 1er 
rain une foule de morte, dont 
un marécbal de camp et plu- 
sieurs Mlonels, des boulets, de 
la poudre, des outils. 



Faute de cavalerie, nous avons 
dû nous arrêter i selon lo rapport 
de tous les prisonnier! (et auasi 
du trompette et du tambour 
qui ont été envoyés), les portes 
de l'ennemi s'élèvent à plusieurs 
milliers de morts et de blessùs. 
Nous auHl avons soufTert et 
perdu quelques centaines d'hom- 
mes, msia le principal dom- 
mage et la plus grande perte 

Adèle eerïileur du prince-éloc- 
tour, mon frère le général- 
wacbl>i>eis(er, dans celle du co- 
lonel HQhr (Hiebr), et dans la 
mise hors de combat do beau- 
coup d'oUlciers. 



I qu'il a prise, c'eat-i- 
ins notre ancien CAmp, 
sommes en face de loi. 






a sonnA le boute-selle dans «on 
camp. Noua nous retrauchooi 
aussi bien que iMsaibls, quoique 



zecbvGoOgIc 



obiwar dus 
hergehen wQrde, 
daun Bchon solche nïher nit ala 
in ti, 7, 9 Slund (bbolen mUt- 
sen; sa HflrdI der Feiad doch 
ebea so nenig &I* wir &u* Han- 
gel Bolcher Faura^ lang aida 
stehen verbleiben kouDen... 



PIËCES ET DOCUMENTS. 

FoDrag« h«rt 1< 



les livru nous manquent; noas 
sDmmQs déjà mainteDUit Torcëi 
de les chercher a une distance 
de S, 7 ou K heures- L'ennemi 
ne peat rester ici plu» lang- 
temps que noas, à cause du 
mËue manque de Tivrea.» 



P.-5. de U miin da Uecc)-. 
Si di«ae che vengADO ancora 
cinqQ»millia inTanteria et cava- 
leriaal inimico; in qaesto posto 
non ml paiera fonare, ma ai 
potera render maieslro di l« 
campiftosi si io hatesie ancora 
2,1)00 cavalli e (anta inrsDleria, 
io spercrai con l'adiuto di Dio 
far gli riepaiare il Refano. Spero 
che il mio patrons fara rismon- 
tar la Dostra cavalleria a piedi 
ton dilijrcntia; ma per l'inlan- 
terift, non ho remédie. 



On dit qu'il vient encore à 
l'ennemi cinq mflla homme* 
d'înlaaterie et de cavalerie; il 
ne pourra pat me forcer dans 
ce poate, mail il pourra se ren- 
dre maître de la campagne; si 
J'aTais encore 2,000 ctraliera et 
autant d'inbnterie, J'eipdrerais, 
avec l'aide de Dieu, loi faire 
repasser le Rhin. J'espire que 
mon maître fera remonter bien- 
tôt notre cavalerie démontre ; 
mais pour riafauterie, il n'y a 
pas de remède. 

A. A. 



M. LE Dl'C A SON PHHE. 



Vous verres par la relation que je vous envoie, et vous 
s^auréâpluâ particulièrement par Tourvilie ce qui s'e^t passé 
dans les deus combats que j'ay donaés près Fribourg à l'armée 
de Bavière. L'armée des ennemis a couru risque d'eslre en- 
tièrement detTaicte, mais du moins elle a esté extrêmement 
ruinée; pour moy j'ay perdu beaucoup d'oQiciere, et entre 
aultres des nostres le pauvre Hauvilly a esté taé: certènement 
c'est la plus grande perte que nous pussions faire; L<HigepierTe 
m'a prié de vous escrire en sa faveur; mais je croy que vous 



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PIËCES ET DOCUMENTS. 61» 

devés GODsidérer ce que la charge a consté au pauvre Manvilly, 
et avoir soin de ses parens. La Boulaie, La Place, le cheva- 
lier de Rode ont très bien faict; La Place a esté blessé, le 
dieval de La Boulaie tué ; Chamilly a faict des miracles. 

Noua avons perdu un nombre très grand d'officiers; U' de 
Tourviile vous les nomera. S' Point a esté blessé apprès avoir 
faict des miraclea. Tonrville vous enlreliendra particulière- 
ment de tout ce qui s'est passé, et de tout ce que nous along 
faire. J'ay perdu quantité de cbevaus et quasy tuuls mes gens 
ont esté blessés... A. C, 



U, LE DDC A HAZARUI*. 

Camp ds Prtbauig, B aottt 1S44. 

Je vous envoie la relation de lont c« qui s'est passé dans 
DOS combats; je m'asseure que vous l'aprouverés ol que vous 
jDgerés fadiement que si l'armée de Bavière n'a pas estéabai^ 
lument deffaicte, au moins elle a esté ruinée en un point 
qu'elle aura bien de la peine à s'en remettre. Pour nous, cer- 
lénemeot nous y avons perdu do monde, mais non pas k com- 
paraison des ennemis ; la perle est tombée beaucoup plus sur 
les officiera que sur les soldats et il oe se peut dire avec quelle 
affection et quel cceur tout le monde a servy dens ce nor 
contre. 

Je ne vous diray rien de H' le marescbal de Guiche ; il est 
trop cognu de vous pour qu'il soit besoin que je vous eu parle; 
tout ce que Je vous en puis dire c'est qu'en cette occasion ii a 
surpassé, s'il se peut, vosLre attenie. H' le marescbal de 
Tnrène y a servy avec tout le cœur et la capacité imaginable. 
Messieurs d'Ëgpenan, de Palnau, d'Aumont, de Tournon et 

1. Lm d<Di letlK) d< M. le Doc i Uiurn in 9 al li totH 1644 ont «U 



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610 R1ËCE3 ET DOCCHBNTS. 

de Marcin y ont faict des morveillies, vous le verres par la 
relation quo je voua en envoie, et je tous puis dir« qu'il n'y 
a rien de plus véi itable ; vous me cognoissés assés pour croire 
que je n'aime paâ k mantir. Leschelle a esté blessé très dange- 
reusement après y avoir servy trâs ulilemeut, et on ne peut 
croire quel honneur le pauvre Hauvilly avoit aquis quend il 
est mort. Touttes nos trouppea ont très bien faict leur devoir 
et je vous jure que jamais armée n'a esté si proche de sa 
perte quo celle des ennemis; Dieu ne l'a pas voulu; nous en 
relreuverons peut-estre l'occasion. 

Vosire régiment d'infeaterie a faict tout ce qu'on en pou- 
voit attendre, mais principalement le marquis de Casteinaa 
s'est signalé au dernier point; je croy que, à cet heure que 
n'avons plus de sergent de bataillie, vous lui devésenvoier la 
lettre pour sei'vir; il s'en aquitera très bien et il mérita plus 
que cela, si je l'ose dire. Mes régiments on faict h merveillie 
et j'ay perdu un nombre très grand d'officiers; mais entre 
aullres Chamilly, mon lieutenent coronel, et S' Poin, premier 
capitaine de Conty, y ont faict des miracles. Le régiment de 
Persant s'est signalé; mais il a perdu le pauvre La Frésinelle; 
je vous conjure de vouloir faire avoir la lieutenence corooelle 
à Boul-du-Bois ' qui en est premier capitaine; il a très 
dignement servy, et si de plus la i^rge Iny apartieot le 
droit. 

Lps ennemis pâtissent inâniraent et j'espère que, avec l'aido 
de Dieu, ou nous les ruinerons ou du moins nous les oblige- 
rons à nous abendoner Fribourg. Nous marchons demain du 
cotù du Virtemberg dans le val de Lentesling', qui est un 
poste où nous treuverons du fourage abondament, d'où noua 
pourons tirer facilement nos vivres de firisac, d'où nous in- 
commoderons inSniment les ennemis en tenent avec de fois 

1. DuBODl-du-Boia rat pliu laid la commtddamaot du régiaiwil et mU 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. Ml 

parlU de cavaleria tousjours luur dérière, et d'où nous serons 
«D estât de dessandre le Rhin quand nous le voudrons, et de 
former tel dessin qu'il nous plaira de ce costé là. TourviUe vous 
en entretiendra d'un qui est très considérable. 

Je mande à H' Amault de m'amener les trouppes qu'il a; 
je ne sçay en quel estât elles seront ; mais selon cela nous 
prandrons nos mesures. Je vous prie de nous vouloir fortifier 
d'infenterïe, cela est absolumeaL nécessaire en ce païa icy. Je 
croy que vous estes trop de mes amis pnur ne in'assister pas 
en un rencontre où il se prœsenle une si belle occasion et si 
utile b l'Estat. Je ne vous puis dire avec quel ïèle et quelle 
affection et quel cœur La Houssaie a servy en celte occasion; 
il a eu trois chevaus tués sous luy et une mousquetade au 
bras; cela mérite bien que vous le Lréliës favorablement. Je 
croy qu'après ce qui s'est passé icy personne ne scaun»t 
trouver k redire que vous le fassiés servir. Le chevalier de 
Chabot a eu anssy un cheval tué et 9 faict des merveillies'; 
loutte l'armée en rendra tesmoignage; je vous conjure de luy 
vouloir faire ressentir les effecls de vostre bonne volonté, de la 
mienne, et de son méritle. 

Nous avons perdu deus sergens de bataillie, et par consé- 
quent, si vous nous donnés M'' la marquis de Castelnsu, nous 
en aurons encor un de manque. Chitelua est icy qui a esté 
blessé de di'us coups, mais quy sera bientost guéry ; je vous 
respons qu'il fera très bien celle charge; si vous voulés l'en 
gratifier, je vous en auray une très particulière obligation. 

Je me sens obligé de vous dire que la cavalerie de l'armée 
allemcnde est au meillieur estât du monde et que certènemeot 
elle est infiniment meillioure que l'année passée. Ils ont très 
bien emploie l'argent qu'on leur avoit donné. Pour nous, je 
vous conjure de nous envoier nos montres le plus souvent et 
le plus diligament qu'il se poura ; ce n'est pas icy un pé'iS ob 
l'on vive pour rien 



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619 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

Gêné et I^gny* onl faict dns merveîllies, et S' Hartin, qui 
aervoit l'année passâe à l'arlillierie, a faict icy des merveillieâ 
et n'a pas peu servy en celte occasion. C P. 



Cuip ie lADgduiiiheliDgi, lin^UlUl. 

J'envoie le chevalier de Gramond k la Royno poar loy 
donner advis de ce qui s'est passé dens nostre dernier ren- 
contre avec les enoomis, où nous leur avons pris leur canon 
et leur bagage ; l'armée s'est sauvée, mais avec un désordre et 
nne confusion eslrange ; je ne croy pas qu'elle se puisse si tost 
remettre. Nous alons il cet heure songer k ce que nous pon- 
rons entreprendre et dens un jour ou deusje vousen donneray 
advis afin d'avoir ^-dessus vos résolutions. Je vous supplie 
de songer li nous fortifier d'infenterie, parceque, outre ce 
qu'il fault que nous fassions, il fault aussy qu'il en reste li 
M' de Turenne pour s'establir en quartier, et il est â croire 
que Hatsfetd, te duc de Loreine et le reste de Bavière se 
réuniront pour nous en empescher, si les Suédois ne rentrent 
en Allemagne et si Madame la Landgrave n'entreprend point 
de divertir quelquounes de leurs forces Je vous suis infini- 
ment obligé de la commission de H' de La Clavière et de ce 
que vous faictes pour mon affaire da Stenay. 

Ce que /ous mo mendés de H" de La Melleraie et de Gas- 
sion m'afllige extrêmement, et je ne comprens point pour- 
qnoy on a voulu faire une chose qui choquât si fort H' de 
Gassion et qui est tout à faict injuste, le contraire de ce qu'on 
a faict s'estanl pratiqué dans tonls les aultres sièges qu'on a 
faicts; je vous prie que cecy demeure entre nous. 

Pour ce qui est de ce secret, je ne m'estonne pas qa'on 

1 Ren4 du Plenii it U Ra:rh*-Picaisr, marqaii da JuRaj. tnl on \S1%. 
— Fnncoit d* BlAcy, cligT*U*r d'Itigoy, pannt ds Maduns la PriacciM, 

a. Lugeadaa(UDgaii,iajourd'hai DaniliDgen. 



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PIÈCES ET DOCUUEKTS. UU 

l'ait mandé à Paris, puisqne je ne jugay pas que te fût une 
chose fort nécessaire à garder pour passer en Allemagno et que 
moy-mesme je le descloray & tout le monde pour en faire 
praodro aus officiers la résolution de boDoe grâce, et par leur 
eiample y mener leurs sold^its avec guaieté, et je vous asseure 
que cela a mieus réussy que si je tes eufse trompés. 

Songes k nos montres, je vous supplie, et voies un peu à 
les faire partir plus tost è cause de la longeur du chemin qu'il 
fault qu'elle fawnt et la difficulté, la seconde ne pouvent encor 
passer ai tost à cause des trouppes du duc de Loreine... 

Je ne scaurois vous direassés de bien de nos maréchans ny 
de nos aultres oTiciers; tout le monde sert avec une passion 
incroiable. C. P, 



MADAMB LA PRINCESSE A H. IK DUC. 

Paiii, le aoat 1S44. 

Mon cher fila, j'ay resu une trJa grande joie de l'asuraose 
que M' de Tourvitle m'a donnée do vostre bonne santé, après 
se que luy el plusieurs olres m'ont dit et écrit des périls que 
vous avés couru. Je loue Dieu, mon cher anfan, de se qu'il 
vous a préservé; il fault bien que vous luy an randiés gràse 
et que vouâ ne soyës jamés ingrat vers sa bonté qui vous a 
miraculeuscman préservé; pour moy, il ne sera jour de ma 
vie que je ne l'an romersie. La Rêne me vien de dire qu'elle a 
encore eu nouvelle que voua avés aiicore eu un gran avan- 
t<ge sur les énemis et que vous avés dêfect l'infanterie, se 
qui a donné à Sa Hagesté une très grande joie et ii H' le Car* 
dinal, qui t moigne avoir pour vous une pasion très grande 
et fect valoir vos servises autan qu'il se peult. An vérité nous 
luy soemes très obligea et i la bonté de la Rèna, qui parle de 
vous avec toute l'estime que vos servises méritent ; mes elle est 
fâchée, et M' le Cardinal ausi, de se que vous vous exposés 



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eu PIÈCES ET DOCUMENTS. 

trop dans les périls; pour moy, mon cher anfan, j'an euis au 
désespoir et an de si cruelles alannes que Je ne suis aa repoa 
ni nuit ni jour; et vous avés bien oublié se que vous m'aviés 
promis de vous conserver pour l'amour de moy qui n'ay de 
joie ni de plésir an la vie que par vous; conserves vous donc, 
mon cher anfan, si vous m'émés, et croyés que je vous ème 
plus que ma vie. Je suis depuis dis ou douse jours dan les 
Cannéliles où je prans des eaus el où je me suis retirée depuis 
que vous avés pasé an Alema^ne, pour prier et Tére prier 
Dieu pour vous, afein qu'il vous conserve et qu'il vous ram- 
plise de ses gràseset vous donne toute sorte de bénédicsions. 

Je ne vous dis pas la j'oie de vnstre sœur et de tous nos 
amis et amies, vous la pouvés juger. Je n'ay pas loisir d'écrire 
& H' de Turène et au maréchal de Guiche, à moo nepven de 
Tournon et il tous nos amis ; mes je vous prie do leur fëre un 
romptiman de ma part; je suis bien fâchée qu'il y an ait de 
blésés et de la mort du pauvre Movilli '. A. C. 



GASPABO DE COLIGNÏ ; 



Tar Dieu, voilà assés bien aller pour on gardeur de Tron- 
tiëre de Champagne et pour un comandeur de camps volanls, 
et voilà assés bien parlé à moy pour un foutu bougre qu'il 
semble que le ciel n'ait destiné qu'à passer sa vie dans l'admi- 
raiion des choses que vous faittcs. Le bruit et la lempeste des 
coups éfroyables des lieux où vous avés porté la victoire et la 
mort a frapé mes oreilles, et la renomée m'a faict scavoir vos 
exploicts avant qu'on nous les eût mandés de Paris; elle dît 
des choses qui surpassent rimagination ; elle dit des choses qui 

1. lluTiUjr, ta« 1* s. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. W 

serviraient ptustost fa composer des romans que des histoires, 
et encores dans ce genre d'escrire je ne connais que H' de 
Gombervile assés hardi pour entreprendre de faire un roman 
de vostre histoire. Voua m'avés Tait l'honneur de me faire 
passer quelquefo» pour un grand menteur, mais à ce coup le 
mensonge aura l'avantage sur la vérité, car je vous respons 
que ta postérité croirait plus aysément ce que je dis que ce 
que vous failles. Hais foutre de la postérité; tout le monde 
vous rend justice eln'y a personne qui ne schache que la re- 
nomée, avec tout ce qu'elle nous publie d'incroyable, a plus- 
test diminué de vostre gloire qu'elle n'y a adjousté. J'avob 
ouy parler de gagner des batailles; j'avois ouy dire aussi 
qu'avec de grandes armées on en forçoil de petites retran- 
chées; mais qu'en deux jours on gagnoit trois ou quatre ba- 
tailles et forcer une armée plus forte que la vostre et qui jus- 
ques alors a passé pour invincible, c'est ce que je n'avois en- 
cores jamais ouy dire. Pour moy, je vois bien que mon destin 
m'a privé du plaisir de tirer l'espée pour vostre service dans 
ane ocasion si signalée où, de sens froit et sans bravoure, 
je vous proteste, Uonseigneur et mon maistre, que je vou- 
drais avoir laissé la vie à condition d'i avoir esté présent, non 
pour ma vanité particulière ni pour l'esjiérance que ceia me 
deut servir à la cour, seulement pour la simple passion que 
j'ay de n'estre pas éternellement indigne de l'honneur de vos 
bonnes grices que vous m'avés fait l'honneur de me pro- 
mettre et dont je mérite de déchoir si vous n'avés une bonté 
exlrordinaire. Ce sont là les sentiments où est le plus malheu-. 
reux et le plus passioné de vus serviteurs, et le comencement 
de mes douleurs ne m'en devoit fias faire espérer une suitte 
plus agréable ; avec cela, Monseigneur, je vous proteste que 
ma joie surpasse de bien loin mon déplaisir et que je suis si 
sensible à ce qui vous touche que je ne le peux plus estre h ma 
mauvaise fortune, qui ne scauroit continuer si vous me faittes 
honneur de m'aymer autant que vous le devés, c'est à dire 



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«6 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

autant qu'on doibt eymer une ptersonDe qui ne dépendra jamais 
que de vous,.. 

Il y a un homme dans cette armée, qui est M' de Saiot- 
Ibar ', qui m'a, il y a déjk longtemps, prié de voua assurer 
de l'extresme passion qu'il a que vous le croyés vostre très 
humble serviteur, avec ferme dessein de peràsler tonte sa 
vie dans celte résolution là. A. C. 



MVfiE IV, CHAPITRE VI. 

AOAIIMI. — UiilMS. 



H. r.E PRINCE A U. LE DUC. 

Pirit, m MMU IM4. 

Les allarmes où je suis que mon filz aie entrepris des choses 
impossU)les à réussir, me mettent au désespoir, priucipalle- 
ment voiant qu'il avoit en main à jeu seur de maiolenîr sa 
grande réputation, et de continuer b Taire Torcd belles con- 
quesles, sans pnuvoir rien craindre le reste de cette cam- 
pagne. 

Il sera secouru d'icy de tout ce que l'on pourra dans la 
constitution des affaires présentes; mais ou ce que l'on luy 
envoie sera réduict à peu, comme il verra, parcequ'Arnault 



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PIfiCES ET DOCUMENTS. 617 

luy mène et de très mauvaises trouppes, et de nouveau levées, 
ou bien ce que Magaloti mène n'arrivera de looglemps, mesnie 
sera occupé aillieurs, si H' de Lorraine s'approche de Wormes 
comme l'on dict qu'il y va. 

Paris ei tous les amis de mon Riz sont en une fâcherie non 
pareille qu'il n'aye faict trois choses; la première, reprendre 
Fribourg s'il le pouvoit; la seconde, revenir attacquer une 
place deçà le Rhin, non delà; la troiaiesme, de n'avoir ramené 
les trouppes qu'il avoit menées selon sa parolle, ({ui l'avoient 
si gayement suivy. 

Pour Monsieur de Longueville, ma Temme, ma allé, et moy, 
nos apréhenssions sont sans mesure de le veoir si loing en 
lieu où tout luy tombera sur les bras, sans que nous puissions 
guières le servir, et hors d'espoir de le veoir bien lost, et où 
tous les ennemis se joindront pour le perdre, s^achant encores 
à combien de périlz il s'expose. Je vous envoyeray h Metz 
quelques coureurs dont je vous feray présent. J'y envoyeray 
la monstre de mes gendarmes et des vostres sans délay. 

Je vous prie de vous conserver, et de croire les bons con- 
seilz, et non inléressés. Bemerciës Dieu, priés le; faictes 
faire en voslre armée des dévotions publicques, et croies qu'il 
donne les victoires, qu'il a dressé l'esprit, et conduict les 
actions de ceux qui le craignent, et au contraire qu'il faict 
tomber do bien hault ceux qui t'abandonnent. Pour moy, ma 
propre vie scroit de bon cœur employée pour vous servir; 
M' le cardinal Mazarin faict ce qu'il peut pour vous, c'est ce 
qui me console ; mais réglés vos desseings selon la possibilité 
de vous secourir, eu csgard aux affaires présentes... A.. C. 



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PIÈGES ET DOCUMENTS. 



Ciinp d*TMt FfciUtbonre, 1" «eptcmhn lOU. 

- Je VOUS suis trop sensiblement obligé des soins que vous 
avés pris de Taire valoir le peu que nous avons Taicl auprès 
de la Royne, et de tonl d'auUres marques que vous m'avé* 
données de vostre amitié pour ne vous pas renouvelleriez 
protestations que je vous ay faictes d'eslre inviolablement 
vostre serviteur; après cela je croy que vous ne voulés plus 
de complimenl, quoyque l'afaire de Sienay, celle de Chdte- 
lus, de Casteinau, de La Houssaie et le renfort que vous nous 
envoies en méritassent bien. 

H. de Palière vous donnera la capitulation de Spire qai a 
receu garnison, et voua dira Testât de nostre siège qui vat 
aussy bien que nous le pouvons souliaiter. Ce soir nous deions 
faire à la premièi'o garde de La Houssaie le logement à la 
palisade qui est au devant du fossé. Les enuemis font ce qu'ils 
peuvent pour se remettre en estât; Hasfeld marche pour les 
joindre; Bavière leur a envoie 1000 dievaus pour les remon- 
ter, et le dnc de Loreine, & ce que Tourville m'a dit, revient 
de degà. J'espère que H' Amault nous amènera bientost im 
recours; je ne sgay pourlent encor au vray le lieu où il peut 
estre ; cela nous est très nécessaire à cause des grands tra- 
vaus qu'il nous fault faire. Après la prise de cette place nous 
lascherons A proGter dos avantages que ce succès nous pro- 
duira et je ne manqueray pas de vous avertir ponctuelle rnant 
de tout. Je vous supplie de songer à faire venir quelque infen- 
terie, parceque je croy que vous jugés bien qu'il faull que la 
mienne s'en revienne avecmoyet qu'il en fault beaucoup pour 
les garnisons et pour la campagne... C. P. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



II y a trou des priacipanx de Maience qui sont auprès de 
moi pour traiter; il y aura fort peu de difficulté pour leur 
accorder tout ce qu'ils demandent; ils ont refusé la nuict pas- 
sée Wolf ' avec son râgiment, à cause que j'i estois arrivé 
auparavant. Dès que V. A. sera icy, tout sera en estât; qu'elle 
signe le traité; je la suplie de venir aussi promlement qu'elle 
pouni à Oppenheim, et de là icy. Toute la cavallerie est logée 
dans le diemin ; si V. A. veut avoir en parUnt de \^'orms 
escorte jusques à Oppenheim, elle n'a qu'à prendre le rég[i- 
ment] de Kanorski qui est à Eck, pourveu qu'il lui plaise le 
renvoier promlement de Oppenheim dans son quartier, n'i 
aiaat que lui qui garde tonl le bagage... A. C. 

M. LE PBI»CB A ir. LE ODC. 

BouTgci, n nptembra IBU. 

Mon fils, vous verres par la lettre que j'escris à M' Girart 
comme j'ay mis ordre h tout ce dont vous m'escrivës. J'es- 
père qu'on agréera ce qu'avés fait pour H' d'Espenan; vos 
miraculeuses victoires me resjoaissent à un point non expri- 
mable. La mort de H' le conte de Tournon m'aflige hors touste 
imagination; vous et moy ne pouvions faire plus grande perte; 
je solicite ses charges pour le conte de Brion ; ma femme, mes 
lettres et La Roussière font tout ce que peut mon pouvoir de 
ma part. Il y a grande dificulté ; faudra voir ta fm de sa ble^ 
sure; Palluau, sans congé de vous, a envolé demander ses 
charges, c'est une horible impudence. Je fais poursuivre 



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S20 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

l'ordre de vostre retour et de vos tronpes; mais escusés moy 
si jo voua dis qu'il ne vous faut nul ordre que celuj' de vostre 
jugement: envoies à M' le cardiuul Masarin le nom de celuy 
que voulés mettre à Stenay, aQn dans vostre retour d'eu 
prendre possession. Je suis ravi de vostre santé et consen'a- 
tîon dans tant de périls... A. C. 



TUHBNNB A. M. LE DDC. 

CuDp d< Luidin, K Mptemb» IM4. 

Je ne suis arrivé icy qu'à la nuict, où aussilost j'ay esté 
voir H' d'Anmont, que j'ay trouva avec nn visage aus^ ferme 
et Iranqutl que jamais. It y a un chiruipen prez de luy, qui 
BSseure qu'il n'a pas l'os cassé; mais luy affirme tonsjoura 
qu'il est asseurément cassé. J'ai este à la trenchée pendant 
qu'un de mes gens escrivoit ce mot', et, au retour, ai parlé 
au médecin de V. A. et a mon chirurgien, qui ne verront que 
demain la blessure de H' d'Aumont, n'aiant p's voulu osl«r 
aujourd'hui son premier appareil. Ils en ont assés mauvaise 
opinion, mais n'en désespèrent pas. Je n'ai jamais veu per- 
sonne plus de sang froid, ni plus résolu qu'il est. Il m'a seu- 
lement parlé de sa charge, aiin que la Roine la donne à sa 
femme. Je croi qu'il suffira d'attendre dans un jour ou deux à 
envoier à la court, si voi'S le trouvés à propos. Je ne suis ar- 
rivé qu'à la nuict et fais achever la batterie, où le canon sera 
cette nuict; elle peut estre à cent pas du fossé. On travaille a 
faire des blindes partout à la trenchée, qui est enfilée depuis 
un bout jusques !i l'autre. Je ne peux vous rien dire autre 
chose, n'estant arrivé qu'à la nuict. Je croi qu'il seroit à pro- 
pos qu'il y vint encores un peu d'inf^anlerie], de sorte que, si 
V. A. trouve bon, mon rég[iment], Hasarin et Nétancour vien- 

1. L« pnmiim ligns) de la lollrs ue lant pu d a la main d* Tnreima. 



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PIÈCES ET DOCOHENTS. 621 

droient demain. Il o'i a pas apparence que ced dure long- 

Je vous manderai des nouvelles demain de bonne heure. 
A. C. 

MAXIIIILIBN, BLECTEUB DE BAVIÈRE, A L'BMPEREDB. 



Dieielbe baben aait der Bey- 
lag:e mit mehrerm genedigirt 
la verDemmeii, wuimaueD der 
tnuitfisiKh General Henog von 
Anguien Dit &llein die Veslang 
Philippsbargd urch dea Commea- 
dapten fruezeiti^ uad unaoth- 
weiidige Ybergebung, sondern 
g-leich danuf «ucli WormhB, Op- 
penheimb, Meni, und vermâg 
dor lettem Berichl auch CreJze- 
Dlch durch deren unieilJ^ Ac- 
comodalion, und alao numnehr 
dcn ganien RheiastrambTonden 
W&ldstelten an faiss auf Bingen 
binab in sein Gewaldt gebracht, 
und »ich nunmehr auch ausser 
allen Zweîfcl mit aller Hacht be- 
mueben virdt, wis er die Qbri- 
gen jenerseits Rbcins gelegne 
<rc98te Plâi, vomemblich Fran- 
Lenthall, gleicber gcsUlt ero- 
bera, und aladan undetwan wol 
cher Qber Rhcin luf dysseiti 
Uiomen, icegen Frankhen ivan- 
ciren, und nitail'ln die Heasen- 
Cueelli»clie Villckher, welche 
tich ohae diea schon in die 
4,000 BUrckh in* Hiagaw beraut 
beeebcn, sondern «ol sach den 
KSnigtOMrckh an lich liehen 



Uunicli, se uplembre IMl. 

Voua apprendrez par le rap- 
port ci-joint que non uolement 
le duc d'AngnioQ s'est emparé 
de la TorteresH da Philiabonrg, 
que le commandant lui a livrée 
prématurément et uni aécea- 
aité, maia que le* vîllea de 
Worma, Oppenheim, Hajence 
ao sont Buaii rendues par ca- 
pitulation, ainai que celle de 
Creutnach, d'aprèa lea derniers 
rapports que boua avons reçus. 
Il eat mal Ire i cette heure 
de tout le coora du Rhin, à 
partir des villea lorestièrea, jus- 
qu'à Bingen; il va s'eiTorcer, 
sans aucun doute, de conquérir 
toutes lea autres places brtes 
de l'antre cOlé du Rhin, en pre- 
mier lieu Frankenlhal, pour 
pouvoir alors plus racilement 
passer le fleuve, ae diriger vers 
UFrancoDÎe et attirer é lui, non- 
seulement les troupes de Nesse- 
Cassel, qui ont remonté IsTallée 
du Rbin au nombre d'eaviron 
4,000 hommes, mais aussi celles 
de KHnjgamarcli. Torsteaaon, 
dont lea forces, suivant les der- 
niers rapports, sont supérieures 
de 3,000 chevaux à celles de 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



ni6ge. Dan w«il dfm eioluigen- 
den Bcricht nact der Dorsteu- 
sohD i.uch obne àoa KSiiigS' 
marckh umb 3,000 Pferdt sierck- 
her ist aUs Euer May:Gener«l 
LeitteaandtGrafl'GdlIasi.sokhai) 
er dea KoDig»niarckh mit Beiaen 
Vâlckbera wol von sich gehn, 
and eintwedcr ein abwnderliche 
Diversion vorncmmen, oder mit 
dena Hessen und Frwiioaen wn- 
Jung-iren Isssen. Und vna Bucti 
BchoQ die Conjunction oit ge- 
tcbicht, »o ist doch der Henog 
VOQ Anguieu, lumal ihme aber- 
malsa afn neuer Suceurs van 
S Regimenlern lu Pferdt und 
7 Regiuientem zu Fueas under 
dem Magalloti i 
Euekombt, mit 
Der ReicbaBnnadeu 
geti. 

Und obnol beide Veldmars- 
cballen, Grsf vod Razfeidt und 
Hercy, resolvirt und sllen m6- 
glichen Fleiss anwenden lu ver- 
vrSbren, daia die franiCaische 
ArmttdeD nitaber fthein herit>er 
komb, »o ut doch ungenJBB, ob 
ei auch gedsclile beede Veldl- 
marachallen mit ihrer Hacht und 
Sorgfalt weden an allen Ortbea 
Tervohren kënnen,weil dieFran- 
uwen,wieindcrBeilrigmit meh- 
rem auBgeilelirt, alberait gar lu 
grosien Vorthail und aile vor- 
neoime Posti au Hheio in ihrem 
Gewaldt, und eiu zuegerïciitB 
Schoffbruggea an der Hardi ha- 
beu. Bei dem allem aber gehel 
mir ««nderbarauch lu gemietb, 
waa meio anverthrante Reichs- 



ss NiederUadt 

:r Anzahl mei- 

it yberle- 



votre liea(«nanl- général, li 
comte Gallas, peat parFutement 
ee passer de KôDÎgsmarck, et 
lui laisser faire ou une diter- 
aion spéciale, ou u jonction 
avec les Hessois et les Fran- 
çais. Si cette jonction ne u fait 
pas, le duc d'ADgaien ne t'n 
trouvera pas moins de beaucoop 
supérieur i mon armée impé- 
riale, car Hagalotti lui amène 
des Pays-Elas un nouveau no- 
fort de 6 régiments de cavale- 
rie et de 7 régiments d'inhn- 



Quoique les deoz feld-maié- 
chaux, le comte de Haifeldt et 
Hercy, se donnent toute peine 
possible pour empCcber les ar- 
mées fnmçaitea de traverser le 
Rhin, il n'est pas certain que, 
malgré leurs eObrls, ils par- 
viennent avec leurs forces à dé- 
fendre le fleuve sur tous tes 
point», car les Français jonis- 
eent de trop grands avantages, 
sont en posseaaion de tontes les 
places fortca le long du AhiD 
et disposeot vers le Hardt d'an 
pont de bateaux tout préparé, 
comme on le voit par le rap- 
port ci-Joint. Tout ceci me 
préoccupe excessivement, car si 
l'année impériale qui m'est con- 
fiée, et qui, avec l'aide de Dieu, 



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PIÈCES ET DOCUMBNTS. 



armada, bIss darauf negst Gott 
dlur Zcit die Defonsjon der he- 
robiECn Crayasen nnd des Reichs 
fegendenn Franiosen allein be- 
ilehol, cinmahl so der guet- 
tige Gott vcrhiellen wol1, einen 
Bnich leydcn solte, deeeen mut 
bei dcn Franiosea Slarckbea 
uDd von Tag tu Tag mehrers 
luenemeiideii Armaden Dit ver- 
■icbertUt, daa* auriolchen Fahl 
zugleich mit der Armada auch 
die herobige CreyM in Verlust 
gebCD, UDd ohne einifen Terae- 
rtti WiderstaDdt îd der Toindt 
Gavai dl geralheo. 

Waas ieh biMher Br ein an- 
■ehenliche Armada m Bou Dnd 
Fueig mit aller ZuegehCr, n»ia- 
teos auss meinen aignen Mit- 
tien, UDd mit ainen eolchen groa- 
sen Spesa, die sich weit Qber 
mein CoatributioDKqnotten ba- 
loCten im verechinen WOotter 
auageriat, und bemacber im 
Somer zeiilich lu Veldt geâehrt, 
iat mcnigelich bekbaudt; und 
bab ich Bje, nacbdem dieaelbe 
bei Freyburg und anf dem 
Scbwarzwaldl, an Volckh, Pferd- 
ten, Artollerei, Munition, Arma- 
tureo, Klaydero, Fuehrwerckh 
und andcrn Sachea Scbaden 
g«lilten, und Behr abkhomen, 
glaicbaanib wider von nenem 
und aise ivscymal in ainen Jahr 
mit alien notbwandigen Requt- 
■itis Bussristen, und allein je- 
innder alstibalden zu Remonti- 
mng der Cavallerfa und Widav 
beipannung der Artollerey und 
ProflanttUehro uber 3,000 PTerdl 



est génie cbargée de défendre 
les cercles et l'Empire contre 
les Français, TFnait à être anéan- 
tie (Disu veuille l'empecber), il 
est évident que les cercles bb- 
ronl perdus et tomberont sans 
aucune autre résistance au pou- 

mes pas k l'abri de ce malbeur, 
car les forces des Français i^if- 
meutent de Jour en Jour. 



Tout le monde sait ce que 
j'ai fait Jusqu'à ce Jour peur 
équiper une armée considérable, 
tant cavalerie qu'infanterie ; 
l'hiver dernier, je l'ai munie de 
tout ce qu'il fallait; les frais 
ont dépassé do beaucoup ma 
part de contributions; au com- 
mencement lie l'été Je l'ai con- 
duite en campagne; après aroir 
subi beaucoup de pertes t Fri- 
bourg et dans la forêt Noire, 
en hommes, cbevaui, artillerie, 
munitions, armes, effets, voi- 
lures et autres objets, Je l'ai de 
nouveau munie de tout le né- 
cessaire : c'était la seconde fois 
dans U même année. Pour re- 
monter la cavalerie, les équi- 
pages d'artillerie, et assurer le 
transport des vivres, J'ai dû 
acheter, argent comptant, pins 
de 3,000 cbevauz ; Je les ai tirés 
de mes états, qui en sont main- 
tenant épuisés. Ce nouTel équi- 
pement m'a coûté pràa de 



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PIÈCES BT DOCUHENTS. 



in m^DOn vorfaio ui Roshd 
eracbSprun Ltundea umb bav 
rea Gellerkbauffen und hioaaBS 
■cliickheD mueMeo. Welcbe 
neueADMrislunsweDigiit in die 
MOiOOOH.geaUadaii, nad meiaa 
bisihernocb gehable Hittel der- 
maiMU er«chJipft bu, dau îch 
hiaflro bei Erhaltung mainer 
BelcbMrmBdeD so vil nit mebr 
nQrde prtestira ktinden, bondar 
DDder ditem Hart eu meiner 
Mlbat, und meiner liben Posta- 
riut and Lannden eQsBerialen 
Gehhr und Seb«den erligon 
miessen. 

Welcher Gestalt tiach fut &1la 
■ndere Stendt des ReicliB und 
dsren Unierthmaen durcb dise 
luigwirige Krieg, und dabei ïon 
Feindten und Freindten srlillna 
Sctildeii,EinquArlieruDgen,Con- 
tributionea und dergleichen Ob- 
ligea biai auf du Harckh tuM- 
getogen, ruiuirt und in «alclien 
UbelBt&ndt geseit aaindt, du 
negen weîMrer Underbaltung 
der ReichaValckherwenig Rech- 
nung mehr anr aye lu machen 
ist, daas «lies ial Euer Hsjivor- 
hin lu genugcbekhandt, und da- 
hero nnnâiig solctaea dîa« Ortha 
weidleOffer aaauuHelireD. War- 
bei meinee liruhteaa aueb dis» 
wal lu cousiderim und aile ober~ 
lelte obwol an sidi aelbslan 
groMB GoTafam Qoch grOaser 
macbt, dasB dio SUndt dea 
Heiehs, wie man aJberait bei des 
Heraog» von Anguieu Progres«en 
■m Rbeioalnuiib tîebt und er- 
Ukn, der FniuoMn Krieg»- 



M0,000 m.; il a épaUA 
dernière* reeaourtes, et il 
impouible d'entretenir 
langtempi mon année »ans 
•er, eona ces charges, ma 
térité et oiet états, qui suc 
beraient & La suite de ces 
gara el de ces pertes 



Presque tons les éUts de l'Em- 
pire sont ruiaés, et leors an- 
Jata plongés dftns la misère. 
Après cette longue guerre où 
amis comme ennemis lear sucent 
jusqu'à la moelle des os, par 
tes pertes, logements, coatribu- 
Uons, et toutes les antres cbar- 
ges, il ne faut pas songer à leur 
faire entretenir plus longtemps 
les troupes de l'Empire : Votre 
Majesté le sait asaei, et il est 
inutile de le lui rappeler davan- 
tage. Suivant mon opinion, il 
but aussi considérer que tous 
les dangers dont j'ai parlé, 
quoique bien grands en eui- 
mèmes, sont encore a^ravés 
parceque les états de l'Empire 
redoutent grandement l'armée 
française : les progrès du duc 
d'Anguien sur le Rbia en four- 
nissent déjà la preuve; à la 
moindre menace ou sommation, 
sans attendre que l'eaneml ea 
Tienne à l'emploi de la (orce. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



micht dermasien hoch appre- 

headirn, ai»» »ye denaelben ait 
«lloin anf blosse Bechroung und 
AufTorderang alssbaldi^D, slie 
nocheiDiKer wircklkherGewaldt 
en^legt wjrdt, ThQr und Thor 
Ëffuen, uad sîch in ibr Protection 
ergeben; soDdem etlicbe aucb 
de«senuneriTsrtii,ivîeEiierUay: 
ohne Zwcifel schon nerden ver- 
nomen haben, denn Frsniosen 
entgcg;easchtckheii , und die 
VenichonuDg ihrer LaDiidt und 
Leiilhenauf MtugundWeiai.irie 
eiDjcder khan und mag-, etiechea 
ood zu erlangea eich bewerben. 
Wardareh dis Franiosen eolche 
Vorthel im Reich hekhomen, 
da$i sye die anderc Steadt, wel- 
clie dergicichen oie loi Son ge- 
habt, deito leielilsr mit GewsldC 
danuelMnSttiDgen, oder da Ey6 
Bich widerseien, von Landt und 
Leuthen vertrciben und endlich 
der Geatalt ; «an man nit uofer- 
liglich anderc Mittel ergreilTt 
uDd vorkhoDibt, das gaaie Reich 
uDder ihre Protection und Domi- 
nai brÎDgen khônden. 

Sintemahl dan aun angeio- 
geueo Umbstenden clerlich ge- 
nueg erscheiot und zu tchlies- 
»en ist, da« im RômiReich bej 
denn Stenndten die Krifflen 
nnd die MittrI dor TraDtStift- 
chen Mscht genugaantea Wi- 
derslaadt zn thnen niid dass 
RamiReicfa *ar ihrem Domintt 
zu erretten nit mehr ïohnm- 
den; und «ol zu erachten igt, 
daas auch Euer KayrHayidie- 
telbige bei denen in ihrsn Erb- 



lee 



lei villes ouvrent 
portei et le mettent soiu sa 
protection. H y en a mâme, 
Votre MajeatA doit déjà en avoir 

tanément k la rencontra des 
Français pour traiter avec eui 
d'une Taçon ou de l'autre, sui- 
vant que chacun le peut, aSn 
d'obtenir la gr&ce de leurs pays 
et aujels. Les Français acquiè- 
rent ainsi dans l'Empire une 
telle supériorité, qu'ils peuvent 
contraindre facilement les au- 
tresètals (qui n'y avaient Jamais 
pensé) à reconnaître leur su- 
prématie, chassant les peuples 
du pays en cas de résistance; 
il /ant aviser à employer sans 
retard d'autres moyenaj sinon 
l'Empire entier tombera an pou- 
voir des Français. 



De tout ceci, il ressort claire- 
ment que les états ne possèdent 
plus auei de forcer, n'ont plus 
assez de ressources pour résis- 
ter arec succès auK années 
/rançaises, el sauver l'empire 
romain de leur domination; on 
peut juger aussi que Votre Ma- 
jesté Im périme ne peut plus 
trouver dans ks royaumes et 
états héréditaires des forces suffi- 
santes pour les défendre des 
grands périls et dévastations qui 
40 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



tSnigreich und Lannden von 
dero UDderich[dlichen Feindlen 
emphngnen und noch befabren- 
denTiireltigen Schiden und Ruin 
allein nit nerden erschiringen; 
nndDcbeDSndernlhrenFeiDdten 
dem Reich wider die FrtnioBun, 
ob Sye acbon géra volten, ge~ 
Quegaame ABSisteni laieten kJin- 
den; alsB ^bt boi ao bGwandtea 
Ding«n die Vernunfft uBd e&s- 
Mriete Kolh Beibstcn an die 
Handt, dasa man den Krieg ge- 
gen Fraaclihreich mil Mscht nit 
hinaussfiehren kSnitt uod m6g, 
■ondern andero Mittel und iwar 
ob pneaenlissimuin et aummum 
periculum mom ohne einigen 
tengefn Venug ergreaffen vnd 
mWerckli iczen mOeit. 

Und ob man wol schon vor di- 
aem bei dem letztem inRegeas- 
purg in A" (636 eehaltnen Col- 
légial Conrent, wie auch bei der 
. darauf in A" M ervolgten ge- 
meinen Beichs Vcraamblung auf 
dergrleicliGl) gQetliche MQIUI 
geschtoasen, und la solchem End 
die gcneval Conpifisa in Munster 
oad OBsnsbropg vorgeschlagen, 
und mit des Reicha Foindten 
veranliast, in liolThungdanlurch 
fOnderlich lu einen Friden im 
Roicb tu gelangen; ao bat mao 
doch blssbero im Werkti aelbat 
erfabren, daas man aichaufdise 
Trutaten wenig Tertasaen, nocb 
danim wider diae Jezund vor 
Augen gtcbende und Terners au- 
throende grone Feindts Gebh- 
ren einige Sicberheit hoffea 
tban, in Erwegung daa nit allcia 



t qu'ila sont eipo- 
aé» à sabir de la part de ses di- 
vers enoemis. Quand bien même 
vous le voudriez, il tous est im- 
poaaible de secourir l'Empin) 
contre les Français et contre vos 
autres ennemis en mfime temps. 

pas possibilité de conlinner plus 
longtemps la guerre contre les 
Français; la raison et rexlrème 
nécessité le dérendent; il faut 

lard,à cause des grands d«ngen 



Ces moyens ont bien éti£ re- 
cherchés lors de la dernière 
convention coll^le de DatU- 
bonne en 1636, ainsi qu'à la 
diète générale de 1640, et c'est 
dans ce même but qu'ont été 
proposés et réunis a Hunater 
et OsnabrQck les con^s avec 
le4 ennemis de l'Empire, dan* 
l'espoir d'arriver à la paii; mais 
on a éprouvé qa'il faut très peu 
se fier à ces traités, et que, par 
conséquent, on ne peut espérer 
aucune sûreté contre le péril 
présent et 1rs dangers plus 
éloignés dont l'ennemi noua 
menace; car, bien avant d'arri- 
ver i l'œuvre principale, à peine 
les pourparlers seront-ils ont*' 
mes que des difficultés prélimi- 
naires et des obstacles à l'infini 
y apporteront le doute et l'iDcer- 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



en 



derselbeo wircklicher Vortgang, 
bevorab in den Hkubtwerckh, 
aa>s vielen Obstaculen und noch 
unerledig1«n pneliminar Oiffi- 
culteten gu ungewigg und iwei- 
relhftiriig; Koadern, wan sye auch 
gebon &ia Erat vorlgcheo moch- 
ten, der Anran^ darumb oit 
gleieh von des HÔm:Reicbs Sa- 
cbeo. soDder (wie man deuen 
^etteNMbrichthat)voiiBadeni 
auSBwerttigBD sich iwiacben 
beidCD Grones Spanien und 
Franckbreich controverlireDdsn 
Différentiel! wirdt woUen ge- 
oiacht.uDdwUngdariberdiBpu- 
lin und gezanckht werden, das* 
du RCm:Rekh Inmitlelat wol 
gaoE und gar lU Gmade gebD, 
nnd cin Crayis nacb dem aodern 
sa weit under frembden Dominât 
hinein ^rilbeu wirdt, daas Ton 
dieer Friedenshandlung Euer 
KsytMay: bo wol sIbs Churfûre- 
ten und Stendte wenig Nnt und 
Sicherbeil mer baben, souder die 
von denn Feinden selbst Torg«a- 
cbribne Conditionea aniunem- 
men benfittiget aein werden; 
undgleichwieFranckbreicb und 
Schwedeti bUaher niemalaB ei- 
nen rechten Luat lum Friden 
enaigt, aonder denaelben norim 
Muudt und in der Feder ge- 
ftehrt, and lich der genenU 
CoDgree een u nd danae beBCbecb- 
nen Abeendungen allein lum 
Deckbmantel ihrer geTebrlichen 
Inleotionen mflaabraudit, und 
aolcba nach ibrem Gefallen mit 
■Iterlay Bcbeinbareu Piteteiten 
aurgeugen, und nocb dAlo auf' 



tilude. LSB BfTiirea da l'Empire 
romain devraient passer Ie« pre- 
mières; mais on les négligera 
pour s'occuper tout d'abord (on 
en a déjà des nouvelles sûrei) 
des différends survenus entre 
les couronnes d'Espagne et de 
France, sur lesquels on dispu- 
tera asBez longtemps pour que, 
dans l'intervalle, l'Empire ro- 
main périsse complètement et 
qu'un cercle aprèt l'autre tombe 
BOUS 1* domination étran^re; 
alors ces pourparlers n'offriront 
plus rien d'utile ni d'assuré à 
Votre Majesté Impériale, aui 
électeurs et aux États, qui se 
Terront forcés d'accepter les 
conditions dictées par l'ennemi. 
Les Suédois comme les Franfais 
n'ont témoigné jusqu'à présent 
aucun désir sérieux de Taire la 
paii. Ils n'en parient que du bout 
de la langue et de la plume, 
n'envoyant des ambassades au 
congrès que pour cacber leurs 
inteations dangereuses et traî- 
ner les pourparlers en longueur 
par tous les prétextes plau- 
sibles et suivant leur bon plai- 
sir. Il est à prévoir qu'au mo- 
ment où la fortune leur sourit 
sur le Bbin surtout et dans les 
Pays-Bas, ils suivront cette 
ligne de conduite plus longtemps 
encore; ils se garderont bien 
d'interrompre le cours des poui^ 
parlers par quelque action impor- 
tante ; mais, si on ne met promp- 
tement d'autres moyens en œu- 
vre, ilsagirontavecd'autant plus 
de force contre l'Empire romain. 



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PIÈCES ET DOCUUEKTS. 



ijehen ; ilao werden lyo aalches 
(beiihrenJeiundtBDdein Rhein 
vomâiublich nud in den Kider- 
luideu florirendBD Gtickh) Doch 
Tiel mehrera (hueD, aDd dessel- 
ben Lauff durcb «ipig« baubt- 
«ftcblicbe Haadlung nîl inler- 
rumpirn, sonder, d& nun n i t baldt 
Éndere Hillsl an die Uaodt 
nlmbt, nur desto iterckber mit 
aller HachI geg^a dem Rdmls- 
cbea Reich proeequiren wollen. 
Wau dan kein Uo^uag ver- 
milelst der gênerai CongreMen 
das Rdm:Rcich sobaldt, alsa ea 
tMl der Feinden gogenirertigen 
CoDJuncturenund Progreuen die 
bfigete Notturffl erfordert, in 
Frid uad Ruehe lu bringen, und 
bel deun rrtuuOiiBcbea Gewnd- 
len lu HQnster, da mao scbon 
bei ihnea deretwegcn etwM an- 
brÎDgen wolte, wass frûchtbarli- 
ches au9szurichten,«o liehe und 
weisB icb meines Thailu kein 
anderes Miiiel tibcrig, aU dosa 
lu mehrcn und bùgBtootweDdi- 
geoBefarderungdiaerSachenzu 
dem Brunen solbst gangen nnd 
nacber Paiyas an den Kooigh 
HofTingroaierGebeimbeinver- 
tbrauta Peraobu unvertig-licb 
geBchickht warde, welche flr das 
gtoie BômiReich bei der Croa 
Franckhre îchdenFrideii i war ait 
tractirn (dan aicb desaen khei- 
ner allein underaiebn wurde), 
wnder nar auecben, uud lo nol 
der KQnigin aelbit alaa ibren ad- 
juDgirlen Rithen Inteationea 
and Naigung lum Friden peae- 
Uiren, die GemûtLer donne 



lin'eiisle aucun espoir que le 
congrès général puisse, auasi 
promptement que l'eiige l'ini- 
périeiue nécessité, cansie par 
la aitiution actuelle et les pro- 
grès de l'ennemi, donner k l'Em- 
pire romain la paix et la tran- 
quillité; on a déjà sondé dans 
ce sens lea ambasMdeura Irao- 
çais à Munster sani avoir at- 
teint un résultat profitable. 
Pour Taire avancer ces aSkires 
si eitrAmemeol urgentes, Je ne 
connais d'antre mojen qne d'al- 
ler directement à la «ource, en 
envoyant dans le pins grand 
secret et sana aucun retard i 
la royale conr de Paris une pat- 
ionne de confiance qui sera 
cbargâe, au nom de tout l'Em- 
pire romain, non de traiter de 
1* paix avec la couronne de 
France (ce que personne ne 
voudrait entreprendre), mais 
seulement de cbercber à péné- 
trer lea intentions de la Reine 
et de aes conseillera, et leur« 
sentimenta k l'égard d'une paii, 
d'y prédisposer lea esprit* et 
do mettre tout en œuvre pour 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



disponiren, nnd allerhuidl an- 

deregaettePrepar&torîK machen 
mOchte. Und weîl ieh wol orach- 
ten khan, dass Euer Hay:, ausa 
erheblichen Uhrsachen and «on- 
derlicheo umb dero kaiaerlidiien 
Bepulatioa uad Authoritet wil- 
len, hillicb Bedenckhen haben 
werdea, aolche SchickbuDg lU 
thuoD, und eiwan aucb auss an- 
demCbur: undFQrsien sicbder- 
selben keiner géra underfaugea 
werde, und ich mich dan erio- 
ncre, dass Euer Hay: mir von 
disem, da die Sacben Docb nit 
aa gctehrlich gcwcaen, lu veri- 
tebn gobea lassen, wan ich bei 
Franckreich einige Getegenheit 
haben umb den Fridcnzu bcfQr- 
dcrn, dU9 Ira aolches nit lage- 
gen «cy; alssbinichgedaclitund 
albenit aucb im Werckb, ein 
Bolche vertbraute Porsohn tu 
obangedeitom End in Franckh- 
rcich zn Khickbea, und aida im 
Namen Goltcs ein Vcreuch eu 
thuen, wie daas Roni;Reich ins- 
gemein dermahlcn lu eincm Fri- 
den mecble gctangen kondten. 
Wie derohalben mcine Kchei- 
me SchickbuDg van mir au'^gau- 
frecblcr wolmainendor Inlantion 
nnd Sorgfait Euer Kay:MBy;uiid 
dom ganiea RomiBeichiumbes- 
tcm Anircschon, aino goleb ich 
dcruaiweifcnlicben undertheoi- 
gCQ Zuveraicbt, Euer May: wer- 
dcD nil allcin Iro di»s mein Vof 
habeugcnedig-irt gefalleDlasacn, 
Bondern mir auch bci disem 
dEsawegcD aigeua sbguferttîgten 
Currier au die Ilandt gcben, 



bien préparer le terrain. Je 
peux bien estimer que Votre 
Majesté, pooT beaucoup de rai- 
BODS et principalement à Cftnae 
de la réputation et de aon au- 
torité impériale, se fera juate- 
mant scrupule d'envoyer c«t 
émiaaaire, et Je crois qu'aucun 
des autres princes ou électeurs 
n'a envie de se charger de cette 
démarche. Mais je me rappelle 
que Votre Majesté m'a fait en- 
tendre autrefois, lorsque la si- 
tuation n'était pas encore aussi 
dangereuse, qu'elle ne ferait 
aucune opposition si je trouvai» 
l'occasion de préparer la paix 
arec la Fronce. J'ai donc l'in- 
lention et déjà je m'occupe d'en- 
voyer en France une personne 
de confiance, pour essayer avec 
l'aide de Dien, d'assurer main- 
tenant la paii à l'Empire romain 



La mission secrète dont jo 
parle i Votre Majesté m'a été 
inspirée par les sincères et bien- 
veillantes intentions et les in- 
quiétudes que J'ai i l'égard de 
Votre Majesté ol de l'Empire 
romain; J'espère, avec la plus 
humble cl la plus ferme con- 
fiance, que non-seulement Votre 
Majesté acquiescera à mes pro- 
jets, mais que, par le retour de 
mon courrier spécial que Je lui 
ai expédié, elle voudra bien me 



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630 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

nua Sje yermeiDeo, dasa lu (aire UTOir M manière de vMr 

deelo fUrderlidieren Erruchung dans cette aSaJre qui doit ser- 

deai obTermeldten bei djeer vir au bien public 

ScbickbuDg vorg:eziilen gemein 

DÛzigeD iireckhs dienen und 

ereprieBsen mochL A. A. 

■BBCT A M. 1.B DUC. 



Uulactat (Uiiil4D)i, nnpiembrs 1044. 

L'obligation que j'ay i Vostre Altesse d'avoir accorde un 
passeport à la femmo de Teti mon frère est sy grande que je 
Boubhaisterois estre un jour assez heureux pour pouvoir par 
mes très humbles services rencontrer les occasions où jo puisse 
Iny on rendre les lesmoingnages ; je m'y porierois de tout mon 
cœur. J'ay vou avec regret les plainctes que Vostre Altesse 
faict que l'on traicte mal les prisoniers. Je la supplie de 
croire que je n'ay heu ce dessaing, et que je ne faict la guerre 
pour mon maistre qu'avec la plus grande courtoisie qu'il m'est 
possible, comme eux tous le tesmoigneront, et ne les traicte 
comme l'on a traicté les noslres, car l'on les a laissez dans 
vostre partie plusieurs fois sans leur donner du pain, non pas 
des simples soldatz, mais des lieutenantz-collonueb, sei^enlz- 
majors et cappitaincs; et pour de nos géoérauk, l'on les ast 
enfermez dans des tourres sans liberté ; et ceux que nous avons 
heu de vostre partie, l'on leur a laissez la conversation libre 
dans des villes, et le pouvoir do se traicter â leurs lanlasies. 
Pour moy, je foray towsjours le mesme ; mais jo supplie très 



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du RhlD : il avnit »ii 


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octobre, i L*.leiibonTg, 


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kilODètmi du Rhin. 





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PIÈCES ET DOCUMENTS. <3I 

humblement Voslre Altesse d'ordonner que l'on réciprocquo, 
et s'il y eo ast quelqu'un qui aye payé sa rangon, commo 
ma faictes l'honneur de me le mander, qui soil retenu, pourveu 
qu'il vous pleust me Taire sc^voir leurs noms, je les feray 
mectre en liberté; et s'il y en aslheu quelqu'un qui ayo eelé 
reaerré, c'a eslé à cause qu'il y en ast qui s'en sont fuy après 
avoir donné leurs parolles; et pour ca qui est du gouveraeur 
d'Offenbourg, je m'enquesteray exactement do cela et luy en 
feray réprimande; pour moy, je n'ay point de plus grande am- 
tntion que d'obliger et servir tous les braves cavalliers qui me 
tomtieront en mains... A. C. 



SECRETISSIUA INSTRUCTIO SERENISSIHO miM'-IPl DUCI ENGUI- 
NIO, HOGUNTINAH DIOCESIU CHHISTIANISSIHI RBGIS FROTEO- 
TIO.M SUHITTBNTI, DATA'. 

(Pin (eptombre UUt). 

Serenisnmo Princeps, 

Imperia et uities non ininori curj et industriâ tuenlur, quim 
paranlur^ imo unnmquodqua iisdem artibus retincri, quibus 
partum eSt, politiconim omnium vêtus est axioma : cùm ergo 
Serenitas Vestra felicissimis armia pcne quidquid Rheno et 
Hoselld clauditur Régi Galliarum gubegerit, non abs re fora 
indicavi, si pro expericnlià et praxi, quam per multos annos 
habui rerum ^crmanicanim, brevitor aliqua proponcrcm, quœ 
servata indubiè magnis diSicultatibus involvcnt quotquot volent 
gallica arma, et dominationem 6 Germaniilk propellore. 

Primo itaque nosconda csl populi, quem regore volumus, 
nalura. Moguntinus et fer6 totius patria; est ad sorvitutem 
pronisiiimus ; nam cùm nulli ad dignitates ot honores locus 
paleat, qui nobilissimis natalibus non sit ortus, fît ut burgenses. 



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639 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

cives, eoramqae filii, noa Disi humilia, ima, et deroissa co- 
gilenl; sublatis enim studiorum preliis, etiam studia pert^unt. 
Ex hoc Qritur revereotia erga domiDantefi, toleraslia tribu- 
torum, et similia; ceterùm in vioum veneremque, supra quàm 
dici posait, proclivis; quœ adeô illumevirarunt hebetaruDtque, 
ut dici vil possit timor et tremor quibus in minimi? ciiam 
rébus sunt obnoxii, et dummodo se, conjuges, auosque liberos 
videanl ab injuriis immunes, cujuscumque jugum subirent. 

His accedunt offensiones et gravamina, quœ cogitur k cano- 
nids sumnii templi in dies, imo in momenla perfcrro, bi enim 
ad libitum rapiunt conjuges, filias, bona; nec conqueri valent 
cives, tum quia canonicorum nobiliutn nomeu est veluti sacro- 
sanctum, ciim etiam quia nemo derensionom eorum susciperet. 
Nam Princeps Elector canonicorum suuimi templi operà plu- 
rimùm indi^'et, ex que illos timet oITendere; addo quod feré 
omties ejusdem principis agnali aut cognati sunt, et qui lesi 
facile poslea vices rapenderent posleris mortui principis, sî 
ipsonim aliquis ehgeretur; htcc si probibeantur, Ser*"Piin- 
ceps, et justitiic suus locus sit, încredibile est quem sibi Ualli 
conciliaturi sint amorcm. Cives enim credunt, prout venim 
est, miiltonim dominalum gallicà protcctiono bens mulari, 
quot enim canonici cathédrales, toi principes Hoguntiae; faiso 
itaque liborlatem suam jaelont Germani, cùm sit miscmma 
servitus, seu fucata lit>crlas. Nec parvum fundamcntum est in 
egeslato civium, qui conlinuo labore vis viciura acquii-ero 
possunt, et proinde novi nihil moliri. Evertenda; sunt etiam 
proiectiones, stib quibus nonnulli cives vivuDt, canonicoium 
nempe nobilium, cum quibus dividunt quod impuné protec- 
tionis tilulo à reliquis eupilanl, furanlur. Hoc lotum fiet yiau- 
latim, munia senatùs et magjstraluum in se trahendo, vel alio 
modo pro re natà. Nobilium domus, pênes quos rerum summa 
circa rcgimen patriai, sunt ad pudendam inopiain redacls, 
paucas si excipias; commissstionibus et similibus vitiis addio- 
tissimi, omnis Htteratura} expertes, imô cODtemptores; cre- 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. «33 

duntque injuriam fieri nobilitati auœ, si studJis iocumbaDt; 
pinguissimi ingenii homines, et qui solà mole corporis valent; 
hos facile Galli sibidevincient, si privilégia et lîbertatem saam 
se coDservaluros ad tempus simulaverinl, qus paulaLim per- 
verl«nl vaiio prœtextu, qui principibus et poteatioribus tara 
deest. 

Clenis dividitur in primi ordinis et secuodi canooicos; 
nlrique (pauds exceptis) stupidi, ignari, Baccho familiarissimi, 
nec Venerem orieniDt; ade6 ut [fîdenter et verà dicam) vis 
in tam numeroso clero unus reperialur, qui aut filios non 
susceperit, aot pellicem domi noa habeat, pottssima causa 
(meo indido) cur Germania tôt bellonim incendiiâ vexetur. 

Jacet saccrdos intcr sras viclima 
Terramque planglt : sic prafsaatis aacrU, 
Pcritiira Troja perdidit primùm Deos 1 

dicebat magnus ille Peirouius arbiter'. 

Primarius clerus, ex quo Princeps Elector desumitur, coustat 
ex quatuor et viginti canonicis, quorum aliquot Imperator et 
Hispani pocuniis corrupenint, uti Decanum, et alioâ consilia- 
rios, uti HEohenech, qui speculatur et rimatur quidquid fiât, 
et Iniporatori rescribit. Yir est, ob malas arlos quibus solis 
poLet, non spernendus, et qui apud principem Wormatico et 
aliquot canonicos non parùm valet, possetque multa bona pro 
Galliâ impcdire, nec sine dedecore et damno eorumdem; sed 
quia baro de Reif habcmui nostrarum partium, eumque in 
Eleciorcm renunciari Gallorum maxime intersit, videndnm ut 
ODines Cssari addictoa variia artibus circumveniantur, eidem- 
que Imperalori reddantur infensi et invisi; quod idem baro 
facîetVienna!, publicando a Preposito et Decano traditam Gai' 
lia urbem, ejectos mililes Cœsaris, exclusum co'onellum VVolf, 
et similia; cavendum etiam h iesuitis et Judeis, qiios Ca^saris 



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631 PIÈCES ET DOCUHBNTS. 

et AostriBcorum fantores et «xploratores esse satia Dolum esl 
ubique. 

ProvideDdum est, et quâm primùm, ut rnsticis et agricoliâ 
mazima concedatur immunitas, qualenns valeant agros colère 
absque ullo periculo perdendi e<]uos; nam si hoc exacte non 
servatur, dubitardum est ne famé sequenti verë absuonatur 
exercilus, quod Trevirensi in patriâ vidimus factum. 

HestitueDdum est eliam liberum inter Francofurtum et Mo- 
guntiam commercium ; magni enim momenti est, ut conDuenles 
Bbeni Mœnique fluviorum sint libéras; imo suadeo ut Hogun- 
tiœ, ob locum Celicein et comnioduin in que est sita, eilniatur 
borreum et oSicina armonin) pro gallicîs copiû. Commercium 
litlcrarium débet etiam securum prœslari, imè distribuenda 
loca per qua? certô lilters in Galliam diriganlur, et ali6 ; et 
si forte Cœsarei aut Hispani cursoribus tutuni transitum non 
prœberent, denegandus est vicissim eis transitus per omnia 
loca gallici imperii ; b magistro ctiam veredariorum sive 
postanim novum Juramentuni est exigendum, vel novus re- 
nunciandus et ooeri prœGciendus. Cùm ergo quatuor ferme 
electorum Imperii provincias Chris tianissimus Rex (Atineat 
victi'icibus armis, Iraperium ab ipsius nutu peodebit; quod ut 
faciliùs assoquatur, tractii leniporis promiscuè ex nobilibus 
et plèbe fiont canonici summi templi, ex quibus desumenlur 
principes vobis addicti, qui deinde redigeotur ad ordinem et 
statum episcopoL'um in Galliâ aut in lUlià, quod Imperatorem 
Ferdinandum II cogitasse constat ; nam fulcra germanicai 
nobilitalis catbolicœ sunt bénéficia, et prebenda; ecclcsiastios, 
quas fccerunt patrimonium (iliorum suorum, dum cunaa infan- 
tium prsemunt infutis; hac spe sublalâ, fœdabitur nobilitas 
ineundo mutrimonia cum ttnparibus, sed opulenlis fœminis; 
quas idcô hodie non ducunt, quod vercantur filiis oascituris 
prœjudicium inferre in admissione ad canonicatum, qui octo 
majorum séries nobilissimas requirit. Hoc, Ser™° Princeps, 
aperlè probatur esse verum ex eo, quod apud Lutheranos 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 635 

cftlerosque hiBrelicos videmus praticari, qui, cùm ad beneGcia 
et olectoratus cathulicos non babeant spem, etiam si priacipos 
siut, comités aut baroces Imperii, junguntur matrimonio cum 
imparibus. Exemplo sunt principes Saxonis Lauemburgeoses, 
qui in Bohemià fix nobiles sibi adacirerunt in mores, quod 
benè dignelur considéra re. 

Supcrest uC Sereailas Vestra omnem adimat his populis U- 
bertatcm ex conspectu, id est, ut quantum ad nostram ripam 
situm est, faciat suum; Confluentias (Coblentzj Tadlè occu- 
pabit, relictâ arc« Hcrmestein, occupando palatium sub ipsl 
silum, ex quo tutabuntur solventes indè naves. Quid quod si 
victore vestro e\ercitu, et quem fama mtyoreni facit, Coloniam 
Ubioram (Cologne) Serenitas Vestra properet, urbem illam sui 
Jaris Taciet antequam coganiur ibi milites-, nam de Ander- 
nacho aul Bonnâ nihil est timendum ex eo, quod ore Uniis 
dicam. 

HiDC, Ser°" PrincepH, dignetnr prudentiâ su& oxpendere, 
et inveniet esse penitissima siatûs hujus arcana, cetera cùm 
placuerit scripturus. A. C. 



NenlUai, 4 oclohre 1S44. 

J'ay receu la lettre qu'il vous a plou m'escrire par le cheva- 
lier de Chabot, mais je ne veus pas entreprendre do vous re- 
mercier de toutes les faveurs que vous m'avés faictes; celle 
de JA' d'I^spcnan estant in principalle, je ne puis m'empescher 
de vous en tesmoigner mon ressentiment, et vous supplier de 
vouloir l'aimer et l'assister touclianl Laucatte (Leucate), qui 
est une chose certaine qu'il quicte pour une qui ne l'est pas 
tant; il vous est si fort obligé de toutes vos bontés qu'il veut 
espëror quo vous luy ferés donner quelque récompense pré- 
sente; je vous en supplie de tout mon cœur. Pour H' de 



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''** PIÈCES ET DOCUMENTS. 

S* Aunes', estant vostre amy an point que vous me le mandés, 
et ayant faict sa paix auprès de M» mon père, vous ne devés 
pas douter que je ne l'aime et ne le considère. Ce que je voua 
mandois par Jumeaui* do bouche de Mayence, ne s'est rien 
trouvé; c'est pourquoy je m'en retourne avec mes trouppes. 
qui peuvent estre en tout 1 ,500 hommes de pied, et 1,!00 ehe- 
vaus. J'ay laissé h M'dcTurenne les régimeots d'Albret, Cus- 
si«ny, S' Simon, U MeiUeraye, le Vidame, Barillv, et les 
hommes de recreues pour vos deus rtgiments. Us Iro'nppes de 
«■ do Vanbecourt sont aussy arrivées à Soveme, Je lav laisse 
aussy Boury et Rocquelaure, et par ce moyen je Iny laisse le 
double dintanlorie de ce que je ramène, et près do la moytié 
de la cavallorie. Je joindray M» de Vaubecourt et ïagaloty, 
et pUB, selon la force qui nous resleia, je vous mandoiay ce 
qu'on pourra faire. Je croy pourtant qu'il sera néceœire de 
ne pas faire repasser la Moselle silost pour donner iousjoni» 
plus da jalousie aux ennemis. Après cela je m'en irav à la 
coarl; je vous dospescheray un courrier au plustost pour vous 
mformer de toutes choies. Je laisse encore » M' do Turenne 
«0 chev.ns d'arlillerie et 40 dee vivres, parcpque les siens 
estomni tous ruines. J'ay laissé le régimenl Sirot à Thionville 
Je crov qu'il fanldroit en sa place on faire lever un i M- d'Es- 
penan qui le feroil fort bon. Il vous envoyé un pian de la 
place (Philisboure), et vous mande ce qui est nécesaiire pour 
la foniflcation et pour les munitions de bouche et de guerre 
Jevouspried'y faire pourvoir... ^ (^ 

t. SaiDl-Auniii, ™irtooialir,p.g,„^i],4|j„^,j^ 

..1.™, ..,1.1.1 a. b.„,„. „ ,»., ., ,„^ _„ __ a;.^„. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 



TDBENNB A M. LE DUC. 



J'envoie H' de Cfiarlévoi à la court suivant ce que j'avoiâ 
dit à V. A. ; elle aura sceu comme les ennemiâ se sont saisis 
de la porte de Hanheim; U' Rose y avoit deux cents dragons 
de sa nouvelle levée et, y estant allé ce jour, y avoit mené 
cinquante chevaux qui ont esté perdus; ils y ont pris deux ou 
trois bateaux, ce qui est cause que je fais faire une garde vis 
à vis avec quelque peu d'inr^anterie] , et suis à deux heures 
de là avec trois ou quatre régiments. 

Comme je marchois vers Manheim, la garnison de Franken- 
tha] qui, outre ces quatre-vingt chevam restés de ceux de 
Lo'tembourg, estoit rortifiée de la compagnie de don Pedre Sa- 
velle et d'un autre de Luxembourg, estant sortie, on les poussa 
si viste qu'il s'i en est sauvé fort peu; il y a trois cap[itaines_' 
pris, six lieulenanls; don Pedre Savelle a patente de commis- 
saire général; je croi qu'il est pris, mais je ne l'ai pas encores 
veu; c'est Beauv£au * ou Traci, que j'ai envoies vers Worms, 
qui doivent l'avoir. Les rég[iments^ venus avec M' de Bar ont 
grande intention de s'en retourner, et disent n'avoir autre ordre 
que de vous venir joindre; il est certain qu'ils ne s'en iront 
point de mon consentement quand je croirai en avoir b faire. 

Les ennemis estoient venus jusques auprès de Philipsbourg, 
croiant se saisir de la porto entre la ville et le Bhin, mais ces 
régiments] qui y estoient logés leur ont empesché ce des- 
sein là. 

Je n'ai pas encores veu les troupes qu'enmème M' de Ville- 
neufvo; toutes choses sont dans Testât que vous les avés 
laissées... A. C. 

1 . Jocquei de BouTtu du Klna, eipiulne ta ifglm«nt ds Tonims en 



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838 PIÈCES ET DOCCUE.NTS. 

KTeDtDKb, tn décanbra ISA*. 

Depuis trois mois les ennemis nous ont fait fort mal passer 
le lemps on ce pais, l'armée de Bavière ayant lousjours demeuré 
SUT le Rhin et H' de Lorreioe et Glein sur la Moselle, c« qui 
m'a lousjouTs obligé d'eatre ensemble dans un païs comme 
celui entre Neustadt ut DeuK-Ponts, ce qui nous a fort ruinés; 
mais il faut avouer que je croi qu'il n'i a que ces troupes icy 
capables de s'i estre maintenues sans pas un sou ; il laut avouer 
que l'ennemi, ayant le passage de Manbeim à FrankcnUuJ, 
eust peu me mettre dans de grandes eitrémilés. Il y a trois 
sepmaines que, l'armée de Bavière estant allée en Francouie, 
je passai le Rhin avec quatre rég^iments'^ de cavallorie et 
quelque gens commendés de l'inf'aaterie' sans bagage, et ja 
tenois mon canon dans les batleaux; ce qui fit revenir Jean 
de Wert avec deux mille cinq cents chevaux, et après lui 
M' de Hercy avec le re^te de la cavallerie et inf^anterie] sans 
bagage, croiant assurément me surprendre au-delà du Rhin, 
n'aiant point do pont. Ils marchèrent trois ^ours et trois nuicis 
sans s'arrestor. En ce temps là H' de Lorreine et Glein vinrent 
attaquer lerég[iment' deToubatel (Taupadel) dansunmeschant 
bourg fermé auprès de la Moselle et Bacarat ' avec du canon; 
en mesme temps je repassai le Rhin et les fis retirer sans rien 
faire. M' de Merci prist cent dragons françois dans Beinsfaeim ', 
qui se défendirent très bien et lui tuèrent deux cents hommes. 
La nécessité de quartiers fait hasarder les troupes à ce poinl 
là que c'est une merveille que M' de Lorreine n'ait pas ruiné 
le rég^iment] deToubatel. U' de Merci s'eslantesloigné depuis, 
je suis venu i Creuseuac [Kreuznach] avec deux pièces de 
canon et huict cents hommes; j'ai esté neuf jours devant; ib 
se sont forlbien défendus; J'ai perdu douxe ou quinseoOiciers; 

1. Biebaneh, uic le Rhin. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 03» 

ils sont sortis aujourd'hui du château ne manquant point de 
munitions. La mine esloit preste à jouer; ils m'ont fait fort 
grand plaisir, la saison n'estant pas trop propre à faire des 
sièges, les soldats allans faire les gabions et les fascines à deux 
lieues d'ici et point de chariots pour les porter... A. G. 



I40Tiu]t-ftu(-Fri>i. ÏB avril ISU. 

Depuis mes dernières escriltes à V. A., après avoir logé 
quelques 8 ou 10 jours au-delà de la Moselle et y ayant ren- 
contré l'impossibilité de faire subsister les trouppes, je diray îi 
V. A. comme je suis repassé au deçh sur les advis que j'ay eu 
aossy à mesme temps que te duc Charles sollicitoit Beck pour 
luy faire entreprendre le secours de La Mothe, sur quoy il 
ramassoit ses (rouppoa, sans qu'on ayt peu pourtant eocor 
reconnestre son dessein ; c'est ce qui m'a fait prendre poste en 
ce lieu qui est sur la routte qu'on pourroit tenir, et ne 
m'esloigne point du passage de ladite rivière, au cas qu'on 
ptist celle d'Allemagne. Les mesmes advis portent qu'à mesme 
temps que Beck receut la lettre dudit duc, il se mit en colère 
et esclatta, disant ; u ce prince là nous trompera t> ; du depuis 
rien ne bransie, et j'attens à tout moment d'autres adviâ des 
partis envoyez à la petitte guerre, comme encor de H" les 
gouv" de Ihionville et de Cirque (Sierck] que j'ay prié de 
lenir incessamment gens aux champs de ce coslé là. Hier 
M' Grile receut ordre d'aller en conr, et s'y en va, pour rendre 
compte de la foiblesse de son régiment, duquel il tesmoigne 
néaotmoins peu de seing ; le S' Fabri a esté en Iraitté avec luy 
et comme d'accord pour avoir ledit régiment, mais sa pauvreté 
l'empescbe de conclure solidement et avec argent; il a une 

1 . UcDttbe, i vingtsleu kilamètni do Tout. 



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eu PIÈCES ET DOCUMENTS. 

grande confiance et moy aussf, Monseigneur, en l'honoenr 
queV.A. nous fait de sa bienveillance, et par vos bons offices 
pouiToit avoir ledit régiment préTërablement à tout autre , 
estant de la nation et aymé de 'ous lesolliciers; si soamérilte 
et son affection sont considérées en cette occasion, il le liendia 
de V. A. avec une inSnîl^ d'obligations et moy de mesoie... 



DitDlaninl <, nui IMS. 

Je suis tonsjouTS à observer ce que feront les ennemis, 
ayant pour cela esté de nouveau au-delà Moselle pour tirer dn 
costi de Sirk; mais apprenant que leur assemblée, qui se tait 
lousjours aui environs d'Arlon, Bastogne et Soleuvre, pour- 
roit aussytost tourner du costé de La Moihe que d'Allemagne, 
d'autant plus qu'on a commencé i ouvrir la tranchée à cette 
place, j'ai cru la devoir couvrir et appuyer, me mettant au 
devant des ennemis avec ma cavallerie, et cependant demeurer 
tousjours en estât de repasser ladite rivière au cas que les 
dessoins se voient de ce costé là; ma pensée est fondée sur 
cela que, considérant l'inlérestdu duc de Lorraine rn la prise 
de La Mothe, il pourroic tascher de la secourir avant de 
passer en Allemagne ; d'ailleurs les trouppes de Gleen et de 
Lamboy se Joignans à celles du duc, il est aussy plus à pré- 
sumer qu'ils marcberoot par Coltine, Bonne, Andemak ou 
ces environs, y passer le Rhin, tirer en Fianconie, et pour 
conjoncleroenl avec Mercy obliger .M'' de Turenne à rebrosser, 
que d'aller s'srrester en un pays ruiné le long du Rhin, quoy- 
que passez 15 jours ils aycnt jette 600 hommes de renfort 
dans Frankental; quoy qu'il en soit, j'asseureray la tranchée 
de La Uothe, et ne négligeray point d'estre I temps encor 
repassé la Moselle pour tourmenter les enoemis pendant 6 h 
jours de tournoyement par deçà; les herbes viendront 

1. Sui la Uoulle, ànaut kilometrM do Pont-l-Mou»cin, 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 641 

au-deb, et j'anray tons les advis pour me régler h l'avenant; 
b cet eCTect j'eDvoye des partis auz champs. Les gou- 
verneurs de Thionville, de Sirk et de Metz en ont au:isy 
envoyé sur l'enneniy; plusieurs rapportent pour certain que 
Bock a le brevet de lieutenant général pour servir en Flandres 
soubs Piccolomini ; cela estant, et le duc de Lorraine allant 
en Allemagne d'où il est extraordinairement requis, il se ver- 
rait beau jeu au pays de Trêves et do Luxembourg, quelque 
bon ordre qu'on y puisse laisser. Tout le monde souhaitte le 
bonheur de revoir V. A, et de luy obéir comme je feray toutte 
ma vie inviolable ment... A. C, 



TDBBNNE A M. LB DUC. 



Si cet oSicier que j'envoie à la court a l'honneur de toqs 
rencontrer, il vous dira ce qui s'est passé'. Ayant l'honneur 
d'estre cognu de V. A., elle juge bien de la douleur que j'en 
ai ; je lui envoie une relation de la façon que cela s'est passé ; 
hors que je suis assuré qu'elle me fait l'honneur de m'aimer, 
je no m'amuserois pas à li.i vouloir faire voir une chose qui 
DO sert qu'à resjouir la pluspart du monde. Tout ce que je 
peux dire do cette action, c'est que si cinq brigades d'inf[aD- 
terie^ eussent gardé un tout petit boii, et oij ils estoient assés 
pressés, le temps que l'on demeure à faire deux cents pas, 

1. Sur la Failli. 

S. A U baUilla de Uiriendil, psrdns par Tut*iid« la 5 mai IS4S, La nuri- 
chil HjDU auiiildl an H«H : il «tait [«Si Nauhaf, la 10 à Hanfeld, an 
Heur-Cauel. Pau *prt*, KOnlgimarck, lollicitd pu la landgniTa, linlrajoladra 

l'arin^Q d« Heiia. Turenna la dmgaa eaïuila Ton 1* Uain, nloDla klarcr 
■ar A-chalTenbourg, et le tint en obiemlien antre Prancfort et Hanau ; il «tail 



. Offanbacb, A la fin i 


3n fflOii, il F 


.ht le cbamin de D>l 




il atteodil 1* 




1 Spirai le. ttaui an 


nteiiereno 


«IriieBlleajûlUet. 



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613 PIÈCES ET DOCUMENTS. 

l'eDuemi avoit perdu la baiaiUe; car on rompit tout« la caval- 
lerie qui marchoitàcostë de son inf^anterie^, el on prit de cette 
charge quinse ou seie estendaris ; il s'est retiré dis huicL cents 
chevaux ; je leur ai donné ce temps là, estant demenré avec 
trois tronpes à un passage et arreslé l'eiineiiii. jusqu'il ce 
qu'estant environué j'ai pris un autre diemin et les ai esté 
rejoindre comme ils avoient deux heures devant moy.-. A. C, 



LIVRE IT, CHAPITRE YII. 
Uu-octobra IM5. 



LE BOI A TUBENNB. 



Hon cousin, les premières nouvelles que nous avons reçues 
de votre combat avec l'armée de Bavière ont été rapportées par 
tant d'incertitude et tant de confusion, que nous en avons été 
dans une exlrëoie peine, non seulement par ce qu'il semblait 
que le mal fût beaucoup plus grand qu'il ne se trouve grâce à 
Dieu, mais particulièrement perce que l'on n'avait aucun avis 
de ce qui était succédé à votre personne. A présent que 
j'apprends par diverses lettres que vous êtes arrivé à C'assel, 
que vous avez rallié et sauvé une bonne partie de cavalerie 
de l'armée avec plusieurs principaux officiers, que la pert« 
que vous avez faite n'est arrivée que pour n'avoir pas eu 
toutes les troupes de l'armée avec vous, plusieurs officiers 
ne s'étant pas rendus avec leurs corps près de vous dans 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. «13 

le temps que vous leur aviez ordonné, et que, si tes forces 
des ennemis voos ont obligé i céder, c'est pour avoir piA- 
valu en grand nombre sur vous, et après avoir soufTert une 
notable perte; quoique j'aie toujours bien jugé qu'il n'y avait 
aucun manquement de votre part, connaissant avec quelle 
vigilance, valeur et conduite vous agissez, néanmoins ce 
m'est nne singulière consolation el repos d'esprit de savoir 
en gros comme la chose s'est passée, en attendant que 
j'en apprenne le particulier, et être assuré que Dieu vous a 
préservé dans un si grand péril avec beaucoup de mes ûdëles 
serviteurs que je reconnaîtrai. Dieu aidant, du service qu'ils 
m'ont rendu en cette occasioD, comme je ferai ch&tier ceux 
qui seront notés pour y avoir manqué; et j'espère que vous 
serez bientôt en Leu dont vous pourrez vous-même travailler 
au rétablissement de mon armée et de mes troupes, pour être 
en état de ne pas laisser passer la campagne sans prendre 
votre revanche sur les ennemis. Cependant afin de ne riec 
omettre pour cela de ma part, je voua répéterai ici ce que je 
vous avais mandé par le sieur de Bauvais-Plézian ', lequel je 
voua ai dépêché incontinent aprèa le premier avis de cet acci- 
dent, qui est que j'ai fait avancer le sieur de Marsinavec mille 
chevaux effectifs du côté du Rhin, et le courrier que je lui 
avais dépëclié est de retour, qui a rapporté qu'il était d^à 
avancé sur ce chemin. J'iii aussi su que le sieur de Bellenave 
est arrivé en ces quartiers là avec le corps que vous savez que 
je faisais former sous sa charge; en attendant qu'il vous pût 
joindre, je fais que mon cousin le duc d'Anguien parle dans 
deux jours de cette ville pour se rendra en mon armée 
qu'il commande, dont toutes les troupes ont leur rendez-vous 
dans le Verdunnois et Barrois et seront ensemble le 10 de ce 
mois, pour de là marcher aux plus grundes journées qu'il 
pourra en Allemagne; et j'ai donné ordre par ledit sieur de 

1. Toi d«a> rnuia plu tud à Noilinfog. 



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841 PIÈCES ET DOCOHENTS. 

BauTsis-Plézian aux sieurs d'Espenao, deHarein, de BelleDare 
et de Vauxlorle et au sieur d'Erlac de bire tout ce qu'A leur 
sera possible pour recneillir les débris de troupes qui ont pSti 
au combat, empêcher qu'aucuo ne quitt-; le service, aider a 
les remettre et à maiolenir celles qui sont retournées en 
leur entier, et foire tout ce qu'il faudra faire pour la sûreté 
des places , ea sorte que l'accident qui est arrivé ne 
puisse produira aucune suite préjudiciable à mon service 
en ces quartiers, en attendant que par l'arrivée de mon 
cousin le duc d'Ânguien toutes choses y soimt entièrement 
assurées, et que vous puissiez vous y rendre pour vous eo^- 
ployer à tout ce qui sera nécesaaira pour établir mon année 
d'Allemagne; je mande aussi k mes ambassadeurs plénipoten- 
tiaires pour la paix de faire toutes les instances nécessaires 
et convenables en mon nom auprès des ministres de la cou- 
ronne de Suède et du général Torlenson, afin qu'ils donnent 
des prisonniers qu'ils ont pour servir àl'échange des Dostres,^ 
condition de faire payer aux officiers de l'armée de Suède le 
prix de la rançon de ceux qui sont leurs prisonniers sur le 
pied du cart:.'! général, en quoi ils trouveront leur compte, 
comme l'on y rencontrera l'avantage de mon service; et si 
vous pouvez de votre reste m'euvoyer cet échange par cette 
voie, ou par le paiement de la rançon des prisonniers que le 
général Hercy a en son pouvoir, je crois que je n'ai pas besoin 
de vous exciter de le faire; mais seulement je vous assurerai 
que tout ce que vous promettrez de ma part sera ponctuello- 
ment exécuté. D. G. 

HAHGHIN A M. LE DDC. 

Du quutisr d'Busj ■, 18 mai IftU. 

Je paris à l'instant sur la dépescbe du 14* du courant et sur 

1. BBaj, Uaonhe. 



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PIÈCES ET DOCUMENTS. 6W 

la lettre de V. k. que je recens hier an soir par ce courrier 
qui s'en retourne', je passeray encor aujourd'huy la Moselle 
près de Thoul, et m'schemineray ensuitCe le grand chemin 
de Saveme pour me courormer puactuellement aux ordres du 
Roy et de V. K. Tous mes plus grands souhaits sont d'avoir 
l'honneur de la revoir bientost, etvostre présence seule, Uon- 
seigneur, remettra le bonheur partout ou il voudroit manquer. 
Je n'ay autre chose à dire par celle^y, sinon que je prie Dieu 
de bien acheminer V. A... A. C. 

Samboncg. «3 mal 1M5. 

Il m'arrive tout présentement un ordre de la cour, par 
lequel l'on m'ordonne de renvoyer le régiment de Grite à 

Rethel, ce que je fais ledit régiment s'en retournera, et 

j'avance avec celuy de Chambre et le mien pour me rendre 
vers le Rhin ; ils seront encor assez beaux, nonobstant la mor- 
talité de nos chevaux, laquelle continue tousjours, sans que 
nous puissions J uger de la cause. Je conduis aussy d'icy quelques 
300 hommes de recrues du régiment de h Couronne, qui no 
font que d'arriver en ce lieu. J'attendray es environs de Lan 
dau la venue de V. A. et les commandemens de M' le maré- 
chal de Turenne, ayant appris en chemin que sa cavalerie n'a 
pas tant esté endommagée comme l'on a dit, mesmes que de- 
puis le choq il auroit défiait 15 cornettes des ennemis; c'est 
nn bruit... A. C. 

M. LB DCC A «AZARIH. 



Aussytost que j'ay esté arivé icy, j'ay doné rendés-vous à 
toutte la cavalerie et infenterie de cette armée à qui j'ay faict 
faire reveue le [dus exactement que j'ay peu; je vous en en- 
voie les eitrets. La cavalerie est meiUieure que j